AccueilNaturaliser l'esthétique

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Publié le lundi 07 mars 2011 par Karim Hammou

Résumé

Ce colloque se donne un triple objectif : rappeler un horizon généalogique souvent oublié ; examiner les enjeux épistémologiques sous-jacents et enquêter sur la place active de l'art, entre esthétique et cognition. Colloque organisé par le CEPERC (UMR 6059) du jeudi 17 mars 15h au samedi 19 mars 16h30. RFIEA - L'IMéRA est partenaire du colloque « Naturaliser l'esthétique ».

Annonce

Présentation

L’esthétique a longtemps été tenue pour une discipline normative fixant les canons du beau comme la logique avait la responsabilité du vrai ou l’éthique celle du bien, ce qui l’inscrit dans la descendance lointaine de la poétique. Pourtant, dès le XVIIIe siècle, au moment où elle s’est constituée en tant que discipline philosophique à part entière, l’esthétique a été conçue à partir de l’expérience personnelle de la réception des œuvres, en accord avec une notion générale de la nature humaine, ce qui ouvrait en fait la voie à une appropriation de plus en plus subjectiviste et individualiste. Pour beaucoup de nos contemporains, le domaine de l’esthétique est par excellence celui des préférences, des penchants, voire des caprices. Cette attitude a probablement été renforcée par l’impact des avant-gardes qui favorisait une attitude de provocation de la part des artistes et une invitation à la gratuité du côté du public, et plus encore par le développement des formes d’« art de masse » qui ont eu tendance à privilégier des réponses immédiates, émotives et affectives. Aujourd’hui, le développement des sciences psychologiques et cognitives et le contexte d’ensemble de la pensée philosophique incitent à réexaminer les principes qui sont à la base du fonctionnement de l’esthétique et à faire le point sur les transformations de son statut. La réflexion sur la naturalisation s’inscrit en fait dans un mouvement profond de la pensée qui a pris naissance en épistémologie avec Quine avant de se propager dans les autres domaines. Dans le champ esthétique, il a eu pour conséquence d’induire un changement de paradigme, la philosophie du langage étant relayée par la philosophie de l’esprit. Les méthodes sémiotiques et symboliques cèdent ainsi progressivement le pas devant l’analyse de la perception et des mécanismes qui interviennent dans l’appréhension sensible et l’interprétation. Il s’en dégage un nouveau paysage théorique qui est tout à la fois un héritage et un programme pour le problématiser sur de nouvelles bases. En retour, celui-ci contribue à faire redécouvrir des aspects sous-estimés voire refoulés de la tradition esthétique qui ne prennent qu’aujourd’hui leur pleine portée. La question de la naturalisation est un thème central qui se présente aujourd’hui comme un point de repère important. Elle n’est parfois que le constat de nouvelles orientations qui ont émergé au cours des décennies récentes et d’autres fois elle peut être appréhendée comme un mot d’ordre militant. C’est que l’idée de naturalisation recouvre en fait des options diverses qui diffèrent par leur projet, leur niveau opératoire, leur vocabulaire et leurs implications esthétiques. L’objet du colloque n’est pas de plaider en faveur de la naturalisation ou d’en instruire le procès ; il veut contribuer à une enquête relative aux enjeux et aux tensions entre ces diverses formes de naturalisation.

Le colloque se donne un triple objectif :

1. rappeler un horizon généalogique souvent oublié

De nombreux auteurs classiques – de Descartes à Taine – ont initié des analyses dans lesquelles l’esthétique comporte une dimension naturelle fondamentale, que ce soit par le biais du milieu, des régularités propres à la nature humaine ou des régimes d’affects qui conditionnent son expression. Il n’est pas inutile de porter un regard rétrospectif sur l’ambition scientifique qui fut la leur pour l’esthétique, afin d’y lire les prémisses de développements à venir et des occasions de nuancer nombre de thèses contemporaines.

2. examiner les enjeux épistémologiques sous-jacents

Le programme de naturalisation de l’intentionnalité développé dans le cadre des sciences cognitives ne peut rester sans effet sur le domaine esthétique. De nombreuses analyses y trouvent une contrepartie locale mais le simple fait de les replacer dans un nouveau contexte global agit sur les formes de questionnement esthétique, en fonction du niveau considéré, des processus concernés (attention, créativité, etc.) ou de l’interprétation des résultats. Les recherches récentes fournissent au moins une triple contribution :

  • approche neuro-esthétique : quels aspects du comportement esthétique et de la création artistique peuvent être abordés fructueusement par ce biais ? S’agit-il de décrire des corrélations fonctionnelles ou de modéliser des conduites ? Dans quelle mesure est-on victime d’un point de vue réductionniste ou sait-on y résister ?
  • perspective évolutionniste qui entend rendre compte des phénomènes esthétiques en tant qu’émergence de dispositions, de capacités progressivement acquises et résultant d’une sélection de type darwinien. Le goût de nos contemporains a-t-il ses sources dans les savanes du Pléistocène ? L’art résulte-t-il d’un processus d’exaptation ?
  • analyses qui empruntent à la philosophie de l’esprit, dans ses multiples orientations, et en reflètent les modes de conceptualisation et les débats. Jusqu’où les concepts psychologiques ou représentationnels font-ils avancer l’examen de notions comme le beau et valident-ils l’existence d’une expérience spécifiquement esthétique ? Qu’en expliquent-ils ? Quelle est la part des routines et de l’initiative consciente ?

3. enquêter sur la place active de l’art, entre esthétique et cognition

Quel rôle l’art joue-t-il dans ces configurations de savoir ? Derrière un habillage linguistique inédit, peut-on parler d’un véritable « tournant cognitif » qui jouerait sur une double dimension : ce qui fait d’une œuvre un objet cognitif original, tout à la fois différent et apparenté à d’autres ; et ce qui fait de son support (image, texte, mélodie) un mode original de cognition ? Quelle identité de l’esthétique découle de l’interaction entre connaissances scientifiques et création artistique ?

La liste des participants reflète la volonté de situer le colloque à l’interface entre programmes scientifiques, enquêtes philosophiques et expérimentations artistiques. L’esthétique pourrait-elle redevenir selon l’espoir de Diderot un foyer philosophique actif ?

Claudine Cohen (EHESS), Edmond Couchot (Paris 8), Jérôme Dokic (IJN / EHESS), Maurizio Ferraris (Torino), Dominique Lestel (ENS), Jerrold Levinson (University of Maryland et Katholieke Universiteit, Leuven), Jacqueline Lichtenstein (Paris 4), Roger Pouivet (Nancy et Archives Poincaré), Daniel Rakovsky (Paris 4), Jean-Marie Schaeffer (CRAL / EHESS), Bruno Trentini (Paris 1), Peter Weibel (ZKM Karlsruhe)

Sacha Bourgeois-Gironde, Pierre Livet, Jean-Maurice Monnoyer et Jacques Morizot (pour le département de philosophie de l’Un. de Provence)

Organisation du colloque : CEPERC (UMR 6059) Jacques Morizot Jacques.Morizot@univ-provence.fr avec la coopération de l’Institut méditerranéen de recherches avancées de Marseille Chargé de mission arts-sciences à l’IMéRA : Roger Malina roger.malina@oamp.fr

Programme du colloque

Jeudi 17 mars

15h : allocation du président (sous réserves) et allocation de Roger Malina (Iméra)

Jacqueline Lichtenstein (Université Paris 4) :Esthétique scientifique et science de l’art de Taine à Victor Basch : une autre histoire de la philosophie esthétique

Claudine Cohen (EHESS) : L’art dans la nature et la nature de l’art : l’art préhistorique et son environnement

Jacques Morizot (Aix CEPERC) : L’art est-il un produit de l’exaptation ?

19h : Buffet à L’Escholier

Vendredi 18 mars

9h : Jean-Marie Schaeffer (CRAL et EHESS) : Esthétique naturalisée ou esthétique empirique ?

Roger Pouivet (Nancy 2 Archives Poincaré) : Le naturaliste peut-il croire qu’Aix est une belle ville ?

Jérôme Dokic (EHESS) : Qui a peur de l’esthétique cognitive ?

Maurizio Ferraris (Torino) : Esthétique comme physique naïve

13h : Déjeuner à Europia

14h 30 : Jerrold Levinson (University of Maryland et Katholieke Universiteit, Leuven) : Quelques réflexions sur la psychologie cognitive de la musique

Sacha Bourgeois-Gironde (Aix CEPERC) : Neurocriticism and the Boundaries of Selves

Pierre Livet (Aix CEPERC) : Dynamismes artistiques et émotions esthétiques

Dominique Lestel (ENS) : Les animaux ont-ils des activités artistiques ?

20h Dîner à L’Orangerie

Samedi 19 mars

10h : Peter Weibel (ZKM Karlsruhe) : From Synesthesia to Sensory Substitution

Bruno Trentini (Université Paris 1) : Naturaliser l’immersion dans l’image

Edmond Couchot (Université Paris 8) : Les sciences de la cognition : outils de création artistique et de réflexion esthétique

13h : Déjeuner à L’Escholier

14h 30 : Daniel Rakovsky (Université Paris 4) : La distinction entre la gauche et la droite du visage dans le portrait de la Renaissance : quelle pertinence pour l’approche neuropsychologique ?

Jean-Maurice Monnoyer (Aix IHP) : Le regard du spectateur invisible dans l’objet social : la question posée par le portrait de groupe

Fin du colloque : 16h 30

Lieux

  • 29 avenue Robert-Schuman (Université de Provence, site Schuman, salle des Professeurs)
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • jeudi 17 mars 2011
  • vendredi 18 mars 2011
  • samedi 19 mars 2011

Mots-clés

  • RFIEA, IMéRA, esthétique

Contacts

  • Jacques Morizot
    courriel : Jacques [dot] Morizot [at] univ-provence [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Julien Ténédos
    courriel : julien [dot] tenedos [at] rfiea [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Naturaliser l'esthétique », Colloque, Calenda, Publié le lundi 07 mars 2011, http://calenda.org/203621