AccueilDiscours d’experts, discours d’expertise

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Publié le jeudi 24 mars 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

La journée d'études du 8 avril 2011 illustre la façon dont des approches discursives, portées aussi bien en sciences du langage qu’en sciences de l’information et de la communication, sont à même d’appréhender certains aspects de la question de l’« expert » et de l'« expertise ». Après une introduction générale proposée par un membre de l’équipe, Alice Krieg-Planque, les intervenantes, Nathalie Garric et Aurélie Tavernier, exposeront la manière dont, conformément à leurs parcours et selon leurs objets, elles travaillent les « discours d’experts » et les « discours d’expertise ».

Annonce

Journée d'études coordonnée par Alice Krieg-Planque, Université Paris-Est Créteil vendredi 8 avril 2011, 14h30 à 17h

site de l’équipe : http://ceditec.u-pec.fr

Présentation

Cette séance illustre la façon dont des approches discursives, portées aussi bien en Sciences du langage qu’en Sciences de l’information et de la communication, sont à même d’appréhender certains aspects de la question de l’“expert” et de l’“expertise”. Après une introduction générale proposée par un membre de l’équipe, les intervenantes, Nathalie Garric et Aurélie Tavernier, exposeront la manière dont, conformément à leurs parcours et selon leurs objets, elles travaillent les “discours d’experts” et les “discours d’expertise”.

Programme

L’“expertise” au cœur des sciences humaines et sociales : des jalons vers les approches discursives

Alice Krieg-Planque, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), membre du Céditec (EA 3118)

Ce bref exposé introductif vise à poser, de façon panoramique, les enjeux des questionnements sur l’“expertise” en sciences humaines et sociales de façon générale, et en sciences du langage en particulier. Dans un premier temps, on rappelle que les notions d’“expert” et d’“expertise” permettent de travailler des questions centrales en sciences humaines et sociales : en effet, ces notions aident à questionner le “savoir” et le “pouvoir” d’une part, et à interroger les liens entre “expert” (“savant”, “spécialiste”…) et "profane” (“ordinaire”, “populaire”…) d’autre part. Dans un second temps, on propose d’identifier quelques-unes des approches qui permettent à l’analyse du discours, à la linguistique, et plus globalement aux sciences du langage, de s’emparer à leur manière de l’“expert” et de l’“expertise”. Sont ainsi évoqués les points de vue lexicologiques, les approches énonciatives, les perspectives argumentatives, les questionnements génériques et des litéracies, ou encore les approches épilinguistiques, métalinguistiques et métadiscursives.

Etre expert dans l’espace public : positionnements discursifs et métadiscursifs

Nathalie Garric, maître de conférences en Sciences du langage à l’Université François-Rabelais - Tours, membre du LLL (EA 3850)

L’espace citoyen s’enrichit de dispositifs discursifs originaux qui élaborent de nouvelles scènes, dites démocratiques, notamment illustrées par les conférences citoyennes, les débats publics, la médiation médiatique. Ces pratiques d’association des citoyens à des activités expertes entraînent des mutations dans le paysage du savoir et de la connaissance, avec notamment : a) de nouveaux comportements discursifs et de nouvelles compétences, lesquels entraînent une redéfinition des rôles des scientifiques, des experts et des citoyens ; b) de nouvelles formes de gouvernance, lesquelles soulèvent la question de la responsabilité éthique des acteurs ainsi que celle de leurs droits et devoirs ; c) de nouveaux lieux d’institutionnalisation de la parole dont il convient de poser les termes de leur légitimité, de leur pouvoir d’influence et de décision par rapport aux espaces discursifs réservés aux élus, aux savants ou à d’autres professionnels du langage. Ces dispositifs engendrent une attitude réflexive des participants dont nous étudierons le métadiscours conçu à la fois comme symptôme des difficultés de la démocratie participative en France et comme poste d’observation pour analyser le fonctionnement de ces discours. Nous nous appuierons sur des occurrences discursives extraites notamment de l’Hebdo du médiateur et des moments discursifs de certains événements scientifiques (OGM et nanotechnologies).

Quelques éléments bibliographiques :

  • Boy D., Roqueplo P. & Donnet-Kamel D. (2000), Un exemple de démocratie participative : la “Conférence de Citoyens” sur les OGM, Revue Française de Science Politique.
  • Charaudeau P. (dir.) (2008), La médiatisation de la science. Clonage, OGM, manipulations génétiques, Bruxelles : De Boeck.
  • Doury M. (1997), Le débat immobile : L’argumentation dans le débat médiatique sur les parasciences, Paris : Kimé.
  • Doury M. (2004), Entre discours scientifique, polémique et vulgarisation : un cas de controverse à thème scientifique, Delamotte-Legrand R. (dir.), Les médiations langagières. Vol .II : Des discours aux acteurs sociaux, Rouen : Publications de l’Université de Rouen, 97-108.
  • Garric N. (2009), L’hebdo du médiateur : entre connaissance de la discursivité et pratique discursive, Cahiers du LRL, 3.
  • Garric N. & Goldberg M. (à paraître), “Mise en scène de la scientificité dans le débat citoyen. Le cas des OGM comme argument d’une lettre ouverte autour de la science”, MEI.
  • Moirand S. (2007), Les discours de la presse quotidienne : observer, analyser, comprendre, Paris : PUF.
  • Moirand S. (2006), Responsabilité et énonciation dans la presse quotidienne : questionnements sur les observables et les catégories d’analyse, Semen, 22.
  • Monnoyer-Smith (2007), Instituer le débat public, in Hermès, n°47
  • Reboul-Touré S. (2004), Écrire la vulgarisation scientifique aujourd’hui, Colloque Sciences, Médias et Société, 15-17 juin 2004, Lyon, ENS-LSH, http://sciences-medias.ens-lsh.fr/article.php3 ?id_article=65.
  • Robbe F. (2007), La démocratie participative, Paris : L’Harmattan.
  • Romeyer H. (2005), L’autoréflexivité télévisuelle comme redéfinition d’un espace public de débat, XVIIè Congrès international des Sociologues de langue française, 5-6 juillet 2004.
  • Sitri F. (2003), L’Objet du débat. La construction des objets de discours dans des situations argumentatives orales, Paris : Presses Universitaires de la Sorbonne Nouvelle.

Du discours rapporté au discours “embedded” : l’extériorisation paradoxale des “paroles d’experts” dans le discours journalistique

Aurélie Tavernier, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8, membre du CEMTI (EA 3388) et membre associée au GERIICO (EA 4073)

Cette intervention propose d’analyser la médiatisation de paroles rapportées comme expertes dans la presse quotidienne, hors ligne et en ligne (Le Monde, Libération, et leurs extensions numériques ; Rue89 ; Mediapart). En considérant le recours aux “paroles d’experts” comme une “rhétorique journalistique” particulière (Padioleau, 1976), il s’agit d’envisager conjointement les dispositifs d’écriture privilégiés par les journalistes, les procédures professionnelles qu’ils déploient en amont, et les représentations que ces professionnels y projettent, en référence aux critères normatifs qui les déterminent et aux “grandeurs” (Boltanski, Thévenot, 1991) qu’ils cherchent à honorer par le truchement du discours d’expert.

Dans une première partie, le recours journalistique aux “paroles extérieures” sera replacé dans les cadres notionnel et méthodologique proposés. D’abord défini comme un trait saillant de la construction d’un professionnalisme, le recours journalistique aux paroles extérieures sera ensuite considéré comme une rhétorique professionnelle, dont l’analyse nécessite l’élaboration d’une méthodologie composite. Situées dans une perspective interdisciplinaire en sciences de l’information et de la communication, les recherches sur lesquelles s’appuie cette intervention tentent de ne pas séparer, d’une part, l’étude des dispositifs d’écriture, et d’autre part, les conditions d’inscription de ces dispositifs dans des contextes socio-professionnels, normatifs et idéologiques. “Que l’approche se fasse par le terrain ou par un corpus de textes, le sujet décrit est toujours une construction. Et l’on aura beau interroger les producteurs de textes, ce qu’ils diront de leur activité et des raisons qui la guident ne sera ni plus vrai ni plus faux que ce que les indices repérés dans les textes trahiront des logiques qui les animent” (J.-M. Utard, “L’analyse de discours entre méthode et discipline”, R. Ringoot et P. Robert- Denontrond (dirs.), L’analyse de discours. Paris, Apogée, 2004, pp. 23-52 : 45). Ce positionnement nous invite à travailler à l’élaboration d’un outillage méthodologique aussi composite et pluriel que les objets discursifs que l’on cherche à saisir. L’analyse d’un corpus diachronique (presse écrite, 1999-2008) et synchronique (2008 : presse en ligne et hors ligne) est couplée à des entretiens compréhensifs menés avec des journalistes, en et hors ligne, et avec des “experts”, médiatisés ou non. La présentation de ce cadre méthodologique espère nourrir la réflexion sur l’apport du croisement des méthodologies et des disciplines pour saisir les conditions d’énonciation du discours d’information.

La seconde partie de l’exposé présentera les résultats ainsi obtenus, dans une perspective diachronique (évolutions remarquables des “paroles d’experts” médiatisées entre 1999 et 2008) et synchronique (mise en évidence de rhétoriques propres aux supports considérés). Elle tâchera de montrer quelles sont les “grammaires” (Lemieux, 2000) qui déterminent le recours aux paroles rapportées comme expertes à l’appui du discours professionnel des journalistes. Elle montrera également que la figure de l’expert “embedded” dans le discours d’information n’en reste pas moins soumise à une extériorisation paradoxale, nécessaire à la légitimation de l’expertise, comme à la légitimité du travail journalistique qui la convoque. Ces dimensions pourront être proposées à la discussion dans le contexte du basculement numérique de la presse : le paradigme “expressiviste” cher à Internet conduit-il à une “défrontiérisation” discursive entre paroles d’experts, paroles journalistiques et paroles citoyennes ? La question de la légitimation des paroles médiatisées permettra de conclure sur les processus de visibilité / invisibilité des savoirs dans l’espace public médiatisé.

Références bibliographiques citées dans le résumé :

  • Boltanski, Luc & Thévenot, Laurent, 1991. De la Justification, les Économies de la grandeur. Paris : Gallimard.
  • Lemieux, Cyril, 2000. Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques. Paris : Métailié.
  • Padioleau, Jean-Gustave, 1976 : 256-282. “Systèmes d’interactions et rhétoriques journalistiques”. Sociologie du travail, XVI, 3.
  • Tavernier, Aurélie, 2004. Paroles d’experts: rhétoriques journalistiques de recours aux paroles extérieures dans Le Monde, Libération, Le Figaro. Journaliste et sociologue, la construction d’un référentiel. Thèse de doctorat de Sciences de l’Information et de la Communication. Lille : Université Charles-de-Gaulle – Lille 3.
  • 2005 : 159-176. “Mais d’où ils parlent ? L’enjeu du titre à parler dans la presse écrite comme lien entre le social et le discursif”. Études de Communication. Langages, information, médiations, 27, 1er semestre 2005. Lille, Université Charles-de-Gaulle – Lille 3 : CEGES.
  • 2009 : 71-96. “Rhétoriques journalistiques de médiatisation du sociologue. La co-construction de l’expertise” Questions de Communication, 16. Nancy : Presses Universitaires de Nancy.

Lieux

  • 61 avenue du Général de Gaulle (Université Paris-Est Créteil (UPEC), salle Keynes (2ème étage))
    Créteil, France

Dates

  • vendredi 08 avril 2011

Mots-clés

  • expert, expertise, discours, pouvoir, savoir, participation

Contacts

  • Alice Krieg-Planque
    courriel : krieg-planque [at] u-pec [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Alice Krieg-Planque
    courriel : krieg-planque [at] u-pec [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Discours d’experts, discours d’expertise », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 24 mars 2011, http://calenda.org/203826