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Chevalerie et religiosité aux XIIe et XIIIe siècles

chivalry and religion in twelfth and thirteenth centuries

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Publié le mardi 14 septembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

La chevalerie se mêle-t-elle inextricablement à la religion chrétienne ? Avant les années 1990, une telle perception semble universellement acceptée. Pourtant, l'apport de l'anthropologie montre qu'une certaine modération dans l'usage de la violence ou sa justification idéologique n'est pas exclusive à l'Occident médiéval et qu'elle répond à des mécanismes complexes qu'on ne saurait réduire à l'application du seul message évangélique. En outre, des pratiques de piété spécifiques à la noblesse peuvent être remarquées pour les XIIe et XIIIe siècles, ne serait-ce que par l'encadrement religieux supérieur de ses membres. La part de la religiosité dans les mentalités et conduites de l'aristocratie guerrière est ainsi au coeur de ce colloque.

Annonce

Pour la plupart des médiévistes, la chevalerie présente deux acceptions, l’une sociale et l’autre idéologique. En effet, cette notion recoupe, d’une part, le groupe aristocratique des combattants à cheval et, d’autre part, les valeurs qui lui imposent des comportements spécifiques. Devons-nous la mêler inextricablement à la religion ? Les penseurs des XIIe et XIIIe siècles justifient la prépondérance sociale des chevaliers par le péché d’Adam et la rupture de l’harmonie originelle qu’il entraîne. Aussi bien le Lancelot (1215-1225) par la bouche de la fée Viviane que le Livre de l’ordre de chevalerie (1275-1276) de Raimond Lulle reprennent ce schéma augustinien. Ils considèrent que les miles — « élu parmi mille », selon l’étymologie d’Isidore de Séville — a pour vocation divine de défendre le faible et de faire régner la justice, instaurant par les armes la paix originelle. Cette théologie politique marque l’évolution de l’adoubement, qui emprunte alors à l’onction royale et aux sacrements chrétiens bien des éléments de son rituel. En recevant l’épée, dûment bénie, et la colée, le nouveau chevalier intègre un ordre, tout comme le clerc est ordonné. La prédication lui rappelle les devoirs spécifiques de l’état qu’il vient d’adopter, en particulier de mitiger sa violence et d’exercer sa puissance avec droiture et modération. Vers 1175, le Livre des manières d’Étienne de Fougères, évêque de Rennes, rabroue les chevaliers parce qu’ils abusent à tort et à travers de leur pouvoir pour maltraiter et exploiter leurs sujets. Des critiques similaires contre leur orgueil et leurs exactions reviennent souvent dans les sermons ad status, les exempla concomitants, l’hagiographie, les miroirs aux princes ou les traités politiques. Ces textes témoignent de la volonté ecclésiastique de réformer leurs mœurs.
Jusqu’aux années 1990, dans leurs analyses sur la chevalerie, les historiens ont repris la trame du discours normatif des clercs, que nous venons brièvement de présenter. Ils ont tenu pour vraisemblable l’influence extérieure de l’Église dans la mitigation de la violence nobiliaire, grâce à l’influence sur le code chevaleresque de la Paix de Dieu et plus largement du message évangélique. Au cours des vingt dernières années, d’autres spécialistes remettent en cause ce modèle. Postmodernes, ils remarquent la nature idéale des discours des clercs médiévaux sur la chevalerie, qu’il conviendrait de déconstruire. Ils adoptent l’anthropologie culturelle pour méthode afin de conclure que, tout au long du Moyen Âge et de façon endogène, la société guerrière produit ses propres codes de conduite pour épargner les vies de ses membres dans les combats, pour augmenter son honneur et pour affirmer sa domination sur la paysannerie. Toute superficielle, la religiosité des chevaliers ne serait donc pour rien dans l’autocontrôle de leur violence. Elle les pousserait même à en dépasser toutes les bornes dans le cadre de la croisade menée au nom de la foi. Toujours d’après ce courant historiographique, la civilisation des mœurs de la classe seigneuriale, si elle a existé, n’est guère redevable d’une quelconque assimilation du christianisme.
Le débat, présenté ici de façon trop schématique par la force des choses, mérite d’être repris. D’autres voies devront être explorées au cours de notre colloque. Elles rencontreront certainement la problématique de la légitimité de la violence de la chevalerie chrétienne. Mais elles ne sauraient s’y cantonner. Aux XIIe et XIIIe siècles, la vulgarisation du savoir religieux par la prédication, par la catéchèse et par la traduction en langue vernaculaire touche-t-elle le groupe aristocratique ? Qu’en est-il de l’évangélisme, si prégnant à l’époque ? Le médiéviste peut-il appréhender la réception du message ecclésiastique par la littérature de fiction, qu’elle soit épique ou arthurienne, mais qui véhicule souvent l’idée de conversion à l’adresse de la chevalerie, que plusieurs romanciers souhaiteraient « célestielle » ? Quelles pratiques dévotionnelles sont-elles courantes parmi les guerriers ? La piété est-elle si présente dans leur existence qu’on pourrait le percevoir au seul prisme des traités, des romans ou de l’iconographie ? Est-il possible de l’aborder sous l’angle du vécu intérieur, ou plus modestement le médiéviste doit-il se contenter d’en décrire les traits les plus voyants ? L’essor cistercien transforme-t-il la nature de la conversion monastique ? Quelle est la place des ordres militaires dans la religiosité chevaleresque ? L’humilité mendiante impose-t-elle de nouveaux comportements parmi les seigneurs ? Ces quelques questions ne font qu’esquisser une réflexion que notre rencontre permettra d’approfondir.

VENDREDI, 5 NOVEMBRE 2010

9H30 : Martin Aurell, Professeur à l’Université de Poitiers : « Rapport introductif »

Modèles de spiritualité

Sous la présidence de Philippe Contamine, de l’Institut

10H15-10H45 :
John W. Baldwin, de l’Institut : « Le chevalier à travers les cartulaires monastiques du nord de la France »

10H45-11H00 : Pause

11H00-12H00 :
David Crouch, Professeur à University of Hull : « La spiritualité de Philippe de Rémy, bailli capétien, poète et seigneur de Beaumanoir »
André Vauchez, de l’Institut : « Le concept de miles Christi dans la spiritualité occidentale des XIIe et XIIIe siècles »

12H00-12H30 : Discussion

Proscrire la violence ?

Sous la présidence d’Anita Guerreau-Jalabert, directeur de recherches au CNRS

14H00-15H30 :
Dominique Barthélemy, Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne : « L’Église et les tournois aux XIIe et XIIIe siècles »
Catalina Girbea, Maître de Conférences à l’Université de Bucarest-CESCM : « Chevalerie, adoubement et conversion : témoignage des textes et images arthuriens (XIIe-XVe siècles) »
John Gillingham, Professeur émérite à la London School of Economics : « Christian warriors and the enslavement of fellow-Christians »

15H30-16H00 : Discussion

16H00-16H15 : Pause

Autonomie de la piété aristocratique ?

Sous la présidence de Pierre Toubert, de l’Institut

16h15-17H15 :
Richard Kaeuper, Professeur à University of Rochester : « Obedience and Independence in Knightly Piety »
Vladimir Agrigoroaei, doctorant à l’Université de Poitiers : « Les choix nobiliaires dans les traductions françaises des vies de saints au XIIe siècle »

17H15-17H45 : Discussion

SAMEDI, 6 NOVEMBRE 2010

Saints et guerriers

Sous la présidence d’André Vauchez, de l’Institut

9H00-10H00 :
Cécile Voyer, Maître de Conférences à l’Université de Bordeaux III, « Le geste efficace : le don du chevalier au saint sur le tympan de Mervilliers (fin du XIIe siècle) »
Laurent Hablot, Maître de Conférences à l’Université de Poitiers : « Saints guerriers et chevaliers, une emblématique partagée pour un même idéal ? »

10H00-10H30 : Discussion

10H30-10H45 : Pause

La mort violente

Sous la présidence de Dominique Barthélemy, Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne

10H45-11H45 :
Dominique Boutet, Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne : « Le sens de la mort de Roland dans la littérature médiévale »
Xavier Storelli, agrégé, docteur par l’Université de Poitiers : « Les chevaliers face à la mort soudaine : l’indispensable secours de la religion »

11H45-12H15 : Discussion

Croisades

Sous la présidence de John W. Baldwin, de l’Institut

13H45-14H45 :
Jean Flori, Directeur de recherches honoraire au CNRS, « La chevalerie céleste et son utilisation idéologique dans les sources de la première croisade »
Sylvain Gouguenheim, Professeur à l’École Normale Supérieure de Lyon : « Les guerres des ordres militaires sont-elles “chevaleresques” ? L’exemple des Teutoniques en Prusse »

14H45-15h15 : Discussion

15H15-15H30 : Pause

15H30-17H00 :
Table ronde conclusive :
  • Pierre Toubert,
  • Anita Guerreau-Jalabert,
  • John Baldwin,
  • Philippe Contamine,
  • André Vauchez
  • Martin Aurell

Lieux

  • 24 rue de la Chaîne (CESCM)
    Poitiers, France

Dates

  • vendredi 05 novembre 2010
  • samedi 06 novembre 2010

Mots-clés

  • chevalerie, christianisme, religion, violence, guerre, aristocratie

Contacts

  • Catherine Girault
    courriel : secretariat [dot] cescm [at] univ-poitiers [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Martin Aurell
    courriel : martin [dot] aurell [at] univ-poitiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Chevalerie et religiosité aux XIIe et XIIIe siècles », Colloque, Calenda, Publié le mardi 14 septembre 2010, http://calenda.org/201831

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