AccueilDu récepteur ou l’art de déballer son pique-nique

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Publié le mercredi 09 février 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

« Du récepteur ou l’art de déballer son pique-nique » : ce projet transdisciplinaire a pour objectif de réfléchir à la manière dont on peut aujourd’hui penser, appréhender et analyser l’acte de réception en matière d’expérience esthétique.

Annonce

« Car, beaucoup plus que les concepts dont s’encombrent nos cerveaux, nous sommes ce que nous pouvons voir, entendre, sentir, goûter, éprouver. » [1]

Ce projet transdisciplinaire a pour objectif de réfléchir à la manière dont on peut aujourd’hui penser, appréhender et analyser l’acte de réception en matière d’expérience esthétique.

Dans les années soixante-dix, l’esthétique de la réception avait affirmé l’importance de la bipolarité de l’œuvre littéraire[2] et ouvert un champ d’études critiques et théoriques consacré à la relation texte/lecteur. Les figures (transcendantales ou non) du récepteur furent dès lors prises en compte et le plus souvent, théorisées. De nombreux travaux se sont ainsi intéressés à la dimension communicationnelle de l’œuvre et ont, de ce fait, interrogé les modalités de l’analyse en développant des outils et des perspectives de recherche propres à rendre compte de la réception et/ou de l’effet des œuvres littéraires[3]. Malgré cet intérêt grandissant pour l’acte de réception survivaient pléthores de résistances axiologiques, déplorant l’incapacité à dire la subjectivité ou, plus encore, à la reconnaitre comme valeur cardinale. On justifia ainsi l’effacement de la subjectivité du lecteur réel, sous couvert d’une contingence trop importante. Pourtant, beaucoup s’accordent à dire les insuffisances d’un système d’analyse dépossédé d’un axe sensible et cognitif[4].

La perspective qui est la nôtre s’inscrit dans la lignée des recherches qui tentent de restituer une dimension pragmatique à l’étude de la communication artistique, convaincus que l’art doit aussi être considéré en adoptant une approche multidirectionnelle. En ce sens, il s’agit d’appréhender l’œuvre d’art dans sa complétude, dans un cadre à trois dimensions[5], en envisageant les effets produits par elle sans faire fi des impressions sensorielles et morales.

Plusieurs disciplines ont récemment témoigné de l’intérêt pour cette démarche et nous aimerions interroger la possibilité d’un travail transdisciplinaire : au-delà des outils d’analyse spécifiques à un champ artistique inhérents à ses propres modalités d’expression, ces approches peuvent-elles néanmoins se rencontrer ? Les sciences cognitives pourraient probablement constituer le pivot nécessaire à l’articulation de savoirs.

Scientifiquement, le projet prend la tournure suivante : réunir des spécialistes de différents domaines artistiques : littérature jeunesse, théâtre, photographie, musique, fiction romanesque, cinéma, peinture (époque classique et moderne), des représentants d'approches spécifiques : didactique, littéraire, comparatiste, psychanalytique, sémiotique, cognitive et des acteurs-passeurs de la sphère artistique : commissaire d'exposition, artiste, traducteur de manière à appréhender ensemble l'acte de réception.

Présentation

Dans ce cadre, le CEREdi (Centre d’Etudes et de Recherche Editer Interpréter – Université de Rouen) organise les 26 et 27 mai 2011 deux premières journées d’étude, en partenariat avec le Musée des Beaux Arts de Rouen et le Pôle image Haute-Normandie sous la direction de Bérengère Voisin, intitulées : « Du récepteur ou l’art de déballer son pique-nique ».

Afin d’offrir un axe d’étude commun et de circonscrire les analyses, nous proposons une problématique qui nous apparaît fondamentale pour comprendre la manière dont l’art fonctionne et en relation avec la tendance, toute contemporaine, de laisser place à l’investissement du récepteur, qui se conjugue souvent à une réflexion sur l’art elle-même (voir, par exemple, J. Kosuth, Art after Philosophy, 1969).

Il s’agira de réfléchir à la nature des réactions et de l’investissement du récepteur, aux mécanismes d’appréhension de l’œuvre en même temps qu’à ceux de la création de sens qui s’opèrent au sein de l’œuvre, dans la conviction que ces deux « moments » peuvent être envisagés ensemble, dans le cadre d’une coopération pragmatique. Il nous semble nécessaire d’interroger la notion de dialogisme, sous l’angle de la question suivante : ce que le récepteur investit est-il inversement proportionnel à ce que l’auteur dispose ?

Le plasticien François Morellet affirme dans l’article Du spectateur au spectateur ou l’art de déballer son pique-nique, que moins l’artiste introduit de subjectivité dans son œuvre, plus le spectateur peut se frayer un chemin personnel (interprétatif, cognitif, sensoriel...). L’auteur de théâtre, Michel Vinaver suggère que moins la marque de l’auteur est présente plus le spectateur et l’acteur, peuvent « prendre le pas » sur la pièce, afin de pouvoir littéralement « mordre dedans » et restituer au théâtre l’efficacité qui lui est propre.

La question de la relation œuvre/sujet, de la force de l’effet et/ou directives de l’œuvre sur le sujet, de l’indépendance de ce dernier, posée en terme de proportion devrait permettre d’identifier les formes de stimuli et les formes d’investissement. En outre, il n’est pas du tout certain qu’une œuvre « chargée » sollicite moins le récepteur qu’une œuvre « épurée », hypothèse que nous aimerions vérifier.

Modalités pratiques

Les deux premières journées d’étude seront suivies d’un colloque à la fin de l’année 2012.

Compte tenu de son caractère exploratoire, les personnes intéressées par ce projet peuvent adresser des propositions de participation sous diverses formes : projets de communication ou récits d’expérience

avant le 15 mars 2011

à Bérengère VOISIN, voisin.berengere@gmail.com

Comité scientifique :

  • Mario Borillo, IRIT, CNRS
  • Nicole Evereart-Desmedt, Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles
  • Marielle Macé, CRAL, EHESS-CNRS
  • Daniel Mortier, CEREdi, Université de Rouen
  • Paola Pacifici, Istituto Nazionale di Studi sul Rinascimento, Florence
  • Laurence Perrigault, CELAM, Université Rennes 2
  • François Vanoosthuyse, CRP19, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
  • Bernard Vouilloux, TELEM, Université Bordeaux 3

Notes

[1] Susan Sontag, « Culture et sensibilité d’aujourd’hui », L’œuvre parle, trad. fr. Guy Durand, Paris, Christian Bourgois, 2010, p. 463.

[2] « C’est au cours de la lecture que se produit l’interaction, fondamentale pour toute œuvre littéraire, entre sa structure et son destinataire. C’est pourquoi la phénoménologie de l’art a attiré l’attention sur le fait que l’étude littéraire doit viser la compréhension du texte au-delà de sa forme. […] On peut dire que l’œuvre littéraire a deux pôles : le pôle artistique et le pôle esthétique. Le pôle artistique se réfère au texte produit par l’auteur tandis que le pôle esthétique se rapporte à la concrétisation réalisée par le lecteur, Wolfgang Iser, L’Acte de lecture, théorie de l’effet esthétique, 1976, trad. fr., Évelyne Sznycer, Bruxelles, Mardaga, 1985, p. 48.

[3] Sur la distinction « effet vs réception », voir notamment Vincent Jouve, La Lecture littéraire, n°1, 1996, « Avant-propos ». Egalement disponible en ligne : http://helios.univ-reims.fr/Labos/CRLELI/Articles/Avant-propos.htm, « Les théories internes, comme leur nom l’indique, ne sortent pas du texte : elles sont fondées sur l’idée que les effets de l’œuvre sont inscrits dans ses structures. Dès lors, l’enjeu n’est pas de dégager l’interprétation de tel ou tel, mais le parcours imposé par le texte à tout lecteur. Ce dernier est considéré comme un rôle, une instance abstraite et présupposée par l’œuvre […] Les théories externes délaissent l’étude de l’effet pour se consacrer à l’examen de la réception. Au lieu de subordonner le lecteur au texte, elles soumettent ce dernier au lecteur. Se fondant sur l’inachèvement structurel de l’œuvre et sur la relativité historique de toute interprétation, elles font valoir que le lecteur a toujours la liberté d’enrichir le texte de contenus nouveaux. Leur objet, c’est donc la lecture en situation, en tant que réception effective. »

[4] C’est notamment le point de vue de Jean Valenti développé dans « Lecture, processus et situation cognitive », in Recherches sémiotiques, vol. 20, n°1-3, 2000, « Les poétiques de la lecture ne proposent pas un cadre méthodologique valable pour rendre compte de toute la richesse et de toute la complexité en jeu dans l’acte de lecture. En subordonnant en grande partie le travail du lecteur aux paramètres de la textualité (ou en hésitant entre les dimensions textuelles et pragmatiques de la lecture), Iser, Eco, Crosman Wimmers et Rabinovitz développent des modèles d’interaction qui mettent surtout l’accent sur la façon dont le lecteur s’inscrit dans les structures du texte. Qu’il s’agisse de coopération interprétative, d’effets esthétiques, de poétique renouvelée ou de conventions littéraires, on en vient toujours à la même conclusion : le texte produit le lecteur. », p. 292. C’est également cette idée qui est à l’origine du colloque « Sujets lecteurs et enseignement de la littérature » organisé par Annie Rouxel et Gérard Langlade : « On s’intéresse davantage au lecteur en tant qu’instance textuelle qu’aux réactions et aux inférences interprétatives des lecteurs empiriques, jugées trop aléatoires, trop contingente […] Les travaux contemporains sur la lecture littéraire, dans la voie ouverte par Michel Picard, tentent certes de prendre en compte ce sujet lecteur, ce lecteur en tant que sujet, mais il n’est jamais totalement assumé, à tel point que l’on peut se demander à l’instar d’Antoine Compagnon si la lecture réelle peut constituer un objet théorique. », p. 12. Annie-Rouxel et Gérard Langlade, Avant-propos, Le sujet lecteur. Lecture subjective et enseignement de la littérature, Presses Universitaires de Rennes, 2004. Egalement disponible en ligne : http://www.pur-editions.fr/couvertures/1222768520_doc.pdf

[5] A entendre ici en référence à l’ouvrage de Noël Carroll, Art in Three Dimensions, Oxford, University Press, 2010. Voir notamment le compte rendu de Jean-Pierre Cometti, « L’Art et le reste », http://www.laviedesidees.fr/L-art-et-le-reste.html

Lieux

  • Rouen, France

Dates

  • mardi 15 mars 2011

Mots-clés

  • Expérience esthétique, aprroche cognitive, littérature, peinture

Contacts

  • Bérengère Voisin
    courriel : berengere [dot] voisin [at] ut [dot] ee

Source de l'information

  • Bérengère Voisin
    courriel : berengere [dot] voisin [at] ut [dot] ee

Pour citer cette annonce

« Du récepteur ou l’art de déballer son pique-nique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 09 février 2011, http://calenda.org/203350