AccueilLes sciences de l’homme à l’âge du neurone

Les sciences de l’homme à l’âge du neurone

Human Sciences in the of the Neuron

Organisé par le Centre A. Koyré et le Cermes3 dans le cadre du programme ANR PHS2M

Organised by the Centre A. Koyré and Cermes3 in the framework of the ANR PHS2M program

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Publié le vendredi 03 septembre 2010 par Karim Hammou

Résumé

Neuroéconomie, neuroanthropologie, neuropsychanalyse… : à voir les publications récentes, il semblerait que les sciences de l’homme et de la société entrent dans l’âge du neurone. Sous l’impulsion notamment de l’imagerie cérébrale fonctionnelle, les promoteurs des neurosciences réactualisent le projet d’une science de la vie mentale qui donnerait les clés des représentations et des comportements sociaux. Régulièrement critiquées pour leur immaturité scientifique, les sciences de l’homme trouveraient ainsi de quoi garantir leur légitimité. Ce colloque prend les neurosciences sociales et leur essor comme objet de réflexion. On tentera d’abord de reconstituer l’émergence et l’extension de ce nouveau programme scientifique, puis de suivre les neurosciences sociales à l’œuvre avant de s’interroger sur les usages de l’opposition nature/culture en leur sein.

Annonce

13-15 octobre 2010

EHESS, 105 bd. Raspail, 75006 Paris

Neuroéconomie, neurosociologie, neuroanthropologie, neuropsychanalyse,… : à voir les publications récentes, il semblerait que les sciences de l’homme et de la société entrent dans l’âge du neurone. Sous l’impulsion, entre autres, de développements technologiques comme l’imagerie cérébrale fonctionnelle, les promoteurs des neurosciences ont réactualisé le projet d’une science de la vie mentale qui donnerait les clés des représentations et des comportements sociaux. Cartographier le substrat cérébral de la société et ainsi expliquer le fonctionnement de cette dernière, voilà l’ambition affichée. Régulièrement critiquées pour leur immaturité scientifique, les sciences de l’homme et de la société trouveraient ainsi dans les progrès des neurosciences cognitives de quoi garantir la légitimité de leurs fondements épistémologiques. L’extension de ce programme scientifique explique sans doute qu’il rencontre un grand écho au sein des institutions de la recherche mondiale. Ce colloque se propose de prendre les neurosciences sociales et leur essor comme objet de réflexion. Nous aborderons successivement trois volets de la question : on tentera tout d’abord de reconstituer l’émergence et l’extension de ce nouveau programme scientifique, puis de suivre les neurosciences sociales à l’œuvre avant de s’interroger sur les usages de l’opposition nature/culture en leur sein.

Programme

1. Le « Tournant neurocognitiviste » en sciences humaines et sociales

Si des épistémologues se sont récemment emparés de la question des neurosciences sociales, l’approche historique de ce phénomène de grande ampleur fait pour l’instant défaut. Au travers d’une analyse historique des institutions scientifiques, politiques et économiques porteuses de ce programme, des acteurs (chercheurs mais aussi administrateurs de la recherche), de leurs pratiques et de leurs représentations, nous souhaitons analyser l’émergence et la diffusion de ce nouveau modèle d’intelligibilité de la vie sociale ainsi que les formes spécifiques qu’il acquiert dans les diverses disciplines qui l’adoptent. Dans l’optique d’une histoire sociale et culturelle des sciences, on s’intéressera à des disciplines, à des institutions (structures académiques, maisons d’édition, institutions de prospective et de financement de la recherche) et/ou à des acteurs qui ont joué un rôle dans le développement et la diffusion des neurosciences sociales. Nous nous interrogerons sur le statut académique de ces acteurs, sur leur reconnaissance au sein de leur discipline d’origine ainsi que sur la trajectoire et les arguments qui les conduisent à promouvoir ce type d’approches.

13 Octobre, Amphithéâtre François Furet, MATINEE (9H‐13H) :

Président de séance : Christiane CHAUVIRE (Université Paris 1 Panthéon‐Sorbonne)

  • Jean‐Michel FORTIS (CNRS, HTL) : L’émergence de la linguistique cognitive.
  • Bruno AMBROISE (CNRS, CURAPP‐ESS) : Le tournant cognitif en pragmatique.
  • Francis AFFERGAN (Université Paris‐Descartes) : Terrain d'enquête ou boîte noire ? Le dilemme de l'homoncule et l'anthropologie religieuse.
  • Wolf FEUERHAHN (CNRS, Centre Alexandre‐Koyré) : Un tournant neurocognitiviste en phénoménologie ? Sur l’acclimatation des neurosciences dans le paysage français des sciences humaines.

APRES‐MIDI (14H30‐18H) :

Président de séance : Jean‐François BRAUNSTEIN (Université Paris 1 Panthéon‐Sorbonne, IHPST)

  • Frédéric LEBARON (Université de Picardie, CURAPP) : Sciences économiques et sciences cognitives : quelques remarques sur les fondements sociaux d’une convergence intellectuelle.
  • Emmanuel MONNEAU (Université de Picardie, CURAPP) : Le traitement de la neuroéconomie dans quelques revues académiques françaises de sciences économiques.
  • Rafael MANDRESSI (CNRS, Centre Alexandre‐Koyré) : De l’usage du neurocognitivisme en histoire.
  • Sébastien LEMERLE (Université Paris Ouest) : Une nouvelle lisibilité du monde : les usages des neurosciences par les intermédiaires culturels en France (1970‐2000).

14 Octobre, salles 7‐8, MATINEE (9H30‐12H30) :

Président de séance : Jacqueline CARROY (EHESS, Centre Alexandre‐Koyré)

  • Régine PLAS (Université Paris‐Descartes, CeRMeS3) : L’introduction de la neuro‐imagerie fonctionnelle en psychologie cognitive en France, quels enjeux ?
  • Jean‐Christophe COFFIN (Université Paris‐Descartes, Centre Alexandre‐Koyré) : Les neurosciences vues d’en bas. Ethique de la réception d’un programme scientifique par la « psychiatrie des champs ».
  • Fernando VIDAL (Max‐Planck‐Institut für Wissenschaftsgeschichte) : La neuroesthétique, ou comment se débarrasser de l’art.

2. LES NEUROSCIENCES EN PRATIQUES

On s’intéresse beaucoup à ce que disent les neurosciences, mais guère à ce qu’elles font. Alors que la littérature philosophique et morale sur ces disciplines est surabondante, en sociologie et en anthropologie on dispose surtout de recherches grevées par la rhétorique du contrôle social et préoccupées par une critique politique de ces disciplines. Tout se passe comme si la charge imaginaire des neurosciences et leur haute technicité inhibait l’usage des méthodes traditionnelles en sciences sociales. Les enquêtes de terrain en sociologie et en anthropologie décrivant finement les pratiques sont rares. C’est pourtant sur le terrain des pratiques cliniques et thérapeutiques que se joue l’efficacité des neurosciences. Mais efficacité de quelle nature ? Efficacité sur quoi ? Dans la mesure où une tendance forte des neurosciences consiste à mettre en question la distinction entre neuropathologie et psychopathologie au profit de la première, comment traitent-elles les psychopathologies ? Comment s’opère leur naturalisation ? Comment construisent-elles les entités sur lesquelles agissent les remèdes ? Qu’est-ce qui se passe dans les cas limites entre neurologie et psychiatrie ?

14 Octobre, salles 7‐8, APRES‐MIDI (14H30‐17H) :

Président de séance : Anne LOVELL (Inserm, CeRMeS3)

  • Julien JUPILLE (CeRMeS3) : La prise en charge de l’hyperactivité de l’enfant dans un service hospitalo‐universitaire à l’orientation cognitive.
  • Baptiste MOUTAUD (CeRMeS3) : Troubles moteurs et troubles mentaux : la deep brain stimulation face aux troubles obsessionnels compulsifs.
  • Camillo VENTURI (CeRMeS3) : La remédiation cognitive dans la prise en charge de personnes atteintes de schizophrénie.

3. SORTIR DE L’OPPOSITION NATURE/CULTURE

L’opposition « nature/culture » en recouvre une deuxième, entre approches individualistes et approches holistes. Parallèlement, une autre ligne s’est développée, celle de la division du travail entre les biologistes, s’occupant de la nature, et les sciences sociales, traitant de la culture ou de ce qui relève de la convention humaine. Cette division du travail recoupe une autre opposition entre les faits, qui seraient scientifiques et naturels, et les valeurs, qui relèveraient de l’opinion et de la culture. Ces questions sont décisives dans le domaine des pathologies mentales car elles soulèvent des problèmes comme la place à accorder à la dimension morale dans le symptôme psychopathologique, celui de la nature de la pathologie mentale ou celui des valeurs dans le diagnostic. Il y aurait aussi lieu de préciser en quoi consiste le « social » des neurosciences sociales. Il apparaît que c’est souvent celui de la psychologie sociale ou collective, ce qui repose des questions classiques concernant le statut des représentations collectives, ou les relations entre sociologie et psychologie collective.

15 Octobre, salles 7‐8, MATINEE (9H30‐12H30) :

(Les communications de cette journée seront en anglais. Une traduction sera distribuée aux participants)

Président de séance : Luc FAUCHER (Université du Québec à Montréal)

  • Denis FOREST (Université Lyon 3, IHPST) : Naissance et renaissance du cerveau social/The birth and rebirth of the social brain
  • Albert OGIEN (CNRS, CEMS) : Normativité sociale et normativité neuronale : les neurones miroirs et les limites de l'explication cognitive. / Social normativity versus neuronal normativity. Mirror neurons and the limits of cognitive explanation.
  • Tim THORNTON (University of Central Lancashire) : Explanation vs understanding in Psychiatry/Explication contre interprétation en psychiatrie

APRES‐MIDI (14H‐18H) :

Président de séance : Luc FAUCHER (Université du Québec à Montréal)

  • Pierre‐Henri CASTEL (CNRS, CeRMeS3) : Le "cerveau" de la psychopathologie cognitive
    et évolutionniste/The "brain" of cognitive evolutionary psychopathology
  • Alain EHRENBERG (CNRS, CeRMeS3) : Neurosciences sociales : de nouveaux jeux de langage pour de vieilles questions ? / Social neuroscience : new language games for old issues?

Discussion générale et conclusions

Lieux

  • EHESS, 105, bd. Raspail
    Paris, France

Dates

  • mercredi 13 octobre 2010
  • jeudi 14 octobre 2010
  • vendredi 15 octobre 2010

Mots-clés

  • neurosciences cognitives, histoire des sciences, sociologie des sciences, philosophie des sciences, pratiques thérapeutiques, psychopathologie

Contacts

  • Rafael Mandressi
    courriel : rafael [dot] mandressi [at] damesme [dot] cnrs [dot] fr
  • Alain Ehrenberg
    courriel : alain [dot] ehrenberg [at] parisdescartes [dot] fr
  • Wolf Feueurhahn
    courriel : wolf [dot] feueurhahn [at] damesme [dot] cnrs [dot] fr

Source de l'information

  • marie-josèphe pierrat
    courriel : marie-josephe [dot] pierrat [at] parisdescartes [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les sciences de l’homme à l’âge du neurone », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 03 septembre 2010, http://calenda.org/201738