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Jeunesse et violence

Youth and Violence - Socio-historic Approaches

Approches socio-historiques

History, Sociology, Criminology

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Publié le lundi 20 décembre 2010 par Karim Hammou

Résumé

L’actualité convoque de manière récurrente la question de la violence juvénile au premier rang des préoccupations des citoyens. S’entrecroisent dans les discours médiatiques la figure de l'enfant victime, à laquelle l’opinion se montre de plus en plus sensible, et celle du jeune agresseur, qui est au contraire l’objet de diabolisation. Depuis les années 1990, pouvoirs publics, intervenants sociaux et acteurs associatifs sont sommés de proposer des mesures de prévention et de traitement à l’égard d’une violence perçue comme exponentielle, qu’elle soit exercée ou subie par les enfants et les jeunes. Saisi par cette demande sociale, le personnel politique a fait de la sécurité et de la gestion des risques sociaux un nouveau mode de gouvernementalité.

Annonce

Présentation

L’actualité convoque de manière récurrente la question de la violence juvénile au premier rang des préoccupations des citoyens. S’entrecroisent dans les discours médiatiques la figure de l'enfant victime, à laquelle l’opinion se montre de plus en plus sensible, et celle du jeune agresseur, qui est au contraire l’objet de diabolisation. Depuis les années 1990, pouvoirs publics, intervenants sociaux et acteurs associatifs sont sommés de proposer des mesures de prévention et de traitement à l’égard d’une violence perçue comme exponentielle, qu’elle soit exercée ou subie par les enfants et les jeunes. Saisi par cette demande sociale, le personnel politique a fait de la sécurité et de la gestion des risques sociaux un nouveau mode de gouvernementalité.

L'action de recherche concertée, menée depuis 2007 à l'Université catholique de Louvain par une équipe pluridisciplinaire (historiens, criminologues, sociologues), vise à étudier dans la longue durée les conditions sociopolitiques d'émergence de comportements et situations désignés comme violents, dont les jeunes seraient auteurs et/ou victimes. Ce colloque se propose d’explorer cette problématique en quatre temps :

I. Violences juvéniles: la construction d’un problème social. Rébellion & « violences politiques »

Un grand flux d’informations qui lient de façon causale les jeunes à la violence nous submergent depuis presque un demi-siècle. Informations provenant des sources différentes (communications médiatiques, discours politiques et recherches scientifiques) et touchant des publics assez différenciés, elles arrivent à lier une catégorie d’âge à un large éventail de comportements violents de façon à occulter les procédures qui font que ce couplage est plus artificiel qu’il ne le paraît. Nous perdons vue de tout le travail de construction se trouvant derrière le problème que nous appelons « violences juvéniles ».

Comment peut-on éclairer l’artefact que constitue le problème de la violence juvénile ? A l’aide de quels concepts peut-on travailler pour déconstruire ce qui est de l’ordre du « sens commun » ? Sur quelles sources peut-on travailler et à l’aide de quelles méthodologies peut-on procéder ? Quelles sont les limites de ces dernières ? Plus spécifiquement, la présente session du colloque s’attache à penser les relations entre les différentes catégories d’acteurs qui contribuent à la construction sociale de la violence juvénile (champ politique, scientifique, médiatique, acteurs publics et privés de la sécurité).

Nous proposons de nous arrêter notamment sur la question de la « violence politique ». Celle-ci peut aussi bien concerner les comportements violents qui se veulent politiques en raison du choix de leur cible (rébellions, outrages et faits de violences envers les représentants de l’autorité) ou à cause de la peur qu’ils engendrent et de la mobilisation accrue du monde politique qu’ils provoquent à travers la « taille » des dégâts et la visibilité (l’image-spectacle) de la violence (émeutes, terrorisme).

II. Jeunes, violences, médias : Des paniques morales aux discours de peur

C’est en s’intéressant aux polémiques provoquées par l’affrontement de deux bandes de jeunes déclenché en 1964 dans une ville balnéaire anglaise, que Stanley Cohen (1972) développe le concept de panique morale. Ce concept lui permet de comprendre le processus d’emballement déclenché à la suite d’un événement mineur et pourtant perçu comme une grave menace à l’ordre moral ou social. Partant de l’apparition de l’événement jusqu’à ce qu’on n’entende plus parler de cet épisode, il analyse la succession des acteurs qui prendront part à la panique (médias, force de l’ordre, politiciens, groupes de pression, entrepreneurs de morale, experts…).

Ce concept, fertile dans la littérature anglo-saxonne, s’est révélé particulièrement éclairant dans sa capacité à faire ressortir à la suite d’un événement (par exemple un meurtre commis par un jeune) le processus de désignation et de stigmatisation d’un coupable (tel que les images violentes), le processus d’emballement des discours (dans les médias, par les  journalistes, les hommes politiques, les experts, les autorités morales et religieuses…) et le processus de distorsion des faits.

Cet atelier, en anglais, propose une discussion scientifique du concept de panique morale. Il s’inscrit dans le programme préconisé par Chas Critcher visant à élargir le cadre conceptuel des paniques morales. Martin Barker nous présentera une analyse de la panique récente autour des « video nasties ». (A partir des années 80, une nouvelle série de films d’horreur a suscité de virulentes réactions en Angleterre. Des groupes de pression et des politiciens se sont emparés de l’affaire et, à l’aide d’un soi-disant rapport parlementaire, sont parvenus à mettre à l’index une septantaine de films). Ensuite, dans une perspective historique, nous verrons avec Chas Critcher que cette panique s’inscrit dans une série d’autres paniques antérieures et postérieures provoquées par l’apparition d’autres média – cinéma, bandes dessinées, télévision, jeux vidéo. Finalement, avec Anne Laure Wibrin, nous inscrirons ces épisodes dans un processus plus large de moralisation afin de comprendre la fabrique des peurs et des imputations causales qui aliment les moments de panique.

III. Violences juvéniles sous expertise(s), XIXe-XXIe siècles

Dans la construction historique du problème social que constitue la violence juvénile, que celle-ci soit exercée ou subie, le rôle de l’expertise est primordial. La violence, phénomène intime et social, étroitement associé avec l’état de jeunesse, oscille entre l’objectivité de ses manifestations et la subjectivité de sa perception. Elle se mesure à l’aune de son énoncé dans la sphère publique. L’expert, agissant au cœur ou à la lisière du système institutionnel de protection de la jeunesse, peut être celui qui recueille cette expression et celui qui la met en forme. Ainsi, l’expérience de la violence chez les jeunes est médiatisée par les formes de discours savants que produisent les experts.

Les experts ont très tôt investi cette question de la violence. Dès le XIXe siècle, la médecine légale épaule la justice en cherchant à en identifier les traces corporelles. Puis, au XXe siècle, une expertise diversifiée contribue largement à l’extension de la définition de la violence, passant du visible à l’invisible, de la violence physique à la violence psychique, voire même à la violence symbolique. Les experts dépassent alors la posture du simple diagnostic pour investir le champ du traitement de la violence, s’inscrivant dès lors dans une démarche de soin et de réhabilitation sociale.

Cette expertise, avatar de la modernité rationnalisatrice, s’est progressivement organisée dans le champ social au XIXe siècle, auprès de la justice en particulier, au point d’occuper, au XXe siècle, une position dominante dans le champ de la protection de la jeunesse. Médecins, psychiatres, puis psychologues, pédagogues, sociologues et anthropologues ont investi la question de la jeunesse irrégulière, contribuant ainsi à la définition d’une population-cible pour les politiques publiques.

IV. Ville, violence et jeunesse en Europe. Une approche socio-historique dans la longue durée

Avec la jeunesse, l’espace urbain agit aux yeux de l’opinion comme facteur étiologique de la violence, et ce depuis des temps anciens. L’industrialisation massive de l’Europe occidentale dans la seconde moitié du XIXe siècle entraîne une massification croissante des populations dans les espaces urbains, dont une forte proportion de jeunes gens. Cette concentration des jeunes en milieu urbain engendre, au tournant des XIXe et XXe siècles, l’émergence de ‘cultures de la jeunesse’, un phénomène qui se confirme au sein des villes européennes pendant l’entre deux-guerres et à l’issue du Second conflit mondial.

Ces concentrations des milieux populaires au sein des villes alarment le monde adulte contemporain qui réagit par diverses tentatives d’encadrement de la jeunesse au moyen de mesures ‘disciplinaires’ comme l’obligation scolaire ou le service militaire obligatoire. Ces mesures initiées à la veille du Premier conflit mondial perdureront durant tout l’entre-deux-guerres, en intensifiant le contrôle sur les loisirs et les règlementations sur la consommation d’alcool ou l’usage des armes.

La meilleure visibilité des jeunes au sein des villes soulève différentes questions sur la relation entre l’espace urbain, la jeunesse et la violence. La recherche associe habituellement ville et violence ou jeunesse et violence, voire jeunesse et ville, mais la problématique de la violence des jeunes dans l’espace public urbain n’a pas encore fait l’objet de synthèse. L’enquête historique constitue dès lors un outil précieux permettant l’analyse comparée et chronologique de comportements, représentations, régulations et réactions pénales à l’égard de la violence, à des échelles différentes.

Programme

Jeudi 27 janvier

8h30  Accueil

9h-9h25 Introduction

Fabienne Brion, Professeur de Criminologie, UCL. Dits violents. Pièce en 4 actes, sortie côté science, entrée côté fiction

9h25-12h30  Violences juvéniles: la construction d’un problème social

Séance animée par F Brion & M Skordou

  • Marcello Maneri, Maître de conférences en épistémologie au Departement de Sociologie et de Recherches sociales, Università degli studi di Milano. La guerre à... n'importe quoi. Économie politique d'une construction particulière des problèmes sociaux
  • Laurent Bonelli, Maître de conférences en Sciences politiques, Université Paris X Nanterre. Des indisciplines juvéniles à "l'insécurité". La genèse d'une préoccupation publique pour la sécurité en France depuis le milieu des années 1970
  • Fabien Jobard, Chargé de recherches au CNRS, Docteur en Science politique, Directeur du CESDIP. Trente ans de violences collectives en France
  • Melpomeni Skordou, Doctorante ARC-UCL, Criminologie. Résistances à l'autorité policière à Bruxelles (1945-1975) : la construction juridique renverse-t-elle le caractère politique du phénomène rébellionnaire ?

12h30-13h30 Lunch

13h30-17h  Jeunes, violences, médias : des paniques morales aux discours de peur

Séance animée par JM Chaumont & AL Wibrin

  • Jean-Michel Chaumont, Sociologue, Chercheur qualifié du FRS-FNRS, Professeur à l’UCL. Introduction : Avant les média, les experts engagés
  • Martin Barker, Professor of Film and Television Studies, Head of School of Cultural Studies at the University of the West of England. The Video Nasties : The Experts and Claimsmakers’ Role in the Moral Panic
  • Chas Critcher, Visiting Professor in Media and Communications at Swansea. Widening The Focus: Moral Panics as Moral Regulation. Historical Aspects of Public Debates about Children and Mass Media
  • Anne-Laure Wibrin, Doctorante ARC, CIRTES-UCL. From moral panic to the moralization process. The role of discourse in the making of fears related to the emergence of cinema.

Vendredi 28 janvier

9h-12h30  Violences juvéniles sous expertise(s)

Séance animée par A François & D Niget

  • Aurore François, David Niget, Chargés de recherche post-doctoraux FNRS & UCL. Introduction : Violences juvéniles sous expertise(s), la fabrique du risque
  • Nazan Maksudyan, Post-Doctoral Fellow, Wissenschaftskolleg zu Berlin (Institute for Advanced Study) Street Children as a Transgression in the New Bourgeois Urban Space: Expertise on Juvenile Delinquency, Public Order and Philanthropy in the Late Ottoman Empire
  • Tiffany Bergin, Doctorante en Criminologie, Université de Cambridge. Redefining the Delinquent: Experts and Youth gangs in the British and American Contexts
  • Veerle Massin, Doctorante au CHDJ-UCL, projet PAI « justice and society ». L’expertise au secours de la répression (Bruges, 1922-1965)
  • Michel Chauvière, Sociologue, Directeur de recherches au CNRS, Directeur adjoint du CERSA (CNRS - Univ. Paris II. Violences juvéniles sous expertise(s) : la fabrique des politiques publiques

12h30-13h30 Lunch

13h30-17h Ville, violence et jeunesse en Europe

Séance animée par X Rousseaux et X De Weirt

  • Xavier De Weirt, Melpomeni Skordou, Xavier Rousseaux, CHDJ, UCL. Introduction : ‘Ville, violence et jeunesse : une approche socio-historique du Moyen Âge à nos jours’
  • Dominique Kalifa, Professeur d’histoire à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. ‘Approche historique des violences juvéniles urbaines. Le cas de la France au XIXe siècle’
  • Donald Fyson, Professeur d’Histoire à l’Université Laval, Québec, Directeur du Centre interuniversitaire d’études québécoises. Le (non-)lien entre violence interpersonnelle, jeunesse et espaces urbains au Canada et aux États-Unis, XVIIIe-XIXe siècles : exceptionnalisme nord-américain ou illusion historiographique ? »
  • Bruno Aubusson, Directeur de recherche CNRS, CESDIP. ‘Mesures judiciaires de la violence juvénile, entre effet de loupe et cercle vicieux’

17h-17h30 Conclusions du colloque

  • Dominique De Fraene, Professeur de Criminologie, Université libre de Bruxelles
  • Christine Schaut, Professeur de Sociologie aux Facultés universitaires Saint-Louis  

Comité organisateur

  • Brion, Fabienne, Professeur de Criminologie, Université catholique de Louvain
  • Chaumont, Jean-Michel, Chercheur qualifié du FRS-FNRS, Professeur de Sociologie à l’Université catholique de Louvain
  • De Fraene, Dominique, Professeur de Criminologie, Université libre de Bruxelles
  • François, Aurore, Chargée de recherches frs-fnrs, Université catholique de Louvain
  • Jaumain, Serge, Professeur d’Histoire, Université libre de Bruxelles
  • Niget, David, Chargé de recherches post-doctoral, Université catholique de Louvain
  • Rousseaux, Xavier, Maître de recherches du FRS-FNRS, Professeur d’Histoire à l’Université catholique de Louvain
  • Schaut, Christine, Professeur de Sociologie aux Facultés universitaires Saint-Louis

Comité scientifique

  • Chauvière, Michel, Directeur de recherches au CNRS, Directeur adjoint du CERSAP, CNRS- Université de Paris II Assas
  • Christiaens, Jenneke, Professeur de Criminologie à la VUB
  • Farcy, Jean-Claude, Chargé de recherches du CNRS, Centre Georges Chevrier, CNRS-Université de Dijon
  • Harcourt, Bernard, Julius Kreeger Professor of Law & Criminology and Chair and Professor of Political Science, University of Chicago
  • Kalifa, Dominique, Professeur d’histoire, Université de Paris I Sorbonne
  • Marlière, Eric, Docteur en sociologie, chercheur au CeRIES (Centre de recherche "individus, Épreuves, Sociétés"), Maître de conférences à l'Université de Lille 3.
  • Roberts, Julian, Professor of Criminology, Fellow of Worcester College, Assistant Director of the Centre for Criminology, University of Oxford

Lieux

  • Rue du Fort 35, 1060 St Gilles
    Bruxelles, Belgique

Dates

  • jeudi 27 janvier 2011
  • vendredi 28 janvier 2011

Contacts

  • Magali Dupont
    courriel : m [dot] dupont [at] uclouvain [dot] be

URLS de référence

Source de l'information

  • David Niget
    courriel : david [dot] niget [at] univ-angers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Jeunesse et violence », Colloque, Calenda, Publié le lundi 20 décembre 2010, http://calenda.org/202904