AccueilGros plan sur l’acteur : le langage du jeu au cinéma

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Publié le mardi 14 septembre 2010 par Karim Hammou

Résumé

La revue CYCNOS lance une série sur le cinéma dont le premier numéro entend explorer la question du jeu de l’acteur. La catégorie de l’acteur pose des problèmes méthodologiques en apparence insurmontables. Ce que l’on a coutume d’appeler le « jeu » de l’acteur semble échapper, en effet, à toute approche normative et systématique et à tout modèle analytique. Cette part d’insaisissable explique peut-être que la critique savante et universitaire ait longtemps laissé en friche la question de l’acteur alors même que les étals des librairies ne cessaient d’être inondés par d’innombrables biographies de stars à destination d’un public de « fans ».

Annonce

Gros plan sur l’acteur : Le langage du jeu au cinéma 

La revue CYCNOS lance une série sur le cinéma dont le premier numéro entend explorer la question du jeu de l’acteur. La catégorie de l’acteur pose des problèmes méthodologiques en apparence insurmontables. Ce que l’on a coutume d’appeler le « jeu » de l’acteur semble échapper, en effet, à toute approche normative et systématique et à tout modèle analytique. Cette part d’insaisissable explique peut-être que la critique savante et universitaire ait longtemps laissé en friche la question de l’acteur alors même que les étals des librairies ne cessaient d’être inondés par d’innombrables biographies de stars à destination d’un public de « fans ». Michel Chion constatait naguère cet embarras de la critique lorsqu’il écrivait :

L’acteur est en effet le remords du critique, celui qui lui fait sentir les limites de sa compréhension et le ramène à la sensibilité commune, diffuse, intuitive, du spectateur courant [1].

Cette désaffection pour les questions théoriques liées à l’acteur, qui a coïncidé, au moins en partie, avec la montée en puissance de la « politique des auteurs » qui subordonne l’acteur au metteur en scène, n’a pas toujours été de mise. L’un des premiers théoriciens et critiques du cinéma, le Viennois Béla Balázs, situe l’acteur au cœur du dispositif cinématographique. L’intérêt qu’il porte à cette instance créatrice est lié à sa tentative pour définir ce qui constitue, à ses yeux, l’essence du cinéma : rendre visible le langage du corps. Considérant le cinéma comme un art du geste, Béla Balázs rend hommage aux interprètes qu’il qualifie de « poètes du film » ou d’ « acteurs-poètes »[2].

Plus récemment, le retour en grâce de l’acteur, en tant qu’objet d’étude, est à mettre au crédit de chercheurs tels que Patrick McGilligan, James Naremore ou Luc Moullet, ce dernier étant l’auteur d’un ouvrage dont le titre, La Politique des acteurs. Gary Cooper, John Wayne, Cary Grant, James Stewart, constitue un pied de nez à la sacro-sainte « politique des auteurs ». Dans la continuité des travaux de Patrick McGilligan présentés dans son ouvrage The Actor as Author, James Cagney, Luc Moullet considère en effet que les acteurs, par leur anatomie ou par le système de jeu qu’ils inventent, sont susceptibles d’accéder au statut d’auteurs.

Ce numéro de la revue CYCNOS prend donc appui sur l’édifice théorique constitué par ces travaux pionniers (complétés par un certain nombre d’ouvrages indiqués en bibliographie) et se situe délibérément dans ce qu’il est convenu d’appeler les « études actoriales », dont l’essor récent – qui se concrétise par une profusion de publications et par la création, à l’initiative de Christophe Damour et de Christian Viviani, du Groupe de Réflexion sur l’Acteur de Cinéma (équipe d’accueil Histoire de l’Art de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne)[3] - est symptomatique d’un juste regain d’intérêt pour le travail créatif de l’acteur.  

En dépit de cet heureux foisonnement, nombre de pistes de recherches sont restées à l’état d’esquisse ou demeurent à explorer. Les communications réunies dans ce volume aborderont notamment les questions méthodologiques soulevées par l’étude du jeu de l’acteur. Elles pourront se saisir de notions et de concepts qui lui sont souvent associés, (la présence, la performance, l’énergie, l’aura…) afin d’en préciser et d’en discuter les définitions et d’en évaluer la pertinence. Elles envisageront le jeu de l’acteur comme expression d’un langage du corps et d’un art du geste. Comment l’acteur parvient-il à faire de son corps un véritable espace poétique ? Comment, à travers l’élaboration d’un registre de gestes et d’attitudes, parvient-il à élaborer un style qui lui est propre, à marquer chaque film de son empreinte et à constituer, film après film, une véritable œuvre, à la manière d’un auteur et d’un poète ? Comment et sous quelle forme une « explication de gestes » est-elle susceptible de rendre compte du travail de l’acteur ? Elles envisageront de quelle manière le jeu de l’acteur s’inscrit dans un travail de mise en scène et dans quelle mesure il exprime une forme de tension créatrice entre ces deux instances essentielles de la création cinématographique que sont l’acteur et le réalisateur ? La question du jeu de l’acteur pourra également être abordée dans une perspective synchronique. On pourra envisager l’influence que les écoles d’interprétation et les courants esthétiques ont pu avoir sur le jeu d’acteurs ainsi que les incidences liées à des modèles culturels ou, à certaines époques et dans certaines aires géographiques, à des contraintes morales. Il s’agira, en somme, de contribuer à ce que l’Histoire du cinéma n’ignore pas l’histoire du jeu et des pratiques actoriales. 

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE 

  • ALBERA, François (dir.), Vers une théorie de l’acteur –Colloque Lev Koulechov, L’Age d’Homme, Lausanne, 1994. 
  • AMIEL, Vincent, Le Corps au cinéma – Keaton, Bresson, Cassavetes, Paris, P.U.F, 1998. 
  • AUMONT, Jacques, Du visage au cinéma, Paris, Editions de l’Etoile/Cahiers du cinéma, 1992. 
  • BALÁZS, Béla, Der sichtbare Mensch [L’Homme visible], Munich, Hanser, 1982. trad. : L’Homme visible et l’esprit du cinéma, Circé,  2010 
  • BRENEZ, Nicole, De la figure en général et du corps en particulier. L’invention figurative au cinéma, De Boeck Université, Paris, Bruxelles, 1998. 
  • CIEUTAT, Michel et VIVIANI, Christian, Audrey Hepburn, la grâce et la compassion, Scope édition, coll. « Jeux d’acteurs », Paris, 2009. 
  • DAMOUR, Christophe, Al Pacino. Le dernier tragédien, Scope Editions, coll. « Jeux d’acteurs », Paris, 2009. 
  • DYERS, Richard,  Stars, Londres, British Film Institute, 1979. Trad.: Le Star-système hollywoodien, Paris, L’Harmattan, 2004. 
  • FARCY, Gérard-Denis, PREDAL, René (dir.), Brûler les planches, crever l’écran. La présence de l’acteur, Paris, L’Entretemps, 2001. 
  • GAFFEZ, Fabien, Johnny Depp. Le singe et la statue, Scope éditions, coll. « Jeux d’acteurs », Paris, 2010. 
  • LAMOUR, Christophe, Al Pacino. Le denier tragédien, Scope éditions, coll. « Jeux d’acteurs », Paris, 2009. 
  • LEGRAS, Gwénaëlle, Michel Simon. L’art de la disgrâce, Scope Editions, coll. « Jeux d’acteurs », Paris, 2010. 
  • McGILLIGAN, Patrick, Cagney, Te Actor as Auteur, New York A.S. Barnes Co. Inc., 1975. 
  • MOULLET, Luc, Politique des acteurs. Gary Cooper, John Wayne, Cary Grant, James Stewart, Paris, éditions de l'Etoile/Cahiers du  cinéma, coll. « Essai », 1993. 
  • NACACHE, Jacqueline, L’Acteur de cinéma, Nathan, coll. « Cinéma », Paris, 2003. 
  • NAREMORE, James, Acting in the Cinema, Los Ageles, University of California Press, 1988. 

Les propositions de communication comporteront :

  • Le titre de la communication
  • Un résumé (500 mots environ)
  • Une mini bio-bibliographie de l’auteur.  

Date limite de réception des propositions : 30 novembre 2010

Réponses du comité scientifique : 31 décembre 2010

Remise des textes définitifs : 31 mars 2011

Publication du volume :  juin 2011

Les propositions de communication sont à adresser à : jpaubert@unice.fr, ScapeRemy@aol.com et gutleben@unice.fr

[1] Michel Chion, « Forme humaine », Cahiers du cinéma, n°407-408, mai 1988, pp. 99-101.

[2] Béla Balázs, Der sichtbare Mensch [L’Homme visible], Munich, Hanser, 1982, p. 59, trad. : L’Homme visible et l’esprit du cinéma, Circé,  2010, p. 28.

[3] Ce groupe de recherche est à l’origine de plusieurs ouvrages publiés dans une nouvelle collection, « Jeux d’acteurs » des éditions Scope : Michel Cieutat et Christian Viviani, Audrey Hepburn, la grâce et la compassion, Paris, 2009 ; Christophe Damour, Al Pacino. Le denier tragédien, Paris, 2009 ; Fabien Gaffez, Johnny Depp. Le singe et la statue, Paris, 2010 ; Gwénalle Legras, Michel Simon. L’art de la disgrâce, Paris, 2010.

Lieux

  • Laboratoire CIRCPLES / EA 3159 Université de Nice Sophia-Antipolis UFR LASH 98 boulevard Edouard Herriot BP 3209
    Nice, France

Dates

  • mardi 30 novembre 2010

Mots-clés

  • cinéma, acteur, corps, geste, langage, création

Contacts

  • Michel REMY
    courriel : scaperemy [at] aol [dot] com
  • Christian GUTLEBEN
    courriel : gutleben [at] unice [dot] fr
  • Jean-Paul Aubert
    courriel : jean-paul [dot] aubert [at] unice [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Solen Cozic
    courriel : solen [dot] cozic [at] unice [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Gros plan sur l’acteur : le langage du jeu au cinéma », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 14 septembre 2010, http://calenda.org/201838

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