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De la collection aux archives : prises en faux

Archives and Collections at Work: Forged Scenes

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Publié le lundi 04 octobre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Comment le faux opère-t-il dans la collection ? De nombreux travaux ont montré l'intimité qui s'est établie entre la forgerie et la critique : procédures d'authentification et fabrications de faux s'informent ainsi réciproquement dans une collaboration, fût-elle involontaire, entre les faussaires et les « authentificateurs »[1]. La fabrique du faux s'appuie également sur les critères d'authenticité élaborés par les collectionneurs, et plus encore, sur ce que Bessy et Chateauraynaud ont appelé « l'effet de collection ». Ces derniers soulignent ainsi à propos des collections d'art comment « les faussaires imaginent les manques, créent des variantes, produisent des périodes, des thèmes, des paysages ou des portraits qui n'ont jamais été peints par l'artiste original : ils retournent la collection contre elle-même en la faisant douter de sa complétude[2] ». En somme, le faux révèle ainsi à rebours les modalités opératoires du geste collectionneur : éclectisme, désir de complétude et mise en série relevant de l'arbitraire du collectionneur fondent aussi bien la collection que la possibilité de sa contrefaçon.

Annonce

Programme / Program

21 & 22 octobre



Contributions présentées / Paper Presentations

  • 
Naby Avcıoğlu (Columbia University’s Global Center / Institut d’Études Politiques – Paris) — Pseudo-morphology of an ‘Ottoman’ album or archival guff?

  • Stefanie Baumann (Université Paris VIII – Paris) — On hysterical documents. How Walid Raad’s project "The Atlas Group Archives" approaches the notions of authenticity, documents and the archive

  • Sinan Çetin (Bilgi Üniversitesi – Istanbul) — Ambiguity of bibliography on books in Ottoman Turkish: Özege and the materiality of collecting books
  • Christine Jungen (Centre National de la Recherche Scientifique – Paris) — Altérations à la marge : l'émergence du faux dans les interstices d'un document

  • Clara Lamireau (École des Hautes Études en Sciences Sociales / Orange Labs – Paris) — Réparation et maintenance des prières écrites dans les églises catholiques parisiennes: la fabrication des cahiers d'intentions

  • Adam Mestyan (Central European University – Budapest) — The Shape of the fake – Archival narratives and digital images

  • Arzu Öztürkmen (Boğaziçi Üniversitesi – Istanbul)
— Between folklore archives and historical ethnography: Skepticism on orality in historical writing

Commentaires et discussion / Discussants

  • 
Marc Aymes (Centre National de la Recherche Scientifique – Paris)

  • Francis Chateauraynaud (Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales – Paris)
  • 
Benoît Fliche (Centre National de la Recherche Scientifique – Paris / Institut Français d’Études Anatoliennes – Istanbul)
  • Cengiz Kırlı (Boğaziçi Üniversitesi – Istanbul)
Yael Navaro-Yashin (University of Cambridge – Cambridge)
De la collection aux archives : prises en faux
Comment le faux opère-t-il dans la collection ? De nombreux travaux ont montré l'intimité qui s'est établie entre la forgerie et la critique : procédures d'authentification et fabrications de faux s'informent ainsi réciproquement dans une collaboration, fût-elle involontaire, entre les faussaires et les « authentificateurs »[1]. La fabrique du faux s'appuie également sur les critères d'authenticité élaborés par les collectionneurs, et plus encore, sur ce que Bessy et Chateauraynaud ont appelé « l'effet de collection ». Ces derniers soulignent ainsi à propos des collections d'art comment « les faussaires imaginent les manques, créent des variantes, produisent des périodes, des thèmes, des paysages ou des portraits qui n'ont jamais été peints par l'artiste original : ils retournent la collection contre elle-même en la faisant douter de sa complétude[2] ». En somme, le faux révèle ainsi à rebours les modalités opératoires du geste collectionneur : éclectisme, désir de complétude et mise en série relevant de l'arbitraire du collectionneur fondent aussi bien la collection que la possibilité de sa contrefaçon.

La constitution d'un fonds d'archives s'oppose en principe radicalement à la démarche du collectionneur. Alors que la collection procède d'une intention, d'une recherche, d'un choix d'un ensemble d'objets, le fonds d'archives est a priori le produit non pas d'une quête mais d'une réception, non pas d'un choix mais d'un tri (voire même d'une destruction afférente au travail de tri) : le document d'archives a dans ce cadre pour caractéristique d'exister dans son contexte de production puis de réception au sein d'un fonds, alors que l'objet de collection parvient à l'existence dans le geste collectionneur lui attribuant une similarité, ou une caractéristique commune avec les autres objets collectionnés.
La distinction entre archives et collection perd toutefois rapidement de sa netteté quand l'on observe des démarches de rassemblements de fonds d'archives, à l'instar de ce qui se passe par exemple dans nombre de pays du Moyen et Proche-Orient où de véritables collections de fonds d'archives sont instituées : collection de documents sur la guerre au Liban, collecte d'archives orales palestiniennes, collecte des registres des mahakim shara‘i en Jordanie, etc. Fonds d'archives et collections se rejoignent par ailleurs dans le souci de la mise en série, de l'authenticité, voire de la bienséance (ou de la convenance), aussi bien esthétique que morale d'un objet au sein d'une série. On pourrait ainsi évoquer à propos des archives un « effet de collection », qui, de la même manière, permet au falsificateur d'opérer sur l'absence (et le désir d'y pallier) et la mise en série (et ses caractéristiques matérielles et temporelles).
En partant de l'hypothèse que les archives relèvent du même effet de collection que d'autres rassemblements d'objets institués en collections proprement dites, nous interrogerons ici les productions de faux, et les falsifications comme révélateurs (quasiment au sens photographique) des modalités opératoires fondant le régime archivistique : quels sont les critères d'adéquation, de convenance, de ressemblance, de référence sur lesquels le falsificateur opère ? Nous nous intéresserons aussi bien à l'émergence du faux comme falsification intentionnelle et avérée qu'à l'ensemble des incertitudes que génère l'effet de collection : comment traiter un objet unique, un hapax ? Jusqu'où peut-on transformer un document, effectuer des modifications sans le falsifier ? Comment le faux fait-il opérer les registres d'autorité et de contingence ? Nous chercherons ici à identifier comment la collection produit dans ses marges et dans ses interstices — mais aussi, peut-être, en son principe — un ensemble d'opérations relevant du faux, allant de la falsification à la tromperie ou à l'illusion, et qui visent aussi bien à produire qu'à domestiquer le faux et ses variations.

[1] Voir en particulier Anthony Grafton, Faussaires et critiques. Créativité et duplicité chez les érudits occidentaux, Paris, Les Belles Lettres, 1993.
[2] Christian Bessy, Francis Chateauraynaud. Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception, Paris, Métailié, 1995, p. 131.

Lieux

  • Université du Bosphore, Bebek
    Istanbul, Turquie

Dates

  • jeudi 21 octobre 2010
  • vendredi 22 octobre 2010

Mots-clés

  • archives, documents, digital image

Contacts

  • Pinar Niyego
    courriel : pinar [dot] dost [at] ifea-istanbul [dot] net

Source de l'information

  • Pinar Niyego
    courriel : pinar [dot] dost [at] ifea-istanbul [dot] net

Pour citer cette annonce

« De la collection aux archives : prises en faux », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 04 octobre 2010, http://calenda.org/202007