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Expulsion et déportation au Moyen Âge et à l'époque moderne

Expulsion and deportation in the Middle Sages and Modern era

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Publié le mardi 15 mars 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Appel à contribution pour un numéro spécial de la revue en ligne « les cahiers du Framespa », intitulé « expulsion et déportation au Moyen Âge et à l'époque moderne », proposé et coordonné par Juliette Sibon (Framespa, Université d'Albi). La parution du numéro est envisagée pour le printemps ou l'automne 2012. La réflexion s'inscrira dans une perspective politique. Aucun groupe d'expulsés ou de déportés ne sera particulièrement mis à l'honneur et les contextes envisagés seront celui de la construction des États de l’Occident chrétien comme ceux du monde byzantin et de l'Islam.

Annonce

Expulsion et déportation au Moyen Âge et à l’Époque moderne

Au Moyen Âge et à l’Époque moderne, l’expulsion et la déportation relèvent toutes deux de la décision politique : celle, quel que soit l’échelon de pouvoir, de déplacer massivement un ou des groupes de population issus de minorités discriminées – au sens neutre du terme – par la norme (canons et relais séculiers des empereurs, des rois, des seigneurs et des villes en chrétienté occidentale et orientale, pacte de ‘Umar en Islam). Toutefois, si l’expulsion apparaît comme une réponse politique à une situation jugée inacceptable dans un lieu donné – le(s) lieu(x) d’exil ou d’asile étant en définitive secondaires –, la déportation vise généralement à résoudre des difficultés dans les lieux de destination des déportés en même temps qu’elle est destinée à résorber le problème posé par leur présence dans les régions qu’on les oblige à quitter. Il en est ainsi, par exemple, dans le cas de la déportation des Berbères kharidjites d’Afrique du Nord en Sicile par les Fatimides au Xe siècle.

La période envisagée remet en question le tournant académique de 1492, d’abord significatif en Europe chrétienne, date de la disparition du royaume nasride de Grenade et de l’expulsion totale et définitive des juifs d’Espagne par les Rois catholiques. Elle s’inscrit dans une perspective aussi étendue en aval que celle envisagée dans le cadre du programme de recherche mis en œuvre par l’European Science Foundation sur la Naissance de l’État moderne (cf. W. Blockmans et J-P. Genet ed., The Origins of the Modern State in Europe: 13th to 18th Centuries, 7 vol.). C’est bien dans une perspective avant tout politique et dans le contexte de la construction des États de l’Occident chrétien que nous souhaitons inscrire la réflexion. Cependant, cette dernière ne sera pas uniquement centrée sur l’Europe. Le monde byzantin et le monde islamique auront toute leur place.

En outre, aucun groupe d’expulsés ou de déportés ne sera particulièrement mis à l’honneur. Toutes les échelles seront prises en compte – y compris les plus locales – ainsi que les mesures définitives comme les mesures provisoires. Certes, les expulsions « définitives » des juifs de l’Europe chrétienne donnent lieu à une abondante littérature. Elles restent toutefois encore trop souvent dépendantes d’interprétations « victimaires », voire téléologiques, comme si elles étaient révélatrices de la mise en place en Europe chrétienne d’une société persécutrice et comme si elles préfiguraient des solutions politiques radicales postérieures supposées inscrites dans leur exacte continuité.

Les travaux au sein de l’équipe de la Nouvelle Gallia judaïca, sous l’égide de Gilbert Dahan puis de Danièle Iancu-Agou, ont d’abord porté sur la condition des juifs à la veille des expulsions, sur les chemins d’exil, puis sur le devenir des juifs exilés et des néophytes restés sur place. Quant à l’explication de ces expulsions, des jalons susceptibles de renouveler la réflexion sont posés. Par exemple, Henri Bresc a montré comment l’expulsion des juifs de Sicile en 1492-1493 s’est réalisée dans une grande humanité. Céline Balasse, quant à elle, a récemment souligné que la décision d’expulsion des juifs de France par Philippe le Bel en 1306 s’inscrit avant tout dans la politique de centralisation de l’État capétien et dans la volonté d’imposer le contrôle du roi de France sur des pouvoirs locaux indociles. La force de sa thèse est de souligner que le sujet ne touche pas exclusivement à l’histoire des juifs. Pour la première fois, l’expulsion de 1306 est envisagée comme un fait significatif de l’histoire du pouvoir monarchique en France.

Dès lors que les contributions s’attacheront à réfléchir sur la prise de décision politique, son contexte et ses motivations, diverses approches seront acceptées, qu’il s’agisse de l’étude de cas d’une expulsion ou d’une déportation, de l’analyse de la politique d’un puissant en particulier (pape, roi, empereur, calife…), ou, sur la plus longue durée, de celle d’un type de pouvoir ou d’une dynastie. Nous suggérons ici les thèmes de réflexion suivants :

Le contexte dans lequel s’inscrit la décision d’expulsion

Quand expulse-t-on ? Quand déporte-t-on ?

Il s’agit de réfléchir à la définition de contextes spécifiques à la décision d’expulsion ou de déportation, à l’instar, peut-être, des entreprises de conquête, de Reconquête et de croisade, de la fitnâ, de la centralisation du pouvoir politique et de la volonté d’imposer l’orthodoxie ou un courant religieux majoritaire.

Pourquoi expulse-t-on ? Pourquoi déporte-t-on ?

Ces questions renvoient au type de situation que le pouvoir cherche à affronter, et donc aux enjeux de cette décision, aux buts recherchés et aux résultats espérés. On peut aussi se demander si le pouvoir hésite à prendre une telle décision et si l’expulsion et la déportation sont toujours des situations en dernier recours, des entorses ou non au « bon gouvernement ».

La comparaison avec d’autres politiques qui engendrent des flux migratoires

Quels sont les liens et les différences avec des politiques d’immigration, par définition moins radicales et moins coercitives que la déportation ? On peut penser ici, par exemple, à la comparaison entre la déportation des Kharidjites par les Fatimides et la politique d’immigration mise en œuvre par les Kalbites en Sicile au Xe siècle.

De même, quels sont les liens et les différences avec les politiques de peuplement et de colonisation mises en œuvre par les princes ibériques dans le contexte de la Reconquista, par le biais des fueros, ou encore par les Ottomans au lendemain de la chute de Byzance (à Istanbul sous Memhet II, notamment) ?

La dimension économique de la prise de décision

Il s’agit d’éprouver dans quelle mesure la dimension économique dans la décision d’expulser et de déporter est  prépondérante, voire décisive ou, au contraire, secondaire. Pour ce faire, on s’interrogera sur le coût d’une telle politique et sur le compte effectué au préalable par le pouvoir. L’espoir de gains est-il systématique ? La décision peut-elle être prise avec l’intention de ponctionner le Trésor ?

Il faudra donc aussi envisager l’impact économique a posteriori de telles mesures politiques. Dans le cas de 1306, par exemple, il a vite été jugé négatif à en lire les regrets exprimés pas Geoffroy de Paris quant au départ des prêteurs juifs du royaume de France.

La justification et à la réception de la décision et de son application

Un inventaire des sources (édits, bulles, ordonnances…) sera bienvenu afin de cerner les vecteurs par lesquels la décision est promulguée.

Les textes officiels ne sont pas toujours disponibles. Quand ils le sont, les motifs affichés ne sont pas toujours les motifs réels et il conviendra de faire la part entre l’officiel et l’officieux. Les motifs idéologiques – théologiques – souvent avancés dans le cas des expulsions des juifs semblent en réalité dissimuler beaucoup de pragmatisme. Si tel n’est pas le cas, comment expliquer qu’en 1289 Charles II d’Anjou décide d’expulser tous les juifs de son apanage angevin, tandis qu’il fait tout, au même moment, pour maintenir ceux qui vivent dans son comté de Provence ?

On pourra aussi analyser la portée du discours politique de justification de l’expulsion ou de la déportation. Suscite-t-il des interrogations, voire des levées de boucliers ? Par exemple, au lendemain de 1306,  Jacques de Thérines s’interroge quant à la légitimité de l’édit d’expulsion de Philippe le Bel.

Bref, existe-t-il une réflexion politique, que ce soit dans le sens de la justification ou de l’opposition politique sur l’expulsion et la déportation aux périodes considérées ? On pourra tenter de comprendre, le cas échéant, au nom de quels principes elle se manifeste, et de faire la part entre ce qui est affiché et ce qui relève du vrai moteur du combat.

Les modalités d’expulsion et de déportation

Dans la perspective définie plus haut, les modalités d’expulsion et de déportation seront considérées dès lors qu’elles seront éclairantes et porteuses d’indices ou d’argumentation complémentaire sur les raisons de la décision politique. Par exemple, dans le cas sicilien, les modalités « humaines » éclairent combien la décision d’expulsion des juifs du royaume de Sicile à la fin du XVe siècle est exogène, imposée de l’extérieur par les Rois catholiques.

L’impact de ces politiques

Il s’agit d’abord et surtout de mesurer l’efficacité politique de l’expulsion et de la déportation par rapport aux buts initiaux recherchés et espérés.

Les mesures ont-elles porté leurs fruits ? Pourquoi doivent-elles être parfois répétées, à l’instar des déportations de musulmans par Frédéric II, d’abord en 1225 puis à nouveau en 1245-46, ou encore des expulsions des juifs du royaume de France entre 1306 et 1394 ?

Le destin des victimes de la décision ne sera pas systématiquement écarté, dès lors qu’il permettra d’étayer l’argumentation sur les raisons de la prise de décision. Mais le sort des expulsés dans leurs lieux d’asile sera considéré comme « une autre histoire » qui ne trouvera pas sa place ici. Celui des déportés, en revanche, s’inscrit pleinement dans la perspective voulue.

Calendrier 2011-2012 

Les propositions d’articles (un titre provisoire et environ une page de résumé) devront être envoyées par mail à l’adresse : juliette.sibon@univ-jfc.fr

au plus tard le 1er juin 2011.

  • Les articles retenus devront ensuite être transmis par mail à la même adresse au plus tard le 15 octobre 2011.
  • Les articles pourront être rédigés en français, anglais ou castillan.
  • La taille de l’article n’excédera pas 45 000 signes (espaces compris).
  • La parution du numéro est prévue au printemps ou à l’automne 2012, après relecture de chaque article par deux rapporteurs et prise en compte des corrections par l’auteur de la contribution.

Catégories

Dates

  • mercredi 01 juin 2011

Mots-clés

  • Méditerranée, minorités, Moyen Âge, époque moderne

Contacts

  • Juliette Sibon
    courriel : juliette [dot] sibon [at] univ-jfc [dot] fr

Source de l'information

  • Juliette Sibon
    courriel : juliette [dot] sibon [at] univ-jfc [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Expulsion et déportation au Moyen Âge et à l'époque moderne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 mars 2011, http://calenda.org/203705