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Le périurbain, territoires, réseaux et temporalités

Out-of-town Territories, Networks and Temporalities

Journées nationales de l'Inventaire général du patrimoine culturel

National workshop for the Inventaire général du patrimoine culturel

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Publié le vendredi 03 septembre 2010 par Karim Hammou

Résumé

Nombreuses sont les études du bâti et des formes urbaines, en particulier les opérations d’inventaire, qui doivent traiter d’un vaste territoire périurbain gravitant autour d’un centre. Ces espaces ne se laissent pas caractériser aussi facilement que des parties de ville plus compactes et circonscrites. Où s'arrête la ville dense ? Où commencent les périphéries ? Où commencent les espaces dits ruraux ? La recherche de seuils est-elle la meilleure manière de circonscrire ces questionnements ? L’intérêt à réfléchir aujourd’hui sur le périurbain est lié aussi à une demande du politique qui, avec la loi SRU de 2000, les lois de décentralisation de 2003-2004 et aujourd’hui les Grenelle Environnement, a construit ou conforté de nouvelles échelles administratives et de projet : communautés urbaines, communautés de communes ou d’agglomération, régions. Ce sont souvent à ces échelles nouvelles que se concentre l’action des élus ; ce sont ces échelles qui doivent être, en amont, bien documentées et théorisées par les chercheurs.

Annonce

Le Périurbain.Territoires, réseaux et temporalités.
Amiens 30 septembre et 1er octobre 2010.  

Colloque organisé à Amiens par la section scientifique du conseil national de l’Inventaire général du patrimoine culturel, dans le cadre des Journées nationales de l’Inventaire, en collaboration avec le laboratoire InTRu de l’université François-Rabelais de Tours, sous la direction de Jean-Baptiste Minnaert. 

1.1 – Notion composite pour espace flou ?

Phénomène décrit dès les années 1940, le périurbain est morphologiquement distinct de la banlieue, et a été confondu avec la rurbanisation. Espace hétérogène et discontinu, il est constitué d’espaces ruraux devenus interstitiels, voisinant avec des objets architecturaux et urbains récents, et en englobe d’autres plus anciens.

L’Insee définit le périurbain comme le fait de communes qui n’appartiennent pas à une agglomération au sens de la continuité du bâti, et qui envoient au moins 40 % de leurs actifs travailler dans une aire urbaine. Le périurbain concernerait le quart du territoire français et plus de 10 millions de ses habitants. Afin de qualifier le périurbain, les démographes ont créé un territoire statistique aux composantes volontairement restreintes (habiter, travailler) et par conséquent instables, dans lesquels les historiens d’architecture puisent de précieuses clés de lecture, notamment réticulaires, sans pour autant s’y reconnaître totalement.

Le périurbain rencontre depuis quelques années les préoccupations des historiens d’architecture, d’où la nécessité de le définir dans ce champ précis. 

1.2 – Angles morts et conjectures

Parce que le périurbain est un concept encore peu visité en histoire de l’architecture, toute recherche qui lui est consacrée recèle plus que d’autres des implicites et des angles morts qu’il est intéressant d’identifier. D’emblée, il semble important de détacher les analyses du périurbain de cette téléologie, solidement ancrée dans l’historiographie, et certes confirmée par bien des évidences, qui le promettrait à n’être qu’une étape vers l’urbanisation dense. S’il paraît réducteur de voir une « sous-ville » dans le périurbain, il n’est pas plus fécond de n’y voir qu’une « pré-ville ». 

1.3 – Zones et périmètres

L’appréhension du périurbain par le moyen des zones et périmètres est parfois ardue, aussi se pose la question de la pertinence de ces outils descriptifs, juridiques et opérationnels, consacrés de longue date, dont cependant les historiens, sinon les urbanistes et les élus, constatent en certains cas le caractère univoque et simplificateur.

L’historien se lie peut-être moins facilement aux représentations zonées des territoires, ne serait-ce que parce que ses sources documentaires renseignent des faits qui ne coïncident jamais tout à fait avec la topographie et la temporalité de ses objets de recherche. 

1.4 – Échelles et réseaux

À quelles échelles l’historien a-t-il le meilleur bénéfice à appréhender le périurbain ? Le périurbain est-il un espace à circonscrire et analyser par ses caractères morphologiques et typologiques, ou plutôt à appréhender comme une agrégation instable et dérivante de réseaux fonctionnels et sociaux, hérités de l’histoire ? Les définitions de la notion de réseau seront ici à explorer.

La métaphore de l’archipel serait-elle finalement la moins limitative des représentations réticulaires du phénomène, en ce qu’elle permettrait d’appréhender cette double échelle : celle de communautés d’espaces agglomérées et fortement connectées entre elles par les transports publics d’une part, celle d’archipels suburbains évoluant entre villes-centres et pays d’autre part ? 

1.5 – Tourisme-patrimoine et valorisation

À l’échelle des régions qui conduisent les inventaires du patrimoine culturel, la recherche a aussi à s’intéresser aux stratégies d’aménagement du territoire, qui intègrent notamment le tourisme et le développement culturel. Il importe de repenser ce qu’on appelle valorisation, en termes de valeur ajoutée et non pas seulement de visibilité, que ce soit pour les opérations d’inventaire, ou par exemple pour mesurer l’impact des points de repère sur l’attractivité des territoires.

La question de la valorisation des territoires rencontre l’histoire du couple tourisme-patrimoine. Le périurbain, en effet, est un espace où patrimoine et tourisme s’épanouissent conjointement de manière parfois paradoxale, parce qu’il englobe et remet en proximités des objets anciens ou visuellement remarquables, autrefois isolés ou sous-évalués. 

2.1 – Temps et rythmes du périurbain

« La ville, c’est du temps solidifié », résumait Bernard Lepetit, qui écrivait par ailleurs que la ville « n’est jamais synchrone avec elle-même : le tissu urbain, le comportement des citadins, les politiques d’aménagement [...] se déploient selon des chronologies différentes. Mais en même temps la ville est tout entière au présent. Ou plutôt, elle est tout entière mise au présent par les acteurs sociaux sur qui repose toute la charge temporelle ».

Parce que les temps des usages, de l’urbanisation, du projet architectural et urbain, de la patrimonialisation et de l’écriture de l’histoire s’écoulent à des vitesses différentes dans les villes-centres historiques et dans les espaces périurbains, des écarts peuvent être appréhendés entre les unes et les autres et abonder une réflexion différentielle novatrice. 

2.2 – Les temps des images et des récits

Qu’on songe à Walter Benjamin, à Jorge Luis Borges, à Julien Gracq, à Italo Calvino ou à Georges Perec, les écrivains pensent souvent les villes comme formes littéraires, voire comme scénarios, notamment au sens d’un récit qui puiserait sa structure dans celle du bâti, ou l’une de ses échelles dans le déroulement du pas du promeneur. D’une autre manière qu’avec la ville-spectacle née à l’âge baroque, la ville n’est-elle pas le lieu de scénarios imaginaires, politiques et scientifiques ? Par sa polymorphie et sa discontinuité, le périurbain se prête particulièrement bien à ce genre d’approche. 

Les photographes en particulier, qu’ils soient en création personnelle, dans le cadre de commandes d’inventaire, ou dans celui de programmes d’observatoires urbains, postures qui ne s’excluent pas les unes les autres, restituent les articulations des temps du périurbain, leurs approches pouvant constituer des enseignements pour l’historien. L’apport des documentaristes mérite d’être pleinement évalué dans cette même perspective. 

2.3 – Rythmes et délais de la recherche

En matière de qualification et de valorisation patrimoniale, et particulièrement dans le cas délicat du périurbain et des marges de villes, de nombreux problèmes organisationnels et culturels sont liés à ce que les parties prenantes ne pensent pas suffisamment l’imbrication de leurs compétences ni surtout les disparités de leurs rythmes de réflexion et d’action.

Les chartes de recherche en général, les cahiers de clauses scientifiques et techniques en particulier, permettent de séquencer les opérations d’inventaire, en particulier en situation périurbaine où la gestion de la grande quantité pose souvent des problèmes de méthode et de délais. Dans le cas de conventions avec des villes ou d’autres collectivités, les opérations d’inventaire peuvent s’insérer dans le temps très court de l’instruction de documents d’urbanisme ou de l’avancement de politiques urbaines ou de territoires. C’est alors la formalisation des méthodes et des objets qui peut être bouleversée, la recherche fondamentale y trouvant en retour un efficace levier de renouveau. 

Jean-Baptiste Minnaert

Université de Tours François-Rabelais - InTRu (JE 2527)
Conseil national de l’Inventaire général du patrimoine culturel

Objectifs :

  • inscrire la démarche scientifique dans les actuelles politiques urbaines et culturelles portant sur le périurbain
  • mieux construire le concept de périurbain en histoire de l’architecture, en rapport avec les autres sciences de l’homme et de la société
  • réfléchir aux méthodes d’inventaire en situations périurbaines
  • mieux penser les rapports, théoriques et pratiques, entre les processus d’urbanisation, les projets de valorisation, les projets d’urbanisme, les politiques urbaines, la création artistique, les pratiques culturelles, l’histoire de l’architecture et les inventaires du bâti et des espaces périurbains.

Programme.  

Jeudi matin

9h30 Accueil

10h Ouverture

  • 10h Philippe Vergain : Présentation du colloque.
  • 10h15 Claude Gewerc, Président de la Région Picardie (à confirmer).
  • 10h40 Jean-Baptiste Minnaert : Introduction.

11h Session Notions et définitions. Présidence : Jean-Baptiste Minnaert.

  • 11h15 Laurent Cailly : Peut-on découper le périurbain ?
  • 11h45 Annie Fourcaut : Histoire et périurbain.
  • 12h15 Marie Muselle : Le périurbain étudié par la sociologie. 

Jeudi après-midi 

14h30 Session Diagnostics & Territoires.

  • 14h45 Anne Diraison : Territoires et Directives régionales d’aménagement.
  • 15h15 Isabelle Barbedor : Méthode de diagnostic territorial préalable aux opérations d’inventaire général du patrimoine culturel. 

16h Session Le périurbain à l’épreuve de la photographie. Présidence : Benoît de Geyer.

  • 16h15 Édith Roux : Quelles représentations photographiques pour le périurbain ?
  • Propositions à partir d'une démarche artistique et d'un travail de commande.
  • 16h45 Philippe Ayrault : Inventaire, photographie et nouveaux champs de recherche.

17h30-18h Pause

  • 18h Projection du documentaire de Sidney Jézéquel sur Goussainville : Naissance d'une banlieue, mort d'un village, trois histoires d'urbanisation (66’).
  • 19 h Discussion avec Sidney Jézéquel, en présence d’Annie Fourcaut. Modérateur : Benoît de Geyer.

Vendredi matin

9h30 Session Paysages périurbains, notions et projet. Présidence : Arlette Auduc.

  • 9h45 Frédéric Pousin : Le paysage, notion et objet.
  • 10h15 Bertrand Folléa : Paysagisme en périurbain. 

11h Session Réinvention de la culture métropolitaine. Présidence : Benoît Melon.

  • 11h15 Francis Rol-Tanguy : L’OIN Rungis et ses implications territoriales.
  • 11h45 Arlette Auduc : Le périurbain au coeur des problématiques territoriales.
  • Répondre à la demande des partenaires locaux : l’exemple du centre Essonne.

Vendredi après-midi

13h45 Session Périurbain et projet polistique (1). Présidence : Isabelle Barbedor.

  • 14h Thierry Lochard : Gardanne et le Bassin minier de Provence : les incertitudes du territoire.
  • 14h30 Johan Lagae, Sofie Boonen : Le périurbain à Lubumbashi (République démocratique du Congo). 

15h15 Session Périurbain et projet polistique (2). Présidence : Philippe Vergain.

  • 15h30 Jean-Marc Zuretti, (sous réserve).
  • 15h50 Débat
  • 16h45 Michel Lussault : Conclusions. 
17h15 Fin des débats

Lieux

  • Université de Picardie - Jules-Verne. Pôle cathédral. 10 placette Lafleur
    Amiens, France

Dates

  • jeudi 30 septembre 2010
  • vendredi 01 octobre 2010

Mots-clés

  • périurbain, histoire de l'architecture, histoire de l'urbanisme, aménagement du territoire, patrimoine, paysage

Contacts

  • Jean-Baptiste Minnaert
    courriel : jean-baptiste [dot] minnaert [at] univ-tours [dot] fr
  • Philippe Vergain
    courriel : philippe [dot] vergain [at] culture [dot] gouv [dot] fr
  • Isabelle Barbedor
    courriel : ibarbedor [at] cr-picardie [dot] fr

Source de l'information

  • Isabelle Barbedor
    courriel : ibarbedor [at] cr-picardie [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le périurbain, territoires, réseaux et temporalités », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 03 septembre 2010, http://calenda.org/201727