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Guerre et reconnaissance

War and Recognition

Revue SHS CORRIDOR

French Journal CORRIDOR

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Publié le lundi 08 novembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Les théories de la reconnaissance ont thématisé la « lutte pour la reconnaissance » dans des travaux philosophiques (A. Honneth), sociologiques (E. Goffman, A. Pizzorno), politistes (P. Braud) et « constructivistes » (A. Wendt, E. Ringmar). Mais si elles recourent à la notion de reconnaissance pour mieux rendre compte de la manière dont se nouent les conflits individuels et sociaux que ne le fait le concept d'intérêt, leur optique reste celle d'une analyse interne des luttes sociales, des processus de subjectivation politique et des demandes normatives. Parce qu'elles expriment en négatif les conditions d'une « société décente », les luttes pour la reconnaissance recouvrent ainsi les luttes pour les minorités ethniques, culturelles, sexuelles, ou les exigences quant aux conditions de travail.

Annonce

 

Les théories de la reconnaissance ont thématisé la « lutte pour la reconnaissance » dans des travaux philosophiques (A. Honneth), sociologiques (E. Goffman, A. Pizzorno), politistes (P. Braud) et « constructivistes » (A. Wendt, E. Ringmar). Mais si elles recourent à la notion de reconnaissance pour mieux rendre compte de la manière dont se nouent les conflits individuels et sociaux que ne le fait le concept d'intérêt, leur optique reste celle d'une analyse interne des luttes sociales, des processus de subjectivation politique et des demandes normatives. Parce qu'elles expriment en négatif les conditions d'une « société décente », les luttes pour la reconnaissance recouvrent ainsi les luttes pour les minorités ethniques, culturelles, sexuelles, ou les exigences quant aux conditions de travail. Issues d'une volonté de renouveler la critique sociale, les théories de la reconnaissance formulent de nouvelles exigences en matière de normes, alors que les approches disponibles, comme le libéralisme de Rawls ou dans une moindre mesure le républicanisme d'Habermas, ne permettent pas de conférer au désir d'être reconnu le rôle d'élément constitutif des rapports sociaux et politiques.

 L'étude des demandes de reconnaissance ou des luttes pour la reconnaissance au plan international, comme des formes armées que peuvent prendre ces luttes (y compris internes) reste à explorer. Or, un certain nombre d'éléments justifient un rapprochement entre ces deux champs théoriques. Nous assistons en effet à une transformation profonde de la « grammaire » des conflits armés, qui concerne notamment l’effacement relatif des objectifs belliqueux matériels au profit des aspects symboliques et identitaires, renforcés par la globalisation qui expose les acteurs étatiques et non-étatiques constamment aux regards des autres. Les analyses « matérialistes » ou réalistes qui dominent les théories des relations internationales rencontrent dès lors des limites qui obligent à les transformer.

Comment les théories de la reconnaissance peuvent-elles fournir des instruments conceptuels nouveaux pour l'analyse des causes des conflits armés et de leur déroulement ? En quel sens pourraient-elles être porteuses de demandes de droit(s) et appeler des transformations du droit des conflits armés ou du droit humanitaire ? Peuvent-elles permettre de développer les théories du jus post bellum, récemment formulées dans les doctrines de la guerre juste ? En tant qu'elle est appelée à juger les crimes de guerre ou les crimes de grande ampleur accompagnant les guerres, la justice pénale internationale doit-elle intégrer ces dimensions de la reconnaissance, aussi bien dans ses aspects formels qu'informels ?

Les processus ou les demandes de reconnaissance inscrivent ainsi la dimension symbolique dans les sphères politique, juridique et morale, et peuvent être étudiés aussi bien sous l'angle de la description des faits que de l'énoncé des normes. L'objet de ce numéro sera ainsi de mettre en relation deux champs théoriques qui se sont considérablement développés ces dernières années, mais qui sont jusqu'à présent restés relativement étrangers l'un à l'autre.

Il s'agira aussi d'interroger, à l'inverse, ce que la réflexion sur la guerre peut apporter aux théories de la reconnaissance, sous le double angle de l'approche descriptive et de l'approche normative. Existe-t-il des formes de reconnaissance spécifiques aux acteurs internationaux, qu'ils soient étatiques ou non-étatiques ? Les luttes armées pour la reconnaissance, qu'il s'agisse de violence internationale, interne ou transnationale, appellent-elles à penser des modalités spécifiques de reconnaissance, encore impensées dans les théories de la reconnaissance ?

Nous espérons des contributions permettant de croiser les approches des différentes disciplines du champ des sciences humaines et sociales, dans la mesure où elles sont concernées par les théories de la reconnaissance: la science politique, la philosophie, l'histoire, mais aussi l'anthropologie et la psychologie, explorant plus largement les rapports entre la violence symbolique et la reconnaissance.

Normes éditoriales

- Les articles doivent être composés de 18000 à 28000 signes au maximum (espace compris).

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- Votre article doit être envoyé impérativement avant le 05 décembre 2010, par courriel au format Word (police 12, Times New Roman, sans tabulations ni numérotation de pages) à revue.corridor@laposte.net

- Veuillez indiquer dans un fichier annexe vos coordonnées : qualité, nom de l’université ou de l’école, laboratoire de rattachement et coordonnées postales personnelles.

- Pour les doctorants, précisez votre sujet de thèse et votre directeur.

- Pour les enseignants et les chercheurs, précisez votre spécialité et l’adresse précise de l’établissement où vous exercez.

Dates

  • dimanche 05 décembre 2010

Contacts

  • frederic chevreux
    courriel : frederic [dot] chevreux [at] live [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • frederic chevreux
    courriel : frederic [dot] chevreux [at] live [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Guerre et reconnaissance », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 08 novembre 2010, http://calenda.org/202450