AccueilFrères et sœurs du Moyen Âge à nos jours

Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours

Brothers and sisters from the Middle ages to the Present Day

*  *  *

Publié le mercredi 08 décembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

A l’heure où l’histoire de la famille, dont les contours ne sont pas encore parfaitement délimités, tend à se constituer en champ d’étude à part entière, de plus en plus autonome par rapport à la démographie historique stricto sensu d’une part, et à l’histoire sociale d’autre part, nous souhaitons organiser un colloque autour d’une des formes les plus répandues - mais sans doute les moins étudiées - de relations familiales, le lien fraternel. Même si les travaux sur les différents liens familiaux se sont multipliés ces dernières années, la relation entre frères et sœurs n’a pas encore fait l’objet d’une grande enquête ni d’un travail de recherche qui lui soit spécifiquement dédié. L’ambition de ce double colloque est de proposer une approche très large de la fratrie, aussi bien sur le plan géographique que thématique, du Moyen Âge à nos jours, pour comprendre à la fois la spécificité de ce lien dans l’ensemble des relations familiales et la diversité de ses formes selon les époques et les espaces (Europe au sens large et Amérique).

Annonce

Double Colloque international (Rennes 1er-2 décembre 2011- Toulouse mars 2012)

Organisé par le CERHIO (UMR 6258 Rennes 2) et le FRAMESPA (UMR 5136 Toulouse Le Mirail)

Avec le soutien de la Société de Démographie Historique

A l’heure où l’histoire de la famille, dont les contours ne sont pas encore parfaitement délimités, tend à se constituer en champ d’étude à part entière, de plus en plus autonome par rapport à la démographie historique stricto sensu d’une part, et à l’histoire sociale d’autre part, nous souhaitons organiser un colloque autour d’une des formes les plus répandues - mais sans doute les moins étudiées - de relations familiales, le lien fraternel. Même si les travaux sur les différents liens familiaux se sont multipliés ces dernières années, qu’il s’agisse par exemple de la relation grands-parents / petits-enfants (V. Gourdon,  2001), ou encore de la relation avunculaire (M. Trévisi, 2008), et si les fratries elles-mêmes ont donné lieu à un certain nombre de publications récentes (D. Lett,2004 ; M. Oris et al. [dir.], 2007),  la relation entre frères et sœurs n’a pas encore fait l’objet d’une grande enquête ni d’un travail de recherche qui lui soit spécifiquement dédié.

Cette lacune s’explique aisément tant du point de vue des historiens des populations que des historiens du social. Les premiers comme les seconds ont, en effet, toujours montré plus d’intérêt pour les relations  intergénérationnelles au sein des familles que pour les relations de collatéralité. Cette orientation s’explique en partie pour les uns par le prisme des sources et par certaines options problématiques pour les autres. Les historiens démographes français, promoteurs de la technique de reconstitution des familles, comme les historiens utilisateurs de généalogies ont, en effet, été souvent conduits à considérer la famille de manière verticale, qu’ils s’intéressent à la reproduction des familles ou à  la transmission lignagère des valeurs matérielles et symboliques au sein de la famille. Les historiens du social, quant à eux, très intéressés par la question de la reproduction sociale, ont souvent mis l’accent sur l’analyse des destins comparés des pères et des fils, au moment du mariage par exemple, ce qui renvoie à nouveau à une relation verticale au sein de la famille.

Pourtant, la prise en compte de la complexité des processus de reproduction sociale conduit inévitablement les historiens à s’intéresser davantage aux relations de collatéralité. A titre d’exemple, les travaux sur les systèmes de partage, égalitaire comme inégalitaire, et sur les processus de transmission successorale, sont de plus en plus attentifs à la question de la dimension et de la composition des fratries, éléments qui sont au moins aussi déterminants que les règles d’héritage. La connaissance de cet environnement familial semble indispensable à la compréhension du destin de chaque individu. Du point de vue de la reproduction sociale, la fratrie apparaît également comme une échelle très pertinente pour analyser et comparer les destins professionnels, car frères et sœurs (à la différence de pères et fils) affrontent des situations et des contextes socioéconomiques proches, sinon semblables, du fait de leur proximité d’âge. Sur le plan de l’histoire des sentiments familiaux, que le développement des études sur les écrits du for privé a considérablement fait progresser ces dernières années (F.-J. Ruggiu, S. Mouysset), la relation frères/sœurs est également une échelle d’observation très intéressante : à l’inverse des relations parents/enfants, elle s’inscrit dans un cadre moins contraint par des obligations de pouvoir et d’obéissance au sein de la famille. De leur côté, les psychologues ont également beaucoup travaillé ces dernières années sur « l’expérience fraternelle » (J.-P. Almodovar, 1981).

L’ambition de ce double colloque est de proposer une approche très large de la fratrie, aussi bien sur le plan géographique que thématique, du Moyen Âge à nos jours, pour comprendre à la fois la spécificité de ce lien dans l’ensemble des relations familiales et la diversité de ses formes selon les époques et les espaces (Europe au sens large et Amérique).

Les communications pourront s’insérer dans une ou plusieurs des thématiques présentées ci-dessous.

Définition et droit de la fratrie

Qu’est-ce qu’une fratrie ? Si les lois coutumières ou le Code civil définissent souvent assez clairement ce qui constitue le lien entre parent et enfant à travers, par exemple, le contrôle de l’illégitimité et l’énoncé des obligations matérielles et morales des uns envers les autres, la relation entre frères et sœurs semble assez absente des textes de droit. Ce flou juridique est renforcé par un certain flou terminologique qui entoure le terme de « fratrie », lequel varie selon les contextes et les individus. Désigne-t-il les individus issus du même père et de la même mère, ou un seul parent commun (demi-frère) suffit-il à créer un lien fraternel ? Un travail préalable de définition s’impose autour de la notion de fratrie dont les usages sont multiples mais pas toujours très bien explicités. On pourra également s’interroger sur la manière dont les acteurs institutionnels (juristes, administration etc.) appréhendent cette relation.

La démographie de la fratrie

La démographie historique qui cherchait à définir les régimes démographiques (fécondité, âge au décès, etc.) des sociétés anciennes a mis l’accent sur l’étude des relations intergénérationnelles, si bien que si on dispose de nombreuses études sur l’âge de la paternité et de la maternité, le nombre d’enfants d’un couple, l’âge où l’on devient orphelin etc., rares sont les enquêtes qui permettent de mesurer la taille effective des fratries, la durée des cohabitation des frères et sœurs au sein d’un même foyer selon le rang de naissance de chaque membre de la fratrie. Une mesure quantitative de la taille des fratries, de leur composition dans différentes sociétés et de leurs évolutions en liaison avec les transformations des régimes démographiques serait donc bienvenue.

La fratrie comme ressource. Solidarités, stratégies  et destins sociaux différenciés des frères et sœurs

Dans une perspective d’analyse des processus de reproduction sociale, nous souhaiterions que soit abordée la question des solidarités/conflits notamment économiques au sein de la fratrie. Quelles sont les formes d’entraide qui existent entre frères et sœurs ? Ces solidarités économiques sont ici entendues dans un sens très large qui va de l’appui temporaire (pour accéder au marché du travail ou au crédit par exemple) à des formes d’association plus formelles et durables (frérèches commerciales, biens et exploitations agricoles détenus en indivision). La question de la fratrie comme ressource pose évidemment celle de la position de chacun dans le système d’héritage. Toutefois, sans naturellement l’exclure, nous souhaiterions que l’attention ne soit pas focalisée sur la relation aîné/cadet en système à maison, qui a déjà été très étudiée, mais que le destin socioprofessionnel des frères, notamment en système de partage égalitaire, retienne également l’attention des participants.

La fratrie comme lien affectif

L’intensité des sentiments noués au sein de la fratrie, de la haine à l’amour incestueux, a nourri abondamment l’imaginaire au fil des temps. Mais quelles traces ces liens affectifs ont-ils laissées dans les sources à la disposition des historiens ? Comment ont-ils affecté le respect de normes de comportement fraternel ? Ce questionnement renvoie  à l’expression des sentiments fraternels : par quels gestes, quelles paroles, quels écrits se manifestent-ils ? Dans quelles situations ? Il conduit aussi à s’intéresser à la nature de ces sentiments, tendresse, admiration, jalousies, indifférence, à appréhender en fonction des configurations familiales. Enfin, les formes extrêmes de l’amour fusionnel, notamment entre frère et sœur, pouvant déboucher sur l’inceste seront interrogés, ainsi que le regard porté sur ces cas limites brisant un tabou fondamental.

Genre et fratrie

Il semble également important de bien articuler la notion de fratrie et celle de genre. Il est évident que filles et garçons ne peuvent avoir ni les mêmes stratégies ni les mêmes destins sociaux ; de même, la transmission des valeurs au sein du cercle familial ne prend pas les mêmes formes et s’articule en fonction du genre des uns et des autres. Il faut également  tenir compte du rang de naissance de chacun pour comprendre les finalités de l’éducation dispensée.

Quelles implications peut également avoir la composition des fratries sur la nature du lien fraternel selon qu’il s’agit d’une fratrie unisexe (fratrie au sens strict ou sororie) ou d’une fratrie mixte ?

Fratrie /fraternité, le lien rêvé

La littérature, le monde des contes populaires, celui de la mythologie ont toujours beaucoup emprunté à la fraternité pour décrire des situations particulièrement propices à la réflexion sur le soi et l’autre, la construction de son identité, sa relation à autrui, en terme de sentiments forts, tels que l’amitié et la fidélité ou son contraire, la haine et la trahison. Notre société occidentale est ainsi fondée sur un mythe fraternel, celui d’un christ-frère, « le premier né d’une multitude de frères » selon saint Paul.

Le récit mythique érige cette relation pure en paradigme de comportement social, c’est un « lien modèle », selon D. Lett, qui transcende parfois le lien biologique et considère même le lien électif dans certains cas comme supérieur au lien adelphique. Ce « lien modèle » a une histoire très ancienne dont la force repose sur un certain nombre de valeurs, autant de vertus positives qui construisent et fortifient une relation exemplaire : une réelle affection (« une amitié plus solide qu’un rempart » écrit Antisthène au IVe siècle avant JC), des devoirs réciproques (« l’amour de deux frères est un soutien dans la vie » écrivait Vincent Van Gogh à son frère Théo en 1877), une complicité visible, une fidélité sans borne. 

Ces formes de présentation et d’exaltation du « lien modèle », tout comme les multiples usages qui façonnent la réalité concrète des groupes de Compagnons, de Francs-maçons ou des Poilus de la Grande guerre constituent précisément un objet d’histoire à explorer de toute urgence.

  • Fabrice Boudjaaba (CNRS-Rennes 2)
  • Christine Dousset (Toulouse-Le Mirail)
  • Sylvie Mouysset (Toulouse-Le Mirail)

Le colloque aura lieu en deux temps, d’une part à Rennes en décembre 2011 et d’autre part à Toulouse en mars et fera l’objet d’une publication.

Les propositions de communication (titre, résumé d’une page maximum, bref CV) sont à adresser aux organisateurs avant le  1er mars 2011 :

fabrice.boudjaaba@gmail.com

christine.seiden@gmail.com

mouysset@univ-tlse2.fr

Comité scientifique :

  • Jean-Pierre Bardet (Paris 4 et EHESS),
  • Didier Lett (Paris 7),
  • Michel Oris (Genève),
  • Sylvie Perrier (Ottawa),
  • Francois-Joseph Ruggiu (Paris 4),
  • Marion Trévisi (Amiens).

 

 

Dates

  • mardi 01 mars 2011

Mots-clés

  • fratries, famille, démographie, fraternité, lien social

Contacts

  • Fabrice Boudjaaba
    courriel : fabrice [dot] boudjaaba [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Fabrice Boudjaaba
    courriel : fabrice [dot] boudjaaba [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 08 décembre 2010, http://calenda.org/202805