AccueilFaire, défaire les programmes. Coproductions et réceptions des « programmes politiques »

Faire, défaire les programmes. Coproductions et réceptions des « programmes politiques »

Making and Breaking Programs. Co-productions and the Reception of Political Programs

Section thématique 32 du 11e congrès de l'Association française de science politique

Theme Section 32 of the 11th Congress of the Association française de science politique

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Publié le mardi 28 septembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Cette section thématique entend prendre les programmes des partis politiques (et en second lieu de leurs candidats) pour objet d’analyse principale, non pour réifier à travers eux des identités partisanes, mais pour restituer leur épaisseur historique et les envisager comme des éléments du répertoire d’action partisan. À partir d’études de cas précises, soucieuses de contextualiser aussi finement que possible la production et la réception des textes programmatiques, et faisant toute leur place aux pratiques d’écriture et d’interprétation de ceux-ci par de multiples agents, les contributions de cette section auront pour but de questionner ce qu’est un « programme », de restituer les multiples enjeux qui président à leur élaboration, et d’identifier les médiations par lesquelles ils parviennent aux électeurs et sous quelles formes.

Annonce

Quoiqu’ils constituent le cœur de l’offre politique proposée par les partis et soient constamment invoqués et commentés par les candidats en compétition et les analystes, les programmes politiques sont un objet relativement délaissé par la sociologie politique contemporaine. Le souci de privilégier une analyse « par le bas » des partis politiques, attentive aux arrangements institutionnels et aux pratiques réelles des militants, a relégué la vieille analyse doctrinale des programmes à la périphérie et, à l’exception du Comparative Manifesto Project de l’ECPR, qui court depuis 1979, rares sont désormais les projets de recherche à centrer leur attention sur eux. De plus, s’ils ont pris acte du caractère relationnel des thématiques et propositions portées par les partis, et systématisé l’analyse de leur contenu à travers toute une série d’indicateurs statistiques, les travaux contemporains qui leur sont directement consacrés ne considèrent les programmes que sous la forme d’un produit fini, négligeant en amont du texte final son processus de production, et en aval les modalités de sa réception et de ses appropriations.

Durant ses deux séances, cette section thématique entend par conséquent prendre les programmes des partis politiques (et en second lieu de leurs candidats) pour objet d’analyse principale, non pour réifier à travers eux des identités partisanes, mais pour leur restituer leur épaisseur historique et les envisager comme des éléments du répertoire d’action partisan. À partir d’études de cas précises, soucieuses de contextualiser aussi finement que possible la production et la réception des textes programmatiques, et faisant toute leur place aux pratiques d’écriture et d’interprétation de ceux-ci par de multiples agents, les contributions de cette section auront pour but de questionner ce qu’est un « programme », de restituer les multiples enjeux qui président à leur élaboration, et d’identifier les médiations par lesquelles ils parviennent aux électeurs et sous quelles formes. Les propositions pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des trois axes suivants.

Socio-genèses d’une institution

Les programmes politiques invitent tout d’abord à une analyse socio-historique, celle de leur genèse, c’est-à-dire des conditions sociales et politiques de leur invention durant la seconde moitié du XIXe siècle et du processus par lequel ils sont devenus l’expression quasi-obligatoire de l’offre politique. On pourra notamment étudier comment l’invention du programme politique s’articule avec l’universalisation du suffrage et l’extension des marchés politiques qui en résulte. On s’intéressera ainsi aux formes institutionnelles (comités électoraux, partis politiques) au sein desquelles se définissent les premiers programmes et le type de contrat qui, explicitement ou tacitement, se noue à travers elles entre le mandataire et ses électeurs. Les communications devront de même être attentives à la manière dont l’apparition des premiers programmes accompagne l’unification et la nationalisation des marchés politiques, les renouvellements du personnel politique, et leurs conséquences, notamment le recul des relations clientélaires ou d’un contrôle social du vote, ainsi que l’offre de biens politiques plus abstraits (visions du monde, principes généraux, plans de réforme globaux etc.). On pourra dans ce cadre également étudier à travers quelles initiatives politiques, et au prix de quels débats, cette forme de compromis entre la représentation libre et la mandat impératif qu’est le programme politique a pris force d’obligation, devenant une institution à part entière d’un champ politique où la compétition pour les postes prend de plus en plus la forme de luttes symboliques. L’identification de ces mécanismes peut notamment s’appuyer sur la comparaison des chronologies entre différents pays.

Les contributions pourront aussi étudier comment, à mesure que le jeu électoral s’institutionnalise, la forme des programmes se codifie à travers des questions ou thématiques obligées, un canon de « classiques » auxquels on se réfère (le programme de Belleville de Gambetta, le « programme fondamental » de Bad-Godesberg, le Programme commun de 1972, les 110 propositions pour la France de François Mitterrand en 1981 etc.), des procédures routinières de diffusion. Mais on sera également attentif aux variations que ce genre autorise - et même à l’obligation d’innover sur sa forme - qui tendent à brouiller les frontières de l’objet. Ces variations pourront être envisagées à la fois diachroniquement et synchroniquement en mettant en regard la forme programmatique des éléments proches qui le concurrencent ou peuvent se substituer à lui (discours d’investiture d’un candidat, profession de foi, rapport commandé par un premier ministre en vue d’une élection, ouvrage politique etc.) et en se montrant attentifs aux diverses appellations « indigènes » (« projet », « orientations », « engagements » etc. ) par lesquelles les textes de référence d’un parti (ou leurs réappropriation par un candidat) sont désignées, des stratégies qui les inspirent et des significations qui leur sont attachées.

La fabrique des programmes

À partir d’études de cas précises, les communications pourront également rendre compte de la fabrique effective de ces textes au confluent de différents mondes sociaux (politiques, intellectuels, administratifs, associatifs etc.). À travers quelles interactions en vient-on à considérer un ensemble d’écrits ou de discours comme constituant le programme d’un parti, et comment celui-ci est-il réapproprié par ses candidats ? Quels sont les différents agents individuels (professionnels de la politique, militants, intellectuels etc.) ou collectifs (think-tanks, fondations, commissions) qui concourent à la co-production de ces textes en nom collectif que sont les programmes partisans et selon quelles modalités ? Comment l’écriture du programme s’inscrit-elle dans le fonctionnement interne du parti (appel à des personnes extérieures, procédures de validation du texte final) ? Dans quelle mesure les dispositions et capitaux de leurs producteurs se font-ils sentir dans les thématiques abordées et les solutions proposées ?

C’est au sein de ces pratiques effectives d’écriture, et par la description minutieuse des interactions de face à face ou à distance auxquelles elles donnent lieu, qu’on s’efforcera d’identifier comment se font sentir les effets des luttes interpartisanes (stratégies de distinction et d’alliance) aussi bien qu’internes au parti. On tentera également d’observer dans quelle mesure et par quels mécanismes l’écriture des programmes d’un parti se trouve liée par les prises de position antérieures et actions passées de ses membres, et comment certaines thématiques du débat public du moment s’imposent aux producteurs.

Recevoir un programme

Les propositions pourront enfin s’intéresser au processus de diffusion et de réception des programmes politiques. Cela suppose en premier lieu d’étudier les agents (candidats, militants, opposants, journalistes, commentateurs) qui font exister les programmes et leur donnent sens dans et hors du parti par leur travail de mobilisation ou d’interprétation.  Il s’agit ainsi d’étudier en premier lieu comment, à partir du programme officiel du parti, se trouvent produits une multitude de textes seconds. On s’attachera à décrire le travail de filtrage, délibéré ou inconscient, par lequel ces textes seconds sont produits et les supports sur lesquels il s’impriment (tracts, professions de foi de candidats, affiches, discours, articles, blogs etc.). On pourra notamment étudier dans quelle mesure ces conditions matérielles de réception du programme sont anticipées lors de son écriture et comment il en porte la marque au niveau de sa forme, mais aussi de son contenu. 

Alors que l’analyse doxique du vote réduit celui-ci à l’expression d’une opinion politiquement orientée, tacitement identifiée au programme du candidat ou du parti auxquels il a porté sa voix, il s’agira en second lieu de se demander ce que les électeurs savent des programmes et comment ils les décodent. Dans le prolongement des questions précédentes, cela implique d’étudier par quels moyens (presse, télévision, rencontre avec des militants dans les lieux publics, leaders d’opinion au sens de Lazarsfeld, conversations au sein de la famille, entre amis et collègues) et sous quelle forme les programmes parviennent aux électeurs ? Cela suppose également d’identifier les schèmes, éventuellement non politiques, au moyen desquels ils les identifient et les évaluent.

Au-delà de la mobilisation des programmes en direction des électeurs et de la manière dont ces derniers se les approprient se pose la question du marquage du parti et de ses différents représentants qui s’opèrent dans la réception de ces programmes. Cette question se pose tout d’abord au niveau intra partisan : comment les programmes sont-ils mobilisés dans les luttes intrapartisanes et selon quelles logiques (présentation de soi, stigmatisation, construction d’oppositions internes et exclusion etc.) ? Comment ces luttes intrapartisanes affectent-elles en retour l’interprétation de ces programmes ? Elle se pose ensuite au niveau de la compétition interpartisane et des débats qui s’organisent autour des propositions en concurrence. À une échelle temporelle plus longue, ce travail interprétatif s’observe enfin dans la construction des mythologies partisanes par les représentants des partis, les journalistes ou les commentateurs, ainsi que dans les mises en récit historiques qui s’opèrent à un niveau plus académique.

On pourra en dernier lieu s’intéresser à la réception des programmes partisans dans l’action publique, afin d’étudier dans quels mesures les élus sont liées par le programme sur lequel ils ont été élus et à travers quels mécanismes.

Les propositions, d’une page environ, doivent s’appuyer sur des études de cas précises. À l’exception éventuelle de celles qui s’inscriraient davantage dans le premier axe et souhaiteraient pour cela adopter une démarche plus comparative, elles privilégieront l’étude d’un programme politique ou d’un corpus limité de textes programmatiques afin d’étudier minutieusement une ou plusieurs des séquences évoquées dans l’appel. Les propositions doivent mentionner sur quel matériau (archives, enquête ethnographique etc.) l’étude s’appuiera. Les propositions s’appuyant sur des terrains ou des cas étrangers seront particulièrement appréciées.

Les propositions (une page environ) sont à envoyer aux adresses suivantes avant le 15 octobre 2010 :

karim.fertikh@unistra.fr

mathieu.hauchecorne-2@univ-lille2.fr

Lieux

  • Strasbourg, France

Dates

  • vendredi 15 octobre 2010

Mots-clés

  • programme politique, parti, élections, réception

Contacts

  • Mathieu Hauchecorne
    courriel : mathieu [dot] hauchecorne [at] ens [dot] fr

Source de l'information

  • Mathieu Hauchecorne
    courriel : mathieu [dot] hauchecorne [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Faire, défaire les programmes. Coproductions et réceptions des « programmes politiques » », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 septembre 2010, http://calenda.org/201935