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Être double

Playing double

Parler, penser, créer dans les cultures de l'entre-deux (XVIIe-XXe siècles)

Speaking, Thinking and Creating in Middle-ground Cultures (XVIIth-XXth centuries)

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Publié le vendredi 24 septembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Certaines situations historiques et sociales (régimes autoritaires ou totalitaires, expérience de la domination, de l’exil, de la clandestinité, de la migration…) sont propices à générer des « êtres doubles », des groupes situés dans un entre-deux culturel et identitaire : migrants, convertis, élites acculturées (romanisées, christianisées, colonisées, occidentalisées…), métis, populations dominées, etc. Au sein de ces acteurs sociaux cohabitent des registres identitaires multiples, mobilisables au gré des circonstances – parfois en toute inconscience, parfois en totale connaissance de cause. On peut alors, sans déchirement, accepter de devenir double et apprendre à en jouer.

Annonce

JOURNÉE D'ÉTUDE du 7 octobre 2010 organisée par le laboratoire FRAMESPA

Université Toulouse-Le Mirail, Maison de la Recherche, s. A 306, 9h00 - 16h30

La réflexion sur les identités, travaillée et retravaillée depuis de nombreuses années par les chercheurs en sciences sociales, a mis en évidence la complexité de ces constructions culturelles éminemment plastiques et malléables. Au sein d’un même individu cohabitent des registres identitaires multiples, mobilisables au gré des circonstances – parfois en toute inconscience, parfois en totale connaissance de cause. Certaines situations historiques douloureuses (régimes autoritaires ou totalitaires, expérience de la domination, de l’exil, de la clandestinité…) sont particulièrement propices à générer des individus clivés, des « hommes doubles »[1] qui dissocient, de façon plus ou moins consciente, une face publique et une face intime, une identité officielle et une identité privée[2].

Les historiens du culturel et du politique se sont également souvent intéressés à l’émergence de groupes se situant dans un entre-deux culturel et identitaire : migrants, convertis, élites acculturées (romanisées, christianisées, occidentalisées…), métis, populations dominées, etc., qui doivent, pour s’adapter à des contextes spécifiques, accepter de « devenir « double » – et parfois d’apprendre à en jouer. Certains chefs barbares devenus officiers de l’armée romaine et citoyens romains, les indigènes instruits des premières décennies de l’Amérique coloniale[3]. La figure de l’interprète en situation coloniale[4] incarne bien cette duplicité (entendue ici au sens littéral du terme, sans aucune connotation morale) et, plus largement, suggère la capacité des acteurs sociaux à mobiliser leur connaissance de deux systèmes culturels concurrents, leur double appartenance[5].

L’ambition de cette première journée d’étude (la seconde aura lieu le 7 avril 2011) est d’interroger ces stratégies sociales et culturelles propres aux situations de contacts culturels. Bien des modalités de l’« être double » seront examinées dans la longue durée – de l’Antiquité tardive aux sociétés contemporaines mondialisées.

7 octobre 2010

Maison de la recherche
Salle A 306
9 h 00 – 16 h 30

9 h 00 – 12 h 00

Sophie Dulucq, historienne, UTM, Université de Toulouse-Le Mirail, laboratoire FRAMESPA.
Présentation du thème.

Pierre Laborie, historien, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris.
Histoire des comportements collectifs et usage des catégories. Le double et ses malentendus.

John-Paul Ghobrial, historien, Churchill College, Cambridge
‘Playing double’ at the intersection of three worlds : the fortunes and fantasies of Eastern Christians in the xviith century.

Pascal Julien, historien de l’art, Université de Toulouse-Le Mirail, FRAMESPA
Les artistes français à Rome au  xviie et au xviiie siècle.

Discussion animée par Patrick Cabanel, historien, Université de Toulouse-Le Mirail, laboratoire FRAMESPA.

Pause-déjeuner

14 h 00 – 16 h 30

Dominique Blanc, anthropologue, EHESS, LISST – Centre d'Anthropologie Sociale, Toulouse.
L'exotique est familier. Le paradoxe des instituteurs poètes dans la langue combattue par l'école (France, XIXe-XXe siècles).

Colette Zytnicki, historienne, Université de Toulouse-Le  Mirail, FRAMESPA.
Les « hussards noirs » de l’Alliance Israélite Universelle au Maghreb colonial (fin xixe siècle – début xxe siècle) : des enseignants au confluent de deux cultures.

Sylvie Mouysset, historienne, Université de Toulouse-Le  Mirail, FRAMESPA.
Pierre-Philippe Candy (1759-1829), l’homme qui avait deux plumes.

Discussion animée par Christine Delaplace, historienne, Université de Toulouse-Le Mirail, laboratoire FRAMESPA.


[1] Pour paraphraser le titre de l’ouvrage d’Alexandre Dimov, Les hommes doubles. La vie quotidienne en Union soviétique, Lattes, 1980.

[2] Dans son étude sur l’opinion française sous l’Occupation, Pierre Laborie parle quant à lui du « penser double », caractéristique de l’époque, à ses yeux.

[3] Cf. l’ouvrage de Serge Gruzinski, La pensée métisse, Paris, Fayard, 1999.

[4] Cf. le personnage principal du roman d’Amadou Hampâté Bâ, L’étrange destin de Wangrin ou les roueries d’un interprète africain, 10/18, 1973.

[5]  On peut penser aussi à la Malinche mexicaine, aux « libres de couleur » dans les Antilles du xviiie siècle, aux métis.

Lieux

  • Université Toulouse-Le Mirail, Laboratoire FRAMESPA, Maison de la Recherche, salle A 306
    Toulouse, France

Dates

  • jeudi 07 octobre 2010

Fichiers attachés

Mots-clés

  • double, identités, systèmes culturels,

Contacts

  • Sophie Dulucq
    courriel : dulucq [at] univ-tlse2 [dot] fr
  • Christine Delaplace
    courriel : christine [dot] delaplace [at] unicaen [dot] fr

Source de l'information

  • Sophie Dulucq
    courriel : dulucq [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Être double », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 24 septembre 2010, http://calenda.org/201910