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Les espaces publics au Maghreb

Public Spaces in the Maghreb

Au carrefour du politique, du religieux, de la société civile, des médias et des NTIC

At the intersection of politics, religion, civil society, the media and the new ICTs

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Publié le mercredi 01 septembre 2010 par Karim Hammou

Résumé

La thématique générale de ce colloque porte sur les différentes figures de l’espace public dans les pays du Maghreb. Il s’agira ainsi d’élargir le champ d’investigation, en ciblant prioritairement les études portant sur la région. Nous avançons l’hypothèse que l’espace public maghrébin est pluriel et que ses différentes figures et composantes se déploient au travers des processus où s’imbriquent le politique et le religieux et où les nouveaux médias et les nouvelles technologies jouent un rôle de plus en plus prépondérant.

Annonce

Argumentaire

La thématique générale de ce colloque porte sur les différentes figures de l’espace public dans les pays du Maghreb. Il s’agira ainsi d’élargir le champ d’investigation, en ciblant prioritairement les études portant sur la région. Nous avançons l’hypothèse que l’espace public maghrébin est pluriel et que ses différentes figures et composantes se déploient au travers des processus où s’imbriquent le politique et le religieux et où les nouveaux médias et les nouvelles technologies jouent un rôle de plus en plus prépondérant. L’avènement d’un « espace public virtuel », dans une acception élargie, c’est-à-dire politique, mais aussi culturelle et sociale retiendra particulièrement l’attention.

Tout d’abord, il semble indispensable de commencer par une analyse lexicologique et historique. L’analyse lexicologique permettra de préciser le « champ lexical », les significations et les usages des termes qui se rapportent au « public » ; autrement dit, permettra d’expliciter l’organisation des vocables en relations réciproques avec le « public ». Que faut-il entendre par ‘âm (« public »), khâs (« privé »), makhzen, ahli, etc. dans chaque pays et selon des périodes historiques différentes ? L’analyse historique permettra de faire l’histoire du mot « public » et de retracer sa genèse et son évolution. On sait, par exemple, qu’en Tunisie le mot « public » (‘âm) est apparu au début de la deuxième moitié du 19ème siècle pour intégrer le lexique politique : quel était l’équivalent de ce mot utilisé auparavant ? Pour quelle raison son usage s’est imposé à cette époque ? En répondant à ces questions – et à bien d’autres du même genre – on ne risque pas de réifier cette notion, au contraire, on comprend comment elle change de registre dans le temps et dans l’espace en fonction des configurations sociales et politiques. La dimension historique aidera aussi à penser la genèse de « l’espace public » en tant que catégorie sociopolitique et à préciser ses contours selon les domaines, politique, religieux, économique de son usage. C’est pour cette raison que l’utilisation du pluriel pour parler de « public » s’impose de lui-même : il n’y a pas un « espace public », mais une pluralité d’espaces publics qui changent en fonction des configurations sociopolitiques et des contextes historiques et nationaux.

Par ailleurs, dans cette réflexion il est important de définir la relation entre « espace » et « public » dans la mesure où ce dernier donne souvent sens au premier : qu’est-ce qu’un espace ? Quels sont les éléments constitutifs qui permettent de le qualifier de « public » ? L’espace peut être physique, géographique, régional, rural, urbain, politique, économique, sacré, profane, etc. Les conditions requises pour que l’on puisse parler d’« espace public » sont-elles toujours les mêmes indépendamment de la nature de l’espace en question ? Si ce n’est pas le cas, quelles sont les caractéristiques inhérentes à chaque espace ? La réponse à ces questions conduira à construire une « grammaire des espaces publics », c’est-à-dire à identifier, d’une part, les règles, les logiques et les pratiques sous-jacentes au fonctionnement de chaque espace public et, d’autre part, celles qui sont communes aux divers espaces publics. La mise en évidence de ce qui est commun, les invariants, aidera à cerner la notion d’espace public en tant que catégorie sociopolitique.

Dans le domaine politique, l’espace public n’est pas sans rapport avec la manière dont s’exerce le pouvoir, avec la nature du régime politique. Il doit, par conséquent, être appréhendé dans une perspective qui tient compte de l’exercice du pouvoir selon les espaces, les contextes nationaux et les périodes historiques. La relation entre le public et le pouvoir doit retenir l’attention afin de voir comment le « public » change en fonction des configurations politiques, et comment, dans divers secteurs, on passe du privé au public. Pour les régimes de propriété en Tunisie, par exemple, on passe de habous ahli au habous ‘âm (public), de la propriété « privé » du détenteur du pouvoir central, sultan ou Bey pour la Tunisie (amlâk al-bey) à la propriété de l’Etat (amlâk al-dawla). De même, l’administration avait à ses débuts un caractère patrimonial, en tant qu’elle faisait partie du patrimoine du pouvoir, puis s’est autonomisée pour devenir l’administration publique actuelle. On pourrait multiplier les exemples, mais ce qu’il faut retenir c’est la nécessité de retracer la genèse des différents espaces publics en lien avec le pouvoir politique, en partant d’exemples concrets et significatifs pour une réflexion globale.

Dans le domaine économique, il serait intéressant de réfléchir sur le rapport public-privé. En effet, les réformes économiques, les politiques publiques tournées vers le marché et la privatisation (khaousasa) sont à l’origine d’un changement de paradigme des politiques économiques dans les pays du Maghreb. Quelles sont les conséquences de ce changement sur le binôme public-privé ? Comment se définit désormais l’un par rapport à l’autre ? Y a-t-il vraiment dévalorisation du « public » au profit du « privé » ? Il y a, à l’évidence un redéploiement de l’action dans les deux espaces qui contribuera probablement à l’émergence d’une société civile ou, du moins, à des nouvelles formes d’engagement politiques dans l’espace public.

Dans le domaine des mass média, les moyens modernes de diffusions de l’information qui atteignent un large public dans l’ensemble du Monde arabe se développent à une grande vitesse. Apres la première vague de chaînes satellitaires (comme al-Jazira, al-Manâr, …), on assiste à l’avènement et la généralisation de chaînes satellitaires de télévision en langue arabe et surtout, le succès qu’elles rencontrent auprès des téléspectateurs arabes ont conduit plusieurs Etats arabes à reconfigurer à leur manière le paysage audiovisuel national. Dès lors, comment considérer cette évolution : s’agit-il d’une libéralisation, d’une privatisation ou d’un redéploiement du contrôle étatique ? Quel est l’impact de ces chaînes sur la formation de l’opinion publique ? Peut-on parler de la formation d’une « opinion publique arabe (maghrébine) » ou de la « rue arabe » qui dépasse les frontières nationales et transcende la volonté des Etats, comme le montrent les récents évènements dramatiques de Gaza ?

Parmi ces chaînes satellitaires ayant une grande audience figurent les chaînes « religieuses » de prédication, de type télévangéliste. Elles sont nombreuses et assez suivies dans ces différents pays. On peut se demander si le discours qu’elles diffusent mais aussi les attitudes et les schèmes qu’elles distillent ne développent pas des comportements et des pratiques qui échappent au contrôle aussi bien des courants islamistes traditionnels que des Etats ? Par ailleurs, l’apparition des chaînes « religieuses » créées par les gouvernements, Tunisie, Maroc, Algérie, Egypte, Lybie, etc. se veulent une réponse « nationale » aux effets que suscitent ces chaînes religieuses satellitaires ? Sur tous ces aspects, il y a peu d’études et ce numéro spécial est une occasion pour développer des études empiriques précises.

Pour ce qui est du développement de nouvelles technologies et de l’Internet, il apparaît que les régimes politiques de ces  pays se trouvent face à de nouveaux défis. Si, d’un côté, les gouvernements encouragent une certaine démocratisation de l’accès à ces nouvelles technologies, d’un autre côté, ils déploient des efforts considérables pour avoir une mainmise sur elles, comme en témoignent les efforts pour contrôler l’espace virtuel. Il y’a comme une crainte d’une démocratisation par le numérique. En effet, ces nouveaux espaces de communication et de diffusion d’informations ont été rapidement réappropriés par des citoyens soucieux de la chose publique. Les dénonciations des violations des Droits de l’Homme, les remises en cause de certaines politiques publiques, les mobilisations en ligne, les débats concernant les réformes politiques et économiques sont autant de pratiques qui, si elles ne créent pas encore un véritable contre-pouvoir – un espace public politique au sens Habermassien – contribuent, d’une certaine manière, à un nouvel apprentissage de la citoyenneté dans des pays où l’espace public classique (les médias, mais aussi la rue) est sous la tutelle du Parti-Etat.

Par ailleurs, la dimension transnationale da la communication et de l’information ainsi que de l’espace virtuel représente une nouvelle donne pour une éventuelle transformation de l’espace public et (peut être) l’avènement d’une autre société civile.

Le développement de nouveaux médias et de l’Internet ne donne pas simplement lieu à un nouvel exercice de la citoyenneté et du militantisme, il contribue également à l’émergence d’un espace où des citoyens créent et recréent du lien social et politique. Tout particulièrement, ce sont de nouvelles pratiques de sociabilité que l’on peut observer au sein d’espaces publics réels ou virtuels. Le succès, par exemple, du site de réseau social Facebook (succès pouvant être apprécié à l’aune de la grande polémique qu’avait suscité sa censure en Tunisie) constitue une parfaite illustration de l’importance de ces nouvelles pratiques sociables.

            Pour aborder ces différents domaines et les différentes figures de l’espace public dans les différents pays, il est nécessaire d’adopter une perspective interdisciplinaire. Il convient dès lors de solliciter la contribution des chercheurs spécialisés dans diverses disciplines : histoire, sociologie, anthropologie, science politique, économie, communication, etc. 

Comité d’organisation :

  • Remaoun Hassan                    (Directeur de division, chercheur CRASC)
  • Nouar Fouad                           (Chercheur permanent CRASC)
  • El Mestari Djilali                    (Chercheur permanent CRASC)
  • Medjahdi Mustapha                (Chercheur permanent CRASC)
  • Hirreche Baghdad Mohamed  (Chercheur permanent CRASC)
  • Benzenine Belkacem               (Chercheur permanent CRASC)
  • Mohand Amer Amar               (Collaborateur CRASC)
  • Fahas Badra Sabrina               (Assistante direction adjointe à la recherche CRASC)

Comité scientifique :

  • Nachi Mohamed   (Tunis)
  • Henia Abdelhamid (Tunis)
  • Remaoun Hassan (Oran)
  • Tlemçani Rachid (Alger)
  • Laggoune Walid (Alger)
  • Mezouar Lakhdar (Tlemcen)
  • Chaouche Yelles Bachir (Oran)

Dates importantes :

  1. Réception des résumés. Date limite 20 septembre 2010. (300 à 600 mots, 04 à 06 mots  clés max, CV 01 à 02 pages, fiche d’inscription)
  2. Réponse du comité scientifique. Date limite : 30 septembre 2010.
  3. réception de la communication : Date limite 20 octobre 2010.

Contact : 

fadaatomoumiya2010@gmail.com
espacespublics@crasc.org  

Fax : +213 (0) 41 56 04 63

Catégories

Lieux

  • Oran (Algérie)
    Oran, Algérie

Dates

  • lundi 20 septembre 2010

Contacts

  • Belkacem Benzenine
    courriel : methodological [dot] workshop2013 [at] crasc-dz [dot] org

Source de l'information

  • Belkacem Benzenine
    courriel : methodological [dot] workshop2013 [at] crasc-dz [dot] org

Pour citer cette annonce

« Les espaces publics au Maghreb », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 01 septembre 2010, http://calenda.org/201688