AccueilLes cinq sens de la ville du Moyen Âge à nos jours

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Publié le mercredi 07 juillet 2010 par Marie Pellen

Résumé

Le colloque « Les cinq sens de la ville » se propose d’explorer le paysage sensoriel urbain (Alain Corbin) en partant de l’expérience individuelle et collective des citadins et usagers des villes, l'expérience entendue ici comme instance de jugement (Arlette Farge), dont l'étude sera associée à celle des objets de la perception sensorielle.

Annonce

Il s’agira, en effet, d’historiciser le lien entre l’espace et les sens en tant que ressort essentiel de la construction de la ville comme ensemble signifiant (Jean-François Augoyard). La réalité urbaine est fabriquée à travers des « pratiques d’espace » (Michel de Certeau), au nombre desquelles on peut compter l’expérience sensorielle : la figure du citadin comme observateur sensible tout comme le paysage urbain et ses acteurs seront ainsi placés au centre de la réflexion sur la nature urbaine des sensibilités dans l'histoire. Il s'agira aussi d'aborder la ville comme lieu producteur et multiplicateur d'expériences sensorielles, par là comme un lieu attractif ou répulsif pour tous les groupes qui l'approchent, l'occupent et en font usage.

 L'expérience sensorielle a elle-même une histoire et la hiérarchie des sens se réorganise en fonction de l'histoire et de l'espace géographique, culturel et social. Elle est modelée par les discours et les représentations que véhiculent les sciences, les religions, la politique, l’art et la littérature : pourquoi, par exemple, la ville du XIXe siècle peut-elle être représentée dans un cadre bucolique ? De même, il importera d'analyser la rencontre entre morale, médecine et sensibilités en ce qu'elle permet d’opérer des distinctions socio-politiques : la perception sensorielle de quartiers pauvres depuis la fin du XVIIIe siècle, celle qu'a un voyageur, amateur ou scientifique, d’une ville lointaine, les « cités » ou « quartiers » d'aujourd'hui, etc. Or, les conceptions médiévales et modernes d'un corps travaillé de l'intérieur par les humeurs tout en étant traversé par des forces naturelles et surnaturelles, invitent à réfléchir différemment sur la nature et la hiérarchie des sensations. Mais les sensibilités en milieu urbain sont également structurées par des identités de genre, qui induisent toute une gamme de possibles et d'interdits. Comment se distribuent, selon le genre, les appartenances sociales et culturelles ou encore l'âge, la hiérarchie des perceptions et leur degré d'acuité? Comment interviennent, dans la perception des villes, des sensations sous-tendues par des représentations de genre (comment s'établit le lien, par exemple, de "Paris-ville des plaisirs" à "Paris-ville de la femme"?). Par ailleurs, l'interpénétration entre les représentations et les évolutions technologiques et urbanistiques, accélérées depuis le XVIIIe siècle - l'éclairage des rues, les modes de transport (cheval, voiture, train, etc.), les infrastructures (l'eau, le gaz et l'électricité; le tout à l'égout), etc. - constitue un des jalons majeurs de l'histoire des sensibilités urbaines. Enfin, le corps en mouvement affecte lui aussi le dispositif sensoriel. Que veut dire, finalement, « se sentir » chez soi, que veut dire être « touché » par l'autre? Autrement dit, comment saisir l’expérience sensible de l’altérité urbaine ?

 Le colloque se propose d'explorer plus spécifiquement les axes suggérés ci-dessous. S'ils sont loin d'épuiser l'ensemble des problématiques impliquées par le sujet, ils entrent en résonance avec la réflexion contemporaine sur l'histoire du genre, de l'alimentation, de l'environnement, des identités sociales et des politiques urbaines, et font appel à plusieurs disciplines:

 1/ Sens, identités sociales, constructions d’altérité

Le paysage sensoriel diffère d'un quartier à l'autre, mais aussi d'une ville à l'autre, d'une culture à l'autre. Sons, voix, arômes, odeurs, couleurs, des manières de (se) regarder et de (se) toucher, gestes et mouvements interviennent dans la construction d'identités sociales, régionales et culturelles. L'ailleurs sent différemment. L'identité sensorielle d'un lieu peut devenir porteuse de distinctions sociales ou culturelles, que ce soient les « beaux quartiers » - pour dire aisés - ou la ville « exotique », étrangère aux habitudes sensorielles d'Européens, Paris, ville de l'amour, le quartier des « immigrés » ou le ghetto juif médiéval et moderne, le « Marais » parisien synonyme d'homosexualité, les berges d'un fleuve dans la ville marquées par l'activité économique et sociale qui s'y exerce (tanneries, prostitution, flâneries, etc.). Comment ces identités sont-elles contruites, comment sont-elles appropriées, quels sont leurs enjeux sociaux et politiques?

 2/ Espaces et temporalités de l’expérience sensorielle

L’expérience sensorielle de la ville se décline selon le climat, les saisons, les conditions météorologiques et les temps de la journée, l'alternance des jours et des nuits: la cathédrale de Rouen vue par Claude Monet en fournit un exemple fort. Le moment et l’espace de la saisie sensorielle d’une ville peut ainsi jouer un rôle déterminant de la perception de la ville, et de l’image que l’observateur en garde.

 3/ Administration, gestion et police des sensibilités dans l’espace urbain

Les autorités savent travailler l’appareil sensoriel des usagers de la ville à leur propre dessein. En cas d’alerte ou d'événements de portée collective, pour annoncer une nouvelle ou rassembler la communauté, battre le tambour, faire sonner les trompettes ou les cloches suscitent la peur, la joie, l'adhésion ou le rejet et chargent le paysage sonore d'une dimension à la fois affective et politique. Manifestations, laïques et religieuses, célébrations officielles ou processions interpellent tous les sens à la fois. Le spectacle public s'avère par là un instrument du pouvoir, mais aussi de sa contestation.

Relevant d'une temporalité plus lente, l’aménagement urbain repose, depuis l'époque classique, sur une prise en compte croissante des sens (odeurs, bruits) et peut l'associer à une mise en scène d'insignes du pouvoir que ce soit par l'édification de bâtiments et de statues ou l'installation d'infrastructures publiques et de commerces. Façonner la matérialité de la ville revient à façonner les sens des citadins. Ainsi peut-on poser la question des sens heurtés, voire traumatisés dans un contexte de destruction – incendie, bombardement, inondation, tremblement de terre - qui modifie radicalement le paysage sensoriel de la ville.

 4/ La ville a-t-elle un goût?

Une ville possède-t-elle son propre goût? Croiser l'histoire urbaine et l'histoire de l'alimentation peut nous éclairer sur l'importance, dans la perception, de la représentation et de la mémoire d'un espace, que peut revêtir la cuisine locale, du café français à la taverne bavaroise, en passant par les gargotes des villes arabes et les vendeurs ambulants de thé en Inde. Comment le « terroir » s'associe-t-il à la ville, quel est le rôle d'un goût urbain dans les politiques urbaines, quels sont leurs enjeux économiques?

 

5/ Histoire des sens et histoire de l’environnement

La notion moderne d’environnement s’appuie sur un discours scientifique qu'il s'agit de questionner; mais elle est autant le produit de la transformation de nos sensibilités sensorielles qui accompagne, depuis l’époque moderne, la réorganisation des sociétés occidentales. Façonnés socialement et politiquement, nos sens contribuent ainsi à la construction d’une sensibilité écologique proprement urbaine qui commence par celle des odeurs (politiques d’assainissement), complétée à l’époque contemporaine par la vue (l’haussmannisation des villes au XIXe siècle ; la ville « laide » au XXIe siècle…) et par l’ouïe (les « nuisances sonores », etc.). Plus rarement prises en compte, les couleurs y ont leur part, que ce soit pour des considérations commerciales (tourisme) ou esthétiques (reconstruction de bâtiments historiques ou patrimoniales). La mise en perspective historique permettra ainsi d'interroger l'évidence apparente d'une sensibilité, omniprésente aujourd'hui, qui oriente les politiques publiques. Par ailleurs, l'usage heuristique de la notion contemporaine d'environnement, peut apporter des éclairages inédits sur les sociétés anciennes.

 Les propositions de communication (max. 1 page) sont à envoyer, par courrier électronique, en français ou en anglais, jusqu'au 30 novembre 2010, aux adresses suivantes:

 La durée des communications sera de 20 minutes. Une version écrite des communications retenues doit être envoyée au comité d'organisation jusqu'au au 25 avril, en vue de l'élaboration d'un reader disponible lors du colloque.

 La publication des actes est envisagée.

Lieux

  • Université François Rabelais, 3 rue des Tanneurs
    Tours, France

Dates

  • mardi 30 novembre 2010

Contacts

  • Ulrike Krampl
    courriel : ulrike [dot] krampl [at] univ-tours [dot] fr

Source de l'information

  • Camille Prieux
    courriel : cethis [at] univ-tours [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les cinq sens de la ville du Moyen Âge à nos jours », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 07 juillet 2010, http://calenda.org/201560