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La mémoire dans la pratique sociologique

Memory Studies in sociology

Atelier de jeunes chercheurs

Junior Sociologists Workshop

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Publié le lundi 07 mars 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Cet atelier invite les jeunes chercheurs à questionner l'apport heuristique du concept de mémoire dans les recherches sociologiques et à présenter son usage dans divers terrains. Il soulèvera nombre de grands domaines de la sociologie contemporaine à même d’invoquer le concept analytique de mémoire, notamment les mouvements sociaux, la culture visuelle, les migrations et les phénomènes religieux. Il est aussi ouvert à des réflexions sur l'articulation de la mémoire et du Sujet, de la mémoire en tant que source de lien social, vulnérabilité ou encore force créatrice de l’acteur social.

Annonce

Atelier de jeunes chercheurs : « La mémoire dans la pratique sociologique » (Octobre 2011 - EHESS / CADIS)

Présentation

Depuis une trentaine d’années, on assiste à l’essor de la notion de mémoire dans l’espace public, les usages communs et la sphère médiatique autour d’enjeux souvent politiques et juridiques. Comme le remarque Marie-Claire Lavabre, cette effervescence de questions de mémoire collective a été influencée par des préoccupations principalement historiennes qui coïncident avec la parution des Lieux de mémoire de Pierre Nora. Et si nous devons l’introduction de cette notion dans les sciences sociales à un sociologue, Maurice Halbwachs, cette résurgence récente manque encore d’ancrage sociologique, en même temps qu’elle mériterait d’être élargie à une multitude de nouveaux questionnements scientifiques.

On voudrait ici partir d’un certain nombre de grandes problématiques de la sociologie contemporaine à même d’invoquer le concept analytique de mémoire pour le développer de manière innovante. Parmi ces thématiques, nous souhaitons privilégier les mouvements sociaux, la culture visuelle, les migrations et les phénomènes religieux. Cependant, les sessions prévues n’excluent pas des propositions qui pourraient se regrouper dans la session finale consacrée à la réflexion autour de la mémoire et du Sujet, de la mémoire en tant que source de lien social, vulnérabilité ou encore force créatrice de l’acteur social.

A l’intérieur ou au carrefour de ces thématiques, des jeunes chercheurs – doctorants ou post-doctorants - sont invités à travailler les enjeux, le sens et la place de la « mémoire », ce à partir de leur objet de recherche et leur terrain respectif. Les points de vue adoptés pourront de préférence s’enraciner dans la subjectivité des acteurs et en appeler à une démarche sensible aux interférences entre la mémoire individuelle et collective, bien que d’autres approches plus classiques soient aussi les bienvenues.

Cet atelier aura pour objectif de réunir des doctorants et des post-doctorants qui échangeront sur la portée heuristique du concept de mémoire dans la pratique sociologique quel que soit leur terrain. Nous encourageons donc une participation internationale qui puisse apporter une grande diversité dans les objets d’étude et quelques convergences épistémologiques et méthodologiques. En outre, les actes de cet atelier seront publiés grâce à l’accueil de la « peer-reviewed » revue en ligne New Cultural Frontiers, fondée par les jeunes chercheurs issus du CADIS. (http://www.newculturalfrontiers.org/)

Sessions Thématiques

1. Mémoire et mouvements sociaux :

Dans quelle mesure le concept de "mémoire" peut-il nous aider à analyser l'action collective ? Les mouvements sociaux, avec leurs projets pour façonner l'avenir, sont aussi porteurs d'une certaine perception de l'Histoire. Les mobilisations que l’on qualifie de « mémorielles » font aujourd’hui partie de la nébuleuse de mouvements culturels. Elles sont certes souvent liées à des revendications de reconnaissance, de justice ainsi qu'au souvenir des catastrophes ou à la lutte contre l'oubli collectif. Alors, les enjeux eux-mêmes sont mémoriels, par exemple, de l'ordre du "devoir de mémoire" ou de la construction des "mémoriaux". En quoi et comment les mouvements sociaux discutent-ils l’orientation de la mémoire collective ?

En outre, les enjeux de certaines mobilisations ne sont pas directement « mémoriels » mais l’action collective se décline autour d’une mémoire commune des luttes. L'attention portée à la subjectivité des acteurs pourrait nous conduire vers la compréhension de ces enjeux non mémoriels et la transfiguration des représentations sociales du passé chez les activistes mais aussi dans l’espace public. Les études sur les parcours de militantisme, la résurgence ou la permanence des figures héroïques, l’impact de la réévaluation du militantisme passé sur les représentations et les modalités de mobilisations, sont autant d’entrées intéressantes pour cette thématique.

2. Mémoire et phénomènes religieux :

La montée en puissance de la foi et des mouvements religieux marque notre époque. Il ne s'agit pas d'un retour à la tradition ou du réenchantement du monde, mais du déploiement de pratiques modernes et de leur transfiguration par les acteurs. Celles-ci sont adaptées à leur contexte social dans une dynamique de globalisation. Dans cette optique, les communications traiteront de la mémoire des pratiques anciennes et des rapports ambigus que la piété entretient avec la tradition, la modernité et la globalisation.

Comment les acteurs religieux, pieux ou militants conçoivent-ils leur rapport au passé, à l'avenir voire à la postérité ? Nous proposons d’envisager les nouveaux phénomènes religieux (de la simple piété et de ses nouvelles manifestations dans l’espace public, jusqu’aux sectes, communautés, mouvements religieux voire au terrorisme se revendiquant de la religion) à la lumière du concept de mémoire et de nous interroger sur sa portée heuristique dans ce domaine, en adoptant un point de vue dynamique, attentif aux transformations du religieux. Les communications peuvent aussi soulever des questionnements plus classiques autour des caractéristiques d’une « mémoire religieuse » par rapport à une « mémoire historique ». De même qu'on peut discuter la nature proprement mémorielle de la transmission de la foi, et plus généralement de l’agir religieux.

3. Mémoire, migrations et diasporas :

En s’intéressant aux migrants en transit, installés, de première ou seconde génération, que ces derniers disposent d’une forte ou moindre conscience d’appartenir à une communauté diasporique, on s’efforcera de saisir les fluctuants rapports existentiels qui peuvent se présenter dans la continuité ou la rupture avec le pays d’origine.

On peut également interroger la consistance et la fonction des souvenirs dans ce rapport : en quoi cette relation à "l'origine" ou aux « trajectoires » permet aux individus de se situer, de créer de nouvelles pratiques quotidiennes et de quelle manière elle contribue à la formulation de leurs aspirations ? Pouvons-nous trouver dans l’action individuelle ou communautaire la marque d’une mémoire constamment reformulée, qu’il s’agisse da la pratique de la langue, des habitudes culinaires ou bien à une autre échelle, de revendications identitaires et culturelles. Quelles sont les modalités de transmission et/ou de l’oubli dans la construction des trajectoires migratoires ?

4. Mémoire, culture visuelle et ses controverses :

La mémoire peut se transmettre par la parole, mais aussi par l'image. Comment les études sur la culture visuelle peuvent-elles donc tirer bénéfice d'une réflexion sur le concept de mémoire? Quelles sont les multiples dimensions de la mise en circulation et de la réception des images dans lesquelles la notion de mémoire entre en jeu ?

Un entrelacement des relations au passé, implicites ou non, est inhérent à la production d’images, mais celui-ci nourrit aussi le processus de leur interprétation. L’art, la publicité, le cinéma, tout comme la pornographie ou certains mèmes internet (comme les Lolcats), puisent dans des répertoires préexistants qu’ils transforment et subvertissent sans cesse mais qu’ils font également ressurgir au moment de leur lecture. Des images "paradoxales" peuvent notamment contredire une tradition iconographique précédente ou admettre des interprétations incompatibles, et ainsi synthétiser, ou pourquoi pas produire, des conflits culturels. Car l’efficacité des images, cette possibilité de provoquer un effet dans les spectateurs, comme le rire, le plaisir, mais aussi le scandale ou le dégoût, contribue, tout autant que les représentations elles-mêmes, à la construction de mémoire/s.

Entre continuité culturelle et rupture, des représentations artistiques ou d'ordre médiaculturel pourront être considérées sous l'angle de leur espace social de production comme celui des réactions qu'elles ont provoquées. On pourra s’interroger également sur les mécanismes qui sous-tendent l’intelligibilité de ces représentations ainsi que sur la place qu’elles occupent dans la transformation de la mémoire collective.

5. De l’individuel au collectif : Mémoire et Sujet

Cette session s’adresse à des travaux théoriques ou empiriques qui ne sont pas nécessairement liés aux thématiques ci-dessus mais qui présentent une pertinence pour l’usage analytique du concept de mémoire. Car, ces thématiques ne s’excluent pas dans la réalité des faits sociaux, et nous ne pouvons prétendre restreindre l’usage sociologique de la mémoire à ces domaines de recherche. Le CADIS, ayant toujours priviligié l’acteur et sa subjectivité face aux déterminismes et au système, invite donc les participants à proposer des communications traitant de la question du Sujet et de la liberté de l’acteur, créateur de soi. Cette session pourrait donc inclure des travaux qui insistent sur la puissance de la mémoire comme source de lien social, la mémoire en tant que force de subjectivation ou a contrario, la mémoire comme vulnérabilité. Qu'il s'agisse de groupes victimes de discrimination, de violences, de marginalisation, ou encore de personnes confrontées aux maladies (comme le cancer, le SIDA ou d’autres affections qui causent la rupture des liens sociaux), ou encore le troisième âge, tous ces phénomènes, loin d’être individuels, peuvent être étudiés avec un regard sociologique. Ils invoquent une attention particulière au « corps » du sujet, sa différence et sa déviance de la norme, sa destruction volontaire ou involontaire, sa reconstruction et son intégration dans le « corps social ».

La fragilité du sujet, que l’on pourrait appeler « sujet vulnérable » d’après l’expression de P. Bataille, fait donc appel à la notion de mémoire qui n’est pas uniquement un lien avec le passé individuel et familial mais aussi un lien avec le social voire, la clé de la projection d’avenir et de vivre-ensemble.

Par ailleurs, une telle session est également idéale pour approfondir des questionnements méthodologiques autour de la « mémoire autobiographique », à savoir les modes de sélection des souvenirs dans la construction des récits de soi qui peuvent aussi déboucher vers la construction de Sujets et d’acteurs collectifs.

Organisation scientifique

Inauguré par une table ronde de chercheurs confirmés, l’atelier prendra la forme d’une journée et demie d’interventions et de commentaires, suivis de débats, et d’un après-midi entier de travaux de groupes. La veille de la table-ronde inaugurale, nous vous proposerons une séance de projection-collage élaborée à partir d’extraits de films de fiction ou des documentaire sur le thème de la mémoire. Nous aurons le bonheur d’ouvrir cette projection par le présentation du film Memory after Belsen, par son producteur exécutif, Henri Lustiger-Thaler. (http://borninbelsen.com/)

Nous proposons une nouvelle formule pour le déroulement d'un véritable atelier de réflexion autour de la question de la mémoire en sciences sociales. Tous les jeunes chercheurs qui participent à ces deux journées d'études s'engagent à nous faire parvenir le texte final de leur intervention en Juillet 2011 et à préparer le commentaire d'un autre texte.Tous les textes seront consultables en ligne par tous les participants à partir de Juillet.Les participants seront invités à consulter les textes des futurs intervenants mis en ligne dans l'espace collaboratif en prévision des ateliers de travail.

La règle du jeu : 15 min de présentation de la part de l'intervenant ; 10 min. de commentaires du discutant. Les interventions doivent transmettre les enjeux principaux de la communication sans être une lecture stricte du papier préalablement écrit.Chacun des participants commentera l'une des interventions. Chacun est donc à la fois auteur et commentateur. L'atelier qui suit les sessions de commentaire et de discussion a pour objectif d'approfondir les débats qui auront eu lieu et de faire le lien entre les différentes interventions. Chaque groupe se focalise sur une session thématique en particulier qu'il pourra à loisir alimenter des apports des autres interventions, discussions et conférences.3 groupes de 4 personnes travailleront pendant 4h pour se focaliser sur les questions épistémologiques et méthodologiques communes à tous les terrains étudiés. A la fin des deux journées, chacun des groupes présentera pendant le temps qu'il leur sera nécessaire (estimé entre 15 et 30 minutes) ses réflexions et ses conclusions.

Nous comptons sur la participation active et l’engagement de chacun, notamment pendant la préparation de l’atelier qui s’effectuera en ligne par la mise en commun des contributions dans un espace de travail numérique, hébergé par l’EHESS.

Le CADIS et l’EHESS contribueront aux frais de transport à hauteur d’un certain montant. L’équipe d’organisation prend également en charge les déjeuners pendant les journées de travail.

Envoi des candidatures

memoireJC@gmail.com

avant le 15 avril 2011

Déroulement prévisionnel de l'atelier

  • Soirée-projection d’inauguration :
  • 18h00 : accueil des participants
  • 18h30 : présentation par Henri Lustiger-Thaler : « Memory after Belsen » et un extrait du documentaire
  • 19h00 : film-collage sur la mémoire, par Ali Tirali, doctorant en histoire à l’EHESS
  • 1ère journée :
  • 9h00 : Discours inaugural de Michel Wieviorka
  • 9h15 : Table ronde
  • Débat sur les usages sociologiques de la mémoire et perspectives
  • Conférenciers invités :
  • Ferhat Kentel, Professeur en sociologie à Istanbul Sehir University
  • Marie-Claire Lavabre, Directrice de recherches au CNRS et à l’Université Paris X Nanterre
  • Henri Lustiger-Thaler, Professeur en sociologie au Ramapo College of New Jersey
  • Alexandra Oeser, Maître de conférence à l’Université Paris X Nanterre
  • Carlo Severi, Directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS, chaire Anthropologie de la mémoire
  • 11h45 : pause
  • 12h00 : Première session : présentation de 3 interventions
  • Pour chaque communication : 15 min. pour l'intervenant et 10 min. pour le discutant
  • 13h30 : pause déjeuner
  • 14h30 : présentation de 3 interventions
  • 16h00 : pause
  • 16h30 : présentation de 3 interventions
  • 18h00 : dîner
  • 2ème journée :
  • 9h30 : présentation de 3 interventions
  • 11h00 : pause
  • 11h30 : présentation de 3 interventions
  • 13h00 : déjeuner
  • 14h30 : Ateliers
  • 17h00 : Présentation des commentaires des équipes (30 min pour chaque groupe)
  • 18h30 : Discours de clôture par Philippe Bataille, directeur du CADIS

Coordination, organisation

  • Ilan Lew ilanlew@gmail.com
  • Marina Repezza marina.repezza@gmail.com
  • Deniz Günce Demirhisar denizgunce@gmail.com

Doctorants du CADIS

Conseil Scientifique

Philippe Bataille et Michel Wieviorka, directeurs d’étude à l’EHESS

Calendrier

  • L'atelier aura lieu fin octobre 2011 à l'EHESS
  • Diffusion de l'appel à communication : décembre 2010
  • Réponse d'intention avec résumé de 300 mots avant le 15 avril 2011
  • Version intermédiaire, état d’avancement de la communication, avant le 30 mai 2011
  • Version définitive, fin juillet 2011
  • Edition du livret, Août/Septembre 2011
  • Publication en ligne dans New Cultural Frontiers dans le courant de l’année 2012

Les candidats sont enjoints à rendre leur réponse d’intention et un résumé de leur communication (350 mots max.) avant le 15 avril 2011. Les candidats sélectionnés seront informés par courrier électronique et devront confirmer leur participation au plus tard fin mai.

 

Catégories

Lieux

  • 105 Bd Raspail (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales)
    Paris, France

Dates

  • vendredi 15 avril 2011

Fichiers attachés

Mots-clés

  • mémoire collective, mouvements sociaux, culture visuelle, phénomènes religieux, migrations, corps

Contacts

  • Deniz Günce Demirhisar
    courriel : denizgunce [at] gmail [dot] com
  • Ilan Lew
    courriel : ilanlew [at] gmail [dot] com
  • Marina Repezza
    courriel : marina [dot] repezza [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Deniz Günce Demirhisar
    courriel : denizgunce [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La mémoire dans la pratique sociologique », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 07 mars 2011, http://calenda.org/203635