AccueilÊtre gouverné au XXIe siècle : regards de la théorie politique

Être gouverné au XXIe siècle : regards de la théorie politique

Being Governed in the 21st Century: Perspectives from Political Theory

Section Thématique 22, 4è congrès des Associations Francophones de Science Politique

22 theme section, 4th conference of the Associations Francophones de Science Politique

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Publié le lundi 19 juillet 2010 par Marie Pellen

Résumé

Appel à communications pour la section thématique 22 du quatrième congrès francophone de science politique.

Annonce

Responsables :

  • Francis Cheneval, Professeur de Philosophie Politique, Université de Zurich
  • Justine Lacroix, Professeure au département de Science Politique, Université libre de Bruxelles
  • Janie Pélabay, Chercheure FNSP au CEVIPOF, Sciences-Po Paris
  • Anaïs Camus, Assistante au département de Science Politique, Université libre de Bruxelles (contact : anais.camus@ulb.ac.be)

Présentation générale de la Section Thématique:

La "théorie politique" constitue un domaine d'étude à part entière dans le monde anglo-américain, comme en témoigne notamment l'existence de nombreuses revues scientifiques spécialisées et l'orientation éditoriale des presses universitaires anglophones. Dans le monde francophone, en revanche, ce champ d'étude n'a pas  acquis une visibilité et une légitimité comparable à celle des autres filières de la science politique. Résolument axée sur la théorie politique, cette Section Thématique s’inscrit dans la continuité des discussions menées lors du 3è Congrès des Associations Francophones de Science Politique, organisé à Grenoble en Septembre 2009, où nombre de participants s’étaient félicités du retour de la théorie politique dans les grands congrès francophones et avaient exprimé leur souhait qu’une telle tendance se confirme à l’avenir. Aussi, nous proposons ici d’explorer la thématique d’ensemble dont traite le Congrès 2010 à la lumière des grands débats qui animent aujourd’hui la théorie politique et, à ses cotés, l’histoire des idées politiques et la philosophie politique.
Dans tous les domaines de la science politique, on assiste à une redéfinition des modes de gouvernement, dont témoigne notamment l’idée même de « gouvernance ». A l’origine de ces entreprises de redéfinition, se trouve la volonté de saisir la nature et la portée des défis majeurs que soulèvent des phénomènes socio-politiques tels que la mondialisation, la transformation des frontières, l’émergence d’enjeux transnationaux, la question identitaire, les phénomènes de migration, la montée de l’individualisme, la supposée crise de la participation politique et du modèle représentatif, etc. Or, ces phénomènes sont au cœur de la théorie politique contemporaine. Depuis une trentaine d’années, on a vu se multiplier les modèles théoriques de la justice, de la citoyenneté, de la démocratie, s’attachant à reformuler d’anciennes théories du gouvernement pour les adapter à des situations et revendications nouvelles (justice globale, environnementale, cosmopolitique ; théories supra-, post- et trans-nationales ; citoyenneté différenciée et justice ethnoculturelle ; néo-républicanismes ; etc.). Ce sont les retombées de ces débats ainsi que leurs enseignements quant aux reconfigurations actuelles des rapports des gouvernés à la communauté politique que nous proposons d’analyser dans cette Section Thématique. Nos travaux se déclineront suivant trois sous-sections, chacune d’elle étant représentative d’un grand débat qui agite actuellement la théorie politique au sujet des  mutations de l’ordre démocratique.

1. Renégocier la polis : nation, Europe et cosmopolis

Dans le sillage des processus d’intégration régionale, notamment en Europe, et de la mondialisation de certains défis sociaux, économiques, écologiques et politiques, la division entre gauche-droite est aujourd’hui rendue plus complexe par la renégociation de la polis en tant que communauté politique de base. Mutatis mutandis, nous sommes témoins du retour des types de débats qui caractérisait jadis la mise en question de la polis et du demos dans le contexte de la construction de l’état-nation moderne, dépassant donc largement les bornes de la cité et de sa théorie de légitimation. Le débat contemporain connaît un grand nombre de théories défendant l’état-nation comme principal lieu de gouvernement légitime et de cohabitation sociale stable. Les processus d’intégration multilatérale sont ainsi perçus comme le démantèlement de l’état-nation. Ces théories « national-souverainistes » sont contrées par les projets de l’état fédéral continental, plus adapté à saisir les défis des interdépendances croissantes au-delà de l’état-nation. Mais cette logique de réinstauration de l’état fédéral à un échelon supérieur ne reste pas sans opposition chez des théoriciens qui jugent nécessaire une transformation plus radicale de la polis, ce qui est à la base de réflexions sur la complexité de l’intégration entre états démocratiques et de considérations fondamentales sur les conditions de possibilité de la paix et de la justice transnationale, voire globale. Ce modèle d’un multilatéralisme ouvert, d’un cosmopolitisme kantien tripartite, semble répondre aux défis posés par les nouvelles et nombreuses revendications de justice globale. Mais, l’approche cosmopolitique kantienne est aussi critiquée par les desseins plus ambitieux d’un cosmopolitisme individualiste, prônant les droits de l’homme au sein d’un État de citoyens du monde et donc déplaçant le paradigme de l’état moderne centralisant vers le niveau mondial. Bref, ces enjeux ne concernent donc plus seulement les modes de gouvernance politique et économique, mais les différents dynamismes d’intégration politique verticale et transnationale.

2.  Gouverner la diversité, renforcer l’unité. Le multiculturalisme en débat

Au cours des années 1990, de nombreuses théories ont encouragé le passage d’un paradigme libéral de la tolérance à une véritable politique de la reconnaissance des identités particularisantes. Aujourd’hui, on assiste à un glissement vers l’idée de « gestion de la diversité ». Est-ce à dire que la réflexion sur les modes de gouvernance respectueux du fait pluraliste est désormais supplantée par une interrogation sur le besoin de « gouverner » la diversité en tant que telle, c’est-à-dire de la contenir dans certaines limites au-delà desquelles la stabilité et la légitimité des institutions publiques seraient compromises, tout comme le seraient l’unité et la cohésion de la société politique ? On propose d’aborder cette question en accordant une attention particulière aux attitudes et réactions des gouvernés – membres de minorités ou de la population majoritaire – vis-à-vis du multiculturalisme. Au travers de l’examen des critiques actuelles du multiculturalisme (fragmentation du lien socio-politique, « dilemme du progressisme », etc.), il s’agit d’abord de problématiser le jeu complexe, voire les tensions mal résolues entre processus d’identification et de légitimation. Ensuite, l’objectif est d’analyser comment les débats de théorie politique dans l’espace francophone rendent compte, d’une part, des phénomènes actuels de résistance au multiculturalisme (crise des accommodements raisonnables au Québec, débats sur les minarets en Suisse, sur le « voile » et la « burqa » en France et en Belgique) et, d’autre part, du retour en force des discours publics et dispositifs gouvernementaux visant à renforcer le lien socio-politique entre les gouvernés (références à des valeurs, à une culture, à une identité partagées). Enfin, il s’agira d’explorer les tentatives récentes d’articulation/conciliation du multiculturalisme avec le libéralisme, le républicanisme ou l’humanisme ainsi que les concepts politiques (tels que celui d’« interculturalisme » ou de « laïcité pluraliste ») dont la thématisation procède de la recherche d’une voie médiane entre assimilationnisme et différentialisme.

3. Tension droits de l’homme et démocratie

L’objet de cet atelier est de s’interroger sur les résistances théoriques apposées, au nom de la démocratie, au primat conféré aux droits de l’homme dans nos sociétés contemporaines. Compte tenu de la littérature abondante consacrée aux droits de l’homme en général, on pourrait penser que les arguments formulés à leur encontre constituent un domaine de recherche déjà largement exploré. Ce n’est pourtant pas le cas. Si la critique réactionnaire est ancienne et relativement connue, la critique contemporaine de la primauté des droits de l’homme, qui puise parfois aux sources mêmes de la pensée libérale, est beaucoup moins familière des spécialistes de la pensée politique. Les communications devront permettre de clarifier les types de reproches formulés, en mettant l’accent sur leur complexité et pluralité, le souci étant de résister à la tentation de les assimiler sans autre forme de procès à une tradition d’opposition à la modernité juridico-politique. Ce travail de typification argumentative sera complété par une mise en perspective historique. On s’attachera à comparer les manifestations contemporaines de la critique des droits de l’homme à des figures plus anciennes et emblématiques (telles que Bentham, Burke, Marx, De Maistre, Maurras et Schmitt).

Les propositions de communications sont à envoyer, pour le 1er septembre 2010 au plus tard, à anais.camus@ulb.ac.be. 

Lieux

  • Université libre de Bruxelles
    Bruxelles, Belgique

Dates

  • mercredi 01 septembre 2010

Mots-clés

  • théorie politique, histoire des idées, philosophie politique, multiculturalisme, droits de l'homme, nation, cosmopolitisme

Contacts

  • Anaïs Camus
    courriel : anais [dot] camus [at] ulb [dot] ac [dot] be

URLS de référence

Source de l'information

  • Anaïs Camus
    courriel : anais [dot] camus [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Être gouverné au XXIe siècle : regards de la théorie politique », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 19 juillet 2010, http://calenda.org/201616