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Linguistiques et colonialismes

Linguistics and colonialism

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Publié le vendredi 11 mars 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Le numéro 19 de la revue de sociolinguistique en ligne Glottopol aura pour thématique « linguistiques et colonialismes». L'appel à contributions est ouvert jusqu'au 1er novembre 2011. Les participations de chercheurs en sciences du langage, histoire, anthropologie sont les bienvenues. Les articles en français, anglais, espagnol et portugais sont acceptés.

Annonce

Glottopol n° 19, revue de sociolinguistique en ligne. http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol/

Date limite de soumission des contributions : 30 novembre 2011 [english below]

Dans son ouvrage récent, Linguistics in a Colonial World, l'anthropologue J. Errington souligne que toutes les situations coloniales, quelles qu’elles soient, ont engendré des textes à dimension (méta)linguistique, qui représentent désormais une part importante des archives coloniales. Ces textes, ajoute Errington, proposent une sorte de défi au lecteur contemporain du fait de leur opacité, qui résulte de l’effacement de leurs conditions matérielles de production : en effet, le travail qui consiste à décrire des langues nécessite un engagement soutenu dans des interactions complexes, mais les textes qui en sont le résultat se tiennent généralement loin des réalités vécues. On peut ainsi ajouter qu'il y a dès lors un enjeu à lire ces textes en leur redonnant leur épaisseur, pour comprendre les conditions dans lesquelles ils ont été produits et les interactions qui les sous-tendent.

Si les travaux sur la linguistique coloniale, ou sur les liens entre linguistique et colonialisme, sont bien représentés dans le domaine anglo-saxon et en langue anglaise , il est notable que, depuis l'ouvrage de L.J. Calvet, Linguistique et colonialisme, publié en 1974 (plusieurs fois réédité), et inscrit dans une démarche critique, que souligne bien son sous-titre « petit traité de glottophagie » (qui fait qu'il a pu devenir une sorte de « bréviaire » pour reprendre le mot de Calvet lui-même à la fois pour des militants des langues régionales en France et pour des militants des langues nationales dans les pays anciennement colonisés de la francophonie), peu voire aucuns travaux n'ont été menés en France ou en langue française sur les liens entre linguistique et colonialisme . Par ailleurs, si l'on excepte le domaine spécifique de la « linguistique missionnaire » (notamment autour des travaux d'Otto Zwartjes et de l'Ospromil, Oslo Project on Missionary Linguistics), les travaux publiés sont essentiellement le fait d'anthropologues et non de (socio)linguistes, et l'on peut faire la remarque que, contrairement à ce qui se passe en anthropologie culturelle, l'historiogaphie linguistique est restée très muette sur ces liens entre science linguistique et colonialisme.

Ce numéro thématique de Glottopol « Linguistiques et colonialismes » voudrait ainsi combler ce qui pourrait sembler un manque dans le paysage scientifique français (et interroger par là même la raison de ce manque) et donner à lire un ensemble de travaux, de linguistes, mais aussi d'anthropologues ou d'historiens, sur des corpus de linguistique coloniale, à savoir des textes de description linguistique produits en contexte colonial, sur des langues non-européennes, quelle que soit l'aire géographique ou la période étudiée.

Deux axes sont principalement envisagés :

  • un axe qui s'intéresse aux pratiques communicationnelles à l'époque coloniale (celles des voyageurs, des militaires, des fonctionnaires, des missionnaires,... utilisant des interprètes, apprenant des rudiments de langues locales, etc.), et aux ressouces linguistiques utilisées : quelles langues sont utilisées dans les interactions avec les populations locales, quel est le rôle dévolus à certains intermédiaires (interprètes, lettrés locaux,...) ? L'attention aux sources et la réflexion sur le type de sources historiques permettant de reconstruire ces pratiques sera privilégiée. Une extension à la période d'exploration européenne antérieure à la colonisation territoriale est envisagée.
  • un axe qui s'intéresse à la linguistique coloniale c'est-à-dire une entreprise de description de langues non européennes qui se fait dans un contexte historique et politique particulier, selon des modèles exogènes, impliquant un certain nombre de choix en terme de scripturalisation (choix de graphie, de codes phonographiques) et de grammatisation (pour reprendre le terme utilisé par Sylvain Auroux, à savoir le processus massif de description de l'ensemble des langues du monde à partir d'une seule tradition initiale, la tradition gréco-latine). On s'intéressera ainsi aux modèles descriptifs utilisés, aux choix graphiques, mais aussi, à la façon dont s'est faite la constitution d'un corpus : quels « informateurs » sont utilisés pour la production de savoir linguistique et selon quelles modalités ; comment est utilisé la traduction, etc. ? On s'intéressera aussi à la manière dont a pu se faire le partage du travail entre descripteurs de terrain et chercheurs métropolitains, aux liens entre descriptions et élaborations théoriques.

Pour favoriser le dialogue entre chercheurs travaillant sur des aires culturelles et linguistique différentes, les contributions en anglais, espagnol et portugais seront aussi les bienvenues.

Modalités pratiques

Format des propositions : http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol/appels.html#conseils

Soumission en ligne : http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol/appels.html#Numero19

Soumission par email : glottopol@univ-rouen.fr et cecile.vandenavenne@ens-lyon.fr

English Version

Deadline for contributions : November 30th 2011.

As anthropologist Joseph Errington stated it in his recent book, Linguistics in a Colonial World, contexts of colonial contact have always generated texts about languages, and those texts now represent a significant part of the colonial archives. "These texts", he goes on, "are a trial to read" due to their opacity, a consequence of the erasure of their material conditions of production. "The work of describing languages may require close engagement with complex intimacies of talk, but it results in texts which stand further from life's hard edges".

Studies on colonial linguistic or on the links between linguistic work and colonialism are well represented in Anglophone contexts . In the Francophone context however, few or no studies have been conducted or published on that subject since L.-J. Calvet’s immensely popular Linguistique et colonialisme, published in 1974 and taking a critical approach clearly underlined by its sub-title "petit traité de glottophagie" [A Small Treatise on "Glottophagy"] . Also, with the exception of the specific domain of missionary linguistics (cf. in particular works directed by Otto Zwartjes, who founded the Ospromil – Oslo Project on Missionary Linguistics – in 2002), research on this subject is mainly undertaken by anthropologists and not by (socio)linguists. One may remark that, unlike what occurs in cultural anthropology, linguistic historiography has remained silent on these connections between linguistic science and colonialism.

This thematic issue of Glottopol on Linguistics and Colonialisms would like therefore to fill what may be seen as a gap in the French scientific landscape (the issue will thus address the reasons for this gap), by bringing together a variety of contributions from linguists, anthropologists and historians, on colonial linguistic corpora, i.e. linguistic texts written in contexts of colonial contacts, about non-European languages.

Two main directions are considered :

  1. communicative practices during colonial times (practices of travellers, soldiers, civil servants, missionaries, using interpreters, learning the basics of local languages, etc.), and linguistic resources employed in such contexts : which languages were used for interactions with local populations, what was the role of middle-men. Considerations about historic sources allowing the reconstruction of those practices will be privileged.
  2. colonial linguistics, that is an enterprise aiming for the description of non-European languages pursued in a specific political and historical context, using exogenous models, implying choices concerning the graphisation (choice of graphic code, textual formatting) and the grammatisation (the term is borrowed from Sylvain Auroux, who uses it to describe the process of describing languages all over the world based on an unique grammatical tradition, the greco-latin grammatical tradition). Attention will be given to the descriptive models used, the graphic choices, and to the way corpora was brought together : what kind of people were used as informants, how was translation used. Also, attention will be paid as to how fieldwork and theoretical elaborations are articulated.

The editors welcome contributions in French, Portuguese, Spanish and English.

Eléments de bibliographie / Bibliographic elements

AUROUX S. (1992) Histoire des théories linguistiques, t.2, Paris, Mardaga.

CALVET L.J. (2002 [1974]) Linguistique et colonialisme, Paris, Payot.

ERRINGTON J.(2008) Linguistics in a colonial world: a story of language, meaning, and power, Oxford, Blackwell.

FABIAN J. (1986) Language and Colonial Power : The Appropriation of Swahili in the Former Belgian Congo 1880-1938, Cambridge, Cambridge University Press.

IRVINE J.T. (2008) « Subjected words : African linguistics and the colonial encounter », Language and communication, 28, p.323-343.

MIGNOLO W. (1995) The darker side of the Renaissance : literacy, territoriality, and colonization, Ann Arbor, University of Michigan Press.

RAISON-JOURDE F. (1977) « L'échange inégale de la langue : la pénétration des techniques linguistiques dans une civilisation de l'oral (Imerina, XIXème siècle », in Annales, 32(4), pp.639-669.

ZWARTJES, Otto et HOVDHAUGEN, Even (dir.) (2004) Missionary Linguistics / Lingüística misionera, Selected papers from the First International Conference on Missionary Linguistics, Oslo, 13-16 March 2003. University of Oslo, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins (Studies in the History of the Language Sciences 106).

 

Cécile Van den Avenne, Maître de conférence, Ecole Normale Supérieure de Lyon

Dates

  • mercredi 30 novembre 2011

Mots-clés

  • linguistique, colonialisme

URLS de référence

Source de l'information

  • Cécile VAN DEN AVENNE
    courriel : cecile [dot] vandenavenne [at] ens-lyon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Linguistiques et colonialismes », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 11 mars 2011, http://calenda.org/203694