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Les opérateurs de l'imaginaire urbain

Operators of the Urban Imagination

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Publié le lundi 31 janvier 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Les interventions à ce colloque ont l’ambition de montrer quels sont les opérateurs, comment ils fonctionnent, quels types d’images ils produisent, comment ces images sont produites, comment elles circulent, sont reçues, réinterprétées et réintroduites dans la collection des images de la ville. Elles portent sur la ville post industrielle, mais aussi, à titre comparatif, sur d’autres situations urbaines qui ont connu un traumatisme profond conduisant à des opérations de rénovation urbaine comme les villes post-socialistes en Europe de l’Est.

Annonce

Présentation

La ville européenne contemporaine concentre de plus en plus les richesses, l’innovation, l’activité, le mouvement, au point qu’on a pu s’interroger sur une nouvelle révolution urbaine qui viendrait succéder à la ville fordiste des Trente Glorieuses. L’urbanisme devient « précautionneux » pour reprendre les termes de François Ascher, attentif aux personnes plutôt qu’aux groupes sociaux, méfiant devant les utopies et les grandes opérations prométhéennes. Les politiques municipales rivalisent de procédures « démocratiques » dans lesquelles chacun est invité à s’exprimer, voulant donner le sentiment que l’action publique pourrait être quasi individualisée. Le patrimoine, l’art et la culture sont convoqués pour « donner du sens » à l’espace urbain, lui octroyer une esthétique plus « humaine ». La mémoire collective ou la démocratie participative, sont sensées rapprocher les citoyens de  la chose publique. Cependant, au-delà de l’action conduite par les pouvoirs municipaux, avec ou sans le concours de l’État, l’espace public est également pris en charge par les habitants, souvent héritiers mais aussi nouveaux venus qui utilisent la revitalisation des lieux pour mieux s’inscrire dans l’urbanité locale. 

Les anciennes villes industrielles n’échappent pas à ce mouvement, qui plus que d’autres ont la nécessité de rénover leur tissu urbain, dans des contextes économiques et sociaux souvent plus difficiles. L’obsolescence des lieux et des activités de production manufacturiers et miniers qui ont marqué les paysages urbains, les modes de vie et les mémoires, entraîne de devoir conduire des politiques de rénovation urbaine profondes. Celles-ci laissent progressivement la place à des activités culturelles ou de service, les industries passées s’interprétant de plus en plus à l’aune d’une esthétique de la trace et de la mémoire. La ville post-industrielle, comme toute ville, se présente toujours en partie comme une ville témoignage qui sédimente les couches successives de son passé, même lorsqu’elle prétend tourner le dos à son histoire.

L’imaginaire habitant

Comment l’imaginaire de la ville post industrielle qui conduit l’action publique, articulant la trace manufacturière et la mémoire habitante, croise-t-il l’imaginaire habitant ? L’imaginaire habitant est constitué de représentations partagées, associées à des images matérielles (cartes postales, affiches, séquence de film, livres, objet patrimonial, journaux…) et immatérielles (récits, discours, mémoire, sons, odeurs). Il permet une lecture de la ville en assemblant images et représentations sociales à travers des figures telles que l’emblème, l’icône, la figure héroïque, la légende urbaine ou le stéréotype [1]. Largement mobilisées dans l’industrie touristique et les politiques locales, ces images sont donc également produites et appropriées par les habitants eux-mêmes pour justifier leur propre identité, mais aussi pour les critiquer, les bricoler, les ironiser, les détourner et par-là même, les valider. Ce que nous montrent en effet les enquêtes faites auprès d’habitants réalisées dans le cadre d’un programme de recherche portant sur « L'imaginaire urbain dans les régions ouvrières en reconversion : le bassin stéphanois et le bassin minier du Nord-Pas de Calais », c’est que mémoire ouvrière et images socialement partagées de l’héritage industriel doivent être instruites par la recherche autrement qu’en les confrontant à l’imagerie du marketing urbain.Nous considérerons ainsi que l’imaginaire urbain est constitué d’images mentales socialement partagées, parfois à la fois par les acteurs des politiques urbaines et par les acteurs sociaux, même si les uns et les autres ne leur donnent pas la même signification.

 Les opérateurs d’imaginaire

Les questions auxquelles les communicants sont invités à répondre relèvent de cette production/réception des imaginaires urbains. Cependant, nous souhaitons aller plus loin que le seul recueil de ces images iconiques (ou matérielles) et/ou mentales qui participent à la constitution de l’imaginaire de la ville. En effet, la question se pose de savoir pourquoi et comment tel lieu ou tel événement « fait image » plutôt que tel autre. L’argument de la diffusion médiatique par la presse ou l’action culturelle n’est pas suffisant, l’imagination habitante se nourrissant tout autant des expériences quotidiennes et des biographies. Elle procède également de dispositifs politiques et sociaux qui transforment les lectures de la ville : par exemple les politiques de gentrification qui visent à renouveler les populations des centres villes s’accompagnent de dispositifs publics comme les ZPPAUP, de stratégies foncières des agents immobiliers, de décisions politiques destinées à privilégier tel ou tel type de commerce.

Nous considérerons ainsi que les opérateurs d’imaginaires sont ces dispositifs et instruments qui produisent et diffusent les images iconiques et mentales qui s’inscrivent dans les imaginaires sociaux de la ville. Ils peuvent être de nature très variée : médias, expériences,  dispositifs publics, interventions artistiques, visites guidées par les offices de tourisme ou les musées de la ville. Bref, nous ne préjugerons pas de la nature de ces opérateurs dont l’efficacité est naturellement liée à leur capacité à se coupler avec d’autres.

Les interventions viseront à montrer quels sont les opérateurs, comment ils fonctionnent, quels types d’images ils produisent, comment ces images sont produites, comment elles circulent, sont reçues, réinterprétées et réintroduites dans la collection des images de la ville. Elles porteront sur la ville post industrielle, mais aussi, à titre comparatif, sur d’autres situations urbaines qui ont connu un traumatisme profond conduisant à des opérations de rénovation urbaine (par exemple les villes post-socialistes en Europe de l’Est). 

Il va de soi, suivant la problématique qui a été posée, que les opérateurs sont multiples, complémentaires ou conflictuels, que les images qui circulent construisent des imaginaires contrastés. Les interventions devront prendre en compte cette complexité de la production/circulation/réception des images, en dépassant la dichotomie production des images par les politiques publiques versus production des imaginaires sociaux par les mémoires collectives habitantes.

[1] Nous définirons l’emblème comme étant un signe conventionnel destiné à représenter une idée, un événement, un lieu , tel que le terril , devenu l’emblème du pays minier du Nord-Pas de Calais ; l’icône comme étant une image représentant une entité est porteuse d’un sens reconnu par convention, comme une carte postale ; le stéréotype comme étant un raccourci, une opinion synthétisée en quelques mots se rapportant à des caractéristiques humaines.

Programme

JEUDI 3 MARS 2011

8h30-9h Accueil-Inscription.

9h-9h30 Introduction : Michel Rautenberg, Centre Max Weber - CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Étienne.

9h30-12h45 Session 1 : Des imaginaires imposés dans les espaces publics

Discutant : Jean-Louis Tornatore, Université Paul Verlaine de Metz.

  • La fabrique d’un récit de la ville renouvelée : le projet urbain de l’île de Nantes et ses « conteurs d’espaces », Amélie Nicolas, Cens, Université de Nantes.
  • Problematic Narratives as « operateur » of the regional imagination: The Problem of the South Wales Valleys. (L’intervention sera traduite en français)., Heike Doring, Wales Institute for Social and Economic Research Data and Methods WISERD et Bella Dicks, Université de Cardiff.
  • Les imaginaires urbains en Bulgarie contemporaine : sur l’expérience du terrain à Sandanski et Béléné, Velislava Petrova, Université de Sofia.
  • Bucarest post-socialiste ? Articulations et persistances des images de la « transition », Filippo Zerilli, Université de Cagliari.

12h45 Repas.

14h15-17h30 Session 2 : L’opérativité sociale des images et imaginaires personnels

Discutant : Pascale Pichon, CMW-CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Étienne.

  • Les opérateurs d’imaginaire de l’ombre et de la lumière, Benedicte Lefebvre, Clersé - CNRS, Université Lille1.
  • Monstration, esthétisation, détournement et patrimonialisation : quatre opérateurs de l’imaginaire mobilisés par des artistes à propos d’une ville post-industrielle (Saint-Étienne, France), Sandra Trigano, CMW-CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Étienne.
  • Les images habitantes. Retour sur la réalisation du film Habiter, Jacques Roux, CMW-CNRS, Saint-Étienne.
  • La Ricamarie ville images et au-delà des accessibilités courantes les mondes sensibles, André Peyrache, CMW-CNRS, Saint-Étienne.

VENDREDI 4 MARS 2011

8h45-9h Accueil

9h-12h15. Session 3 : Conflits d’imaginaire

Discutant : Ivaylo Ditchev, Université de Sofia.

  • La transmission et la circulation des images liées au passé industriel et minier : le cas du Soleil, quartier stéphanois, Corine Védrine, CMW-CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Étienne.
  • Les opérateurs de l’imaginaire urbain à l’œuvre dans la refonte du paysage urbain et la réévaluation des passés à Berlin, Marie Hoquet, CMW-CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Étienne.
  • La place du monument dans l’imaginaire urbain postcommuniste, Ivaylo Ditchev, Université de Sofia.
  • Cementing identity – « Skopje 2014 ». (L’intervention sera traduite en français), Goran Janev, Max Planck Institute for the Study of Religious and Ethnic Diversity, Göttingen.

12h 15 Repas

13h45-15h15. Session 4 : L’indifférence aux opérateurs institutionnels d’imaginaire

Discutant : George Gay, Crenam-CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Étienne.

  • Gibellina Nuova : de l’utopie aux ruines, Anna Juan Cantavella, CMW-CNRS, Saint-Étienne.
  • Peut-on approcher l’indifférence à la culture par l’enquête ?, Pascal Vallet, CMW-CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Étienne.

15h15-15h30 Conclusion et suites. Corine Védrine, CMW-CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Étienne.

15h30 Clôture du colloque

Lieux

  • Saint Etienne (42000), Site Carnot, 18 rue Benoît Lauras (Salle de conférence D03)

Dates

  • jeudi 03 mars 2011
  • vendredi 04 mars 2011

Contacts

  • Fabienne MONTERYMARD
    courriel : fabienne [dot] monterymard [at] univ-st-etienne [dot] fr

Source de l'information

  • Fabienne MONTERYMARD
    courriel : fabienne [dot] monterymard [at] univ-st-etienne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les opérateurs de l'imaginaire urbain », Colloque, Calenda, Publié le lundi 31 janvier 2011, http://calenda.org/203204