AccueilAutour du Radeau de la Méduse de Géricault – Figures du désastre

Autour du Radeau de la Méduse de Géricault – Figures du désastre

Around Géricault's Raft of the Medusa – Figures of Disaster

Premières rencontres de la Galerie Colbert

Galerie Colbert study day

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Publié le lundi 28 février 2011 par Karim Hammou

Résumé

Les chercheurs de la Galerie Colbert ouvrent leurs portes. Ce lieu, qui héberge depuis 2001 l’INHA, la plupart des établissements d’enseignement supérieur et de recherche d’Île-de-France en histoire de l’art, ainsi que l’Institut national du patrimoine, représente le cœur de la recherche, de la formation et de la coopération internationale pour l’histoire de l’art, l’archéologie et le patrimoine, et œuvre aussi pour une large diffusion des savoirs. Les portes ouvertes du 12 mars 2011, adressées au grand public, réuniront un ensemble de chercheurs des différentes institutions, qui partageront leurs savoir-faire. Pour fédérer les réflexions et nourrir les débats, un tableau a été choisi : le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (musée du Louvre).

Annonce

Les chercheurs de la Galerie Colbert ouvrent leurs portes. Ce lieu historique, qui conserve depuis sa restauration la mémoire du XIXe siècle et ses fameux « passages », héberge depuis 2001 l’INHA, la plupart des établissements d’enseignement supérieur et de recherche d’Île-de-France en histoire de l’art, ainsi que l’Institut national du patrimoine.
Si la Galerie Colbert représente le cœur de la recherche, de la formation et de la coopération internationale pour l’histoire de l’art, l’archéologie et le patrimoine, elle œuvre aussi pour une large diffusion des savoirs.

Les portes ouvertes du 12 mars 2011, adressées au grand public, réuniront un ensemble de chercheurs des différentes institutions, qui partageront leurs savoir-faire au cours de cette journée. Elle montrera la manière dont les historiens de l’art, de la littérature, des arts du spectacle, de la photographie et du cinéma, mais aussi les restaurateurs et conservateurs du patrimoine, s’interrogent devant une œuvre. Elle fera connaître leurs outils d’analyse, leurs méthodes d’examen et d’interprétation. Les conférences, les tables rondes et les projections seront autant de lieux et de moments privilégiés pour venir en débattre.

Un tableau a été choisi pour fédérer les réflexions et nourrir les débats, un tableau riche en échos avec l’histoire la plus établie mais aussi la plus proche de nous : Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (musée du Louvre).

Tableau événement exposé au Salon de 1819, le Radeau est exceptionnel à tous égards : par sa monumentalisation d’un fait divers, son inscription des anonymes dans les codes de la peinture d’histoire, sa manière inédite de venir au contact avec l’espace du spectateur. Montrant un épisode du naufrage d'une frégate de la marine royale au large du Cap Blanc en 1817, ce morceau de bravoure s’était mêlé intempestivement de la polémique entourant le procès de son capitaine, lequel avait tourné, dans la presse libérale, au procès de la Monarchie. Intentionnellement ou non, Géricault avait donc produit une image (voire un document) qui entrait en résonance avec l’actualité, un reportage avant la lettre produisant une série de tensions entre l’événement et sa figuration, entre le fait et son imaginaire, entre la représentation du pouvoir et les pouvoirs de la représentation. C’est dire si le tableau fut capable de nourrir d’autres contextes que celui de sa création, d’autres médiums que la peinture.

Ainsi, les contributions des chercheurs et la nature des conférences, des tables rondes, des projections et des lectures animant cette journée, couvriront à la fois le champ historiographique du tableau dans son époque, les enjeux complexes de son élaboration, sa réception jusqu’à sa conservation mais aussi le champ plus contemporain de son actualité pour les arts vivants, photographiques et cinématographiques, que ce soit par voie de citations, de réappropriations ou de déplacements. Un foisonnement de méthodes et une liberté d’associations savantes qui font traverser, de l’Antiquité à l’art contemporain, une multitude d’œuvres artistiques et littéraires qui font écho au tableau de Géricault et à la thématique du désastre. 

Programme

10h-11h : Auditorium

Conférence Le Radeau de la Méduse, un tableau dans l’histoire, par Barthélémy Jobert (professeur, Université Paris-Sorbonne), Ségolène Le Men (professeur, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense) et Pierre Wat (professeur, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne).

L'histoire du  Radeau de la Méduse est d'abord celle d'un événement dont Géricault, postérieurement, s'est fait le témoin. C'est ensuite celle d'une voie originale dans la conception et l'exécution d'un tableau renouvelant la représentation des faits contemporains. C'est enfin celle d'une réflexion sans précédent sur le lancement du grand tableau qui détermine la réception de l'œuvre, en France comme à l'étranger, du vivant de l'artiste comme après sa mort. C'est ce qui sera ici retracé.

11h15-13h15 : Ateliers simultanés

Patrimoine et matérialité / Théâtralité / Catastrophes

13h45-15h45 : Ateliers simultanés

Contexte / Naufrages / Corps et figures

16h00-17h00 : Auditorium

11 variations sur le thème du Radeau de la Méduse, ou la dérive de la Société. Rencontre et débat avec Henri Cueco (artiste) et Jean-Philippe Chimot (maître de conférences, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne).

Qu’est-ce qui amène, au tournant du gaullisme et du libéralisme avancé (1970-75), à la fin des 30 Glorieuses, cinq peintres associés en coopérative de création – les Malassis – à installer 2000m2 de peinture reprenant le motif du Radeau dans un supermarché de la ville d’Échirolles ?

17h15-19h15 : Ateliers simultanés

Citations / Événement / Scènes

19h30-21h30 : Auditorium

 « La mer, la mer, toujours recommencée » : Les radeaux du Silo (Coordination : Le Silo). Prendre la mer comme décor et le radeau comme frêle et fragile embarcation : celle qui charrie les migrants, accompagne les morts, permet la traversée du fleuve. Les films assemblés ici commentent un état du monde et sont réalisés par des cinéastes de différentes nationalités : une façon de dresser un atlas des mouvements, des récits, des territoires rarement recensés, dont la mer garde parfois le secret. 

Ateliers – tables rondes (simultanés et dans l’ensemble de la Galerie Colbert)

11h15-13h15 : Ateliers simultanés

Matérialité et patrimoine

(salle Giorgio Vasari)

  • Laure Dalon (musée de Picardie, Amiens) - Une copie ancienne du Radeau de la Méduse au musée de Picardie. Ce fut pour remédier à la dégradation précoce du Radeau de la Méduse que, en 1859-1860, Pierre-Désiré Guillemet et Etienne-Antoine-Eugène Ronjat exécutèrent une copie fidèle du chef-d'œuvre de Géricault. Devenue elle-même morceau de bravoure, la copie fut envoyée à Amiens, au sein d'un musée de Picardie conçu comme une vitrine par le pouvoir impérial.
  • Patricia Vergez (Institut national du patrimoine) et William Whitney (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, HiCSA, CRPBC), avec Dalila Druesnes, Sarah Davrinche et Luc Hurter (élèves restaurateurs de l’Institut national du patrimoine) – Le serpent de mer du bitume. Analyse des craquelures prématurées, du bitume et des résultats d'analyse du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), afin de permettre quelques conclusions sur les altérations du tableau.

Théâtralité

(salle Walter Benjamin)

  • Jean-François Ballay (Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, ARIAS) - De la figure de Gorgô aux nouveaux « doubles » en face à face avec le spectateur. Dans la Grèce archaïque, le visage de Gorgô fait irruption, toujours de face, dans l'espace pictural, ouvrant une béance sur le non-être. Aujourd'hui, avec les « doubles » qui réinvestissent les écrans et les scènes, sous diverses formes (avatars, marionnettes, robots...), assisterait-on à un retour de ce masque gorgonéen, derrière lequel rien, hormis le non-être, ne peut apparaître ?
  • Jean-François Cabestan (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, Centre Ledoux-MCF) - Mise en scène d'un assassinat. Dans la nuit du 17 au 18 août 1847, l'hôtel de Choiseul-Praslin est le théâtre d'un meurtre. L'enquête policière et le relevé architectural du cadre où le forfait a été commis nous renseignent fidèlement sur la violence et l'issue tragique d'une relation conjugale remarquablement mouvementée.
  • Laure Fernandez (Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, ARIAS) - Une théâtralité de la catastrophe. En 1967, Tadeusz Kantor reconstitue, au moyen de « matériel touristique moderne », Le Radeau de la Méduse. Ce happening, qu’il décrit comme « une catastrophe », servira de point de départ à une réflexion sur la théâtralité comme modalité de dramatisation du réel chez certains artistes contemporains.
  • Michel Poivert (professeur, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, CIRHAC) - La photographie comme tableau vivant (vidéo de David LaChapelle).

Catastrophes

(salle Georges Perrot)

  • Béatrice de Chancel-Bardelot (Institut national d’histoire de l’art, DER, musée de Bourges) - Les tombeaux provenant des Célestins de Paris au musée des Monuments français : un exemple de l'action d'Alexandre Lenoir à l'époque de la Révolution. L'époque révolutionnaire a occasionné simultanément des destructions et des bouleversements aux tombeaux des églises parisiennes, et la redécouverte de ces œuvres d'art, grâce à leur transfert au musée des Monuments français. On se propose ici d'évaluer l'action d'Alexandre Lenoir sur les tombeaux de l'église des Célestins à Paris.
  • Lucie Fléjou et le Service du patrimoine (Institut national d’histoire de l’art, DBD) - Géricault et les « figures du désastre » dans les collections d’estampes de la Bibliothèque de l’INHA. En 1945, Giacometti voyait dans les œuvres gravées de Callot, Goya et Géricault un « désir de destruction dans tous les domaines, jusqu’à la destruction de la conscience humaine ». Après les ravages du XXe siècle, comment la gravure pouvait-elle désormais figurer cet indicible ?
  • Sophie Goetzmann (Université Paris-Sorbonne) - Les paysages apocalyptiques de Ludwig Meidner : une peinture de la catastrophe ? Le thème de l’apocalypse dans la grande ville chez le peintre berlinois Ludwig Meidner, figure majeure de l’expressionnisme allemand. Critique d’une métropole décadente, vision prémonitoire de la guerre ou destruction métaphorique d’une toute autre nature ?
  • Françoise Lavocat (Université Paris Diderot-Paris 7) - Récits de catastrophes (XVIIe siècle) : le moment esthétique. Le propos est d'analyser les premières manifestations d'une perception de la catastrophe naturelle en termes esthétiques, et d'en analyser les modalités et les enjeux, dans des témoignages et récits historiques. Le corpus sera essentiellement constitué du récit de l'éruption du Vésuve de Cesare Braccini (1629) et surtout du De Peste de Giuseppe Ripamonti (1644).

13h45-15h45 : Ateliers simultanés

Contexte

(salle René Jullian)

  • Jean-François Belhoste, (École pratique des hautes études, Histara) - Au cœur d’un nouveau  Paris. Rue des Martyrs où il s’était installé en 1813, Géricault côtoyait artistes, soldats de l’Empire et apôtres d’un progrès venu d’Angleterre. Tandis qu’il travaillait au Radeau, son  ami de toujours, Brunet, achevait De l’importance du travail que Corréard, le rescapé de la Méduse, éditeur au Palais Royal, allait publier en même temps que les œuvres de Saint-Simon.
  • Geneviève di Rosa (Université Paris Diderot-Paris 7) - Réflexion autour des figures du désastre entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle. Nous proposons de montrer comment la thématique du désastre mise en œuvre dans le Radeau se nourrit d’une iconographie religieuse du XVIIIe siècle, qui peut être apparentée à un style janséniste selon les derniers travaux des historiens de l’art.
  • Itaï Kovacs (Université Paris-Sorbonne) - Le scandaleux Radeau de la Méduse au Salon de 1819. Tout concourait à faire de l’exposition du Radeau au Salon de 1819 un scandale. La représentation d’un naufrage qui avait tourné trois ans plus tôt en une affaire politique brûlante ne pouvait attirer à Géricault la faveur du pouvoir royal. Le scandale eut-il lieu ?
  • Lucie Lagardère (Université Paris Diderot-Paris 7) - Voir en grand : peindre et écrire l'histoire en romantique. Chez le peintre Théodore Géricault et l’écrivain Ugo Foscolo, le cadre néoclassique se fissure sous l'effet des désastres romantiques (politique, historique et intime). Cette brisure est ensuite réparée par le mouvement d'agrandissement de l'intime : le fait et le sentiment  particuliers accèdent enfin à la grandeur de l’histoire.
  • Claude Millet (Université Paris Diderot-Paris 7) - Le Radeau de la Méduse comme image symbolique de la société de la Restauration, rescapée d’une autre tempête, la Révolution : ce que dit Géricault de cette société.

Naufrages

(salle Dominique Ingres)

  • Marie-Laure Delaporte (Paris Ouest Nanterre La Défense, doctorante) The Raft de Bill Viola, pour une réinterprétation contemporaine du Radeau. Dans son œuvre vidéographique, The Raft, Bill Viola exploite le thème du radeau au service de la monstration et de l’expérimentation de son médium, dont l’usage spécifique permet d’ouvrir sur  « l’aquatique » de son œuvre, à la fois humaniste et technologique.
  • Clélia Nau (Université Paris Diderot-Paris 7) - Disappearance at sea. Figures du naufrage dans l’œuvre de Tacita Dean. À travers les trois films consacrés par l’artiste britannique Tacita Dean à l’étrange naufrage – physique et mental – du navigateur Donald Crowhurst, en 1969, dans sa course en solitaire autour du monde, nous verrons comment se trouve réinterrogé le drame de la désorientation, du dérèglement de tout repère spatio-temporel qu’impose l’océan.
  • Anastasia Painesi (Université Paris-Sorbonne) - Naufrage et Punition divine antique dans la Galerie de François Ier à Fontainebleau. Le naufrage du bateau d’Ajax de Locres est un thème de la Punition divine antique rarement représenté. Sa signification dans le cycle iconographique décorant la Galerie de François Ier à Fontainebleau a donc suscité nombre d’interrogations.
  • Elisabeth Vroemen (Paris Ouest Nanterre La Défense) Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault et La Mer de Glace de Caspar David Friedrich : deux tragédies dans le paysage. Si, selon David d’Angers, Friedrich a inventé la « tragédie du paysage », sa Mer de glace (1824) est aussi la représentation, comme l’œuvre de Géricault, d’une tragédie, s’inscrivant dans un paysage : les protagonistes donnent naissance à une même composition monumentale.

Corps et figures

(Salle Pierre Demargne)

  • Audrey Norcia (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, HiCSA, CIRHAC) - Une société en dérive ? Le Radeau de la Méduse comme allégorie du XXe siècle : nous monterons à bord d’un Radeau réactualisé par des cinéastes (Federico Fellini, Vittorio De Seta), et un photographe (Joel Peter Witkin) afin de voir comment ces artistes se sont approprié l’œuvre de Géricault pour l’ériger en allégorie prémonitoire du XXe siècle...
  • Pascale Ratovonony (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, HiCSA, CIRHAC) - L’esclave sans visage ou l’énigme de l’humanité dans le Radeau de la Méduse. Le lien entre la peinture de Géricault et les idées abolitionnistes n’est plus à démontrer, et Le Radeau de la Méduse accorde à des Africains le premier rôle dans une peinture d’histoire. Cependant, l’œuvre est tout entière construite pour diriger le regard vers des personnages aux visages cachés. Comment Géricault, par cette lacune de la figuration, réfléchit-il sur le symbole politique et métaphysique de l’esclave depuis Michel-Ange ?
  • Xavier Vert (École des hautes études en sciences sociales, CEHTA) - « D’abord, j’ai vu apparaître une figure. J’avais oublié. » Pourra-t-on jamais penser jusqu’au bout ce à quoi obligent ces deux phrases au souffle court par lesquelles Robert Antelme entame le récit d’une image commune entre toutes – son reflet dans un fragment de miroir – et cependant inouïe,  déjà rudimentaire et pourtant dépouillée par l’expérience concentrationnaire ?
  • Élodie Voillot (Institut national d’histoire de l’art, Université Paris Ouest Nanterre La Défense) - « Numérotez vos abattis ! » Le corps en morceaux chez Théodore Géricault. Des études d’anatomie aux fragments de cadavres, la thématique du corps en morceaux traverse l’œuvre de Théodore Géricault. Pour l’élaboration du Radeau de la Méduse, il multiplia les études de membres, de cadavres,… Entre répulsion et fascination, nous étudierons comment ces « fragments » s’inscrivent dans une tradition académique et une nouvelle forme de beauté non idéale. 

17h15-19h15 : Ateliers simultanés

Citations

(salle Giorgio Vasari)

  • Marion Alluchon (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, HiCSA, CIRHAC) - Culture du naufragé – figure du radeau dans l’œuvre Function unknown de Kristina Müntzing (2010). Inspirée du chef-d’œuvre de Théodore Géricault ainsi que d'autres radeaux naufragés, Kristina Müntzing réinterprète ce motif historique pour interroger la notion de culture et de civilisation. À presque deux siècles de distance, quels sont les liens possibles entre son œuvre et celle de Géricault ? Que nous apprend cette citation iconographique tant de l'art que de la société d'aujourd'hui ?
  • Sophie Delpeux et Philippe Dagen (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, HiCSA, CIRHAC) - Martin Kippenberger, le naufragé. À l'été 1996, Martin Kippenberger entame un ensemble qui comprendra 17 peintures, un grand tapis, deux groupes de dessins et une série de lithographies intitulée Das Floß der Medusa. L'artiste prête son visage et son anatomie à cette transposition du célèbre naufrage peint par Géricault – dont on ne sait s'il est un rescapé ou l'ultime victime.
  • Jérémie Koering (CNRS, Centre André Chastel) - Géricault cannibale. Il s’agit de questionner la relation entre le fait divers (les actes cannibales qui ont permis aux rescapés de la Méduse de survivre au naufrage) et les modalités de la figuration. Dévorant les maîtres du passé – démembrement, incorporation et citation constituant les étapes décisives de son processus créateur –, Géricault serait un cannibale, un iconophage.
  • Marine Schütz (Institut national d’histoire de l’art, Université de Provence Aix-Marseille) - Le Radeau de la Méduse vu à travers le prisme de la Tendance populaire surréaliste. Les citations du Radeau par Courmes et Trouille s’inscrivent dans une relation passé/présent spécifique, entre revival surréaliste et avant-garde. Aussi illustrent-elles la recherche spécifique de la Tendance populaire surréaliste d’une peinture populaire, via la figuration, l’image et le cas particulier citationnel qu’est la reprise du chef-d’œuvre.

Événement

(salle Walter Benjamin)

  • Giovanni Careri (École des hautes études en sciences sociales, CEHTA), Une génération perdue : le Déluge de Michel-Ange. Dans la chapelle Sixtine, le Déluge marque la fin d'une génération et le commencement d'une autre, ce qui permet d’avancer quelques hypothèses sur une conception de l'histoire scandée par des crises désastreuses et par des moments de régénération.
  • Pierre-Olivier Dittmar et Nathalie Le Luel (École des hautes études en sciences sociales, GAHOM) - L'animalité envahissante. Préfiguration et souvenir du désastre. Dans les années 1300, de nombreuses images mettent en scène une animalité envahissante, où le bétail s'ensauvage, envahit les villes, prend la place des hommes – entre présage de désastres à venir (Augustin) et souvenir d'une faute passée (la Chute).
  • Céline Flécheux (Université Paris Diderot-Paris 7) – L’énergie du désastre : Alors même qu’on peut être tenté de voir dans l’œuvre contemporaine de l’Américaine Nancy Rubins une illustration de la catastrophe, nous tenterons de montrer comment celle-ci parvient à échapper à la vision apocalyptique.
  • Anaël Marion (Université Paris Diderot-Paris 7) - La photographie contemporaine face au désastre du quotidien. Quelle postérité à la Scène de Naufrage chez Mohamed Bourouissa ? Nous tenterons de comprendre comment, à l'aide de la mise en scène, Mohamed Bourouissa nous plonge dans l'intime quotidien d'une vie dans la banlieue. Entre vérité et fiction, ses photographies nous touchent par leur capacité d'évocation, au plus proche de la réalité de notre époque.
  • Emmanuel Pernoud (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, HiCSA, CIRHAC) - Peindre l'histoire, peindre l'actualité. Le Radeau de la Méduse peint aux dimensions du tableau d'histoire un événement d'actualité relaté par la presse. À ce titre, il s'inscrit dans cette nouvelle civilisation du journal qui modifie la temporalité de l'œuvre, temps de sa création et de sa réception, temps inscrit dans l'image même qui se donne à voir. Nous retracerons quelques étapes de ces relations inédites entre la peinture et la presse, du Géricault du Radeau de la Méduse au Manet de l'Exécution de Maximilien.

Scènes (avec des lectures de Nicolas Vaude, comédien)

(salle Georges Perrot)

  • Christian Biet et Thierry Dufrêne (Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, CHAHR) - Le désastre mis en scène. Paris, Berlin, New-York : Qu’est-ce qu’un « lieu scénique pour un désastre » au théâtre et au cinéma ?
  • Cécile Bosc (Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, ARIAS) - Le Théâtre du Radeau ou le naufrage comme nécessité. Le Théâtre du Radeau, dont le nom n’est pas choisi par hasard, crée des spectacles qui semblent se situer dans une temporalité de l’après-naufrage, où le théâtre intervient à l’état de morceaux, de traces, et nécessite que le spectateur accepte de « faire naufrage ».
  • Marie-Pauline Martin (Institut national d’histoire de l’art, Centre allemand d’histoire de l’art) et Léonard Pouy (Institut national d’histoire de l’art, Université Paris-Sorbonne) - Revivre le drame en donnant vie au tableau : le Radeau de la Méduse de Géricault mis en scène à l’Ambigu-Comique (1839). En 1839, Charles Desnoyers présente, sur la scène de l’Ambigu-Comique, son nouveau drame Le Naufrage de la Méduse, dont l’argument et les décors de Charles Cambon ambitionnent la « reconstitution exacte et fidèle » du tableau de Géricault. La presse, unanime, s’exclame : « Voici l'œuvre d'un peintre comprise par des décorateurs de talent ; c’est une toile magnifique, l’honneur de nos beaux-arts, représentée ici sous une forme vivante... » (L’Artiste, 1839).
  • Justine Martini (Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, ARIAS) - Naufrages radiophoniques. Dès ses débuts, la fiction radiophonique s’empare du thème du naufrage et met en ondes des marins en perdition. Il s’agit pour les auteurs de créer un grand frisson et de faire voyager les auditeurs dans les mystères de la grande bleue. Nous proposons de mettre à l’écoute une reconstitution d’extraits de trois œuvres oubliées, mettant en scène des drames maritimes, Maremoto (1924) de Pierre Cusy et Gabriel Germinet, La Complainte de Fantômas (1933) de Robert Desnos et L’étoile des mers (1939) de Roger Richard.

Catégories

Lieux

  • 2, rue Vivienne (Institut national d'histoire de l'art)
    Paris, France

Dates

  • samedi 12 mars 2011

Mots-clés

  • Radeau de la Méduse, Géricault, INHA, Institut national d'histoire de l'art, figures du désastre, portes ouvertes

Contacts

  • Sarah Féron (Institut national d'histoire de l'art) ~
    courriel : sarah [dot] feron [at] inha [dot] fr

Source de l'information

  • Sarah Feron
    courriel : sarah [dot] feron [at] inha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Autour du Radeau de la Méduse de Géricault – Figures du désastre », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 28 février 2011, http://calenda.org/203514