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The Shapes of Waiting

Les formes de l'attente

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Publié le lundi 18 octobre 2010 par Karim Hammou

Résumé

Appel à contributions consacrées à « l'attente ». On passe sa vie à attendre. Rien de moins neutre en vérité que les périodes d’attente, ces intervalles étranges apparemment sans histoire. Qu’est-ce qui se joue dans ces stases où le temps est comme suspendu ? Quelles sont les formes historiques de l’attente ? Quelles en sont les formes non-occidentales ? Comment penser l’attente au sein d’autres systèmes temporels, moins « progressistes » que le nôtre ? Existe-t-il des sociétés sans attente ? Quelles autres conceptions de l’attente, peut-être plus positives, nous permettent-elles d’entrevoir ? Quels sont les lieux, les formes et les espaces de, l’attente ayant récemment émergés ? Textes finaux attendus pour fin janvier 2011.

Annonce

« L’attente est une des manières privilégiées d’éprouver le pouvoir, et le lien entre le temps et le pouvoir – et il faudrait recenser, et soumettre à l’analyse, toutes les conduites associées à l’exercice d’un pouvoir sur le temps des autres, tant du côté du puissant (renvoyer à plus tard, lanterner, faire attendre, différer, temporiser, surseoir, remettre, arriver en retard, ou, à l’inverse, précipiter, prendre de court) que du côté du « patient », comme on le dit dans l’univers médical, un des lieux par excellence de l’attente anxieuse et impuissante. »

Pierre Bourdieu, « L’être social, le temps et le sens de l’existence », in Méditations pascaliennes, Paris, Seuil-Points, 2003, pp. 328-329.

On passe sa vie à attendre : le week-end, les vacances, la retraite, la mort, la fin des temps ou le prince charmant.

Qu’est-ce qui se joue dans ces stases où le temps est comme suspendu ? Rien de moins neutre en vérité que les périodes d’attente, ces intervalles étranges apparemment sans histoire. L’attente, c’est tout à la fois la mise en tension des temps (du latin attendere : tendre vers, porter son attention à) et la face cachée de l’événement, puisqu’on ne saurait attendre ce qui adviendra avec certitude et régularité : la prochaine heure ou la prochaine seconde ne sont objets d’attente que si nous leur associons un sens particulier, une valeur singulière.

Comment penser les usages de l’attente ? « Faire attendre : prérogative de tout pouvoir », nous rappelle Roland Barthes2. Des antichambres de Versailles aux centres d’attente pour demandeurs d’asile, l’analyse des usages de l’attente s’est longtemps focalisée sur le rôle qu’ils jouent dans les mécanismes d’oppression. Plus encore, lorsque Nietzsche critique l’espérance monothéiste, lorsque Georges Bataille s’oppose à la suspension des temps et des désirs par le travail, c’est la place de l’attente dans les structures même du monde occidental qui est remise en cause. Face à ce constat, de nombreuses formes de résistance ont placé le rejet de l’attente au cœur de leur démarche. Le no future des punks doit aussi se lire comme la revendication éruptive d’un ici et maintenant (à l’attente opposer l’attentat).
Quelles sont les formes artistiques, politiques et pratiques de ce rejet de l’attente ? Conservent-elles une actualité ? Comment peuvent-elles / sont-elles dépassées ?

Quelles expériences de l’attente ? La dimension relationnelle de l’attente est ici fondamentale : s’attendre à quelque chose, attendre quelqu’un, faire attendre, sont autant d’expériences ordinaires (ou extraordinaires, que l’on pense au condamné à mort) dont chacun est capable de mesurer la complexité. Après avoir longtemps pensé l’attente du côté du pouvoir, c’est peut-être le moment de penser l’attente depuis le « patient ».

Un objet d’histoire ? En conclusion à son ouvrage Mazagão. La ville qui traversa l’atlantique, Laurent Vidal pose les bases d’une histoire sociale de l’attente. Faire de l’attente un objet d’histoire, penser les singularités historiques ou micro-historiques liées à ces moments transitoires, est un geste méthodologique fort : non seulement il empêche de considérer l’attente uniquement comme une passivité immobile et soumise, mais il invite aussi à traquer le devenir, les véritables événements qui adviennent jusque dans ces interstices temporels, en apparence insignifiants.

Ce sujet est encore une vaste friche, dont les bornes les plus élémentaires sont sans doute encore à définir. Nous souhaiterions pour notre part être attentifs aux questions suivantes :

  • Quelles sont les formes historiques de l’attente ? Jacques Le Goff affirme que le judaïsme et le christianisme ont imposé l’attente (messianique) aux sociétés méditerranéennes. Cette hypothèse est-elle toujours valable ? Si oui, quel était le statut de l’attente dans les sociétés pré-monothéistes ?
  • Quelles en sont les formes non-occidentales ? Comment penser l’attente au sein d’autres systèmes temporels, moins linéaires, moins « progressistes » que le nôtre ?
  • D’ailleurs existe-t-il des sociétés sans attente ? Quelles autres conceptions de l’attente, peut-être plus positives, nous permettent-elles d’entrevoir ?
  • Quels sont les lieux, les formes et les espaces de l’attente ayant récemment émergés ?

Evidemment, à l’heure de la compétitivité généralisée et de la rationalisation maximale des existences, recourir à des objets historiques ou ethnographiques, réinterroger l’« attente » dans ses différentes dimensions (techniques, phénoménologiques, politiques, philosophiques), c’est surtout tenter de faire vaciller les fondements d’une temporalité occidentale, par trop naturalisée et hégémonique.    

Pour répondre à ce dossier, les contributeurs sont encouragés à exploiter toutes les ressources d’une édition en ligne, extraits sonores, vidéo, images, liens hyper-textes.

Les éditions papiers étant fermement indisciplinées, toutes les formes de participation sont les bienvenues, qu’elles soient scientifiques, littéraires, artistiques ou autres (sans qu’aucun critère quantitatif n’entre en compte).

Textes finaux attendus pour fin janvier 2011.  

Contact : editionspapiers@simpleappareil.org ou dittmar@ehess.fr

Dates

  • dimanche 30 janvier 2011

Mots-clés

  • attente, pouvoir, temporalité, art, devenir

Contacts

  • Dittmar #
    courriel : dittmar [at] ehess [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Pierre-Olivier Dittmar
    courriel : pierre-olivier [dot] dittmar [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Attente / Attentat », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 18 octobre 2010, http://calenda.org/202104