AccueilL’ethnicité sportive : signes et ressources de la question sociale et politique de la différence

L’ethnicité sportive : signes et ressources de la question sociale et politique de la différence

Sporting ethnicity: Signs and resources of the social question and the politics of difference

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Publié le mardi 21 septembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Le colloque « Sport, Éducation & Diversité » propose un état des lieux et une réflexion autour du rôle du sport comme signe et ressources de la gestion des différences ethno raciales en sociétés, dans une double perspective historique et contemporaine, et dans la diversité et la tranversalité des contextes et territoires étudiés (la France, mais plus largement les pays d’immigration, les sociétés coloniales et post-coloniales). Il conviendra de s’interroger sur les effets de contextes, sur d’éventuelles dynamiques « ethniques » à l’œuvre, sur leurs dépassements, sur le rôle des minorités et des majorités dans ces constructions sportives et sur les processus de socialisation et d’éducation qui y participent.

Annonce

19 – 20 mai 2011 – Bordeaux –France

ED 303 LACES EA 4140 - UFR STAPS & UFR Sciences de l’Homme -Département des sciences de l’éducation

Université Bordeaux 2

Collectif ou individuel, professionnel ou amateur, en club ou en toute indépendance, la pratique du sport constitue une dimension importante de la vie sociale. Véritable instance éducative et socialisatrice, le sport contribue, à des degrés divers, à la cohésion sociale des sociétés par la transmission de valeurs citées dans l’introduction du « Livre blanc » sur le sport rédigé en 2007 par la Commission européenne :

Le sport […] véhicule des valeurs importantes telles que l'esprit d'équipe, la solidarité, la tolérance et la loyauté, contribuant à l'épanouissement et à l'accomplissement personnel. Il promeut la participation active des citoyens de l'Union européenne à la société et contribue de la sorte à favoriser une citoyenneté active.

A priori exempt des grandes formes de discriminations, destiné à tous les citoyens, sa dimension universelle est couramment mise en avant par sa volonté de réunir les individus et les peuples autour de valeurs consensuelles de paix, d’amitiés et de respect. Or la réalité n’est pas toujours en accord avec cette vision idyllique souvent entachée par des phénomènes de violence, de racisme, de corruption, de dopage ou de pressions diverses. C’est que le sport n’est pas un objet immatériel dénué de tout fondement social, mais le fruit d’une construction qui s’inscrit dans un contexte historique, culturel, politique et économique. En cela, il peut rassembler des individus et participe de l’élaboration des appartenances collectives (locales/régionales/nationales/ethniques).

Depuis le XIVe siècle, le monde a été traversé par d’importants phénomènes de colonisation/décolonisation, d’immigration et de mutations économiques et sociales qui ont favorisé, dans certains pays, l’installation de populations allochtones. Tout au long du XXe siècle ces phénomènes se sont amplifiés et ont entraîné des politiques d’accueil diversifiées fortement liées aux traditions nationales en matière d’intégration. Du modèle assimilationniste au multiculturaliste, pour ne prendre que les extrémités d’un continuum nuancé et gradué, ces modèles sont aujourd’hui fortement interrogés sur leur capacité à entretenir la cohésion sociale. La place laissée aux différences culturelles, religieuses et linguistiques, la latitude accordée aux constructions identitaires en termes de choix des références, représentent autant de positionnements possibles de la part des états nations. A cela se greffe le besoin individuel et communautaire de reconnaissance et de dignité propre aux sociétés modernes mis à jour par Taylor (2009), mais en partie problématique au double titre des failles de la société ouverte (Grejbine 2008), et de la question de performativité égalitaire de sociétés s’orientant vers la promotion de la diversité (Michaels 2009). Pour les pays d’immigration, cette question est aujourd’hui particulièrement aigue. Aux États-Unis et en Europe à la théorie de « l’antagonisme culturel »  (Huntington 2004 - Laqueur 2007) répondent des approches défendant les effets dévastateurs de la « fracture coloniale » (Blanchard, Bancel, Lemaire, 2005) et de la « racialisation et racisation » des sociétés démocratiques (D. Fassin 2010). La question sportive prend toute sa place dans ce débat scientifique et politique représentatif de sociétés contemporaines soumises à d’importants flux migratoires.

La commission européenne, dans son Livre Blanc (ibid.) aux alinéas 5, 6 et 7 du chapitre 2 « Le rôle sociétal du sport », considère le sport comme un facteur d’intégration des immigrés dans les sociétés d’accueil et un moyen de favoriser et de faire progresser le dialogue interculturel. Il est bien question en filigrane de diversité, terme « à la mode » depuis peu dans le champ politico médiatique français. Notions aux contours flous et incertains constate Wierviorka (2008), qui, pour plus de précision, se doit d’être accompagnée d’un adjectif. Il s’agira alors, concernant ce colloque de diversité ethnique. Si celle-ci peut être traitée à partir du champ des migrations et de son corollaire l’intégration, il est nécessaire de le dépasser en considérant que l’ethnicité se construit aussi et surtout dans des situations consécutives à l’immigration, la colonisation, l’esclavage ou l’annexion. En effet, beaucoup des membres des groupes minoritaires ne sont plus des immigrés, mais leurs descendants à des degrés générationnels divers.

Traiter concurremment de sport et d’ethnicité induit une construction des relations sociales en termes de frontières ethniques (Barth, 1969, Poutignat & Streiff-Fenart (1995), Juteau, 1999). Pour en saisir les mécanismes il est nécessaire d’appréhender l’objet à partir d’un double point de vue : celui du sport considéré comme une « institution » créatrice de frontières et celui de l’acteur, individuel ou communautaire, qui va se servir du sport pour élaborer ces frontières. Autrement dit, le sport peut-être analysé comme un élément producteur de niches ethniques, mais aussi en tant que ressource à la disposition des acteurs pour la construction des identités ethniques. Sans pour cela les opposer, il devient alors possible de parler de sport ethnique et d’ethnicité sportive en tant qu’éléments s’inscrivant potentiellement dans un même système social.

Les positionnements identitaires de ces groupes dans les espaces nationaux peuvent s’effectuer à travers une logique de participation citoyenne pour certains, d’opposition pour d’autres ou encore de marginalisation et de repli (Sayad, 1999 - Caldwell 2009). Tout comme les stratégies identitaires portées par les membres des communautés ethniques, les modes de perception et de traitement des différences de la part des majoritaires jouent ici un rôle non négligeable. En cela, le domaine du sport peut intervenir dans les processus de construction identitaire ou de simple appartenance en favorisant à la fois les effets de saillance de l’ethnicité et, dans la plupart des cas, les interactions avec les divers groupes constitutifs d’un pays. Il intervient à plusieurs niveaux de manière complexe. Autrement dit un même individu, parfois simultanément, parfois distinctement, peut endosser l’appartenance de son pays, de sa région, de sa ville, de son quartier, de son club, de sa religion, de son origine ethnique etc.

Le colloque « Sport, Éducation & Diversité » propose un état des lieux et une réflexion autour du rôle du sport comme signe et ressources de la gestion des différences ethno raciales en sociétés, dans une double perspective historique et contemporaine, et dans la diversité et la tranversalité des contextes et territoires étudiés (la France, mais plus largement les pays d’immigration, les sociétés coloniales et post-coloniales). Il conviendra de s’interroger sur les effets de contextes, sur d’éventuelles dynamiques « ethniques » à l’œuvre, sur leurs dépassements, sur le rôle des minorités et des majorités dans ces constructions et sur les processus de socialisation et d’éducation qui y participent. A ce titre, les travaux de recherche, portant sur les discours, les processus/pratiques et les représentations fondant, organisant et distribuant dans le temps l’ethnicité sportive, pourront s’appliquer tant à la pratique sportive de loisir ou de compétition, qu’aux activités formelles ou informelles présentes dans le champ social ou scolaire.

Les thématiques suivantes organiseront la répartition des différentes communications susceptibles de s’inscrire dans les champs scientifiques suivant (Histoire, Sciences de l’éducation, Sociologie, Ethnologie, Psychologie sociale).

1.      Les effets de contextes :

La fabrique de l’ethnicité sportive dans ses rapports à la racialisation et à la racisation des sociétés coloniales, postcoloniales (dont celles politiquement et juridiquement intégrées) et d’immigration.

2.      Les processus de socialisation :

Les instances socialisatrices et éducatives qui contribuent à inscrire les individus dans l’ethnicité sportive ou qui participent à l’individuation sportive. La famille, les pairs, l’école, le quartier, les associations (publiques, privées, communautaires), les Églises mais aussi la Mémoire, comme autant d’éléments qui participent au renforcement à l’atténuation ou à la reconfiguration des frontières. Des dimensions relatives à l’intersectionnalité (« race », classe, genre, générations) trouveront toute leur place dans ce deuxième thème pour peu que l’entrée première soit d’ordre ethno-racial.

3.      La régulation publique :

La performativité des politiques publiques du sport en matière de gestion de l’ethnicité dans des sociétés à divers modèles d’intégration (assimilationniste, multiculturaliste, pluriculturaliste…). Des études comparatives seront ici particulièrement appréciées.

Les résumés des contributions de 250 à 500 mots devront stipuler :

1-     Le thème dans lequel elles s’inscrivent

2-     La méthodologie utilisée

3-     Les résultats de la recherche

La date limite de retour des résumés (en français et en anglais) est fixée au 15 octobre 2010 à envoyer par mail aux  adresses suivantes :

Les retours d’expertise s’effectueront au plus tard le 15 décembre 2010.

Comité scientifique :

  •  Pr. Bancel Nicolas, Université de Lausanne – Suisse
  • Pr. Bodin Dominique, Universidad Politecnica de Madrid – Espagne
  • Dr. (MCF) Bruneaud Jean-François, Université Bordeaux 2 – France
  • Pr. Debarbieux Eric, Université Bordeaux 2 – France
  • Pr. Felouzis Georges, Université de Genève – Suisse
  • Pr. Gasparini William, Université Strasbourg – France (sous réserve)
  • Pr. Gonzalez Aja Teresa, Universidad de Madrid – Espagne
  • Dr. (MCF) Gastaut Yvan, Université de Nice – France
  • Dr. (MCF-HDR) Héas Stéphane, Université de Rennes – France
  • Pr. Juteau Danielle, Université de Montréal -Canada
  • Dir. Lorcerie Françoise, CNRS – Aix Marseille – France
  • Dr. Pardo Rodrigo, Universidad de Madrid – Espagne
  • CR. Ribert Evelyne, CNRS –  Paris – France
  • Dr. (MCF) Sabatier Fabien, Université Bordeaux 2 – France
  • Pr. Terret Thierry, Université Lyon 1 – France

Bibliographie.

BARTH, F. (1969). Ethnic Groups and Boundaries : The Social Organization of Culture Difference, Boston: Little, Brown and Company.

BLANCHARD, P., BANCEL, N., LEMAIRE, S. (2005) La fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial, Paris, La découverte.

CALDWELL, C. (2009), Reflections on the revolutions in Europe, Londres, Allen Lane.

FASSIN,  D. (2010). Les nouvelles frontières de la société française. Paris : La Découverte.

GREJBINE, A. (1998), Un monde sans dieux. Plaidoyer pour une société ouverte, Plon. (2008), La guerre du doute et de la certitude. La démocratie face aux fanatismes, Berg International.

HUNTINGTON, S. P. (2004). Who are We: the challenges to America’s National Identity. Simon and Schuster.

JUTEAU, D. (1999). L’ethnicité et ses frontières, Canada : Les Presses de l’Université de Montréal.

LAQUEUR, W. (2007).The last days of Europe: Epitaph for an old Continent. Saint Martin’s Press INC.

MICHAËLS, B.M. (2009). La diversité contre l’égalité, Raisons d’Agir.

POUTIGNAT, P, STREIFF-FENART, J. (1995). Théories de l’ethnicité, Paris : PUF TAYLOR, C. (2009) [1992]. Multiculturalisme, Différence et démocratie. Paris : Flammarion.

SAYAD, A. (1999). La Double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré. Paris: Seuil.

WIERVIORKA, M. (2008). La diversité : rapport à la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Paris : Laffont.

Lieux

  • 12 avenue Camille-Jullian (UFRSTAPS, domaine universitaire)
    Pessac, France

Dates

  • vendredi 15 octobre 2010

Mots-clés

  • ethnicité, migrations, sport, socialisation, éducation

Contacts

  • Fabien Sabatier
    courriel : fabiensabatier [at] wanadoo [dot] fr
  • Bruneaud Jean-François
    courriel : jean-francois [dot] bruneaud [at] u-bordeaux2 [dot] fr

Source de l'information

  • Fabien Sabatier
    courriel : fabiensabatier [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’ethnicité sportive : signes et ressources de la question sociale et politique de la différence », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 21 septembre 2010, http://calenda.org/201864