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Monnaie ou fausse monnaie ?

Currency or False Currency?

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Publié le jeudi 10 février 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Dès le XVe siècle, la fabrication de fausse monnaie est attestée. Il s’agissait de la reproduire physiquement. Cependant, Jean Bodin dénoncera aussi les princes en tant que contrefacteurs car ceux-ci n’hésitaient pas à jouer avec la valeur de la monnaie. Les abus étaient tels que la question monétaire était souvent abordée avec l’angle de la fausse monnaie. Dès lors, le rapport de la monnaie avec le souverain est mis en valeur. L’idée principale réside que seul le pouvoir possède le droit de frapper monnaie. C’est une permanence puisqu’aujourd’hui encore le faux-monnayeur est puni sévèrement. L’hypothèse de l’équivalence de la monnaie privée et de la fausse monnaie est posée. Aussi, la principale problématique apparaît : c'est celle de la création monétaire avec ses conséquences politiques, économiques et sociales.

Annonce

À partir du XVe siècle, on atteste la fabrication de fausse monnaie par des sociétés secrètes comme la Coquille. La falsification portait principalement sur la reproduction physique de la monnaie avec la mainmise des faussaires divers, rogneurs ou autres billonneurs sur la contrefaçon.  Deux siècles plus tard,  Jean Bodin dénoncera également les princes comme des truqueurs. En effet, ceux-ci sous l'influence des courtisans n'hésitaient pas à jouer avec la valeur de la monnaie.  Il est vrai que son support métallique  ne portant pas explicitement d'unité de compte facilitait la falsification. Les abus étaient tels que la question monétaire fut bien souvent abordée à partir de celle de l’altération de la véracité monétaire. Dès lors, le rapport de la monnaie à la souveraineté est mis en exergue. Le postulat principal  réside dans le pouvoir exclusif du roi veillant à la frappe de la monnaie. Par conséquent, son battage  illicite  constituait un crime de lèse-majesté. Aussi, la punition qui attendait les faussaires était à la mesure de leur faute : on les rôtissait et on les bouillait. 

L'idée attestant la fausseté de la monnaie réside au moment du déroulement du crime. Celui-ci est forgé par des individus non-dépositaires du droit du souverain et s'oppose donc à la vraie monnaie frappée sur ordre royal. Ainsi  la distinction entre vraie et fausse monnaie d'emblée  s'impose.  Elle  a le mérite de la clarté : seul le pouvoir avec ses attributs législatifs et exécutifs fabrique la vraie monnaie.   

Ce concept  fondé sur l'aspect purement matériel de la monnaie perdure puisque la contrefaçon  (ou la falsification) de la monnaie métallique reste un acte criminel. Le faux-monnayeur risque une lourde peine de prison  et une forte  amende. Néanmoins, cette force probante de l'autorité publique  n'exclue nullement la coexistence de la monnaie avec sa contrefaçon. À partir de ce moment, cette dernière peut être considérée comme une monnaie privée  puisque sa fabrication relève d'une  initiative  extra-étatique. 

Néanmoins, cette monnaie contrefaite possède des  fonctions assimilables à celles de la monnaie publique.  Par exemple, la  circulation de l'une comme de l'autre permet l'accumulation lorsque sa mise sous numéro  intervient par le biais de mécanismes comptables.   À ce moment, la problématique centrale apparaît : c'est celle de la création monétaire avec  ses conséquences politiques, économiques et sociales.  

L'hypothèse de la véracité de la monnaie corrélée exclusivement au pouvoir de frappe de l'autorité publique exclue donc - a priori - la totalité des monnaies privées de la légalité. Par conséquent, comprendre ce mécanisme permet d'évaluer le potentiel criminogène des monnaies autres que celles relevant du fait de l'État.  

Dès lors, plusieurs pistes de réflexion sont donc possibles. Celle de la création monétaire du fait du grand banditisme constitue un premier axe d’interrogations. En quoi les fonctions de cette fausse-monnaie différent-elles de celles de la monnaie légale ? À quel moment la technologie ou le fonctionnement macroéconomique deviennent-ils générateurs de  rupture dans les formes de la monnaie contrefaite ? De même avec cette conception « souverainiste » de la monnaie on peut aborder la dimension du pouvoir bancaire, en effet,  comment la monnaie fabriquée par les banques commerciales peut-elle être considérée plus vraie que celle fabriquée par des faux monnayeurs ?  La question semble se poser avec d’autant plus d’acuité à un moment où la dématérialisation progressive de la monnaie contribue à la facilité de sa reproductibilité et participe d'autant à l’affaiblissement de la monnaie publique.  D'autre part, en recadrant cette question dans sa dimension historique, il apparaît que la création monétaire par l'octroi de crédit permet d'enrayer les crises boursières malgré le risque d'inflation. Dès lors, il est aisé de faire le lien entre hausse des prix et abondance monétaire. Ce constat offre la possibilité d'un axe de réflexion complémentaire et ouvre la porte à une dimension géopolitique plus vaste. En effet,  l'érosion de l'ordre financier mondial par le libre-échangisme ne constitue-t-elle pas un facteur aggravant à cette prolifération de monnaies privées ? Le champ du rôle de la monnaie est ainsi ouvert et l'on pourra s'attacher finalement à définir précisément le faussaire ? Est-ce un bandit, est ce un spéculateur ? L’objectif serait donc de souligner le rapport social du fabricant de monnaie avec une autorité publique avec la société et a fortiori avec les individus. 

Les propositions peuvent parvenir à la revue jusqu’au 15 mai 2011

La dimension de chaque contribution est de 40000 signes, espaces compris. 

Les auteurs peuvent d'ores et déjà faire part de leurs intentions de publier à la rédaction. 

redaction(at)revue-confrontations(point)org 

Les articles devront nous parvenir le 15 mai 2011 au plus tard. Les textes seront rédigés en Français pour un volume de 40000 signes au maximum, en tenant compte des normes de la revue  (http://revue-confrontations.org/index.php/recommandations). 

Le comité de lecture apportera une réponse avant le 15 juin. Les propositions retenues seront publiées dans le numéro 3 de la revue Confrontations.  

Comité de rédaction 

  • Pierre BASTIEN (docteur en histoire, éducation nationale)
  • Laurent ERBS (docteur en histoire, éducation nationale)
  • Antoine POIX (ingéniérie sociale)

Catégories

Dates

  • dimanche 15 mai 2011

Mots-clés

  • monnaie, faussaires, crises économiques

Contacts

  • Laurent Erbs
    courriel : redaction [at] revue-confrontations [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Laurent Erbs
    courriel : redaction [at] revue-confrontations [dot] org

Pour citer cette annonce

« Monnaie ou fausse monnaie ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 10 février 2011, http://calenda.org/203306