AccueilConflits de proximité et dynamiques urbaines. Lectures latino-américaines

Conflits de proximité et dynamiques urbaines. Lectures latino-américaines

Conflicts of Proximity and Urban Dynamics. Latin-American Readings

Géocarrefour (année 2011)

Géocarrefour (2011)

*  *  *

Publié le mercredi 06 octobre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Ce numéro thématique propose d’interroger les relations entre dynamiques urbaines et actions publiques dans les villes latino-américaines à partir de l’analyse de situations de conflits et de mobilisations locales. Qualifiées de conflits urbains, territoriaux, patrimoniaux ou environnementaux, ces situations, qui produisent des débats et controverses sur le devenir de sous-ensembles urbains, sont devenues en France comme en Amérique latine des objets pour la géographie et les sciences sociales préoccupées de saisir les modalités de construction sociale des questions urbaines, environnementales et patrimoniales. Nous proposons d’utiliser la notion de conflits de proximité pour décrire des situations mettant en jeu des résidents mobilisés pour le contrôle de leur espace proche. Ce numéro thématique de Géocarrefour privilégiera trois entrées centrées sur la productivité territoriale, juridique et politique des conflits de proximité.

Annonce


Conflicts of Proximity and Urban Dynamics. Latin-American Readings

English Version : see Attached file

Conflictos de proximidad y dinámicas urbanas

pour la version espagnole voir fichier joint

Conflits de proximité et dynamiques urbaines. Lectures latino-américaines

Ce numéro thématique propose d’interroger les relations entre dynamiques urbaines et actions publiques dans les villes latino-américaines à partir de l’analyse de situations de conflits et de mobilisations locales. Des groupes se mobilisent pour tenter de peser sur les conditions de coexistence entre différents usages de l’espace, sur la définition de biens communs territorialisés (patrimoine, environnement, espaces publics), sur les modalités de localisations d’activités ou d’infrastructures, l’organisation des services urbains (eaux, transports, déchets) et plus généralement pour demander l’amélioration de leur condition et cadre de vie. Avec des intensités et des portées différentes selon les contextes nationaux, ces mobilisations peuvent se traduire par l’abandon ou la modification de projets, la mise en place d’instances de concertation.  

Qualifiées de conflits urbains, territoriaux, patrimoniaux ou environnementaux, ces situations, qui produisent des débats et controverses sur le devenir de sous-ensembles urbains, sont devenues en France comme en Amérique Latine des objets pour la géographie et les sciences sociales préoccupées de saisir les modalités de construction sociale des questions urbaines, environnementales et patrimoniales (Duhau, Giglia, 2008 ; Melé et al., 2003 ; Sabatini 1997 ; Torre et Kirat, 2008). Si l’habitude a été prise de dénommer ces situations d’action collective « conflits », on observe, le plus souvent, un continuum entre moments de mobilisation, d’opposition ou de participation marqués par des niveaux de tension et de confrontation différents. Des instances de concertations sont souvent rapidement mises en place pour tenter de (re)construire les conditions de l’assentiment, alors même que la mobilisation peut se poursuivre et que les stratégies de troubles à l’ordre public sont plus ou moins fermement réprimées (Melé, 2008).

Nous proposons d’utiliser la notion de conflits de proximité pour décrire des situations mettant en jeu des résidents mobilisés pour le contrôle de leur espace proche. Toutefois, il ne s’agit pas seulement de compétitions pour l’usage de l’espace. La multiplication de ces controverses semble caractériser une mutation de la perception des incertitudes, des inégalités environnementales et des risques (Sénécal, 2005). Ce vocabulaire n’implique pas nécessairement une référence à l’école de la proximité en économie ni de considérer le « proche » comme susceptible d’une délimitation territoriale ou d’une mesure objective par le chercheur. La définition de la proximité que nous retenons est celle donnée par les résidents ou usagers lorsqu’ils affirment qu’un projet, une activité, une pratique affecte leur « environnement ».

Les villes latino-américaines constituent un cadre particulièrement intéressant pour l’analyse de ces situations : à cause de l’ampleur des problèmes urbains, de la rapidité des mutations des usages des espaces urbains ou péri-urbains, des difficultés des politiques urbaines à contrôler les modalités de l’urbanisation. Mais aussi car l’Amérique Latine contemporaine est celle du retour généralisé à la démocratie, de la décentralisation, de l’intensité des luttes politiques locales, des expériences de gouvernance urbaine participative et du renforcement des cadres juridiques de l’action publique urbaine, patrimoniale ou environnementale.

Dans le contexte latino-américain, la littérature scientifique analyse ces situations le plus souvent comme (nouveaux) mouvements sociaux, comme forme de résistance de communautés locales, comme modalités de production d’une société civile organisée et d’accès à la citoyenneté ou comme des demandes de la reconnaissance de droits (au logement, à l’environnement, de groupes minoritaires). D’autres travaux soulignent le rôle des modalités traditionnelles de lutte entre groupes politiques utilisant l’encadrement clientélaire de populations urbaines défavorisées, la place des femmes dans ces mouvements, ou mobilisent des interprétations en terme de NIMBY pour caractériser les tendances aux replis sur l’espace de la résidence des couches moyennes ou aisées. Le plus souvent les chercheurs s’intéressent à identifier des causes des situations de conflit ou à proposer des solutions pour tenter de les réduire.

Nous proposons d’adopter une perspective différente, qui considère le conflit non pas un dysfonctionnement mais comme une modalité de relations entre groupes, entre les résidents et les pouvoirs publics dont il s’agit ici d’analyser les spécificités latino-américaines. Ce numéro thématique de Géocarrefour privilégiera trois entrées centrées sur la productivité territoriale, juridique et politique des conflits de proximité [1] :

La productivité territoriale des conflits de proximité

Si les conflits peuvent être analysés comme des révélateurs des modalités d’ancrages de groupes locaux, il est aussi possible de les considérer comme une forme de territorialisation parce qu’ils produisent des groupes, conscients d’une solidarité de destin reposant sur leur inscription spatiale. Les collectifs mobilisés s’approprient matériellement, par la vigilance qu’ils proclament, et idéellement, par un travail de nomination et de valorisation, un espace. Les réseaux d’habitants mettant en œuvre une action collective pratiquent une sociabilité à fort ancrage spatial constitutive de territorialité. Les habitants mobilisés, mettent en avant, pour défendre leur position, des qualités, valeurs de l’espace concerné, et effectuent ainsi un travail de production d’une certaine représentation de leur espace résidentiel. Cette production/promotion du territoire vient renforcer la territorialité spécifique produite par l’action collective. Mais il s’agit aussi d’un processus de territorialisation dans une autre acception du terme, qui implique la confrontation des habitants mobilisés aux modes de spatialisation de l’action publique (zonage, espaces protégés).

La productivité juridique des conflits de proximité

Le droit joue un rôle important dans les conflits de proximité, non seulement comme ressource mais aussi comme cadre cognitif. Certes, il ouvre un canal pour la juridiciarisation des différends. Dans de nombreux contextes nationaux latino-américains, on assiste à un renforcement de la place des instances judiciaires. Mais même en dehors de toute plainte ou recours, celui-ci contribue à construire des attentes, à déterminer des positions et constitue une ressource argumentative. De nombreux pays d’Amérique Latine ont été marqués depuis les années 1990 par une transition juridique impliquant des réformes urbaines et un renforcement du cadre de l’action publique environnementale (Azuela, 2006). Les habitants mobilisés présentent souvent leur action comme une demande d’effectivité des normes juridiques et aspirent à une adaptation locale de l’ordre juridique (Bassols, Melé 2001). Dans certains contextes, ils tentent de lutter pour la reconnaissance de nouveaux droits ou pour une juridicisation plus fine des activités. Par ailleurs, les différentes filières illégales de production d’espace urbain, constituent des contextes spécifiques de régulation, les habitants de ces espaces peuvent tenter de négocier différentes formes de légitimation ou régularisation dans le cadre de stratégies de mobilisations ou de résistances à de projets publics (Fernandes, Varley, 1998).

La productivité politique des conflits de proximité

Par leur existence même comme scène de débat, par leur capacité de porter des controverses sur l’espace public médiatique ou par la mise en œuvre d’instances ad-hoc de négociation de l’assentiment, les conflits contribuent à la production de ce qu’Alberto Melucci (Melucci 1999) propose d’appeler un espace public intermédiaire, nouvelle forme d’espace politique dont la fonction n’est pas d’institutionnaliser les conflits mais de construire les conditions de la prise en compte de leur discours et leur transformation en décisions politiques. Les mobilisations, conflits et leur prise en compte par l’action publique peuvent être dans certains cas être analysés comme une expérience collective de co-production de l’intérêt général, dans d’autres cas ceux-ci peuvent se heurter à une fermeture des pouvoirs publics.

Plus largement ce numéro a pour objectif, dans le contexte des villes latino-américaines, de contribuer à la diffusion d’une réflexion sur les effets des situations de conflits. Les propositions d’articles pourront porter sur d’autres interprétations de la productivité des conflits.

Délais et consignes

Les auteurs peuvent communiquer avec Patrice Melé, patrice.mele@univ-tours.fr, coordinateur du numéro, pour signaler leur intérêt et poser toute question scientifique en lien avec ce texte.

Conformément à notre nouvelle procédure de soumission, les articles seront déposés sur notre interface en ligne au plus tard au 30 avril 2011 (http://manuscrits.revues.org/index.php/geocarrefour).

Ils pourront être rédigés en français ou en anglais. Des textes en espagnol pourront être soumis mais leur publication ne pourra se faire qu’en français ou en anglais et l’organisation et le coût de la traduction est de la responsabilité de l’auteur. D’un volume optimum de 40 000 signes, espaces compris (la rédaction se réservant la possibilité de rejeter les articles dépassant 60 000 signes), ils respecteront les normes de la revue indiquées sur le site (http://geocarrefour.revues.org/index1017.html). Les articles seront évalués en double aveugle par le comité de lecture. Les auteurs recevront notification de la décision (et des instructions de correction) le 15 septembre 2011 au plus tard.

Bibliographie

Azuela A., 2006, Visionarios y pragmáticos : Una aproximación sociológica al derecho ambiental, México, IIS/UNAM, 537 p.

Bassols, M., Melé, P. (dir.), 2001, Medio ambiente, ciudad y orden jurídico, México : UAM, Miguel Angel Porrua, 420 p.

Duhau E., Giglia, A., 2008, Las reglas del desorden : habitar la metrópoli : la ciudad de México a principio del siglo XXI (Mexico : Siglo XXI, UAM Azcatpozalco) 576 p..

Fernandes E., Varley A. (dir.), 1998, Illegal Cities : Law and Urban Change in Developing Countries, Londres : Zed Books, 280 p.

Melé P., 2008, Conflits et controverses : de nouvelles scènes de production territoriale ?, dans, I. Garat, R. Séchet, D. Zeneidi (dir.), Espaces en (trans)action, Rennes, PUR,, p. 239-250.

Melé P. , Larrue C., Rosemberg M. (dir.), 2003, Conflits et territoires, Tours, PUFR, 224 p.

Melucci, A., 1999, Acción colectiva, vida cotidiana y democracia, Mexico, El Colegio de Mexico, 260 p.

Sabatini, F., 1997, Conflictos ambientales y desarrollo sustentable de las regiones urbanas [versión electrónica]., Eure, XXIII (68), p. 77-91.

Sénécal G., 2005, Conflits de proximité et coopération, une géographie des acteurs et des interactions sociales, Cahiers de géographie du Québec, 49 (138), p. 277-285.

Torre A., Kirat T., (dir.), 2008, Territoires de conflits, analyses des mutations de l’occupation de l’espace, Paris, L’Harmattan, 322 p.

Notes

[1]  La notion de productivité est ici utilisée au sens de « faculté de produire ». Il s’agit donc de s’intéresser au caractère productif des situations de conflits en focalisant l’attention sur les dimensions territoriales, juridiques et politiques de leurs effets.

Dates

  • samedi 30 avril 2011

Mots-clés

  • Amérique latine, urbanisme, conflits, géographie politique

Contacts

  • Patrice Melé
    courriel : patrice [dot] mele [at] univ-tours [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Eric Verdeil
    courriel : eric [dot] verdeil [at] normalesup [dot] org

Pour citer cette annonce

« Conflits de proximité et dynamiques urbaines. Lectures latino-américaines », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 06 octobre 2010, http://calenda.org/202032