AccueilAux marges du théâtre. De la rue à la scène dans l'Antiquité

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Publié le mardi 16 novembre 2010

Résumé

L'objet du colloque est d'abord de faire le point de nos connaissances sur les spectacles dits « mineurs » dans l'Antiquité (tels le mime et la pantomime), longtemps exclus du programme des concours traditionnels, et de ce fait condamnés à demeurer « aux marges » des théâtres. Il vise aussi à combler un manque : si articles et ouvrages ont rééquilibré ces dernières décennies notre approche classique des différents genres dramatiques, en montrant comment la marge pouvait influer sur le centre, ou même, parfois, le déplacer, il n'existe toujours pas de synthèse des questions principales soulevées par un pareil déplacement.

Annonce

Notre approche traditionnelle du théâtre antique s’est vue enrichie, nuancée, corrigée, ces trente dernières années, par les recherches menées sur les genres dits « mineurs », « marginaux » ou encore « populaires » : mime dramatique et mime lyrique, farce, atellane, pantomime… Aux travaux consacrés à ces genres par les spécialistes de la littérature antique, s’ajoutent ceux qu’historiens, épigraphistes et archéologues ont menés sur les divertissements de rue ou de banquets, sur l’orchestique antique ou les spectacles qui, dans nos sociétés modernes, relèvent du music-hall, de la variété ou du cirque (imitations parlées ou chantées, numéros comiques de solistes, acrobaties et tours en tous genres, marionnettes). Grâce à l’impulsion de Louis Robert, une voie de recherche a été ouverte que les écoles anglo-saxonne (dans la lignée de T.B.L.Webster notamment), allemande (aujourd’hui autour d’Hartmut Leppin), italienne et française (avec Florence Dupont) ont exploitée selon des orientations différentes. En 2007 et 2008, plusieurs publications ont rendu justice à ce genre longtemps mal connu que fut la pantomime, ballet dramatisé qui, sous l’Empire, occupa le devant de la scène pendant près de six siècles. L’intérêt de tous ces travaux ne fut pas seulement de mettre l’accent sur cette part importante et pourtant ignorée des représentations antiques : ils ont rééquilibré notre approche classique des genres dramatiques. Aujourd'hui toutefois l'heure est à la synthèse. Elle s'esquissera, à partir de quatre approches différentes :

  1. L’approche historiographique.

On s’interrogera sur la place accordée à ces genres et sur leur traitement par la critique, notamment dans les Histoires du théâtre grec ou latin : quels choix de sources, quels facteurs sociologiques, quelles postures intellectuelles ou morales, quels critères déterminants ont conduit à l’élaboration d’une image de ce théâtre dont les seules périodes d’existence effective et dignes d’intérêt se limiteraient aux V° siècle et au début du IV° siècle av. J.-C. pour la Grèce et aux III-IIe siècles av. J.-C. pour Rome ? Sur quelles bases est née la notion de décadence ou de dégénérescence du théâtre en dehors de ces périodes, au cours desquelles, précisément, et parallèlement à un théâtre classique reconnu par les élites, se sont développés des genres dits marginaux ?

  1. L’approche dramaturgique : relation entre texte et représentation.

 Les genres ou spectacles étudiés se caractérisent souvent par l’importance accordée à l’improvisation et par un prétendu désintérêt pour le texte. La pantomime repose sur une langue gestuelle qui prend la place du texte, mais le texte lui-même continue d’exister sous la forme d’un récit chanté. Que représente ce texte, quelle peut être sa place dans l’histoire littéraire antique, quel est son rôle dans la transmission d’un patrimoine mythologique gréco-latin ? Bien que la notion d’improvisation soit souvent mentionnée pour le mime ou l’Atellane, que nous connaissons seulement sous une forme fragmentaire, que peut-on entendre par improvisation dans l’Antiquité,  et les limites de cette improvisation  sont-elles bien claires pour nous ? Se trouve ainsi posée la question du statut du texte dans des genres dits « populaires » parce que peu prisés en apparence par l’aristocratie et les élites intellectuelles.

La mise en exergue de la représentation, de la gestuelle et de la danse et, plus largement, l’exhibition du corps de l’artiste soulève une série de questions spécifiques : qu’en est-il de la prétendue indécence, voire de l’obscénité des genres mineurs, notamment du mime ?l Que devons-nous entendre par réalisme de la représentation ? Le port du masque ou, au contraire, son absence sont-ils des éléments caractéristiques, susceptibles d’étayer l’argumentation qui distinguerait, d’une part, un théâtre symbolique, fondé sur la convention du jeu dramatique, et d’autre part, un théâtre réaliste dont la tendance fondamentale serait la proximité avec le public et l’oubli des codes qui créent la distanciation ?  

  1. L’approche historique et sociologique.

 Le statut et la place de ces artistes et surtout, celui des actrices qui se « donnent en spectacle » mérite quelques approfondissements, malgré les travaux importants déjà publiés sur ce thème (colloque de Tours de 2004 sur le statut de l’acteur dans l’Antiquité) : peut-on, par exemple, parler d’une évolution de leur métier ? Comment ces artistes étaient-ils formés ? Comment les témoignages antiques ont-ils projeté sur les artistes des jugements relevant, de fait, des choix de représentation : féminité, mollesse, décadence, vulgarité, obscénité ? Peut-on parler de polyvalence des artistes dits « mineurs » et, dans ce cas, comment cette polyvalence était-elle acquise, et comment s’opérait une éventuelle spécialisation ? La place des femmes, leur rôle, leur travail d’artistes seront également objets d’analyses.

  1. La question de la réception.

On lit fréquemment que Plaute fut d’abord un acteur d’Atellane ou de mime, genres qui exercèrent une influence sur la composition de ses comédies. On limite généralement cette influence aux notions d’oralité et d’improvisation, cultivées par un auteur qui se serait attaché à retrouver les racines italiques du théâtre latin. Il existe, de fait, des similitudes importantes entre les titres de palliatae, de togatae, de mimes et d’Atellanes, au point que l’on peut s’interroger sur l’apparente imperméabilité des frontières entre genres majeurs et genres mineurs : si le mime a beaucoup emprunté à la comédie régulière, cette dernière a certainement beaucoup reçu aussi du mime, et il est intéressant d’étudier la réception antique des genres marginaux dans les genres majeurs. A ce premier aspect de la réception des genres mineurs, s’ajoute leur réception dans l’Antiquité tardive puis au Moyen Âge et à la Renaissance : pourquoi le mime a-t-il principalement survécu, par exemple, à travers les Sentences et Maximes, notamment celles de Publilius Syrus ? L’Atellane, dont la durée de vie fut limitée à deux siècles environ, s’est-elle développée dans le contexte de tendances artistiques spécifiques à une période de l’Antiquité ou peut-on retrouver, à des périodes postérieures des « équivalents » comme la Commedia dell’Arte ? Il est exclu aujourd’hui de parler d’une influence antique sur ce genre bien postérieur, mais peut-on établir, historiquement, des rapprochements éclairants ?  

Programme

L'entrée est libre, il n'y a aucun droit à acquitter pour assister à ce colloque international.

                             jeudi 9 décembre

14h - Accueil et ouverture

Brigitte Le Guen, directrice du GDR 3279 THEATHRE - Université Paris 8

14h15 - Introduction

Marie-Hélène Garelli, Université de Toulouse 2

 

Du bon usage des sources : nouveaux regards sur le mime et la pantomime

14h30 - William J. Slater Mac Master University (Hamilton, Canada)

Defining mime

15h30 - Mario Andreassi- Université de Bari (Italie)

"Adultery Mime" : de la pratique scénique au modèle herméneutique

16h30 - Annie Bélis, Directeur de recherches au CNRS- ENS Ulm, UMR 8546

Pantomimos et biologos

17h30 - Visite guidée (pour tous les présents) du musée d'art et d'histoire de Saint-Denis

                                          vendredi 10 décembre

Représentation et réception de la pantomime

9h - John Jory - University of Western Australia (Australie)

Le mime antique : une mosaïque

10h - Marie-Hélène Garelli - Université de Toulouse 2

Lire La Danse de Lucien. Des artifices de l'éloge parodique aux débats contemporains sur l'identité

11h - Ismene Lada-Richards - King's College (Londres)

La pantomime antique comme référence chez les théoriciens et philosophes français et anglais du XVIIIe siècle

12h30 - Buffet sur place offert à tous les présents

Du spectacle vivant à l'image

13h30 - Pierre Taillefer - étudiant à l'Université de Paris 1

Les spectacles du psèphokleptès, du psèphopaiktès et du praestigiator dans l'Antiquité

14h15 - Anne Bajard - Université de Bordeaux 3

Iconographie et théâtre populaire

15h15 - Conclusions

Monique Trédé, Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm (Paris)

15h45 - Visite guidée de la basilique de Saint-Denis

Lieux

  • Musée d'art et d'histoire, métro ligne 13, Porte de Paris, sortie 4 - 22 rue Gabriel Péri
    Saint-Denis, France (93)

Dates

  • jeudi 09 décembre 2010
  • vendredi 10 décembre 2010

Mots-clés

  • spectacles

Contacts

  • Le Guen Brigitte
    courriel : brigitte [dot] leguen [at] worldonline [dot] fr
  • Garelli Marie-Hélène
    courriel : garelli [at] univ-tlse2 [dot] fr

Source de l'information

  • Brigitte Le Guen
    courriel : brigitte [dot] leguen [at] worldonline [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Aux marges du théâtre. De la rue à la scène dans l'Antiquité », Colloque, Calenda, Publié le mardi 16 novembre 2010, http://calenda.org/202551