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Familles et rites

Families and rituals

Appel à articles pour la revue Recherches familales

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Publié le jeudi 21 octobre 2010 par Karim Hammou

Résumé

Les rites concernent souvent la famille et la vie privée. Contrairement à une idée très répandue, nous émettons l’hypothèse que nous n’assistons pas aujourd’hui à une « dé-ritualisation », mais à une transformation et réinvention permanente des rites, toujours bien présents et aussi signifiants. Le prochain numéro de la revue Recherches familiales aura ainsi pour objet l’étude des rites et rituels familiaux.

Annonce

Appel à articles sur le thème « Familles et rites » pour la revue Recherches familiales (reconnaissance AERES, prochainement disponible en libre-accès sur CAIRN). Publication en janvier 2012.

Date limite des propositions : 15 mai 2011.

Recherches Familiales n° 9, janvier 2012. 

Les recherches en sciences sociales ont souligné le caractère polysémique de la notion de rite. Une acception classique, inspirée de l’ethnologie, aborde le rite comme un acte stéréotypé, prescrit et immuable qui s’impose à l’individu. Dans cette optique, les rites religieux apparaissent comme la quintessence du rite.

Il est toutefois possible de percevoir les rites autrement, en ne les envisageant pas exclusivement comme des actes qui règlent la conduite des individus, mais comme des ressources, des répertoires de gestes mobilisables par les personnes qui les exécutent pour donner sens à certains phénomènes ou exprimer leur résistance à certaines injonctions. Dans cette perspective, le rite n’est pas réductible à une reproduction de figures culturelles existantes, il est approprié voire (ré)inventé par les individus, comme en témoigne l’essor de baptêmes républicains ou autres célébrations de Pacs.

Dans une perspective interactionniste qui ne se focalise pas sur les moments d’exception, les rites renvoient également aux interactions de la vie quotidienne, à l’instar de ceux étudiés par Goffman, notamment dans La mise en scène de la vie quotidienne. Les manières de se saluer, de se comporter en public sont, en ce sens, des conduites rituelles qui donnent sens à l’instant vécu, puisqu’elles établissent chacun dans un rôle et un statut.

Qu’ils relèvent de l’un ou l’autre de ces types, les rites concernent souvent la famille et la vie privée. Contrairement à une idée très répandue, nous émettons l’hypothèse que nous n’assistons pas aujourd’hui à une « dé-ritualisation », mais à une transformation et réinvention permanente des rites, toujours bien présents et aussi signifiants.

Le prochain numéro de la revue Recherches Familiales aura ainsi pour objet l’étude des rites et rituels familiaux. Plusieurs axes pourront être privilégiés :  

Le rite entre reproduction et invention

Un premier axe de travaux s’intéressera à la tension entre reproduction et invention rituelles. Naissances, anniversaires, unions, décès sont souvent le cadre privilégié d’expressions rituelles. Si celles-ci empruntent souvent à un « stock » de pratiques existantes, à l’image de la « robe de mariée » ou de la cérémonie du « pot de chambre » dans l’est de la France, dont certaines comme cette dernière ne peuvent d’ailleurs plus faire l’objet d’une interprétation, certaines figures sont soigneusement évitées au profit de pratiques novatrices. Parfois, ces moments de la vie se prêtent à de véritables inflations rituelles : les enterrements de vie de garçon ou de vie de jeune fille qui précèdent un mariage semblent connaître un engouement inédit. Dans un tout autre domaine, on assiste à une sécularisation des funérailles qui s’accompagnent parfois d’une participation active des proches du défunt, sur des modes qui se distinguent très nettement des rituels religieux. Nous pouvons également embrasser un champ plus large et observer les rites qui ne sont pas directement considérés comme des rites « familiaux » mais qui interagissent fortement avec la cellule familiale puisqu’ils scandent le parcours de vie familial, comme par exemple les fêtes organisées à l’occasion d’un changement résidentiel, la « pendaison de crémaillère », avec une forte mobilisation de symboles (placement au faitage du toit de la maison d’un sapin ou, dans certaines vallées savoyardes, d’une colombe de la paix sculptée à l’opinel…). Dans quelle mesure le rite reste-t-il associé à des obligations ou fait-il l’objet d’aménagements, voire d’inventions ? Quelle nouvelle signification revêtent-ils ?

Dans un tel contexte, les travaux présentés pourront mettre l’accent sur les nouvelles technologies qui prennent part au rite. Aujourd’hui, une cérémonie familiale (mariage, baptême, communion…) serait dépossédée de son sens si elle n’était pas photographiée, filmée et, dans un second temps, visualisée ou rendue publique, notamment via internet. Quelles sont les significations de telles pratiques ? Les usages sociaux d’internet se bornent-ils à reproduire différemment des ritualisations anciennes ou participent-ils d’un phénomène de création rituelle ? 

Le rite comme expression d’une appartenance

Un deuxième axe de recherches regardera davantage le rite comme un signe identitaire ou comme l’expression d’une allégeance. Le rite construit l’identité de l’individu comme celle du groupe. Il donne une visibilité à un statut, définit et institue des rôles. Les baptêmes républicains visent par exemple à marquer la naissance et à offrir au nouveau-né un parrain et une marraine, sans qu’il soit fait explicitement référence à une tradition chrétienne. Des personnes non pratiquantes, voire non croyantes vont pourtant se marier, pratiquer le baptême, la circoncision, le/la bar/bat mitzvah… Au-delà de la signification religieuse qui deviendrait « secondaire », ces personnes marquent ainsi l’appartenance à une communauté et accueillent l’enfant en son sein. La fonction du rite serait alors de construire la famille, élargie ou restreinte, et perpétuerait ainsi un noyau centripète. Dans cette optique, il s’agit de s’interroger sur la manière dont le rite participe du travail d’institution de la famille.  

Le rite comme acte séparateur

Un troisième axe privilégiera la fonction séparatrice du rite. Dans une telle optique, le rite a pour fonction de marquer des passages de non-retour entre ceux qui l’ont subi et ceux qui ne l’ont pas subi – ou qui n’ont pu – voire entre ceux qui ont pu y assister et ceux qui ne veulent ou ne peuvent y assister. Le rite serait discriminant, classant les membres de la société en catégories ou communautés. Tel est le cas notamment des rites sexués qui concernent différemment hommes et femmes. Par exemple, le rite qui consiste à offrir des présents lors d’une naissance est surtout effectué par les femmes. Au sein des couples, on observe que ce sont elles qui ont le souci de s’y prêter, un « oubli » pouvant être considéré comme un manque de considération, voire un signe d’indifférence ou d’hostilité. Même lorsque des rites s’étendent désormais aux deux sexes, comme par exemple l’enterrement de la vie de garçon qui est aujourd’hui pratiqué par les filles, le genre se donne à voir sous de multiples formes, tant dans les cercles sociaux rassemblés (les invités sont souvent de même sexe que l’impétrant-e), que dans les séquences déployées (aux hommes le déploiement d’épreuves teintées d’un esprit de compétition, aux femmes les séquences de mise en scène explicite du corps). Dans quelle mesure le rite participe-t-il de la construction sociale de la différence de sexes ? Les apparentes innovations rituelles rompent-elles avec les asymétries de genre ou les reconduisent-elles plus ou moins subrepticement ?   

Tous les articles proposés doivent donc s’articuler autour de ces deux thèmes : « rites » et « famille ». Ils peuvent se fonder sur une étude de cas ou sur des comparaisons, sur un terrain « hexagonal » ou « étranger », sur des statistiques ou sur des entretiens et de l’observation, etc. Dans tous les cas, la méthode utilisée devra être explicitée.  

Les articles entièrement rédigés sont à proposer au Comité de lecture de Recherches Familiales avant le 15 mai 2011. La revue paraîtra en janvier 2012.  

Indications techniques

1- Article :

30 000 caractères, notes de bas de page et espaces compris. L’article doit être accompagné d’un résumé de 700 à 900 caractères, espaces compris.

2- Références :

Ne pas utiliser le système américain (nom de l’auteur et page entre parenthèses), mais le système « français » de référence intégrale en note de bas de page.

3- Notes de bas de page :

Utiliser ce système de renvoi de note de bas de page (Tout article ne respectant pas ces indications devra être modifié par l’auteur) :

Jacques COMMAILLE, François de SINGLY (dir.), The European Family. The Family Question in the European Community, Londres, Springer, 1997.

Pierre COURTIOUX, Olivier THEVENON, « Les politiques familiales dans l’Union européenne et la Stratégie de Lisbonne : quelques enseignements de l’expérience française », Horizons stratégiques, n° 4, pp. 176-195, 2007, p. 180.

Gösta ESPING-ANDERSEN (dir.), Why we Need a New Welfare State, Oxford, Oxford University Press, 2002. 

Les articles sont soumis au comité de lecture.

Nous vous rappelons également que vous pouvez nous proposer des articles « hors thème » (30’000 signes) pour la partie « Travaux », ainsi que des notes de lecture « Vient de paraître » ou des notes de lecture croisées, portant sur un même ouvrage, dans la partie « Discussion » (8 000 signes). Pour ces notes de lecture publiées dans cette dernière partie, nous demanderons une réponse à l’auteur de l’ouvrage.

Envoyer votre article (fichier en format word ou rtf) par courrier électronique conjointement à : gseraphin@unaf.fr et recherches.familiales@unaf.fr.

Date limite d’envoi : 15 mai 2011.

Un accusé de réception vous sera envoyé.

Catégories

Dates

  • dimanche 15 mai 2011

Mots-clés

  • famille, rite, rituel

Contacts

  • Gilles Séraphin
    courriel : gilles [dot] seraphin [dot] 1970 [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Gilles Séraphin
    courriel : gilles [dot] seraphin [dot] 1970 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Familles et rites », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 21 octobre 2010, http://calenda.org/202215