AccueilNature / culture, aller et retour

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Publié le jeudi 13 janvier 2011 par Karim Hammou

Résumé

Séminaire franco-allemand des jeunes chercheurs du CIERA au Moulin d’Andé 2011. Organisé en collaboration avec le KWI Essen, ce séminaire est ouvert aux doctorants et post-doctorants de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales.

Annonce

La dichotomie entre « nature » et culture » est censée constituer l’un des fondements de la vision du monde européenne et occidentale. Plus exactement : elle transcrit une vue particulière de l’homme dans le monde ou du rapport de l’homme au monde. Dans la tradition européenne, ce dualisme a fait, au début de l’ère moderne, l’objet d’une universalisation, le promouvant en une caractéristique structurelle fondamentale et atemporelle à partir de laquelle il devient possible d’inscrire et de comprendre le rôle de l’action humaine dans l’histoire. Aujourd’hui nous savons le caractère relatif de cette posture. « Nature » et « culture » sont des catégories historiquement construites. Et l’anthropologie la plus récente (Ph. Descola) a montré que d’autres cultures que celle dite occidentale ne connaissent pas cette dichotomie et n’ont pas besoin d’elle pour élaborer une compréhension de l’homme dans le monde. Par ailleurs, l’émergence et l’évolution des concepts de culture et de nature ont été historicisées, leurs fonctions politiques, sociales, économiques et idéologiques ont été déconstruites.

En dépit de cette relativisation le couple notionnel n’a guère perdu de son impact. Tant dans les discours publics qu’au niveau des références privées, « nature/naturel » et « culture/culturel » constituent des cadres de référence omniprésents pour la réflexion et pour l’action. D’aucuns ont fait remonter les origines de l’opposition jusque vers l’invention de l’agriculture lors de la « révolution néolithique » il y a 8000 à 10000 ans. Les débats sur l’environnement et le climat, le rôle de la biologie et de la recherche génétique, le développement durable et la distribution des ressources, les relations entre les sciences de la nature et les humanités ou sciences de l’esprit – pour ne citer quelques cas parmi d’autres, ont donné au dualisme entre nature et culture une actualité nouvelle, tout en le rendant, de nouveau, problématique. La relativisation des notions considérées auparavant comme des références universelles a conduit à une inflation d’usages qui présupposent l’existence de l’opposition nature/culture en tant que cadre normatif pour des argumentaires variés. Ces usages sont non seulement propres à des groupes sociaux spécifiques, mais fondent également les pratiques d’organisations internationales comme l’UNESCO ou l’Union Européenne.

Le séminaire proposé voudrait reprendre certains aspects de cette problématique et les discuter dans un dialogue interdisciplinaire. D’un point de vue thématique, on abordera non seulement des champs qui, comme l’environnement, la bioéthique ou l’éthologie, s’imposent à première vue. On ouvrira également un large horizon de questionnements qui permettra à toutes les disciplines de sciences humaines et sociales de participer à la discussion. Parmi les thèmes susceptibles d’être traités, on peut citer paysages, parcs et jardins, le corps et les corporalités, l’écologie, catastrophes naturelles et épidémies, décadence et retour aux sources, théories du comportement, urbanisme et aménagement du territoire, techniques agraires, théories raciales, sociobiologie, hygiénismes et politiques de santé, l’interface sciences/sciences humaines dans des champs comme la biologie, la psychologie et les sciences cognitives – pour ne donner que quelques exemples. Tous ces thèmes peuvent être abordés à la fois dans une perspective historique et en fonction des évolutions actuelles.

Le séminaire s’articulera autour de six sessions thématiques :

1. Présupposés historiques et épistémologiques

Définitions et histoire conceptuelle de nature, culture (civilisation), implications épistémologiques, conséquences en termes d’histoire des sciences (sciences de la nature, sciences de l’esprit), histoire des concepts vs histoire des discours, philosophie de la nature, l’« origine naturelle » de la culture, problèmes de frontière (transitions), rapports entre modèle et empirie, etc.

2. Au-delà des « deux cultures » : approches visant à dépasser l’opposition entre sciences de la nature et sciences humaines et sociales

Le problème du déterminisme, écologie sociale, théories « biologistes » ou évolutionnistes du social, recherches sur le Global Change, dynamiques écologiques des sociétés et l’hypothèse de l’anthropocène, théories sociales transcendant le dualisme nature/culture (théorie des systèmes, B. Latour, etc.), applications historiques et sociales de ces théories, etc.

3. Ressources naturelles et outils culturels de la gestion de la nature

Exploitation et domestication de la nature, environnement, politiques publiques de l’environnement, urbanisme et aménagement du territoire, développement durable, techniques agraires, mouvements « bio », hygiène, médecine « naturelle », protection de la nature, épidémies et luttes contre les épidémies, nature saisie par le droit (problèmes de régulation), écologie comme mouvement de clivage social et politique, etc.

4. « Nature » comme métaphore culturelle

Paysages, paysagismes, paysage naturel vs paysage culturel, mises en scènes artistiques de la nature, nature et mémoire, catastrophes naturelles et leurs appropriations culturelles, transformations du concept de race, sociobiologie, théories de l’évolution culturelle, crises et critiques de la culture, mouvements de jeunesse, naturalisation de culture et de société, culturalisation de la nature, transferts du schème d’intelligibilité nature/culture vers différents domaines sociaux (politique, morale, conduites de vie, comportement), etc.

5. Corps et corporalités comme porteurs de la dualité nature/culture

Corporalité humaine, rôle du corps en anthropologie, psychologie, médecine, représentations du corps dans les arts et les lettres, jeunesse et vieillissement, culture du corps, corps et mémoire, transplantations d’organe et redéfinitions de l’individu, etc.

6. Transformations à grande échelle vues à travers le changement du rapport à la « nature », « mondialisation naturelle »

Révolution néolithique, colonialisme et globalisation d’espèces végétales et animales, archéo-zoologie et archéo-botanique, révolution industrielle : Division du travail et urbanisation comme éloignement de la « nature », rapport à la nature dans la théorie économique moderne : la transformation de la « nature » en ressources, le défi de ces évolutions pour les sciences sociales, etc.

NB : Ces listes ne sont, bien sûr, pas exhaustives. Elles indiquent simplement des entrées possibles parmi d’autres.

Déroulement et candidature

Au total, vingt-cinq jeunes chercheurs (quinze auteurs et dix commentateurs) seront retenus et répartis en binômes. Chaque auteur soumettra par écrit un papier qui sera présenté et commenté dans une communication orale par un commentateur. Les binômes (auteur/ commentateur) seront formés préalablement par le jury de sélection.

L’accent sera mis sur le travail en équipes interdisciplinaires. Les thématiques proposées doivent permettre de représenter un spectre de disciplines le plus large possible (histoire, géographie, germanistique, romanistique, lettres, histoire de l’art, sociologie, économie, droit, philosophie, anthropologie, psychologie…). Les auteurs en particulier, mais aussi les commentateurs, sont priés de tenir compte du caractère interdisciplinaire du séminaire lors de la préparation de leur texte.

Une demi-journée sera consacrée à des séances de travail en petits groupes permettant d’approfondir des questions qui auront émergé lors des discussions et seront restées en suspens lors des sessions thématiques.

Les auteurs :

Les candidats « auteurs » sont, dans un premier temps, invités à présenter, à partir de leurs travaux personnels, un projet de texte (3000 signes espaces compris) abordant l’une des thématiques des six sessions. Ce projet de communication doit être envoyé par la poste avant le 28 février 2011 accompagné d’un CV académique et un bref résumé des travaux de recherche (3000 signes espaces compris).

Les auteurs sélectionnés par le jury devront ensuite transmettre, avant le 1er juin 2011, une communication (40 000 signes espaces compris) qui sera mise en ligne sur l’espace collaboratif du CIERA et accessible à tous les participants du séminaire. Lors du séminaire, les communications des auteurs ne seront pas présentées par eux-mêmes, mais analysées et discutées par des commentateurs.

Les commentateurs :

Les commentateurs peuvent se présenter en envoyant seulement un curriculum vitae académique et un résumé de leur projet de recherche (3000 signes espaces compris)

avant le 28 février 2011.

Les commentateurs sont chargés de présenter et discuter les textes de certains de leurs collègues. Le commentaire durera 15 minutes et sera suivi de 30 minutes de discussion. Il ne s’agit pas de faire un résumé du texte, mais d’en extraire des interrogations permettant d’approfondir par le dialogue avec l’ensemble du groupe les thèses proposées.

Afin de croiser au mieux les approches scientifiques et de garantir ainsi le caractère interdisciplinaire du séminaire, les commentateurs seront invités à commenter un texte qui ne s’inscrit pas nécessairement dans leur discipline.

Public :

25 jeunes chercheurs doctorants ou post-doctorants de toutes nationalités, issus de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, travaillant ou non dans une logique comparatiste, traitant ou non d’un terrain français ou allemand. Les langues de travail seront le français et l’allemand. Chacun s’exprimera dans sa langue de prédilection, mais devra être en mesure de bien comprendre l’autre langue. 

Composition du comité de sélection 

  • Michael Werner, directeur du CIERA, directeur de recherche CNRS, directeur d'études EHESS
  • Hervé  Joly, directeur adjoint du CIERA, directeur de recherche CNRS
  • Jay Rowell, directeur adjoint du CIERA, chargé de recherche CNRS 
  • Elissa Mailänder, maître de langue EHESS, lectrice DAAD 
  • Franz Maulshagen, Research Fellow, Kulturwissenschaftliches Institut Essen

Lieux

  • Issy-les-Moulineaux, France

Dates

  • lundi 28 février 2011

Contacts

  • Virginie Ransinan
    courriel : ransinan [at] ciera [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Annette Schläfer
    courriel : schlafer [at] ciera [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Nature / culture, aller et retour », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 13 janvier 2011, http://calenda.org/203002