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Publié le mardi 16 novembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Depuis les années 1960, la floraison des écrits d’artistes semble marquer un tournant décisif dans le champ de l’art : l’intensification du recours à l’écriture participe en pratique comme en théorie au déplacement des frontières de l’art et signifie aussi une mutation du statut de l’artiste. Si une telle pratique discursive n’est pas nouvelle, elle se diversifie et prend des formes inédites à partir des années 1960. Le séminaire abordera cette année ces écritures d’artistes dans toutes leurs dimensions – poétiques, théoriques, narratives et performatives.

Annonce

Séminaire « Écritures d’artistes »

organisé par Sally Bonn, Laurence Corbel et Jacinto Lageira

Centre d’esthétique et de philosophie de l’art de Paris I – Sorbonne (EA 3562, Philosophies Contemporaines) en collaboration avec le Laboratoire d’esthétique théorique et appliquée de Paris I – Sorbonne

Séminaire mensuel : le  jeudi de 18h à 20h.

Lieu : Université Paris I – Panthéon  Sorbonne, centre Saint Charles, 47 rue des Bergers, 75015 Paris, 2e étage, salle 250 ou École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

Présentation du programme de l’année 2010-2011 :

Depuis les années 1960, la floraison des écrits d’artistes semble marquer un tournant décisif dans le champ de l’art : l’intensification du recours à l’écriture participe en pratique comme en théorie au déplacement des frontières de l’art et signifie aussi une mutation du statut de l’artiste. Si une telle pratique discursive n’est pas nouvelle, elle se diversifie et prend des formes inédites à partir des années 1960. Le séminaire abordera cette année ces écritures d’artistes dans toutes leurs dimensions – poétiques, théoriques, narratives et performatives. Écritures d’artistes, plutôt qu’écrits comme on dit souvent, d’abord parce qu’il s’agit de considérer la dimension processuelle de ces textes, ensuite parce que les artistes se saisissent de la langue comme d’un matériau qu’ils travaillent selon des perspectives qui prolongent leur œuvre plastique, que ce soit pour inventer une discursivité voire une conceptualité spécifiques ou pour travailler la matérialité visuelle ou orale de la langue. Certains textes d’artistes témoignent d’ailleurs d’une authentique dimension littéraire. Ainsi ceux de Giuseppe Penone, échos d’une poïétique axée sur la sensualité des choses, explorent-ils la puissance d’évocation de la langue, comme l’évoque ce fragment de l’artiste : « Les idées sont des cristaux, elles se solidifient, se cristallisent dans les mots, ce sont des cristaux transpercés par la lumière de leurs significations, autant de lumières différentes que d’images différentes pour un seul mot ». C’est aussi le cas de Claude Rutault dont le corpus s’étend bien au-delà des « définitions/méthodes » : on découvrira un pan plus confidentiel de son écriture où l’artiste se nourrit de diverses sources littéraires dans des textes qui se tournent vers le genre biographique. Par contraste, les textes de Joseph Kosuth, qui se développent dans un registre conceptuel proche de la discursivité philosophique, visent le dépassement de la philosophie par l’art et posent alors la question de la spécificité de l’art.

L’écriture constitue pour ces artistes une dimension à part entière de leur travail artistique. À plusieurs titres : en premier lieu,  elle témoigne d’un discours en cours sur une œuvre qu’ils ne cessent de réfléchir, d’une pensée in progress dans laquelle le texte constitue un fil rouge où s’énoncent de nouvelles interrogations, des repentirs voire des reniements, à l’instar de Robert Morris qui poursuit un travail d’écriture depuis les années soixante et avec une intensité constante. Si les textes et les œuvres sont pour les artistes qui nous intéressent deux aspects indissociables et complémentaires de l’activité artistique, leur relation se décline selon différentes modalités : certains textes de John Cage sont présentés en reprenant la structure temporelle de pièces musicales existantes ou sont écrits pour être  récités ou lus tandis qu’on observe chez Robert Smithson un rapport à la fois mimétique et analogique entre les textes et les œuvres qui partagent un même modus operandi. François Morellet propose, quant à lui, une réflexion sur la création où ne sont jamais absents l’humour et la dérision qui marquent son œuvre : on retrouve dans ses textes un retrait semblable à celui des œuvres visuelles qui invite le spectateur à « déballer son pique nique », soit à proposer ses interprétations.

Ce séminaire se propose ainsi d’analyser le sens et les enjeux que recouvre ce champ de l’activité artistique encore peu exploré, de réévaluer le statut de ces textes, de dégager la spécificité de la pensée artistique qui s’exprime dans un discours dont les formes de discursivité sont irréductibles à celles en vigueur dans les champs de la critique, de la théorie ou de l’histoire de l’art, d’examiner les échanges qui s’établissent entre le travail plastique et l’écriture, entre la pratique et la théorie. Il s’agit aussi de sortir des cloisonnements disciplinaires pour aborder ces pratiques discursives à travers les approches croisées de l’histoire de l’art, de la théorie et de la philosophie de l’art articulées à celles des artistes qui apporteront aussi un éclairage sur leur propre pratique discursive : les séances du séminaire seront consacrées à la présentation et à la discussion de travaux – achevés ou en cours – sur des écrits d’artistes contemporains ou à des rencontres avec des artistes qui témoigneront de leurs pratiques d’écritures.

18 novembre

Autour de Respirer l’ombre. Conversation avec G. Penone animée par Laurence Corbel, Jacinto Lageira et Didier Semin

Salle des conférences, École nationale supérieure des beaux arts de Paris, 14 rue Bonaparte, 75006 Paris (la séance débutera exceptionnellement à 18h30)

16 décembre

Marie-Hélène Breuil

 « Le voleur qui aimait Mondrian » : une lecture des écrits de Claude Rutault

Université Paris I – Panthéon  Sorbonne, centre Saint Charles, salle 250.

20 janvier

Jacinto Lageira  

Joseph Kosuth, théorie et pratique d’un langage conceptuel

Université Paris I – Panthéon  Sorbonne, centre Saint Charles, salle 250.

17 février

Laurence Corbel et Gilles Tiberghien

« Un musée du langage au voisinage de l’art » : les textes de Robert Smithson

Université Paris I – Panthéon  Sorbonne, centre Saint Charles, salle 250.

17 mars 

François Morellet, « Mais comment taire mes commentaires. »

(sous réserve)

21 avril

Matthieu Saladin

La pratique de l’écriture versus l’écriture en  pratique : modalités et enjeux du texte performé dans l’œuvre de John Cage

Université Paris I – Panthéon  Sorbonne, centre Saint Charles, salle 250.

19 mai 

Denis Briand 

Une écriture polyphonique, les « raisons » de Robert Morris

Université Paris I – Panthéon  Sorbonne, centre Saint Charles, salle 250.

Lieux

  • Paris I, centre saint Charles et ensb-a Paris
    Paris, France

Dates

  • jeudi 18 novembre 2010
  • jeudi 16 décembre 2010
  • jeudi 20 janvier 2011
  • jeudi 17 février 2011
  • jeudi 17 mars 2011
  • jeudi 21 avril 2011
  • jeudi 19 mai 2011

Mots-clés

  • art contemporain, écrits d'artistes

Source de l'information

  • Laurence Corbel
    courriel : laurence [dot] corbel [at] univ-rennes2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Écritures d'artistes », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 16 novembre 2010, http://calenda.org/202496