AccueilAu-delà du consensus patrimonial. Résistances et usages contestataires du patrimoine

Au-delà du consensus patrimonial. Résistances et usages contestataires du patrimoine

Beyond the Heritage Consensus. Forms of Resistance and Dissident Uses of Heritage

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Publié le mercredi 09 février 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Appel à contributions pour la revue Civilisations sur le thème : « Au-delà du consensus patrimonial. Résistances et usages contestataires du patrimoine ».

Annonce

Civilisations vol. 61 (1), à paraître au printemps 2012 : Au-delà du consensus patrimonial. Résistances et usages contestataires du patrimoine (dossier coordonné par Cyril Isnart et Anaïs Leblon) - French and English versions

Argumentaire

Un grand paradigme traverse les sciences sociales qui s’occupent des usages sociaux du patrimoine : parler du patrimoine, ce n’est pas seulement parler de choses (édifices, monuments, œuvres d’art,  biens immatériels, paysages ou animaux), mais aussi de certaines manières de qualifier – ou de requalifier – ces objets que l’on appelle patrimoniaux. Analysée comme un processus, la patrimonialisation se révèle plus complexe et plus négociée que ce que le monde de l’action culturelle peut en montrer in fine. Elle va en effet jusqu’à entraîner des résistances explicites qui contestent l’usage patrimonial d’un bien et qui constituent indéniablement un objet privilégié et classique des heritage studies. Pourtant, celles-ci occultent parfois une autre face plus discrète de la résistance patrimoniale : depuis une trentaine d’années, les usages contestataires du patrimoine sont aussi des pratiques banales de communautés et de minorités culturelles, qui prennent la patrimonialisation comme grammaire et comme vocabulaire de revendication, dans le cadre de contre-patrimonialisations ou de nouvelles manières de patrimonialiser.

Une lecture dualiste, entre indigènes authentiques et spoliés d’une part, et acteurs pervers d’une patrimonialisation imposée d’en haut d’autre part, est donc réductrice - si ce n’est romantique. Elle ne rend pas compte des dynamiques d’appropriation et de recyclage politique et culturel des logiques patrimoniales. Analyser ces postures et ces pratiques patrimoniales en les inscrivant dans un continuum de résistances, allant des contestations de l’usage patrimonial à l’usage contestataire du patrimoine, éclaire d’une façon originale les effets sociaux des patrimonialisations. En effet, loin de seulement simplifier les rapports sociaux en créant des communautés imaginées et des symboles partagés, la mise en patrimoine offre également de nouvelles marges pour les conflits et les négociations entre des groupes en perpétuelle redéfinition. Ces deux versants des logiques patrimoniales ont rarement été pensés ensemble et leur association permet de replacer les activités du champ patrimonial au cœur des pratiques des acteurs dans leur diversité à travers le temps et l’espace.

Ce dossier de Civilisations souhaiterait ainsi interroger, sans distinction géographique ou historique, les façons de contester la patrimonialisation et de contester par la patrimonialisation, en tentant de saisir ce qui se joue du rapport aux identités collectives, aux enjeux politiques et aux objets patrimonialisés dans des situations de tensions patrimoniales. Les axes de réflexion proposés, parmi d’autres possibles, sont les suivants :

  • La multivocalité patrimoniale. L’analyse de la construction des valeurs patrimoniales pourrait être confrontée aux voix contestataires des acteurs résistant à la patrimonialisation afin de repérer les effets de miroir entre les deux narrations proposées, mais aussi pour décrire les dissonances internes dans chaque « camp », ceux-ci n’étant pas nécessairement homogènes et dépourvus d’ambiguïté.
  • L’émergence de champs patrimoniaux alternatifs. Contre-patrimonialisations et usages contestataires du patrimoine. L’apparition de voix contestataires survient toujours dans une arène sociale et patrimoniale qui dicte ses propres règles du jeu. Toutefois, de l’usage littéral de la patrimonialisation à la subversion des valeurs et des objets, il arrive que des pratiques de revendication redéfinissent les limites de l’arène patrimoniale.
  • Figures charismatiques et construction des minorités.  On s’intéressera ici plus particulièrement à la question de l’articulation entre les figures individuelles de la contestation patrimoniale et les groupes qu’elles ont pu mobiliser ou au nom desquels elles prennent la parole. Les enjeux de pouvoir individuel se conjuguent alors avec les enjeux de visibilité sociale et communautaire, dans une relation où les usages contestataires du patrimoine tiennent une place centrale.

Modalités pratiques

Les propositions d'articles, en anglais ou en français (un titre et un résumé de 250 mots), sont à envoyer

avant le 15 mars 2011

Présentation  de la revue

Civilisations est une revue d’anthropologie à comité de lecture publiée par l'Institut de Sociologie de l'Université libre de Bruxelles. Diffusée sans discontinuité depuis 1951, la revue publie, en français et en anglais, des articles relevant des différents champs de l’anthropologie, sans exclusive régionale ou temporelle. Relancée depuis 2002 avec un nouveau comité éditorial et un nouveau sous-titre (Revue internationale d’anthropologie et de sciences humaines), la revue encourage désormais particulièrement la publication d’articles où les approches de l’anthropologie s’articulent à celles d’autres sciences sociales, révélant ainsi les processus de construction des sociétés.

Pour plus d’informations, voir http://civilisations.revues.org

Comité scientifique : http://civilisations.revues.org/index61.html

English version - Call for papers

Civilisations vol. 61 (1), Forthcoming Spring 2012, Beyond the Heritage Consensus : Forms of Resistances and Dissident Uses of Heritage (Guest editors Cyril Isnart and Anaïs Leblon)

An important paradigm is found throughout the social sciences which deal with the social uses of heritage: to speak about heritage is not merely to speak about things (buildings, monuments, works of art, intangible assets, whether landscapes or animals) but also, in some ways, to qualify – or requalify – the objects termed "heritage". Analysed as a process, heritagization proves itself more complex and more debated than what the world of cultural policies can ultimately show. In fact, it goes as far as to involve explicit forms of resistance that contest the heritage use of an asset and undeniably constitute a privileged and classic subject of heritage studies. However, these sometimes hide another more discreet side of heritage resistance: for the last thirty years or so, dissident uses of heritage have been common practice among minority communities and cultures, who adopt heritagization as their grammar and vocabulary of protest in the context of counter-heritagization or new forms of heritagization.

A dualist interpretation, with authentic, despoiled indigenous people on the one hand and perverse forces of a heritagization imposed from above on the other, is therefore simplistic – if not romantic.  It does not take into account the dynamics of appropriation and of political and cultural recycling of heritage dynamics.  Analysing these heritage positions and practices by seeing them as part of a continuum of resistance, extending from the contesting of heritage uses to the dissident use of heritage, throws new light on the social effects of heritagization. Far from merely simplifying social relations by creating imagined communities and shared symbols, heritagization also offers new space for the conflicts and negotiations between groups which are continually being redefined. These two sides of heritagization processes have rarely been considered together and the linking of them makes it possible to put the activities of the heritagization field back at the centre of the actors' practices in all their diversity of time and space.

This special issue of Civilisations thus hopes to examine, with no geographical or historical distinctions, the ways of contesting heritagization and of using heritagization to contest, by endeavouring to grasp what is at stake in relations with collective identities, political issues and heritagized objects in situations of heritage tension. The main themes proposed for reflection are, amongst possible others, the following:

  • Heritage multivocality. The analysis of the construction of heritage values could be compared with the dissident voices of the actors resisting heritagization in order to pinpoint the mirror effects between the two discourses proposed, but also in order to describe the internal dissonances of each 'side', as these are not necessarily homogeneous or unambiguous.  
  • The emergence of alternative heritage fields.  Counter-heritagizations and dissident uses of heritage.  Dissident voices always appear in a social and heritage arena which dictates its own rules. However, ranging from the simple use of heritagization to the subversion of values and objects, protest practices sometimes redefine the limits of the heritage arena.
  • Charismatic figures and the construction of minorities.  Here we will be particularly interested in the question of how the individual figures of heritage protest and the groups they have been able to mobilize or in whose name they speak are linked.  Issues of individual power are thus combined with those of social and community visibility in a relationship in which the dissident uses of heritage play a central role.      

Propositions of articles either in English or French (title + 250 words abstract) should be sent

before the 15th March 2011

both to the editorial board of the journal (civilisations@ulb.ac.be and jnoret@ulb.ac.be)

and to the guest editors of the journal issue, Cyril Isnart (isnart@uevora.pt) and Anaïs Leblon (anaisleblon@gmail.com).

Civilisations is a peer-reviewed journal of anthropology. Published continuously since 1951, it features articles in French and English in the various fields of anthropology, without regional or time limitations. Revived in 2002 with a new editorial board and a new subtitle ( Revue internationale d'anthropologie et de sciences humaines), Civilisations particularly encourage the submission of articles where anthropological approaches meet other social sciences, to better tackle processes of society making. 

Dates

  • mardi 15 mars 2011

Mots-clés

  • patrimonialisations, résistances

Contacts

  • Cyril Isnart
    courriel : isnart [at] uevora [dot] pt
  • Leblon Anaïs
    courriel : anaisleblon [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Anais Leblon
    courriel : prixuqamrespatrimoni [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Au-delà du consensus patrimonial. Résistances et usages contestataires du patrimoine », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 09 février 2011, http://calenda.org/203340