AccueilMétropole, ségrégation, fragmentation

Métropole, ségrégation, fragmentation

Metropolis, segregation, fragmentation

*  *  *

Publié le mardi 08 février 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Le Ceries (Lille 3) organise le jeudi 13 octobre une journée d'études sur le thème « Métropole, ségrégation, fragmentation ». L’objectif est de faire le point sur les débats en cours concernant les processus de métropolisation et deux dynamiques socio-spatiales qui leur sont souvent associées, à savoir la ségrégation et la fragmentation. Le croisement de plusieurs disciplines (sociologie, géographie ou encore science politique) vise à produire des analyses des dynamiques socio-spatiales capables d’intégrer les politiques publiques et les stratégies individuelles et collectives des populations concernées. Les propositions de participation sont à rendre pour le 15 mai 2011.

Annonce

Objet scientifique de la journée d’études

 L’objectif est de faire le point sur les débats en cours concernant les processus de métropolisation et deux dynamiques socio-spatiales qui leur sont souvent associées, à savoir la ségrégation et la fragmentation. Le croisement de plusieurs disciplines (sociologie, géographie ou encore science politique) vise à produire des analyses des dynamiques socio-spatiales capables d’intégrer les politiques publiques et les stratégies individuelles et collectives des populations concernées.

L’analyse des dynamiques de métropolisation est au croisement de plusieurs disciplines : on peut penser au champ de l’économie territoriale qui se concentre sur les effets d’agglomération (Porter, 1990), à la géographie, notamment avec l’inspiration donnée par l’ensemble des travaux de l’« école de Los Angeles » (Davis,1997 ; Scott et Soja, 1998 ; Dear, 2000) ou à la sociologie par le biais d’auteurs qui s’extraient cependant de son champ (Sassen, 1996 ; Castells, 1996). Le modèle de la ville de Los Angeles a particulièrement inspiré ces thèses, par son étalement urbain particulièrement marquant, par la présence d’une industrie culturelle vigoureuse, ou encore par la proximité de clusters réputés, tous ces éléments en faisant un exemple paradigmatique des métropoles contemporaines, comme Chicago et Detroit l’avaient été au cours du 20è siècle.

Beaucoup de travaux sur les métropoles restent cependant assez méconnus en France et hormis Mike Davis, les ouvrages des auteurs les plus connus restent sans traduction. Dans le champ de la sociologie urbaine, les travaux sur la fragmentation urbaine qui tireraient directement leur inspiration de ceux des chercheurs de Los Angeles restent rares. Dans le champ de la géographie, les travaux sont davantage connus[1]. En France, Cynthia Ghorra Gobin (2001), Sophie Body-Gendrot (1998) ou Guénola Capron (2006) ont été parmi les principaux relais de ces concepts, mais l’impact réel des travaux reste à démontrer. On peut également citer les travaux de Mustafa Dikeç (2007), avec des recherches sur la politique de la ville en France.

On peut trouver une explication dans le fait que les dynamiques métropolitaines sont certainement moins flagrantes en France qu’ailleurs : on peut dénombrer quatre agglomérations millionnaires (Paris, Marseille, Lyon et Lille et trois autres dépassant les 800 000 habitants (Nice, Toulouse, Bordeaux). Sans réduire la question de la métropolisation à celle du nombre d’habitants (Halbert, 2010), cette donnée n’est cependant pas inutile à rappeler.

Cela ne signifie pas que les dynamiques de fragmentation soient passées inaperçues. Dans la foulée des analyses en termes de « splintering urbanism » (Graham et Marvin, 2001), des auteurs français s’en sont servis pour décrire la perte de l’unité organique des villes latino-américaines (Prévôt-Schapira, 1999), au Maghreb (Navez-Bouchanine, 2002) ou en Afrique du Sud (Bénit, Didier et Morange, 2005). Il existe aussi des nombreux travaux sur les gated communities (Madoré, 2010 ; Le Goix, 2005 sur des terrains en Californie). On peut aussi suggérer que les représentations de la ville française à plusieurs vitesses, notamment avec les dynamiques de ghetto (Lapeyronnie, 2008), de périurbanisation (Charmes, 2007) ou de gentrification (Authier et Bidou Zachariasen, 2008 ; Bacqué et Fijalkow, 2006 ; Préteceille, 2007) sont proches des théories de la fragmentation puisqu’elles reposent sur une analyse de l’entre-soi appliquée à des espaces idéaux-typiques.

Ces phénomènes sont cependant assez rarement traduits en termes de fragmentation dans le cas français. Les théories sur la ville duale continuent en effet à provoquer un certain scepticisme notamment parce que les dynamiques d’occupation de l’espace urbain semblent maintenir une relative stabilité historique (Préteceille, 2003) : les mesures statistiques de l’occupation résidentielle des espaces iraient en ce sens. Dès lors, c’est l’utilisation du concept de ségrégation socio-spatiale qui reste dominante pour rendre compte des stratégies d’occupation du sol urbain (Grafmeyer, 2007). Pourtant, si le concept de ségrégation semble avoir gagné en précision descriptive, avec la réflexion sur la question de l’échelle de mesure (Maurin, 2004, Préteceille, 2006), cela semble s’être produit au détriment de sa capacité heuristique : finalement, les mesures de la ségrégation et leurs faibles variations à court terme peuvent masquer d’autres dynamiques à des échelles micro, internes aux quartiers (stratégies d’évitement ou de contournement de la part des populations) ou plus macro (émergence de multiples centralités dans les villes).

Thématiques

Dans ce contexte, la journée d’études proposerait quelques axes de réflexion qui seraient l’objet d’autant d’ateliers.

Concepts et contextes : de la ségrégation à la fragmentation

Le premier axe permettra de retracer, par des cas emblématiques, les problèmes de transposition des concepts hors de leur contexte d’émergence. Les discussions autour de l’application de celui de ghetto à la réalité française sont bien connues (cf. Wacquant, 2006 ; Vieillard Baron, 2006 ; Lapeyronnie, 2008). On se propose dans cette journée d’études de réfléchir aux aléas de l’internationalisation des concepts. Ainsi, certains auteurs (Vasconcelos, 2004) soutiennent la faible pertinence du concept de ségrégation pour penser la réalité brésilienne, tandis que d’autres soulignent l’intérêt de la notion de fragmentation dans le cadre latino-américain. On souhaiterait aussi réfléchir sur l’influence de l’école de Los Angeles et la confronter à des travaux de terrain récents. Des propositions portant spécifiquement sur son influence dans le cadre français (ville créative, localisation des minorités, « quartiers homosexuels ») seraient appréciées.

Quelle représentation des dynamiques des métropoles françaises aujourd’hui ?

Dans un second temps, la journée se penchera sur la question de l’intérêt heuristique des concepts de ségrégation et de fragmentation appliqués aux villes françaises. On peut se demander si le concept de ségrégation est encore pleinement opérant aujourd’hui, notamment parce que la ségrégation issue de la période fordiste et en partie favorisée par les pouvoirs publics semble avoir pris fin. En outre, l’idée de mise à distance résidant dans l’étymologie du terme n’est-elle pas remise en cause au profit de dynamiques d’agglomération basées sur une proximité des styles de vie, comme le soutient par exemple Capron (2006) ?  Enfin le mot ségrégation ne fonctionne-t-il pas aujourd’hui comme outil de mesure statistique qui semble peu approprié aux stratégies d’évitement, aux micro-fractures dont le concept de fragmentation semblerait mieux rendre compte, bien que ce concept soit lui-même loin de faire l’unanimité ? Des contributions sur les problèmes de mesure et de représentation de ces phénomènes sont vivement encouragées.

Dynamiques métropolitaines et impacts sur la ségrégation

Dans un dernier temps, on s’intéressera aux différentes politiques de régulation de la dynamique métropolitaine et à leur capacité à prendre en compte les tendances à la ségrégation / fragmentation qu’elles peuvent d’ailleurs elles-mêmes susciter. Le contexte lillois est intéressant dans cette optique : c’est en effet l’une des agglomérations françaises qui a le plus précocement misé sur l’importance de la métropolisation et de la construction d’instances de régulation qui lui soient adaptées dans le positionnement stratégique de la ville pour accueillir des investisseurs économiques (la réalisation d’Euralille en étant l’exemple le plus clair), dans un contexte marqué par une distribution très inégale des richesses entre communes. Ceci n’a d’ailleurs pas empêché la mise en place d’un véritable « consensus communautaire » qui tend d’ailleurs à dépolitiser les conflits (Desage, 2009). On peut se demander si des études de cas portant sur d’autres métropoles françaises iraient dans le même sens : des enquêtes sur la prise en compte politique des phénomènes de ségrégation dans les logiques métropolitaines seraient bienvenues, la localisation des projets ANRU étant un exemple parmi d’autres.

Publications

Certaines contributions feront l’objet d’un numéro spécial de la revue Géographie Économie Société (accord du comité de rédaction dont Paul Cary, Mustafa Dikeç et Sylvie Fol font partie).

Format des propositions

Les auteurs intéressés sont priés de nous faire parvenir une proposition de communication d’une à deux pages (paul.cary@univ-lille3.fr),

pour le 15 mai 2011

Le comité scientifique informera de sa décision début juillet et les textes définitifs sont attendus pour le 1er octobre.

Comité d’organisation :

  • Marion Carrel
  • Paul Cary
  • Jean-Michel Wachsberger (Lille 3, Ceries).

Comité scientifique :

  • Marion Carrel (Sociologie, Lille 3 - Charles de Gaulle),
  • Paul Cary, (Sociologie, Lille 3 - Charles de Gaulle),
  • Mustafa Dikeç (Géographie, Royal Holloway, University of London),
  • Sylvie Fol (Aménagement et Urbanisme, Paris 1 Panthéon - Sorbonne),
  • Pedro de Almeida Vasconcelos (Géographie, UF Bahia, Brésil),
  • Jean-Michel Wachsberger (Sociologie, Lille 3 - Charles de Gaulle).
  • .

Contact : paul.cary@univ-lille3.fr

Références bibliographiques

Authier, J.Y. et C. Bidou-Zachariasen (2008). « La question de la gentrification urbaine », Espaces et Sociétés, 132-133, p. 13-21.

Bacqué M.H et Y. Fijalkow (2006). « En attendant la gentrification » Sociétés contemporaines, 3, 63, p. 63-83.

Bénit, C., S. Didier et M. Morange, (2005). « Towards the privatisation of security ? Emerging forms of governance and urban fragmentation in Cape Town and Johannesburg», Communication à la conférence internationale Territory, control and enclosure, Pretoria, CSIR, 29 février-2 mars 2005.

Body-Gendrot, S. (1998). Les villes américaines. Les politiques urbaines, Paris, Hachette.

Capron, G. (dir.) (2006). Quand la ville se ferme. Quartiers résidentiels sécurisés, Paris, Bréal.

Castells, M. (1996). La société en réseaux L’ère de l’information, Paris, Fayard.

Charmes, E. (2007). «Les péri-urbains sont-ils anti-urbains ? Les effets de la fragmentation communale». Annales de la Recherche Urbaine, 102, 7-18.

Davis, M. (1997). City of quartz. Los Angeles capitale du futur, Paris, La Découverte.

Dear M. J., (2000). The postmodern urban condition, Oxford, Blackwell Publishers.

Desage, F., (2008). « Un régime de grande coalition permanente? Eléments lillois pour une sociologie des consensus intercommunaux » Politix, 88, p. 133-161.

Dikeç M. (2007). Badlands of the Republic. Space, politics and urban policy, Oxford, Blackwell Publishing.

Ghorra-Gobin, C. (dir.) (2001). Réinventer le sens de la ville : Les espaces publics à l’heure globale, Paris, L’Harmattan.

Grafmeyer, Y., (2007). « Le quartier des sociologues », dans Authier, J.Y., M.H.Bacqué et F. Guérin-Pace, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, p. 21-31.

Le Goix, R. (2005). «Gated Communities: Sprawl and Social Segregation in Southern California», Housing Studies, 20, 2, p. 323-344.

Halbert, L. (2010). L'avantage métropolitain, Paris, PUF.

Graham S. et S. Marvin (2001). Splintering urbanism : networked infrastructures, technological mobilities and the urban condition, London, New York, Routledge.

Lapeyronnie, D. (2008). Ghetto urbain, Paris, Robert Laffont.

Madoré F., (2010). « Enclaves résidentielles fermées et fragmentation urbaine », dans Cailly, L. et M. Vanier (dir.), La France, une géographie urbaine, Paris, Armand Colin, p. 231-234.

Maurin E. (2004). Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, Paris, Seuil.

Navez-Bouchanine, F (dir.), (2002). La Fragmentation en question : des villes entre fragmentation spatiale et fragmentation sociale ?, Paris, L'Harmattan.

Porter, M. (1990). The Competitive Advantage of Nations, New York, The Free Press.

Préteceille, E. (2003). Lieu de résidence et ségrégation sociale », Cahiers français, n° 314, p. 64-70.

Préteceille, E. (2006). « La ségrégation sociale a-t-elle augmenté ? La métropole parisienne entre polarisation et mixité », Sociétés contemporaines, 62, p. 69-93.

Préteceille E. (2007). « Is gentrification a useful paradigm to analyse social changes in the Paris metropolis ? », Environment and Planning A, 39, 1, p. 10-31.

Prévôt-Schapira, M.F. (1999). « Amérique Latine : la ville fragmentée », Esprit, 258, p.128-144.

Sassen, S. (1996). La ville globale. New York, Londres, Paris, Tokyo, Descartes & Cie.

Scott, A. J. et E.W. Soja (org.) (1998), The City. Los Angeles and Urban Theory at the End of the Twentieth Century, Berkeley, University of California Press.

Soja, E.W. (2000). Post-Metropolis. Critical Studies of Cities and Regions, Oxford, Blackwell Publishers.

Vasconcelos, P.A.(2004). « A aplicação do conceito de segregação residencial ao contexto brasileiro na longa duração », Cidades, Presidente Prudente, 2, p.259-274.

Vieillard-Baron, H. (2006). « Des banlieues françaises aux périphéries américaines : du mythe à l’impossible confrontation ? », Hérodote, 122, p. 10-24.

Wacquant L. (2006). Parias urbains. Ghetto, banlieues, Etat, Paris : La Découverte.

[1] Un numéro spécial de la revue L’Espace géographique en 2004 ou un colloque sur la Justice Spatiale à Nanterre en 2008, notamment avec la participation d’E. Soja, S. Fainstein et P. Marcuse et la mise en place d’une revue en ligne bilingue Justice Spatiale / Spatial Justice.

Lieux

  • Lille, France

Dates

  • dimanche 15 mai 2011

Mots-clés

  • métropole, ségrégation, fragmentation, école de Los Angeles

Contacts

  • Paul Cary
    courriel : paul [dot] cary [at] club-internet [dot] fr

Source de l'information

  • Paul Cary
    courriel : paul [dot] cary [at] club-internet [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Métropole, ségrégation, fragmentation », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 février 2011, http://calenda.org/203332