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La police russe en procès

Russian police on Trial

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Publié le mercredi 09 mars 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette journée d'étude, organisée dans le cadre du projet Comprendre les violences en Russie : guerres, système politique, trajectoires sociales réunit des chercheurs et experts russes des questions policières et des chercheurs spécialistes de la question en France pour confronter les approches et les problématiques en matière de sociologie de l'insitution policière et particulièrement des questions de violences policières. La question de la réforme en cours de la police russe sera traitée de même que les mobilisations de la société civile.

Annonce

Organisée par

  •  le CERI (Sciences po / CNRS) et
  • le CERCEC (EHESS/CNRS)

La police russe en procès ? 25 mars 2011 9h00 – 18h30, CERI – Salle de conférence 56 rue Jacob 75006 Paris

Lien internet : http://russiaviolence.hypotheses.org/1335

Présentation

Le « problème policier » est de nouveau à l’ordre du jour en Russie. Depuis 2009, il est revenu sur le devant de la scène à la faveur de faits divers ou scandales publics témoignant des abus et violences commises par les forces de l’ordre. La dénonciation de ces phénomènes nourrit un projet de réforme en profondeur de la police et du ministère de l’Intérieur.

Le phénomène n’est certes pas nouveau : le « problème policier » est un enjeu récurrent dans les affrontements politiques et sur la scène médiatique depuis la fin de l’Union Soviétique, de manière plus ou moins intense selon les périodes. La police était déjà vivement critiquée sous Andropov, puis durant la perestroïka et les années 1990, notamment pour sa corruption endémique, l’opacité de son fonctionnement et ses décisions arbitraires frappant les citoyens. Les multiples réformes de la police qui ont vu le jour durant cette décennie ont placé l’accent sur la réorganisation des services du ministère de l’Intérieur, une institution jugée particulièrement fermée et résistante aux évolutions, suscitant de manière récurrente la défiance du pouvoir autant que des citoyens..

Des travaux ont été consacrés au fonctionnement de l’organisation policière soviétique (Favarel-Garrigues, Shelley), à son évolution durant la perestroïka (Galeotti), à la démultiplication des missions et des acteurs du policing dans les années 1990 (Favarel-Garrigues et Le Huérou) et au développement des activités lucratives extra-professionnelles dans le cadre de l’exercice des fonctions policières (Kosals et Ryvkina). Quelques recherches plus microsociologiques s’intéressent aux interactions entre la police et des groupes sociaux particuliers (Gladarev, Novikova).

Au-delà de la littérature sociologique, un grand nombre de sources (média, ONG, témoignages utilisant de plus en plus souvent Internet comme moyen d’expression et de diffusion…) nous informent sur la violence que déploie la police russe depuis vingt ans, tant dans l’exercice des missions de sécurité publique que de police judiciaire et de maintien de l’ordre.

Mais l’abondance des informations sur les faits de violence se traduit rarement par une compréhension fine du phénomène et la police russe demeure largement sous étudiée, notamment dans une perspective de sociologie professionnelle. Certaines directions appelleraient utilement la comparaison avec d’autres terrains : en quoi consiste la socialisation professionnelle des agents ? Comment se déroulent la formation et les carrières policières ? Quels sont les facteurs professionnels qui pèsent sur les relations entre la police et les citoyens et peuvent influer sur les différentes formes de violence ?

D’autres éléments, plus spécifiques à la situation russe, méritent sans doute une analyse plus approfondie même si certains travaux ont déjà livré des premiers résultats :

  • Le conflit armé en Tchétchénie a contribué à diffuser la violence policière, dans la mesure où ont été massivement envoyées sur le terrain les troupes militarisées (vnutrennye voiska) du ministère de l’Intérieur mais aussi de très nombreux policiers d’autres départements de la police qui ont accompli des fonctions de maintien de l’ordre dans un contexte de violence de guerre (Demos Novikova/Le Huerou et Sieca ; Gladarev).
  • Le problème policier tel qu’il émerge régulièrement sur la scène publique et alimente les débats et affrontements politiques autour de la réforme de l’institution. Les débats en cours en Russie depuis 2009 sur la réforme de la police doivent faire l’objet d’une attention particulière. Il convient en particulier d’analyser l’unanimisme des dénonciations, , de même que les formes prises par celles-ci, qu’elles émanent des victimes d’abus ou de l’intérieur des forces de police. Si, sur le fond, la critique ne change guère, les acteurs (le gouvernement, les ONG, les policiers dénonciateurs, les mobilisations citoyennes…) et les modalités d’action (de la mise en cause publique à l’action directe) se renouvellent considérablement, tant dans les moyens utilisés (recours croissant à la blogosphère) que dans les ressources qu’elles constituent pour des acteurs poursuivant des buts très divers. L’objectif de cette journée d’étude est de répondre à certaines de ces interrogations en présentant des recherches récentes, inscrites dans une perspective sociologique, sur les violences policières et la réforme en cours. La présence de discutants spécialistes du terrain français doit permettre de dégager des lignes de comparaison qui alimenteront une réflexion tant sur la compréhension des phénomènes de violence dans l’institution policière russe que sur la sociologie policière en général.

Gilles Favarel-Garrigues, CNRS (CERI) et Anne Le Huérou (CERCEC) – http://russiaviolence.hypotheses.org

Programme

Introduction : Gilles Favarel-Garrigues, CNRS/Sciences Po-CERI et Anne Le Huérou, CERCEC (EHESS-CNRS)

A propos de la violence policière en Russie
Iakov Gilinski, Russian State University of Education, Saint-Pétersbourg

Les interactions entre la police et les travailleurs migrants à Saint-Pétersbourg
Boris Gladarev, Centre for Independent Social Research, Saint-Pétersbourg

L'expérience des ONG russes dans la protection des victimes de la violence policière : succès, difficultés, perspectives
Natalia Taubina, Public Verdict Foundation, Moscow

Projection commentée. La police en négociation (extrait de film sur le maintien de l'ordre lors de la manifestation nationaliste du 11 décembre 2010)

Discutant : Fabien Jobard, CNRS, CESDIP

14H30 - 18H30

Le management de la police : pratiques d'évaluation et de contrôle des agents
Asmik Novikova, Public Verdict Foundation, Moscow

The Cadres Problem and Low Professionalism in Russian Law Enforcement
Brian Taylor, Syracuse University

The Policy and Enforcement of Economic Crime in Russia: Open and Latent Struggles
Vadim Volkov, Institute for the Rule of Law, European University at Saint Petersburg

Discutant : Laurent Bonelli, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense

Table ronde : Mise en perspective des recherches françaises et russes sur la police (constitution des savoirs et définition de problématiques communes). Discussion introduite par Manuel Boucher (Laboratoire d'Etude et de Recherches Sociales, IRTS, Rouen) avec la participation des intervenants.

LES INTERVENANTS

Laurent Bonelli est maître de conférences à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense. Il travaille sur la police et les politiques de sécurité. Il a notamment publié : La France a peur. Une histoire sociale de l’« insécurité ». Paris, La découverte, 2008 (http://www.liens-socio.org/La-France-a-peur-Une-histoire,3477) et assuré la direction de plusieurs ouvrages collectifs, dont récemment Au nom du 11 septembre… Les démocraties à l’épreuve de l’antiterrorisme, Paris, La découverte, 2008 et, avec W. Pelletier, L’Etat démantelé, Paris, La découverte, 2010.

Manuel Boucher est directeur scientifique du Laboratoire d’Etude et de Recherche Sociales (LERS) de l’Institut du Développement Social de Haute-Normandie, membre associé du Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques (CADIS – EHESS, UMR 8039). Ses travaux portent aujourd’hui sur les questions de l’ethnicité, des discriminations ethniques, des turbulences et de leur régulation dans les quartiers populaires. Notamment auteur de : Turbulences. Comprendre les désordres urbains et leur régulation, Paris, éd. Téraèdre, 2010, Les internés du ghetto. Ethnographie des confrontations violentes dans une cité impopulaire, coll. « Recherche et transformation sociale », éd. L’Harmattan, 2010.

Iakov Gilinski est professeur de criminologie à l’Université pédagogique d’Etat Hertzen, Saint-Pétersbourg, ainsi qu’à l’Institut juridique de l’Académie de la Procurature générale de Russie. Il est l’auteur depuis les années 1970 de nombreux travaux sur les phénomènes de déviance, sur le crime organisé et sur les politiques mises en œuvre pour combattre la délinquance en Russie. Ses travaux et contributions au débat public figurent dans les sites Internet et blogs suivants : http://deviantology.spb.ru; http://www.online812.ru/gilinsky, http://crimpravo.ru

Boris Gladarev est sociologue au centre de recherche sociale indépendante de Saint-Petersbourg. Après avoir notamment publié des travaux sur les pratiques sociales des jeunes et sur les modes de consommation, Il a participé à une recherche collective sur les relations entre la police et les « minorités ethniques » qui  vient de paraitre : Воронков В., Гладарев Б., Максимова О., Мейлахс П., Сагитова Л., Ходжаева Е., Цинман Ж. Милиционеры и этнические меньшинства: практики взаимодействия в Казани и Санкт-Петербурге, 2006-2008 гг. СПб.: Алетейя, 2010. Un premier article était paru en 2010 : Гладарев Б., Цинман Ж. Милиционеры и гастарбайтеры: уличные практики перераспределения ресурсов // Социологический журнал, 2010, 1, С. 37-63. Boris Gladarev s’apprête également à publier un manuel de sociologie policière en russe. Plusieurs de ses travaux en russe peuvent être consultés à l’adresse : http://www.cisr.ru/files/cv/files/Gladarev.html

Fabien Jobard est sociologue au CNRS. Il dirige le Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). Il a travaillé sur l’usage de la force dans la police (voir Bavures policières ? La force publique et ses usages, 2002, Paris, La Découverte, et Les violences policières. État des recherches dans les pays anglo-saxons, 1999, Paris, l’Harmattan, Ses recherches récentes ont porté sur la discrimination raciale dans les pratiques policières et judiciaires, ainsi que sur les émeutes et leur gestion gouvernementale (cf., avec Dave Waddington et Mike King, Rioting in the UK and France, 2001-2008 : A comparative analysis, 2009, Cullompton, Willan.).

Asmik Novikova est sociologue. Elle travaille principalement pour des organisations de défense des droits de l’homme, telles que Demos ou la Fondation « Verdict public », à laquelle elle est aujourd’hui rattachée. Elle est spécialisée dans l’analyse des pratiques de la police russe et des politiques mises en œuvre pour réformer cette institution. Elle est l’auteur de nombreux travaux et rapports sur ces sujets. Pour une présentation en russe de ses recherches récentes, voir : http://www.polit.ru/research/2010/11/26/novikova.html

Natalia Taubina travaille dans des organisations de défense de droits de l’homme depuis 1992. Après avoir dirigé la fondation « Pour la société civile » en 1997, elle a fondé en 2004 une nouvelle fondation, « Verdict public », qui observe l’activité des services répressifs russes, propose une aide juridique aux victimes d’abus policiers et prend des positions publiques. Elle est l’auteur de nombreuses publications, notamment sur les possibilités pour les citoyens et les organisations de la société civile de contrôler l’activité policière. Pour une présentation en anglais des activités de l’association Public Verdict, voir : http://eng.publicverdict.ru/topics/about_us/about_us.html

Brian Taylor est professeur de science politique à l’Université de Syracuse. Après avoir travaillé sur les relations entre civils et militaires en Russie (Politics and the Russian Army: Civil-Military Relations, 1689-2000, Cambridge: Cambridge University Press, 2003), il s’est tourné vers l’analyse des services répressifs russes. Il s’apprête à publier un nouvel ouvrage :  State Building in Putin’s Russia. Policing and Coercion after Communism, Cambridge, Cambridge University Press, 2011. Pour une présentation de ses travaux, voir : http://www.maxwell.syr.edu/uploadedFiles/TaylorCV.pdf?n=7594

Vadim Volkov est sociologue. Il a travaillé sur les racketteurs dans la Russie des années 1990 (son ouvrage de référence Violent entrepreneurs. The Use of Force in the Making of Russian Capitalism, a été publié chez Cornell University Press en 2002), puis sur la politique pénale russe. Il est actuellement vice-recteur de l’Université européenne de Saint-Pétersbourg et dirige en son sein l’Institut des problèmes d’application du droit, qui mène des recherches et prend des positions publiques sur ces sujets (voir la présentation en anglais de l’Institut : http://www.eu.spb.ru/index.php?option=com_content&task=view&id=2403&Itemid=773).

Lieux

  • 56 rue Jacob
    Paris, France

Dates

  • vendredi 25 mars 2011

Mots-clés

  • police, sociologie policière, violences policières, criminalité économique, Russie, société civile

Contacts

  • Anne LE HUEROU
    courriel : anne [dot] lehuerou [at] free [dot] fr
  • GillesFavarel Garrigues
    courriel : favarel [at] ceri-sciences-po [dot] fr

Source de l'information

  • Anne LE HUEROU
    courriel : anne [dot] lehuerou [at] free [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La police russe en procès », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 09 mars 2011, http://calenda.org/203673