AccueilPerspectives critiques autour de la notion de champ dans la sociologie bourdieusienne 

Perspectives critiques autour de la notion de champ dans la sociologie bourdieusienne 

Critical Perspectives around the Notion of Field in the Sociology of Bourdieu

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Publié le mardi 07 décembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

Ce séminaire se veut un lieu de réflexion sur la notion de champ telle qu'elle est développée par Pierre Bourdieu et utilisée par la suite par d'autres chercheurs. Jusqu'où la critique de la notion de champ peut-elle se déployer de manière pertinente ? Doit-on spécifier le champ de validité de la notion de champ contre la tentation de la totalisation présente chez Bourdieu, comme le fait par exemple Bernard Lahire ? Ou bien, au-delà du champ de validité, n'y a-t-il pas un problème dans la conceptualisation même de la notion de champ ? Poser cette question, sans réponses a priori, vise à soumettre à un examen critique la notion de champ et contribuer ainsi à davantage de réflexivité dans les usages des concepts en sciences sociales.

Annonce

Dans le cadre de nos recherches doctorales, nous souhaitons mettre en place un lieu de réflexion sur la notion de champ telle qu'elle est développée par Pierre Bourdieu et utilisée par la suite par d'autres chercheurs. A l'instar de Bernard Lahire, il nous semble que Pierre Bourdieu propose « l'une des orientations théoriques les plus stimulantes et les plus complexes en sciences sociales. L'une de celles qui intègrent le plus de subtilités théoriques et méthodologiques (ayant su notamment faire travailler sociologiquement une multitude de problèmes philosophiques) »1. Se concentrer sur la notion de champ nous paraît fécond, au-delà de nos travaux individuels respectifs, en raison de la récurrence avec laquelle elle est l'objet de questionnements de la part d'un grand nombre de doctorants et de chercheurs. Se voulant être une réflexion collective à destination des jeunes chercheurs, le travail préliminaire pour construire ce séminaire nous a amené à considérer qu'il peut être plus que cela et, à notre échelle, contribuer à alimenter une réflexion sur les apports et les limites de la théorie bourdieusienne qui reste encore largement à faire. En effet, si l'œuvre de Bourdieu a suscité nombre de commentaires et d'analyses plus ou moins développés, l'ampleur de celle-ci et les réactions qu'elle suscite nécessite un débat approfondi.

L'usage des outils issus de la théorie de Bourdieu est toujours délicat et constitue une prise de risque tant la sociologie bourdieusienne a suscité et suscite encore parfois controverses, « querelles de chapelle » et investissements affectifs. A cet égard, nous ne pouvons que rejoindre Bernard Lahire lorsqu'il rejette dans le même geste tant les réfutations des détracteurs, « malheureusement souvent l'expression d'une triste mauvaise foi et d'une grande méconnaissance » que la routinisation de l'œuvre par des épigones orthodoxes qui l'appréhendent comme un « prêt-à-porter conceptuel »2. Un tel programme a la vertu de contribuer à la constitution d'un espace de discussion et d'évaluation rigoureuses, conditions nécessaires au véritable respect scientifique d'une œuvre et de son auteur. La sociologie critique, au même titre et même plus encore que toute autre théorie, mérite d'être critiquée. Toutefois, la mise en œuvre d'un tel programme ne peut que se heurter à de nombreuses difficultés. Parmi celles-ci, la routinisation et le dévoiement de ce discours sur un rapport critique à Bourdieu, exagérant l'importance des disciples et des détracteurs pour mieux se construire une position nuancée à peu de frais dans le champ sociologique et éviter de se coller à la tâche rigoureuses de l'analyse scientifique, constitue sans doute l'une des plus épineuses.

Plusieurs auteurs ont pratiqué l'exercice critique à l'égard de l'œuvre de Bourdieu dans sa globalité, à l'instar de Bernard Lahire3 et de Luc Boltanski4. S'adossant à des théories ne se limitant pas à une relecture de Bourdieu, ces travaux s'inscrivent dans des approches très différentes et même antagonistes. D'autres auteurs ont critiqué la sociologie bourdieusienne non pas dans sa globalité mais sur tel ou tel élément précis. Loin de prétendre départager la « véritable » interprétation de la sociologie bourdieusienne, notre propos est de nous concentrer sur la notion de champ. Notre point de départ est le suivant : les problèmes que posent la notion de champ ne semblent pas pouvoir s'expliquer par le seul usage peu rigoureux de la part de certains chercheurs mobilisant la théorie bourdieusienne. Certes, les usages sauvages, qu'ils soient métaphoriques en utilisant cette notion bien au-delà de son champ de validité pour tout contexte ou bien substantialistes en faisant « comme si » les champs sociaux existaient réellement, sont bien une réalité et ne facilitent pas le travail de clarification conceptuelle. Mais un certain nombre de travaux semble accréditer l'idée que les problèmes posés dans le cadre de l'utilisation de la notion de champ renvoient à des limites dans la théorie bourdieusienne elle-même.

Dès lors, le problème auquel nous chercherons à répondre dans ce séminaire peut être formulé ainsi : jusqu'où la critique de la notion de champ peut-elle se déployer de manière pertinente ? Doit-on spécifier le champ de validité de la notion de champ contre la tentation de la totalisation présente chez Bourdieu, comme le fait par exemple Bernard Lahire ? Ou bien, au-delà du champ de validité, n'y a-t-il pas un problème dans la conceptualisation même de la notion de champ ? Poser cette question, sans réponses a priori vise à soumettre à un examen critique radical – non pas au sens de réfutation définitive, encore moins de condamnation mais au sens où l'entend Marx c'est-à-dire qui vise à « saisir les choses à la racine »5 –, la notion de champ. Dans cette perspective, un aller-retour régulier entre la théorie dans sa cohérence (c'est-à-dire les relations qu'entretiennent les concepts bourdieusiens) et un concept précis constitutif de cette théorie est nécessaire et peut permettre de dépasser les déclarations de principes pour s'atteler à la mise en œuvre du programme développé plus haut ou, tout du moins, y contribuer. Cet aller-retour sera doublé d'une circularité entre des interventions qui prennent pour point de départ des enquêtes empiriques (principalement autour de la sociologie du militantisme et de la sociologie de la culture), permettant ainsi de spécifier au plus près du terrain le champ de validité du champ, et des interventions plus « théoriques » sur la genèse et le travail de conceptualisation de la notion de champ.

Ce séminaire se veut interdisciplinaire en sollicitant les interventions de sociologues, de politistes, de philosophes ou bien encore d’historiens. Ce parti pris a pour but de confronter la validité de la notion de champ non seulement à différents terrains mais également à différentes disciplines. Les intervenants seront invités à traiter de leur travail sur ce concept et de son utilisation (ou non utilisation) ainsi que de leur rapport à Bourdieu et à la théorie bourdieusienne dans une perspective de socio-genèse et socio-analyse du travail scientifique.

1 LAHIRE Bernard (dir.), Le travail sociologique de Pierre Bourdieu. Dettes et critiques, Paris, La Découverte/Poche, coll. « Sciences humaines et sociales », 2001 (1ère éd. La Découvertre & Syros, coll. « Textes à l'appui », 1999), p. 10.

2 Ibid., p. 10 et 18.

3 Voir LAHIRE Bernard, L’homme pluriel. Les ressorts de l’action, Paris, Nathan, 1998 et La culture des individus, Paris, La Découverte, 2004.

4 Voir BOLTANSKI Luc, « Sociologie critique et sociologie de la critique », Politix, n°10-11, 1990, pp. 124-134 et De la critique. Précis de sociologie de l'émancipation, Paris, Gallimard, coll. « nrf essais », 2009.

5 MARX Karl,  Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel, 1844.

Coordination:

  • Viviane Albenga,
  • Thibaut Rioufreyt,
  • Elise Roullaud,
  • Romain Vila.

Le séminaire se réunit en salle R-253 au laboratoire Triangle (UMR-5206) à l'ENS-LSH, 15 parvis René Descartes, 69342 Lyon Cedex 07 (métro Debourg). Il est ouvert à toutes les personnes intéressées.

Séance 6 : Champ discursif. 15 décembre 2010, 14h-16h30.

Juliette Rennes, Maîtresse de conférence en Sociologie à l'EHESS/CEMS.

Séance 7 : Champ et monde. 14 février, 14h-16h30.

Audrey Mariette, Maîtresse de conférences en Science politique, Université Paris 8/CSU.

Séance 8 : Champ et configuration, 3 mars, 10h30-13h.

Jean-Hughes Dechaux, Professeur de Sociologie, Université Lyon 2/Modys.

André Ducret, Maître d'enseignement et de recherche en Sociologie, Université de Genève.

Séance 9 : Champ et réseau, 25 mars, 11h-13h.

Gisèle Sapiro, Directrice de recherche au CNRS/CESSP.

Séance 10: Historicité du champ, 26 mai, 17h-19h.

Roger Chartier, Directeur d'étude en Sociologie à l'EHESS, Professeur au Collège de France.

Pour tout renseignement complémentaire (présentation du séminaire et séances précédentes):

http://triangle.ens-lyon.fr/spip.php?rubrique352

Contacts:

viviane.albenga@ens-lyon.fr

thibaut.rioufreyt@sciencespo-lyon.fr

elise.roullaud@sciencespo-lyon.fr

romain.vila@univ-lyon2.fr

Catégories

Lieux

  • 15 parvis René Descartes
    Lyon, France

Dates

  • mercredi 15 décembre 2010
  • lundi 14 février 2011
  • jeudi 03 mars 2011
  • vendredi 25 mars 2011
  • jeudi 26 mai 2011

Mots-clés

  • champ, Bourdieu, sociologie critique

Contacts

  • Rioufreyt Thibaut
    courriel : thibaut [dot] rioufreyt [at] univ-lyon2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Thibaut Rioufreyt
    courriel : thibaut [dot] rioufreyt [at] sciencespo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Perspectives critiques autour de la notion de champ dans la sociologie bourdieusienne  », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 07 décembre 2010, http://calenda.org/202794