AccueilLes sciences sociales à l'épreuve de Spinoza

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Publié le mercredi 13 octobre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Au moment où plusieurs travaux mettent en évidence la fécondité du dialogue entre la pensée de Spinoza et les sciences sociales (on pense notamment au colloque « Spinoza et les sciences sociales » du 9 avril 2005 et au livre collectif Spinoza et les sciences sociales dirigé par Yves Citton et Frédéric Lordon), cette journée d’études s'attache plus particulièrement à explorer la fonction critique de ce dialogue. Il s'agit donc de mettre les ressources de la philosophie classique au service d'une élucidation critique de certains présupposés théoriques des travaux en sciences sociales : l’anthropologie, la sociologie, la science politique, l’économie, la psychanalyse, etc...

Annonce

Attention

En raison du mouvement social actuel, la journée d'études est reportée. La nouvelle date sera communiquée ultérieurement.

Au moment où plusieurs travaux mettent en évidence la fécondité du dialogue entre la pensée de Spinoza et les sciences sociales (on pense notamment au colloque « Spinoza et les sciences sociales » du 9 avril 2005 et au livre collectif Spinoza et les sciences sociales dirigé par Yves Citton et Frédéric Lordon), cette journée d’études s'attache plus particulièrement à explorer la fonction critique de ce dialogue. Il s'agit donc de mettre les ressources de la philosophie classique au service d'une élucidation critique de certains présupposés théoriques des travaux en sciences sociales : l’anthropologie, la sociologie, la science politique, l’économie, la psychanalyse, etc...

Ce dialogue critique sera organisé selon deux axes transversaux : la matinée se penchera plus spécifiquement sur les logiques de socialisation, le rapport de l'individu au collectif. Ici le dialogue avec l'anthropologie et la psychanalyse sera privilégié. L'après-midi sera consacrée à l'élucidation de la relation que les institutions et les passions entretiennent. Si l'on peut concevoir que les institutions politiques donnent forme, une forme viable, au jeu des passions, la lecture spinoziste permet d'interroger la manière dont les passions "informent" les institutions, c'est-à-dire, comment ces passions peuvent les faire naître et comment la vie des institutions même se trouve conditionnée par ce jeu des passions.

Cette journée d'études est organisée par le département de philosophie de l'Université François-Rabelais de Tours et le laboratoire Sophiapol (Paris Ouest Nanterre La Défense), avec le soutien de l'Ecole Doctorale 139.
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vendredi 22 octobre 2010 de 10h30 à 18h30

Lieu :
Université François Rabelais de Tours
Site François Clouet
Salle : Auditorium
5, Rue François-Clouet TOURS
37000 TOURS
téléphone du département de philosophie : 02.47.36.77.20
Plan des sites de l'Université (cliquer sur "département de musicologie" sur le plan)

Organisation et contacts :
laurent.gerbier@sfr.fr
eva.debray@gmail.com

MATINEE : Comment définir le "collectif " ?

Président de séance : Frédéric Lordon

10h30-10h45 : Introduction à la journée

10h45-11h45 : Kim Sang ONG-VAN-CUNG (Univ. de Poitiers), « Comment comprendre le désir d’être comme désir constitutif de l’homme ? Spinoza et Butler »

11h45-12h45 : Pierre-François MOREAU (ENS Lyon) : « Peut-on parler d'une anthropologie culturelle chez Spinoza ? »

pause déjeuner

APRES-MIDI : Les institutions au prisme de la logique des passions

Président de séance : Laurent Gerbier

14h30-15h30 : Frédéric LORDON (CNRS, CESSP-CSE, Univ. Paris 1) : « La science sociale comme scientia affectuum »

15h30-16h30 : Eva DEBRAY (Univ. Paris Ouest, Tours) : « L'imitation des sentiments : une critique spinoziste de l'approche de René Girard »

pause café

17h00-18h00 : Christophe MIQUEU (IUFM Bordeaux): « Des luttes sociales en démocratie, Pettit face à Spinoza : de la contestation au conflit »

Présentations des interventions :

Comment comprendre le désir d’être comme désir constitutif de l’homme ? Spinoza et Butler

Kim Sang Ong-Van-Cung

Je propose une lecture de l’étude de Judith Butler, « The Desire to Live: Spinoza’s Ethics Under Pressure », dans Politics and the Passion (1500-1850), V. Kahn, N. Sacamano, D. Coli eds., Princeton University Press, 2006. Je voudrais envisager comment le conatus est interprété par Butler, et déjà par Althusser, comme désir de persévérer dans son être qui doit être entendu comme un désir d’être socialement assigné, et d’avoir une identité sociale reconnaissable. Le conatus permet en effet de rendre compte de l’attachement inconscient des hommes à leur servitude, mais il illustre aussi de la puissance d’agir collective.
Je voudrais montrer sur quoi butte l’interprétation butlérienne du conatus quand elle veut rendre compte de la puissance d’agir (agency) des sujets sociaux. Cela me permettra de me demander quel concept de sujet social peut être présent dans les textes de Spinoza et comment il doit être pensé et, si pour le penser, le conatus ne doit pas plutôt être relayé par la richesse de la notion d’affects sociaux. La question de l’imitation des affects sera comparée au processus identificatoires, à la fois psychiques et sociaux, dans la psychanalyse.

Peut-on parler d’une anthropologie culturelle chez Spinoza ?

Pierre-François Moreau

Au croisement de l’anthropologie et de la psychanalyse, le culturalisme de Linton et Kardiner a diffusé au XXe siècle l’idée que chaque culture produit la personnalité des individus qui y naissent et y sont éduqués. Le regard de Spinoza sur l’ingenium de chaque nation pose des questions à la fois sur la spécificité de chaque peuple, sur le caractère durable de cette configuration, et sur la façon dont les individus sont façonnés par cet ingenium. Comment une telle problématique est-elle possible dans une philosophie qui affirme que “la nature ne crée pas de peuples” ?

La science sociale comme scientia affectuum

Frédéric Lordon

Après les avoir soigneusement tenues à l’écart, pour des raisons qui leur étaient à chacune propres, les sciences sociales s’intéressent à nouveau aux « émotions » – et, quitte à reprendre une figure un peu usée (à force d’avoir servi), il est possible que les sciences sociales soient à la veille d’un « tournant passionnel ». Le virage est cependant négocié dans une certaine approximation conceptuelle, comme en témoigne le flottement des définitions de sa catégorie centrale, à savoir les « émotions ». Renvoyant au même ordre de phénomènes, la philosophie de Spinoza offre, notamment autour du doublet conceptuel « conatus-affect », un cadre théorique très rigoureusement construit et très susceptible d’être mis au travail sur les objets propres des sciences sociales. Le monde social-historique n’est alors pas autre chose que le déploiement de la vie passionnelle collective en ses mises en forme institutionnelles. Et la science sociale n’est pas autre chose en dernière analyse qu’une scientia affectuum. Une telle science sociale (spinoziste) tient alors à l’affirmation de quatre principes :

1) le conatus est la force motrice fondamentale dans le monde social-historique (ou, pour mieux dire, dans la partie social-historique de la nature), la raison même pour laquelle il se passe quelque chose plutôt que rien
2) les affects sont les pilotes du jeu des puissances, il n’est donc pas de phénomène du monde social qui ne renvoie à un certain jeu d’affects et qui ne puisse (et ne doive) être analysé en ces termes
3) les affects sont toujours informés par les institutions et les structures
4) institutions et structures peuvent elles-mêmes être analysées comme des formations affectives collectives.

À défaut de montrer une science sociale spinoziste au travail sur des objets particuliers (comme la monnaie, ou le rapport salarial par exemple), il sera au moins possible de montrer comment sa perspective propre l’aide déjà à se tirer de toute une série d’antinomies improductives comme : le rationnel vs. le passionnel, l’idéel vs. le matériel, ou bien structure vs. agence.

L'imitation des sentiments : une critique spinoziste de l'approche de René Girard

Eva Debray

René Girard a affirmé que, jusqu'à lui, aucun philosophe n'avait vu l'importance à accorder au principe d'imitation, plus spécifiquement au principe d’imitation du désir, pour comprendre les comportements individuels et la logique des relations interhumaines. On ne peut dès lors qu’être frappés par les fortes convergences que présentent les analyses proposées par Girard et celles développées par Spinoza dans le troisième livre de l'Ethique et dans le Traité politique. On constate en effet tout d’abord une forte convergente quant à la fonction qu’ils attribuent tous deux à ce principe d’imitation. Ce principe leur permet notamment de remettre en cause  deux forts présupposés théoriques encore prégnants dans le champ des sciences sociales : d’une part, une conception atomiste du social, selon laquelle notre relation à autrui n’entrerait nullement en compte dans la détermination de nos actions, si ce n’est par un calcul d’intérêt ; d’autre part, l'hypothèse contractualiste de l'origine de l'ordre social. En effet, ce principe d’imitation joue un rôle majeur dans leur critique de cette hypothèse, dans la mesure où il leur permet de montrer comment des institutions régulatrices peuvent naître du seul jeu des passions, et non d'un accord volontaire issu de la raison. Par ailleurs, ces convergences se révèlent également dans le détail de leurs analyses sur les effets de ce principe d’imitation : ces auteurs placent par exemple tous les deux à l’origine de l’ordre social un mécanisme de « lynchage collectif ».

Malgré ces convergences, on s’attachera à mettre en lumière les divergences entre ces deux conceptions, et plus précisément les faiblesses de la conception girardienne de l’imitation, qu’une lecture de Spinoza permet de révéler : on se penchera tout d'abord sur la description des relations interhumaines que Girard déduit du principe d’imitation. On montrera que Girard occulte les effets de coopération produits par l’imitation, et ce, en raison d’une conception pauvre du désir et d’une absence d’investigation sur les fondements de l’imitation des sentiments. Dans un second temps, on pointera une difficulté présente dans l'explication girardienne du phénomène du lynchage collectif. Ici encore une investigation sur les fondements de l'imitation des sentiments, telle qu'elle est menée par Spinoza, nous semble être une voie permettant de sortir de l'impasse girardienne.

Des luttes sociales en démocratie. Pettit face à Spinoza : de la contestation au conflit

Christophe Miqueu

Spinoza appartient à sa manière à la tradition républicaine, dont Pettit a bien montré comment elle structurait toute une partie de la pensée occidentale concernant la liberté commune. Mais à la différence du républicain Pettit, le républicain Spinoza n’a pas connu le tournant délibératif et sa conception rationalisante de l’articulation entre l’individu et la communauté. Confronter Spinoza et Pettit permet alors de mettre en tension le néorépublicanisme encore imprégné de l’idéal anthropologique rationnel issu des républicains anglais et de repenser la démocratie dans sa dimension fondamentalement agonistique et passionnelle. L’enjeu pour Spinoza n’est pas d’autoriser la possibilité de la contestation pour garantir l’idéal de non-domination. Il est de montrer que l’espace démocratique, comme tout espace politique, est un espace de luttes avant d’être un espace de débats. Avant toute recherche de consensus existe le dissensus dans la communauté politique. C’est alors la notion spinoziste de multitude qui se met à jouer un rôle central, y compris dans la réflexion institutionnelle, en tant qu’agent collectif du politique primant sur l’individu qui se croit capable de loi et de consentement.

Lieux

  • 5 rue François Clouet
    Tours, France

Dates

  • vendredi 22 octobre 2010

Mots-clés

  • Spinoza, sciences sociales, anthropologie, institutions, passions, collectif

Contacts

  • Eva Debray
    courriel : eva [dot] debray [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Eva Debray
    courriel : eva [dot] debray [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les sciences sociales à l'épreuve de Spinoza », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 13 octobre 2010, http://calenda.org/202095