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Bernard Charbonneau : habiter la terre

Bernard Charbonneau: Dwelling on Earth

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Publié le lundi 18 octobre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Bernard Charbonneau (1910-1996) fut un précurseur du mouvement d’écologie politique Français. Géographe et historien de formation, philosophe par vocation, il a analysé les effets désorganisateurs de l’industrialisation sur la ville, la campagne et sur leurs relations. Observateur pénétrant de la déstructuration des sociétés rurales de l’Europe de l’ouest, il pressentit dès les années 30 que l’accélération exponentielle de notre puissance technique et scientifique met en péril les équilibres sociaux et naturels permettant aux hommes d’habiter la terre et d’éprouver leur liberté. À la lumière des problèmes actuels, ce colloque propose de revisiter le sens de la terre chez Bernard Charbonneau.

Annonce

2 - 3 - 4 mai 2011

Université de Pau et des Pays de l'Adour

SET (UMR 5603 CNRS - UPPA)

Bernard Charbonneau (1910-1996) est l’auteur qui, en 1973, a écrit Triste campagnes[1]. Dans cet essai, il examine comment ce que l’on appelait à l’époque la modernisation agricole à favorisé le déclin et à la décomposition des sociétés paysannes du Béarn, dans le Sud - Ouest de la France, où il avait choisi de s’établir au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Ce faisant, à travers l’examen méthodique de l’évolution d’une région donnée, il mettait à nu de manière prémonitoire la logique d’une évolution technique et économique qui n’a fait que s’accélérer et qui aujourd’hui, partout dans le monde, dissout le lien qui associe les sociétés paysannes à leurs terroirs et détruit leur identité. Ce processus est accéléré par l’intervention de l’Etat, tout autant que par la logique du marché, et appelle en retour une saisie toujours plus complète de la totalité de l’espace et de la vie sociale par la logique étatique.

Bernard Charbonneau a porté sur son siècle un regard à la fois critique et exigeant. Dès sa jeunesse, il acquiert la conviction que ce siècle serait - et pour les mêmes raisons -  à la fois celui des totalitarismes et du saccage de la nature. Du Jardin de Babylone[2], à La planète et le canton[3], en passant par Tristes Campagnes et La fin du Paysage[4], c’est cette conviction, qui oriente sa manière de décrire l’évolution du monde et des paysages qui l’entourent ; c’est le fil rouge de sa carrière de penseur qui fut celle d’un géographe et d’un professeur.

Les analyses visionnaires de Tristes Campagnes sur l’impact du développement techno scientifique et industriel sur les sociétés rurales n’ont eu à l’époque aucun écho, car elles étaient toujours menées du point de vue de la personne, du sujet habitant, approche qu’il conviendra de replacer dans les courants géographiques de l’époque. Il en est allé de même de la plupart de ses livres, notamment le Jardin de Babylone qui analysait comment la brusque montée en puissance des techniques de l’homme bouleverse et désorganise non seulement les rapports ville campagne mais aussi - et plus profondément - menace à long terme les équilibres naturels et sociaux qui permettent à l’homme d’habiter la terre et d’y emménager des enclaves où il peut déployer sa liberté.

Bernard Charbonneau peut être considéré comme un des précurseurs de l’écologie politique. Mais lui, qui toute sa vie avait besoin de dessiner des cartes, qui mettait toujours en relation les évolutions sociales et les évolutions spatiales, se sentait surtout géographe. De fait, son œuvre est animée par une interrogation sur la transformation des rapports que l’homme entretient avec l’œkoumène, notre « maison commune » (Bernard Charbonneau). N’ayant cessé d’écrire sur la Terre, il fut un géo-graphe, au sens le plus authentique du terme, un géographe dont le questionnement est très actuel.

Objectifs du colloque

 Bernard Charbonneau est resté peu connu du public universitaire, et a fortiori du grand public, aussi bien par choix existentiel que par manque de relais dans les réseaux médiatiques. Aujourd’hui alors qu’on parle de « géographie existentielle » et humaniste, sa démarche est moins choquante, plus compréhensible. Surtout, les problèmes qu’il annonçait dans l’indifférence générale il y a soixante ans font maintenant la une des journaux. Plusieurs de ses ouvrages ont été récemment réédités. Il est donc intéressant de revisiter sa pensée de la terre et de l’habiter et son interprétation des problèmes qui, partout dans le monde, se posent aux sociétés en proie au développement accéléré.

Le colloque  Bernard Charbonneau : habiter la Terre  a pour principal objectif de mobiliser la pensée charbonnienne pour éclairer certains des défis que doit relever la société actuelle ayant longtemps mis en péril le fonctionnement des milieux. Il convient de reprendre cet héritage, de caractériser la « pensée de la Terre » chez Bernard Charbonneau, de la mettre en perspective et d’évaluer sa pertinence pour penser les défis contemporains. Plus généralement, le colloque vise aussi à décrypter les enjeux d’un développement indéfini de la techno-science dans un espace terrestre fini occupé par une humanité aux effectifs en très forte croissance.

Convaincu qu’une pensée qui n’est pas mise en pratique est dérisoire, toute sa vie, face au potentiel désorganisateur d’un déferlement techno scientifique qui, « par la force des choses », bouleverse la planète et ses sociétés, Bernard Charbonneau a cherché à susciter un mouvement collectif visant à infléchir la logique du développement dans un sens plus respectueux de la nature, de la diversité des sociétés locales et de la liberté des personnes.  Il convient donc de se pencher sur les réactions des sociétés face aux défis posés par la désorganisation de leur rapport à la terre par la modernisation techno scientifique et industrielle accélérée. Quelles sont les forces et les faiblesses de ces mouvements collectifs, en quoi sont-ils porteurs d’un autre rapport à la terre, ou bien ne sont-ils que des contre-courants provisoires, facilement récupérables? 

Ce serait aussi l’occasion de préciser le rapport de la pensée du géographe Bernard Charbonneau avec la géographie. Cette discipline fournit des outils pour décrire la terre, les relations que les hommes entretiennent avec elle, et l’évolution de ces relations dont témoigne la transformation des paysages. Mais, qu’on la considère comme discipline d’enseignement qui contribue à former le regard qu’une société porte sur son environnement, ou comme science mobilisable au service des projets qui veulent transformer cet environnement, la géographie n’est pas neutre et  a souvent entretenu des liens étroits avec les pouvoirs et les idéologies dominantes. On se penchera donc sur la manière dont Bernard  Charbonneau a utilisé, critiqué, renouvelé, voire subverti les outils de la géographie - ainsi que des autres sciences humaines - pour construire et étayer ses analyses. Cette dimension du colloque pose en filigrane la question « qu’est-ce qu’être géographe ? », mais ne s’adresse pas qu’aux seuls géographes professionnels, sinon à tous ceux qui ont le souci de « penser la Terre[5] ».

Deux axes thématiques

 1.    Actualité des constats et des analyses  

Qu’il s’agisse de la désorganisation des territoires urbains et ruraux, du saccage des milieux, du gaspillage des ressources, de la décomposition des sociétés locales et de leur soumission aux logiques abstraites et déterritorialisées du marché et de l’Etat etc., Bernard Charbonneau était convaincu que la rapide montée en puissance des sciences et des techniques - ce qu’il appelait la grande mue - entraîne la rupture de la relation d’habitat que l’homme entretient avec la terre.  Il convient donc d’examiner comment il a décrit et analysé les diverses dimensions de cette rupture, ainsi que ses causes profondes et les logiques qui partout engendrent la fin des paysages, la fin des nourritures, la fin des sociétés locales, et contribuent à vider l’idéal démocratique de son contenu concret.

Rappelons qu’au départ Bernard Charbonneau faisait porter sa critique sur la croissance démesurée des structures telles que l’Etat et l’industrie. Progressivement il en est venu à se pencher sur le rôle ambigu de la science et tout particulièrement des « sciences humaines » dont il contestait la prétention à la scientificité et dont il soulignait le rôle d’auxiliaires non-critiques d’un processus de développement qui s’effectue, pour l’essentiel, hors de la pensée. Qu’en est-il à cet égard de disciplines telles que la géographie, l’agronomie, l’économie et la sociologie ?

Comme ce colloque n’a pas pour objectif de momifier l’héritage de Bernard Charbonneau, mais plutôt de le faire vivre, on se demandera  en quoi ses analyses, élaborées il y a plus d’un demi-siècle, permettent de lire et de comprendre les problèmes d’aujourd’hui. Il faut aussi se demander quels prolongements apporter à ses analyses, voire quels rectificatifs et ne pas hésiter à introduire une dimension critique dans l’évaluation de son œuvre. Enfin il serait intéressant de se pencher sur la réception des analyses de Bernard Charbonneau, par exemple par ses anciens élèves.

2.    Les réactions des sociétés face aux défis posés par Bernard Charbonneau

Nous ne ferons ici qu’indiquer quelques pistes de réflexion en rappelant que l’œuvre de Bernard Charbonneau suggère que s’ils veulent préparer l’avenir, des mouvements alternatifs doivent affronter trois défis principaux. Tout d’abord, celui de la généralisation de la gestion étatique du territoire et de la vie sociale, sans laquelle l’économie mondiale n’aurait pas de squelette. Ensuite, la recherche de la croissance économique indéfinie et la poursuite du développement accéléré dont la dynamique nous interdit de maîtriser les effets sociaux et environnementaux de nos actions. A cet égard l’appel à un développement durable et à une croissance verte, gérés par les industries de l’environnement lui semblait une fausse solution. Enfin, la question des technosciences et de la démesure de choix techniques de plus en plus irréversibles qui évacuent les questions sociales et politiques.

Pour Bernard Charbonneau il existe des seuils à partir desquels les mêmes causes produisent des effets qui de positifs deviennent négatifs. Plus profondément, la tendance de la société moderne à conférer une autorité sociale à la science contribue à vider l’idéal démocratique de son contenu. Il serait donc intéressant d’examiner dans quelle mesure des mouvements collectifs contemporains permettent de répondre de manière viable - voire généralisable - à ces trois défis. 

A rebours des logiques étatiques, est-il possible de mettre en place localement des modes d’action et d’auto organisation qui aient un effet global ? Des mouvements sociaux arrivent-ils à donner un contenu viable à l’idée d’un fédéralisme des régions que Bernard Charbonneau soutenait avec Denis de Rougemont dans les années trente ?

Qu’en est-il des essais de relocaliser l’économie ? Les tentatives pour produire, consommer, épargner, échanger, se déplacer autrement produisent-elles autre chose que des ghettos conviviaux ? Dans quelle mesure en résulte-t-il des formes de production et d'échanges moins centralisées et formelles, comment apprécier leur efficacité ?  Les outils de l’économie solidaire permettent-ils de comprendre ces expériences ?

Propositions de communications

 Les propositions de communication sont à adresser avant le 10 décembre 2010 à l’adresse suivante : alain.cazenave-piarrot@alsatis.net.

Les résumés présentant l'orientation générale du propos ne devront pas excéder 6000 signes (espaces compris) et seront accompagnés d’un titre et d’une présentation de l’auteur (statut, institution de rattachement, adresse électronique).

Les communications retenues feront l’objet d’une présentation orale de vingt minutes suivie de dix minutes maximum de débat. Les présentations pourront se faire en français, en anglais ou en espagnol.

Déroulement

  • 10 décembre 2010 : date limite de soumission des résumés

  • 7 janvier 2011 : notification d’acceptation aux auteurs
  • 25 mars 2011 : date limite de réception des textes finaux
  • 2 - 4 mai 2011 : colloque à l’université de Pau et des Pays de l’Adour

Deux jours d’échanges les 2 et 3 mai 2011.

Une journée de terrain le 4 mai 2011 : le troisième jour sera consacré à une excursion sur des lieux fréquentés par Bernard Charbonneau : Pau, Laroin, Lhers en vallée d’Aspe.

Comité scientifique

  • Daniel CÉRÉZUELLE (Directeur scientifique du PADES, chercheur associé au CRIDA - CNRS).
  • Simon CHARBONNEAU (Maître de conférences honoraire, Université de Bordeaux 1).
  • André ETCHELECOU (Professeur émérite, SET, Université de Pau et des Pays de l’Adour).
  • Alain GRAS (Professeur, CETCOPRA, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
  • Francis JAURÉGUIBERRY (Professeur, directeur du laboratoire SET, Université de Pau et des Pays de l’Adour).
  • Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE (Professeur émérite, Université de Toulouse 1 Capitole).
  • Thierry PAQUOT (Professeur, Institut d'urbanisme de Paris, Université Paris XII Val-de-Marne).
  • Jacques PRADES (Maître de conférences HDR, CERISES, Université de Toulouse 2).
  • Jean-Yves PUYO (Professeur, SET,  Université de Pau et des Pays de l’Adour).
  • Jean-François SOULET (Professeur, FRAMESPA, Université de Toulouse2 Le Mirail).
  • Christian THIBON (Professeur, CREPAO, Université de Pau et des Pays de l’Adour).

Comité d’organisation

  • Alain CAZENAVE-PIARROT (Maître de conférences HDR, Dynamiques Rurales, Université de Toulouse 2).
  • Marion CHARBONNEAU (Post-doc, SET, Université de Pau et des pays de l’Adour).
  • Michel PAPY (Professeur honoraire, Université de Pau et des pays de l’Adour).          

[1] CHARBONNEAU Bernard, 1973, Tristes campagnes, Paris, Éditions Denoël, 239 p.

[2] CHARBONNEAU Bernard, 1969, Le jardin de Babylone, Paris, Gallimard  et Éditions de l’Encyclopédie des nuisances, 2002, 281 p.

[3] CHARBONNEAU Bernard, 1991, Sauver nos régions, Écologie, régionalisme et sociétés locales, Paris, Éditions Le sang de la Terre, 197 p. (Coll. Les dossiers de l’écologie).

[4] BARDET Maurice et CHARBONNEAU Bernard, 1972, La fin du paysage, Paris, Editions Anthropos.

[5] CHARBONNEAU Bernard, 1995, « Penser la Terre » Autrement, n°152.

Lieux

  • IRSAM, Avenue du Doyen Poplawski
    Pau, France

Dates

  • vendredi 10 décembre 2010

Mots-clés

  • Bernard Charbonneau, technoscience, géographie, projet politique, paysage, sociétés rurales

Contacts

  • Alain Cazenave
    courriel : alain [dot] cazenave-piarrot [at] alsatis [dot] net

Source de l'information

  • Marion Charbonneau
    courriel : marion [dot] charbonneau [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Bernard Charbonneau : habiter la terre », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 18 octobre 2010, http://calenda.org/202186