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Immigration et dynamiques urbaines

Immigration and urban dynamics

Brésil-France, XIXe-XXIe siècle

Brazil-France, 19th-21st centuries

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Publié le vendredi 19 novembre 2010 par Karim Hammou

Résumé

Ce colloque vise à analyser les points de convergence entre les études migratoires et celles consacrées aux villes et, d’autre part, à créer un dialogue entre spécialistes du Brésil et de la France travaillant sur ces questions. La problématique concerne donc aussi bien l’histoire que l’anthropologie, la sociologie, la géographie, l’urbanisme et nous amène, pour la période plus récente, au cœur d’une question centrale de notre contemporanéité. (Voir l'argumentaire complet en pièce attachée)

Annonce

Colloque International

L’immigration et les dynamiques urbaines. Brésil-France, XIXe-XXIe siècles 

9-10 décembre 2010

CRBC-EHESS (Groupe de travail “Migrations et espaces urbains”) 

Comité scientifique :

  • Nancy L. Green (CRH-EHESS)
  • Jean Hébrard (CRBC-EHESS)
  • François Laplantine (Lyon 2)
  • Mônica Raisa Schpun (CRBC-EHESS)
  • Laurette Wittner (RIVES-ENTPE)

Argumentaire

Ce colloque vise à analyser les points de convergence entre les études migratoires et celles consacrées aux villes et, d’autre part, à créer un dialogue entre spécialistes du Brésil et de la France travaillant sur ces questions.

La problématique concerne donc aussi bien l’histoire que l’anthropologie, la sociologie, la géographie, l’urbanisme et nous amène, pour la période plus récente, au cœur d’une question centrale de notre contemporanéité.

Le Brésil comme la France sont d’excellents analyseurs de la relation entre migrations et dynamiques urbaines. L’étude de territoires si différents, aussi bien du point de vue de l’immigration que de la formation des villes, devrait permettre de mieux comprendre les processus sur lesquels nous nous interrogeons.

Au Brésil, immigration et urbanisation sont intimement liées. La politique migratoire inaugurée à la fin du XIXe siècle, faisant appel à des “bras pour le café”, a volontairement cherché à attirer une quantité d’immigrés supérieure aux besoins des latifundia dans le but de maintenir les salaires à un niveau très bas. L’arrivée de vagues humaines successives très importantes pendant une très courte période est à l’origine d’un processus extrêmement brusque de transformations urbaines. Celles-ci touchent particulièrement la ville de São Paulo, devenue capitale économique du pays. Dans Raízes do Brasil, publié en 1936, Sérgio Buarque de Holanda, témoin direct de ces bouleversements, défendait l’idée que l’urbanisation avait créé une rupture fondamentale dans l’histoire du pays, faisant basculer l’axe de la vie sociale des campagnes vers les villes. Traduisant les vœux d’autres intellectuels de l’époque, il y voyait la fin du règne incontesté des élites agraires sur le destin de la nation. Il observait d’un œil positif l’émergence de nouveaux acteurs sociaux, habitants des villes. L’arrivée des immigrés ne changeait ainsi pas uniquement la composition de la population, mais toute sa dynamique.

Dans l’histoire brésilienne, la question se déplace ensuite puisque, à partir des années 1980, le pays voit sa population émigrer. Ces nouveaux migrants affrontent alors à leur tour d’autres villes, dans d’autres pays et d’autres continents où ils vivent le plus souvent l’expérience du déclassement social et de la clandestinité. Avec ces flux plus récents on assiste aussi à la mise en place des connexions entre les lieux d’origine et d’immigration. Les villes brésiliennes de départ s’en trouvent ainsi profondément transformées tant du point de vue social (nouveaux arrangements familiaux, rééquilibrage des rapports de genre) et économique (nouvelles niches professionnelles), qu’urbain (investissements immobiliers grâce à l’épargne des migrants).

Du côté français, le processus d’urbanisation est progressif et les immigrés s’y glissent pas à pas aussi bien dans les espaces d’habitation que dans ceux offerts par le marché du travail. L’immigration rurale n’est pas à l’origine de transferts massifs vers les villes, bien au contraire, compte tenu de l’attachement généralisé à la petite propriété qui pousse justement la grande industrie à avoir recours à l’immigration. Le recrutement de travailleurs immigrés les dirige vers les activités et les espaces urbains, à l’opposé de la politique migratoire brésilienne. Depuis le XIXe siècle, les immigrés sont donc présents dans les villes françaises, au sein des centres urbains à l’habitat vétuste, mais aussi dans les banlieues, où s’installent les usines, donnant naissance vers la fin du siècle aux quartiers ouvriers.

Paris attire une immigration à la fois étrangère et provinciale, d’origine rurale ou urbaine, qui s’y installe très nombreuse. Langues et coutumes régionales et étrangères voisinent entre eux et avec ceux des français de la capitale, alors que les vagues se succèdent, multipliant les origines. Dans l’entre-deux-guerres, le caractère cosmopolite de la ville est très accentué, d’autant plus que l’espace bâti reste inchangé malgré la densité importante de sa population. La grave crise du logement de l’après-guerre, que ressentiront de façon aigüe les vagues d’immigration plus récentes – y compris celles issues de la Décolonisation - en sera la conséquence.

La fracture entre Paris et sa banlieue s’accentue au cours du XXe siècle, comme dans les autres grandes villes de l’Hexagone. L’étude des formes d’inégalité sociale lues dans l’organisation des espaces urbains est, dans le long terme, indissociable de celle de la présence immigrée dans les faubourgs et dans les cités.

Paradoxalement, les démolitions et les constructions qui se font à São Paulo à un rythme effréné depuis la fin du XIXe siècle, n’ont pas apporté aux populations immigrées un cadre de vie plus confortable. La très faible présence de l’Etat et des politiques urbaines, la forte spéculation immobilière et l’établissement des frontières sociales invisibles chassent dès le début du XXe siècle ces populations des régions les plus valorisées de la ville. Le même phénomène se produit à Rio de Janeiro, avec le surgissement des premières favelas. La croissance hasardeuse des grandes villes brésiliennes se fait ainsi avec une très faible présence de l’État, qui laisse une grande liberté aux acteurs privés. En France, au contraire, l’État est un acteur central. C’est ainsi que les débats autour de la direction prise par les politiques territoriales et urbaines montrent comment les enjeux politiques sont divers dans chacun des deux cas.

Aujourd’hui, la question se pose aussi de façon singulière dans chacun des deux pays : pour le Brésil, dont l’identité nationale s’est forgée sur l’idée de la synthèse et du métissage, le fait social de l’émigration constitue une contradiction forte ; pour la France, la contradiction touche aux principes fondateurs de la République et constitue la « racialisation » des populations immigrées en fait polémique majeur notamment pour celles qui sont originaires des anciennes colonies.

Malgré ces différences - voire grâce à elles -, la ville et ses dynamiques posent des questions qui incitent au dialogue recherché ici. Les formes d’occupation des espaces – sociaux, politiques, urbains, culturels, symboliques – et de relation avec les autres citadins, étrangers ou nationaux, ouvrent des possibilités évidentes mais peu développées de comparaisons. Celles-ci peuvent interroger et éclairer mutuellement des réflexions menées dans chacun des deux pays en réponse à des contextes historico-politiques et à des agendas intellectuels propres. Il ne faut pas non plus oublier, quant aux potentialités de la comparaison, que certains groupes – Italiens, Portugais, Espagnols, juifs – sont présents dans les deux pays alors que d’autres permettent de faire ressortir de par leur présence, des réalités singulières – Japonais au Brésil, Maghrébins en France. Dans un cas comme dans l’autre la confrontation nous semble prometteuse.

Programme

 Jeudi 9 décembre : « Des Immigrés à l’espace »

Matin : salle M. et D. Lombard (96 bd Raspail)

 Présidente de séance : Mônica Raisa Schpun (CRBC - EHESS)

Intervenants :

  • 9h00 - François Laplantine (Université Lyon 2) – « Entre Tokyo et São Paulo : les métamorphoses de la socialité nikkei »
  • 9h30 - Liliane Kuczynski (LAU, CNRS) – « Les marabouts ouest-africains à Paris : occupation spatiale, stratégies de visibilité et ouverture sur l’imaginaire »
  • 10h00 - Glaucia de Oliveira Assis (Université de l’État de Santa Catarina) – « La connexion Criciúma–Boston : les nouveaux émigrants brésiliens et la configuration de liens transnationaux »
  • 10h30 - Anne Raulin (Université de Paris Ouest Nanterre La Défense) – « Minorités urbaines, agents de transformation des villes mondiales »

11h00 – Débat

12h45 – Déjeuner

Après-midi : salle 505 (54 bd Raspail)

 Présidente de séance : Nancy L. Green (CRH-EHESS)

Intervenants :

  • 14h30 - Marie-Claude Blanc-Chaléard (Université de Paris Ouest Nanterre La Défense) - « Immigration et vie de quartier à Paris : le faubourg Saint-Antoine à la fin du XIXe siècle, Belleville à la fin du XXe siècle »
  • 15h00 - Ivone Salgado (Université Catholique de Campinas) – « Immigration qualifiée et configuration de l’espace urbain dans la ville de São Paulo, 1840-1870 »
  • 15h30 - Geraldine Ficadière-Nollin (RIVES-ENTPE) – « Monographie d’un immeuble dégradé : le ‘22’ »
  • 16h00 – Silvana Rubino (Université de Campinas) – « Pietro Maria et Lina Bo Bardi : un couple moderniste à São Paulo »

16h30 – Débat

18h30 – Clôture de la journée

Vendredi 10 décembre : « De l’espace aux immigrés »

Matin : salle M. et D. Lombard (96 bd Raspail)

Présidente de séance : Laurette Wittner (RIVES - ENTPE)

Intervenants :

  • 9h00 - Ana Lucia Duarte Lanna (Université de São Paulo) – « Les étrangers et la ville : la construction des quartiers centraux. Le Bexiga et les Italiens à São Paulo, 1890-1920 »
  • 9h30 - Cédric David (doctorant, Université Paris Ouest Nanterre La Défense) – « Une nouvelle politique du logement pour les familles d'immigrants en Seine-Saint-Denis (du milieu des années 1970 au milieu des années 1980) ? »
  • 10h00 - Emmanuelle Lallement (Université Paris 4) – « Le quartier Barbès à Paris : entre centralité marchande enchantée et quartier ethnique polémique »
  • 10h30 - Verônica Sales Pereira (Université de Campinas) – « L´immigration italienne et la gentrification dans le quartier Mooca de São Paulo »

11h00 – Débat

12h30 – Déjeuner

Après-midi : salle M. et D. Lombard (96 bd Raspail)

Présidente de séance : Laurence Feveile (École Nationale Supérieure d’Architecture Paris-Val de Seine)

Intervenants :

  • 14h30 - Alain Battegay (Lames-Modys) – « La Place du Pont à Lyon : ‘centralité commerçante immigrée’ et carrefour d’urbanités »
  • 15h00 - Maria Stella Martins Bresciani (Université de Campinas) – « São Paulo, les immigrés et la question du logement populaire (1890-1940) »
  • 15h30 - Muriel Cohen (Doctorante, Université Paris I) – « Le logement des familles algériennes en banlieue parisienne dans les années 1960-1970 au prisme des dossiers de regroupement familial »

16h00 - Bernard Bret (Université de Lyon 3) – Synthèse

16h30 – Débat

18h30 – Clôture du colloque

Lieux

  • 96 bd Raspail (EHESS, salle M. et D. Lombard le jeudi 9 matin et le vendredi 10 toute la journée) et 54 bd Raspail (salle 505 le jeudi 9 après-midi)
    Paris, France

Dates

  • jeudi 09 décembre 2010
  • vendredi 10 décembre 2010

Mots-clés

  • migrations, villes, Brésil, France

Contacts

  • Natalia Mesquita Alves
    courriel : mesquita [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Mônica Raisa Schpun
    courriel : moschpun [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Immigration et dynamiques urbaines », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 19 novembre 2010, http://calenda.org/202586