AccueilInfrastructures, acteurs et territoires : des « relations dangereuses » ?

Infrastructures, acteurs et territoires : des « relations dangereuses » ?

Facilities, stakeholders and territory: a "hazardous relationship"?

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Publié le lundi 24 janvier 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Aujourd’hui l’infrastructure doit répondre à des objectifs qui n’étaient pas posés comme tels auparavant. L’intérêt général et le besoin d’une infrastructure pour assurer un service ne constituent plus des registres de justification suffisants. L’acceptabilité de l’équipement passe souvent par la construction d’une meilleure insertion territoriale, par l’instauration d’une relation de confiance réciproque entre acteurs, voire par une négociation plus ouverte vers les différentes personnes concernées. Aussi la démarche s’appuyant uniquement sur la technique comme mode de régulation ne fonctionne plus aussi facilement qu’avant. D’autres facteurs entrent en ligne de compte.

Annonce

 Présentation

Un équipement n’est jamais neutre : il impacte son territoire d’accueil de manière à la fois positive (effets sur le développement local, services rendus à la population, emploi) et négative (nuisances, etc.). Il fait en outre l’objet d’une appropriation différenciée selon les groupes d’individus et les représentations territoriales qu’ils entretiennent. Sur ce point, la collaboration entre disciplines est précieuse : entre urbanistes, sociologues, géographes, économistes, historiens...

Infrastructures : un objet-frontière

Du côté de la sociologie, l’application de la perspective des systèmes d’acteurs et d’actants complexes ou de l’anthropologie symétrique à l’étude des infrastructures permet de reconsidérer les grands équipements sous l’angle de la capacité des sociétés à lier l’espace et le temps. Si les infrastructures se présentent comme des « objets frontières » particulièrement stimulants du point de vue des rapports entre société et environnement, elles se présentent également comme des entrées pertinentes pour questionner les discours sur la modernité et les mettre à l’épreuve de différentes cultures matérielles. Les infrastructures sont-elles la traduction physique des certitudes et des doutes de leur époque ?

Pour comprendre tous les enjeux sous-jacents à la présence de l’infrastructure, il est nécessaire de s’inscrire sur le temps long.

Les historiens, s’ils sont moins enclins que les sociologues à céder aux discours de la modernité et aux effets de nouveauté qu’ils proclament, ils ne dénient pas l’existence de spécificités des infrastructures modernes, dont le rôle central joué par l’État dans l’aménagement et de l’équipement du territoire (Engels, 2008). Ce constat justifie d’étudier plus particulièrement les programmes d’« individualisation » qui avancent sous couvert de développement durable et de gouvernance et de les mettre en perspective avec les différentes questions de recherche.

Quant aux urbanistes et géographes, ils réinterrogent le territoire au regard de l’implantation d’une infrastructure, dans les effets qu’elle peut avoir sur un espace et le rôle qu’on peut penser lui faire jouer dans la trame urbaine.

Par ce croisement des disciplines et des perspectives plusieurs points pourraient être explorés ou approfondis, dans une démarche qui permette de confronter les expériences françaises, allemandes et autres…

Infrastructures et enjeux de pouvoir

La conception d’une infrastructure à l’échelle d’un bassin de vie et de populations est tributaire, enfin, de définitions en série qui construisent[1] le territoire et ses dynamiques : elle entretient une relation intime avec le mode de gouvernement qu’une société cultive sur elle-même et de ses inflexions éventuelles. À ce titre, les infrastructures contribuent à la structuration de la société et de sa dynamique et s’avèrent des expressions et des traductions de régimes de pouvoir.

Il s’agit, pour reprendre les termes de Michel Foucault, d’appréhender l’aménagement territorial et institutionnel comme une expression du type de gouvernementabilité qui s’affirme à un moment donné de l’histoire d’une société (Foucault, 1977-1978). L’application du développement durable à la problématique des infrastructures oblige à penser, enfin, les effets de pouvoir de différents ouvrages ainsi que les formes d’exclusion qu’ils génèrent. Dans tous les cas, on est en présence de pratiques structurantes qui dessinent des territoires de risques et de vulnérabilités et participent, en creux, de la capacité des sociétés à se prendre en charge.

Acceptabilité sociale et environnementale des infrastructures

L’insertion d’une infrastructure (linéaire ou ponctuelle) peut marquer en profondeur le tissu urbain, même s’il faut se garder d’y voir la concrétisation systématique d’effets structurants qui seraient liés à l’équipement lui-même (Offner, 1993). La volonté d’inscrire l’infrastructure dans un environnement citadin peut se matérialiser « dans une démarche de projet urbain et engager un processus de transformation urbaine. » [Avitabile, 2005, 36]

L’implantation, l’agrandissement, la rénovation ou la fermeture d’une infrastructure sont souvent des moments clefs dans l’émergence ou la résurgence de conflits locaux. Les projets ne peuvent alors voir le jour que s’ils intègrent les différents points de vue ; ce qui oblige donc à une restructuration des rapports de pouvoir et mène à une reconfiguration de la gouvernance locale afin d’élaborer une solution qui prenne l’ensemble des intérêts (impératifs environnementaux sociaux et économiques.) La pondération entre ces intérêts n’est pas la même selon les territoires ; les solutions institutionnelles et socio-politiques divergent.

En outre il faut distinguer le type d’infrastructure et d’équipement. L’étude des friches militaires donne à voir une relation au territoire d’accueil, à la population environnante particulière.

Programme

Salle 103 à l’Institut d’Urbanisme de Paris

9h00 - Allocution de Jocelyne Dubois Maury, Directrice de l’Institut d’Urbanisme de Paris

Animation de la matinée – Sonia Guelton, Professeure à l’Institut d’Urbanisme de Paris

Infrastructures : Des objets Frontières

  • 9 h 20 - Florence Rudolf, INSA de Strasbourg, "Ville, nature: retour sur une expression ambivalente"
  • 10 h 00 - Birgit Peuker, Technical University of Dresden, "Agricultural Infrastructure and the Global Agrosystem"

Infrastructures et acceptabilité sociale

  • 10 h 40 - Stéphanie Lotz, Institut d’Urbanisme de Paris, « La requalification des infrastructures militaires: une nouvelle acceptabilité sociale? »
  • 11 h 20 - Julie Gobert, Institut d’Urbanisme de Paris, « Les infrastructures impactantes : négociation et compensations »

12h00 – 12h30 – Discussion générale

12 h 30 – 14 h – Pause déjeuner

Animation de l’après-midi – Maissoun Abou Warda Khazen, Docteure

Infrastructures et territoire : Enjeux de pouvoir

  • 14 h - Michel Savy, Institut d’Urbanisme de Paris, « Infrastructures et territoire : un effet paradoxal »
  • 14 h 40 - Cristiana Mazzoni, ENSA de Strasbourg, « Infrastructures ferroviaires et projet métropolitain : un enjeu d’urbanité »
  • 15h 20 - Philipp Herzog, Technische Universität Darmstadt, Institut für Geschichte, « Infrastructures comme objets de la recherche historique »

16 h 00 – Discussion générale animée

16 h 30 – Conclusion de la journée : Claude Chaline

Lieux

  • Université Paris Est, 61 av. du Général de Gaulle ( Institut d'Urbanisme de Paris, site du Mail des Mèches)
    Créteil, France

Dates

  • dimanche 31 janvier 2010

Mots-clés

  • Territoires, infrastructures, acceptabilité sociale, urbanité, pouvoir

Contacts

  • Julie Gobert
    courriel : julie [dot] gobert [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Julie Gobert
    courriel : julie [dot] gobert [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Infrastructures, acteurs et territoires : des « relations dangereuses » ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 24 janvier 2011, http://calenda.org/203144