AccueilLes représentations de l'animal dans les îles Britanniques

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Publié le vendredi 10 décembre 2010 par Marie Pellen

Résumé

La question de la ou des représentation(s) des animaux dans les îles Britanniques évoque d’emblée plusieurs éléments majeurs de la tradition et de l'histoire récente du pays : les gravures de Hogarth en 1751, la création de la Society for the Prevention of Cruelty to Animals en 1824, les écrits de Locke, de Bentham sur le statut de l’animal, les travaux de Darwin sur les espèces, ou encore le débat contemporain sur l’expérimentation animale ou l’élevage intensif. Il semble que les Britanniques aient accordé une grande place aux animaux dans leurs arts, leur pensée, leurs loisirs, leurs sciences, et leur vie quotidienne. Cependant, l’idée que nos voisins d’outre-Manche aiment beaucoup les animaux révèle-elle quelque chose de profond dans la culture de ce pays, ou bien n'est-elle qu'un cliché que les Britanniques se plaisent à colporter ? C’est à cette question que nous souhaiterions répondre.

Annonce

Les représentations de l’animal[1] dans les îles britanniques

Colloque international et transdisciplinaire

20 – 21 Octobre 2011

Université de Rennes 2, France

Il est commun de se représenter la Grande-Bretagne comme une grande nation d’amis des animaux et il n’est qu’à se retourner sur les deux siècles qui viennent de s’écouler pour trouver maintes preuves de cette extraordinaire affection:

  • La première loi visant à protéger les animaux allait être britannique. La loi dite de Martin (1822) définit comme crime toute cruauté exercée envers un certain nombre d’animaux domestiques -vaches, boeufs, chevaux et moutons- ainsi que le fait de leur infliger des souffrances inutiles. L’histoire récente du pays en matière de législation ne fait que confirmer la prégnance de ce souci, comme en atteste le grand bruit causé par le passage de la loi sur la chasse de 2004, qui mit un terme à la chasse à courre sous certaines conditions.
  • Le grand peintre animalier Sir Edwin Henry Landseer connut dans l’Angleterre victorienne une popularité inégalée, et ses tableaux de chiens en sauveurs de l’humanité trouvèrent une place dans presque tous les intérieurs du pays, des murs de la haute bourgeoisie aux boîtes à biscuits des foyers les plus humbles.
  • Selon l’enquête annuelle de 2006 menée par la Charities Aid Foundation sur le mouvement caritatif dans le pays, la RSPCA (Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals), fondée en 1824, figurait au nombre des dix sociétés recevant le plus de dons[2].
  • Très régulièrement, les médias portent à la connaissance du grand public des cas de maltraitance animale qui ne manquent d’entraîner de vives réactions. En 1982, Sefton, cheval de l’armée britannique, devint un héro national suite à l’attentat de l’IRA qui le blessa à Hyde Park. Au mois d’août 2010, à Coventry, une caméra de surveillance surprit une femme en train de jeter un chat dans une poubelle. L’émoi fut tel que la coupable dut s’en excuser publiquement.

Ces quelques exemples, choisis parmi tant d’autres, semblent corroborer l’idée communément admise que les Britanniques ont développé une relation tout à fait singulière aux animaux qui les entourent, et que cette histoire ne date pas d’hier, mais remonte au contraire à bien avant l’ère victorienne. Pour autant, depuis peu, des voix s’élèvent, dans le monde universitaire tout autant qu’au sein du milieu militant, qui s’interrogent sur la signification profonde de ces symboles et de ces marques d’affection, et qui remettent en cause l’idée, proche de l’auto-satisfecit, que les représentations que les Anglais se font des animaux n’ont rien de commun avec celles des autres nations.

Dans le domaine des arts graphiques, le goût prononcé des Britanniques pour le portrait de leurs animaux domestiques, depuis longtemps inclus dans les portraits de famille, n’a guère échappé aux historiens de l’art. Pour autant, la série de gravures de Hogarth (1751) illustrant The Four Stages of Cruelty a récemment fait l’objet d’analyse qui viennent renverser l’image traditionnelle, et aux connotations sociales évidentes, du bon maître entouré de ses chiens et de ses chevaux. De tels questionnements sont en parfait accord avec la nature même de cette fascination qu’éprouvent les artistes contemporains pour les animaux. Tout occupés à rejeter le canon classique et dans le souci de dénoncer les fléaux de notre époque moderne, en particulier dans le domaine de l’environnement, ces artistes s’emparent désormais des animaux de façon inédite et s’engagent ainsi sur le terrain de la moralité et de notre responsabilité face au sort de la planète. Pour reprendre les mots de Steve Baker, “l’art pense désormais l’animal de façon productive et imaginative […] et en fait quelque chose qui se prête à une présentation active plutôt qu’à une représentation passive, un événement bien plutôt qu’un sujet. »[3]

Ce faisant, l’art se fait l’écho, tout en les alimentant à son tour, des grandes questions soulevées dans le champ des sciences et de l’éthique, questions qui semblent avoir dès les origines pris en Angleterre un tour tout à fait novateur.

Ce sont sans aucun doute les idées de Charles Darwin, exposées dans son Origine des espèces de 1859 et sa Descendance de l’homme de 1871, qui ont le plus profondément révolutionné ces disciplines. Les théories du penseur anglais allaient en effet avoir un impact à la fois inégalé et paradoxal sur la représentation des « bêtes » en Grande-Bretagne. Sa démonstration de nos origines communes avec les grands singes ébranla les fondements-mêmes de l’idéal anthropocentrique de la supériorité de l’être humain. Pourtant, de manière indirecte, Darwin donna aussi sa caution au phénomène naissant de l’expérimentation animale, puisque les animaux étaient désormais perçus comme des modèles possibles pour l’étude de la biologie et de la physiologie humaine. Ces deux dimensions –la parenté entre humains et animaux, ainsi que l’objectification de ces derniers- semblent être aujourd’hui encore au cœur de la relation qu’entretiennent les Britanniques avec les animaux. Il n’est pour s’en convaincre qu’à se pencher sur les débats récents et très vifs sur l’exportation d’animaux vivants et sur l’expérimentation animale, ou bien encore les avancées législatives en faveur d’une protection animale n’empêchant ni la recherche scientifique ni l’amélioration de la production agricole. A la lumière de ces attitudes complexes vis à vis des animaux, que peut-on dire de la représentation de leurs intérêts ? Peut-on aller jusqu’à soutenir, comme le fait Robert Garner, que l’animal jouit « d’un poids politique grandissant »[4]  en Grande-Bretagne ?

Ce colloque, qui entend encourager la confrontation d’approches disciplinaires variées, invite les chercheurs à s’interroger en profondeur sur la question de la représentation des animaux an Grande-Bretagne au travers des champs de l’histoire, de la philosophie, de la sociologie, de la politique, du droit, des études culturelles, des arts visuels et des medias. Comment les animaux ont-ils été imaginés, dépeints, idéalisés, regardés ou ignorés, voire évacués de la représentation ? Dans quelle mesure l’évolution de leur statut ontologique, légal et politique a-t-il influé sur ces représentations ? Les réponses apportées par les participants permettront, nous l’espérons, de mieux cerner une relation prétendument unique et pérenne entre les Britanniques et les animaux qui les entourent.

Les communications se feront en anglais.

Des abstracts de 250 mots environ sont à soumettre d’ici le 1er février 2011 à Emilie Dardenne (emiliedardenne [at] yahoo.fr) et Sophie Mesplède (sophie.mesplede [at] univ-rennes2.fr) avec le nom du colloque dans le titre de votre message. Toute pièce jointe doit l’être en format Rich Text ou Word. Veuillez inclure votre nom, celui de votre institution de rattachement et une adresse à laquelle vous pouvez être joint-e. Nos réponses vous parviendront pour le 1er avril 2011.

Les meilleures communications feront l’objet d’une publication.

Conférenciers invités

  • Steve Baker, University of Central Lancashire
  • Robert Garner, University of Leicester
  • Hilda Kean, Ruskin College
  • Richard Ryder

Comité scientifique

  • Florence Burgat, INRA, Université Paris 1
  • Claire Charlot, Université Rennes 2 
  • Emilie Dardenne, Université Rennes 2 
  • Renée Dickason, Université Rennes 2 
  • Elisabeth Hardouin-Fugier, Université Lyon 3
  • Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, King’s College London
  • Sophie Mesplède, Université Rennes 2 
  • Brendan Prendiville, Université Rennes 2 
  • Emmanuel Roudaut, IEP Lille

Responsables scientifiques et comité d’organisation local

  • Emilie Dardenne, Université Rennes 2 
  • Sophie Mesplède, Université Rennes 2 

Site du colloque

http://www.sites.univ-rennes2.fr/ace/Bienvenue.html

Cette manifestation figure dans la liste des colloques organisés en amont du grand congrès international Minding Animals Conference 2, Utrecht 2012. http://www.mindinganimals.com/.

Representing Animals[5] in Britain

International Interdisciplinary Conference

20 – 21 October 2011

University of Rennes 2, France

Britain is traditionally seen as a nation of animal lovers and evidence for this has cropped up with mounting regularity over the past two centuries:

  • The first ever piece of animal welfare legislation was British. Martin’s Act (1822) made it a crime to treat a handful of domesticated animals -cattle, oxen, horses, and sheep- cruelly or to inflict unnecessary suffering upon them. The recent legislative history of the country attests to the same continuing concern, as encapsulated in the highly publicised Hunting Act (2004) which banned hunting wild mammals with dogs.
  • Animal painter Sir Edwin Henry Landseer’s popularity in Victorian England was bewildering and his depictions of Newfoundland dogs as rescuers of humankind made their way from the higher rungs of society down to the biscuit tins of lower middle-class homes.
  • According to the annual charity trends survey conducted by the Charities Aid Foundation in 2006, the RSPCA, founded in 1824, ranked among the top ten charities in the country[6].
  • Cases of animal suffering revealed by the media regularly horrify the country. In 1982, Sefton, the British army horse, became a national hero after an IRA bombing in Hyde Park. In August 2010, the CCTV footage of a woman dumping a cat in a wheelie bin in Coventry caused such outrage that she had to make a public apology.

All of this, and so much more, seems to bear witness to the widely circulated notion that the British have developed a unique relationship to the animals around them and that the story goes back a long way indeed, well past the Victorian era. Yet, for all these eminent symbols and tokens of affection, the essentially self-congratulatory idea that Britain is “a nation of animal lovers” and that their representations of animals are unlike any other people’s is currently being questioned, in both activist and academic circles.

In the visual arts and their criticism, much has been made of the long-standing British habit of commissioning portraits of one’s favourite pets, either as individual sitters or as part of the family unit. Yet Hogarth’s 1751 engraved series depicting The Four Stages of Cruelty has lately been singled out as a most useful prick with which to puncture the carefully composed and, in the main, upper-class picture of the doting master and his dogs and horses. These recent developments in art historical studies are very much in keeping with the nature of the attraction that animals hold for contemporary artists. In their rejection of classical beauty and desire to expose the evils of the modern age, ecologically-sensitive artists are currently putting animals to new uses in order to explore questions of morality and responsibility towards our environment. To quote Steve Baker, “the animal is now most productively and imaginatively thought about in art […] as something actively to be performed rather than passively represented, an event rather than a subject.”[7]

In so doing, art is connecting with issues articulated in the scientific and ethical fields with an urgency and an originality that seem singularly British.

Perhaps the single most significant work impacting these disciplines was Charles Darwin’s groundbreaking ideas published in The Origin of Species (1859) and The Descent of Man (1871). Darwin’s theory was indeed to have a deep but paradoxical effect on the representation of “beasts” in Britain. As is probably best remembered, it struck the anthropocentric ideal of human superiority a serious blow by showing our common origins with apes. Yet, indirectly, Darwin also gave his blessing to the rise in animal experiments, as animals were now seen as providing models for the study of human biology and physiology. These two elements -kinship between humans and animals, and the commodification of the latter- seem to be still very much at the heart of the British people’s relationship with animals, whether it be in the recent heated debates on live exports and animal testing, or in the legislative moves aiming to protect animals without hindering scientific research or agricultural production. In the light of this complex set of attitudes towards animals, what can one say of the representation of their interests? Can we go as far as claiming, as Robert Garner does, that there is a “growing political relevance of animals”[8] in Britain?

This conference, which will welcome the healthy confrontation of interdisciplinary viewpoints, invites in-depth examination of the representation(s) of animals in the fields of history, philosophy, sociology, politics, law, cultural studies, the visual arts and the media. How have animals been imagined, portrayed, idealised, regarded or disregarded, even effaced? In what ways has their evolving ontological, legal and political status shaped these representations? The answers to these questions and those brought up by the participants will aim at making sense of a supposedly unique and long-standing British relationship with animals.

Presentations will be in English.

Please submit 250-word abstracts by February 1st, 2011 to Emilie Dardenne (emiliedardenne [at] yahoo.fr) and Sophie Mesplède (sophie.mesplede [at] uhb.fr) with “Representing Animals in Britain Proposal Submission” noted in the subject line. Attachments should be in Rich Text or Word format only. Please include your name, professional affiliation, and contact information. Notification of acceptance will be made by April 1st, 2011.

The best papers will be subsequently selected for publication.

Keynote Speakers

  • Steve Baker, University of Central Lancashire
  • Robert Garner, University of Leicester
  • Hilda Kean, Ruskin College, Oxford University
  • Richard Ryder

Scientific Program Committee

  • Florence Burgat, INRA, University of Paris 1
  • Claire Charlot, University of Rennes 2 
  • Emilie Dardenne, University of Rennes 2 
  • Renée Dickason, University of Rennes 2 
  • Elisabeth Hardouin-Fugier, University of Lyon 3
  • Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, King’s College London
  • Sophie Mesplède, University of Rennes 2 
  • Brendan Prendiville, University of Rennes 2 
  • Emmanuel Roudaut, IEP Lille

Conference Co-Chairs and Local Organising Committee

  • Emilie Dardenne, University of Rennes 2 
  • Sophie Mesplède, University of Rennes 2 

Conference website

http://www.sites.univ-rennes2.fr/ace/Bienvenue.html

This event is organised by the research group Anglophonie, Communautés, Ecritures (University of Rennes 2). It is a pre-conference for the International Minding Animals Conference 2, Utrecht 2012.

http://www.mindinganimals.com


[1] Le terme complet « animal non humain » serait plus approprié. Par souci de simplicité, nous avons choisi d’utiliser dans cet appel à communication le mot « animal » pour désigner la même réalité.

[2] Avec un revenu annuel de 80 millions de livres.  Voir à ce sujuet Alexandra Frean, “Big Charities Corner the Market in Public Donations,” The Times, June 29, 2006, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/article680853.ece.

[3] http://www.fathom.com/feature/122562/index.html

[4] Robert Garner, Animals, Politics and Morality, Manchester and New York: Manchester University Press, p. 6

[5] The full term non-human animals would be more appropriate. But for the sake of simplicity, the term animals will be used in this call for papers as meaning non-human animals.

[6] With an annual income of £80 million. See Alexandra Frean, “Big Charities Corner the Market in Public Donations,” The Times, June 29, 2006, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/article680853.ece.

[7] http://www.fathom.com/feature/122562/index.html

[8] Robert Garner, Animals, Politics and Morality, Manchester and New York: Manchester University Press, p. 6

Lieux

  • Place du Recteur Henri Le Moal (Université de Rennes 2)
    Rennes, France

Dates

  • mardi 01 février 2011

Mots-clés

  • animaux, Grande-Bretagne, représentations

Contacts

  • Emilie Dardenne
    courriel : emiliedardenne [at] yahoo [dot] fr
  • Sophie Mesplède
    courriel : sophie [dot] mesplede [at] uhb [dot] fr

Source de l'information

  • Emilie Dardenne, Sophie Mesplède ~
    courriel : emiliedardenne [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les représentations de l'animal dans les îles Britanniques », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 10 décembre 2010, http://calenda.org/202828