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Mémoires des conflits, conflits des mémoires et déconflictualisation de l’histoire

Memory of Conflicts, Conflicts of Memory, and the Deconflictualization of History

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Publié le jeudi 02 septembre 2010 par Karim Hammou

Résumé

Au terme d'un « renouveau historiciste », la classe politique a défini pour l’opinion publique un horizon de sens au sein duquel le passé (et a fortiori la mémoire des conflits) devient, pour des groupes communautaires, un instrument majeur dans la conquête de gains symboliques et matériels. Il en résulte une atomisation de la mémoire nationale encourageant la radicalisation et les conflits. D’où sans doute l’importance d’une réflexion collective sur les ressorts de cette frénésie mémorielle, la vision de l’histoire qui l’a rendue possible, les « trous de mémoire » sur lesquels la mémoire nationale repose et dans lesquels s’engouffrent les acteurs communautaires et aussi sur les diverses expériences tentées à travers le monde de déconflictualisation des conflits de mémoires. C’est à cette réflexion que les organisateurs convient professeurs, post-doctorants, doctorants à ce colloque international qui se tiendra à Longueil (sur la rive-sud de Montréal) du 28 février au 4 mars 2011.

Annonce

Le 70e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale a bien montré à quel point la mémoire de ce conflit nourrissait des conflits de mémoires, tant entre Russes et Polonais qu’entre Russes et Estoniens. Ailleurs, en Espagne, et ce, depuis l’avènement au pouvoir en 2004 du parti socialiste, un processus de « récupération de la mémoire historique » est enclenché, au grand soulagement des centaines de familles espagnoles victimes du franquisme, qui n’ont jamais rien su du sort des leurs, mais aussi d’une grande portion de la population pour qui ce processus est une nécessité démocratique. Or, ce processus a, du même coup, rendu plus aiguës des représentations conflictuelles, ce qui a mené à l’apparition d’associations concurrentes qui se disputent la main mise sur la totalité du champ mémoriel (Rozenberg 2007; Arostegui 2006). En fait, la mémoire des conflits semble nourrir des concurrences entre groupes communautaires qui se servent de ces conflits de mémoire pour faire avancer leur cause. Ces « conflits de mémoires » (Jarausch 2002) qui agitent l’espace public présentent un risque actuel et réel de fragmentation de la société tant par les excès de mémoire que les défauts d’histoire. La fin des « grands récits » — fussent-ils colonialiste, socialiste, ou nationaliste  — a amené l’émergence des revendications mémorielles des victimes (de la traite négrière, du colonialisme, d’Auschwitz, des goulags). Or, ces « luttes pour la reconnaissance » (Honneth 2007) ont placé les mémoires victimaires en concurrence. Goulag contre Shoah (Droit 2007); Holodomor contre Holocauste (Zazulya 2009) : la concurrence mémorielle contribue à fragmenter la société et à dresser les unes contre les autres les victimes de l'histoire (Chaumont 2002). Comment en est-on arrivé là? D’abord parce que, pour diverses raisons (urbanisation, industrialisation, mondialisation, médiatisation), nous sommes entrés dans une « ère de la commémoration » (Nora 1997) qui a ouvert la porte à des « abus de mémoire » (Terray 2006; Todorov 1995) de toutes sortes. Les « usages politiques du passé » (Hartog et Revel 2001; Helmut 1998) sont depuis devenus une ressource stratégique : persuadés que le présent est défini par le passé, la classe politique légifère désormais sur le passé dans l’espoir de transformer le présent (Jewsiewicki 2006). Au terme de ce « renouveau historiciste » (Berelowitch et Jilek 2005), la classe politique a défini pour l’opinion publique un horizon de sens au sein duquel le passé devient, pour des groupes communautaires, un instrument majeur dans la conquête de gains symboliques et matériels. Il en résulte une atomisation de la mémoire nationale encourageant la radicalisation et les conflits. D’où sans doute l’importance d’une réflexion collective sur les ressorts de cette frénésie mémorielle, la vision de l’histoire qui l’a rendue possible, les « trous de mémoire » sur lesquels la mémoire nationale repose et dans lesquels s’engouffrent les acteurs communautaires (Keslassy et Rozenbaum 2007 : 22) et aussi sur les diverses expériences tentées à travers le monde de déconflictualisation des conflits de mémoires.

C’est à cette réflexion que les organisateurs convient professeurs, post-doctorants, doctorants à ce colloque international qui se tiendra à Longueil (sur la rive-sud de Montréal) du 28 février au 4 mars 2011.

Les frais d’inscription au colloque sont de 250$ CAN. Le remboursement d’une partie des frais de déplacement et de séjour sera possible sur concours selon l’allocation de fonds par les organismes subventionnaires.

Les propositions de communication (500 mots) doivent parvenir

avant le vendredi 1er octobre 2010 aux organisateurs du colloque.

Comité scientifique

  • Patrick Dramé,  Professeur adjoint, Université de Sherbrooke, Canada
  • Tristan Landry, Professeur adjoint, Université de Sherbrooke, Canada
  • Bogumil Jewsiewicki, Professeur émerite, Université Laval, Canada

Catégories

Lieux

  • Place-Charles-Lemoyne, J3Y 9G4
    Longueil-Annel, France

Dates

  • vendredi 01 octobre 2010

Mots-clés

  • mémoire, conflits, guerre, commémoration, lieux de mémoire, déconflictualisation

Contacts

  • Tristan Landry, Professeur adjoint ~
    courriel : Tristan [dot] Landry [at] USherbrooke [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Tristan Landry
    courriel : tristan [dot] landry [at] usherbrooke [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Mémoires des conflits, conflits des mémoires et déconflictualisation de l’histoire », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 02 septembre 2010, http://calenda.org/201670