AccueilUne histoire au présent : les historiens et Michel Foucault aujourd'hui

Une histoire au présent : les historiens et Michel Foucault aujourd'hui

History in the present: historians and Michel Foucault today

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Publié le mercredi 23 mars 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette rencontre, qui souhaite approfondir le sillon de la journée d’études organisée en mars 2010 à l’EHESS, ne se donne pas pour objectif d’évaluer la qualité historiographique des écrits de Michel Foucault mais de mettre en lumière l’usage que les historiens font aujourd’hui de la pensée de M. Foucault dans leur pratique scientifique et leur réflexion épistémologique. Car au-delà des débats entre « l’historien et le philosophe », il convient de mesurer l’imprégnation dans l’épistémè des historiens des analyses, paradigmes ou simples intuitions proposés par M. Foucault, dans la diversité et les évolutions de sa pensée.

Annonce

Présentation

« A lire Foucault, on se persuade aisément que l’histoire est encore très jeune ». Cette réflexion de Jacques Léonard, faite en 1976 dans son compte rendu de Surveiller et punir[1], doit être prise au sérieux. Elle vaut pour aujourd’hui. Certes, les relations entre l’œuvre de Michel Foucault et les historiens n’ont pas toujours été sans nuages, comme en témoigne par exemple la déroutante scénarisation de la table-ronde du 20 mai 1978 entre M. Foucault et une douzaine d’historiens, fondus pour l’occasion en une unique instance d’autorité(s), l’« Historien collectif ». Michel Foucault disait alors qu’il souhaitait « événementialiser des ensembles singuliers de pratiques, pour les faire apparaître comme des régimes différents de juridiction et de véridiction »[2]. L’histoire savante qui siégeait ce jour-là face à lui n’avait-elle pas pris le masque d’un de ces régimes de véridiction ? Quoi qu’il en soit, 50 ans après la parution de l’Histoire de la folie et alors que s’achève la publication des cours au collège de France, le dialogue entre l’œuvre de Michel Foucault et les historiens se poursuit. Il n’a jamais cessé.

Cette rencontre, qui souhaite approfondir le sillon de la journée d’études organisée en mars 2010 à l’EHESS[3], ne se donne pas pour objectif d’évaluer la qualité historiographique des écrits de M. Foucault mais de mettre en lumière l’usage que les historiens font aujourd’hui de la pensée de M. Foucault dans leur pratique scientifique et leur réflexion épistémologique. Car au-delà des débats entre « l’historien et le philosophe », il convient de mesurer l’imprégnation dans l’épistémè des historiens des analyses, paradigmes ou simples intuitions proposés par M. Foucault, dans la diversité et les évolutions de sa pensée.

L’« histoire au présent » avec Foucault recouvre ainsi l’ensemble des champs historiographiques et des pratiques d’investigation marqués par la pensée de Michel Foucault, incluant les corrections et les inévitables métissages. Les domaines de l’enquête sont alors vastes. Ils concernent, toutes périodes historiques confondues, aussi bien des chantiers ouverts ou explorés par Foucault (folie et déraison, l’enfermement psychiatrique et carcéral, la pastorale, la sexualité, etc.) que des « outils » conceptuels et paradigmatiques (pratiques discursives, biopolitique, gouvernementalité, techniques de soi, régimes de vérité, objectivisation du sujet, etc.) ou encore des questionnements historiographiques et épistémologiques (archéologie et généalogie, césure et continuité, etc.).

Dès lors, une histoire au présent conduit à « mettre le travail historique à l’épreuve d’une transformation des cadres conceptuels et théoriques »[4]. Ce faisant, le passé devient un lieu de questionnement des problématisations du présent, non pas dans l’illusion que les leçons de l’histoire répondront aux interrogations du présent, encore moins dans l’idée qu’une permanence des structures permettrait d’établir un dialogue immédiat mais parce l’histoire singularise l’actualité. Le travail historique relève alors d’un exercice philosophique qui, en éprouvant le regard contemporain, lui donne les moyens de son propre affranchissement afin de penser autrement.

Programme

Lundi 30 mai 2011

9h-12h30 : Séance présidée par Damien BOQUET (Université d’Aix-Marseille I / IUF)

9h30-9h45 : accueil des participants

9h45-10h15 : Pauline LABEY (E.H.E.S.S.) : Introduction : « Une histoire au présent ? »

10h15-11h : Jean-François BERT (E.H.E.S.S.) : « Les raisons du malentendu. L'Histoire de la folie à l'âge classique : histoire et/ou psychologie »

11h-11h30 : PAUSE

11h30-12h15 : Thomas GOLSENNE (École des Beaux-Arts de Nice) : « Foucault et l’iconologie : le malentendu »

14h00 - 18h00 : Séance présidée par Didier ERIBON (Université d'Amiens)

14h-14h45 : Kim Sang ONG VAN CUNG (Université de Poitiers) : « La place des œuvres dans l'ontologie historique de nous-mêmes. Tragédie, philosophie et histoire de la démocratie athénienne dans Le Gouvernement de soi et des autres »

14h45-15h30 : Déborah COHEN (Université d’Aix-Marseille I) : « Esthétique de l’existence et gouvernement des autres : la Révolution française (1789-1794) au prisme du cours de 1984. »

15h30-16h : PAUSE

16h-16h45 : Emmanuel COCCIA (Université de Fribourg) : « L’ordre du pouvoir. Foucault et la question hiérarchique »

16h45-17h30 : Sophie WAHNICH (E.H.E.S.S.) : « La lutte des races comme savoir archéologique pour l'aujourd'hui »

Mardi 31 mai 2011

9h-12h30 : Séance présidée par Déborah COHEN (Université d’Aix-Marseille I)

9h-9h45 : Sandra Boehringer (Université de Strasbourg) : « Des sociétés d’avant la norme, des sociétés d’avant la sexualité : étudier l’Antiquité après Foucault »

9h45-10h30 : Damien BOQUET (Université d’Aix-Marseille I / IUF) : « L’amitié comme problème au Moyen Âge »

10h30-11h : PAUSE

11h-11h45 : Julien DUBOULOZ (Université d’Aix-Marseille I) : « Le pouvoir de vie et de mort sur le fils : penser la paternité dans la cité à Rome »

11h45-12h30 : Laurence Guignard « La pratique des discours de vérité : justice et psychiatrie au XIXe siècle » (Université de Nancy II) :

14h00-18h00 Séance présidée par Sophie WAHNICH (E.H.E.S.S.)

14h15-15h : Philippe CHEVALLIER (B.N.F.) : « Que veut dire faire une histoire des problématisations »

15h-15h45 : Olivier BOULNOIS (E.P.H.E.) : « Destruction et analyse. Lire la philosophie médiévale après Foucault »

15h45-16h : PAUSE

16h-16h45 : Anne-Valérie DULAC (Université de Paris III) : « Gérard Simon, l’archéologie et l’histoire de l’optique pré-moderne »

16h45-17h30 : Marcela IACUB (C.N.R.S.) : « Du péril des fictions dans les sociétés démocratiques »

Mercredi 1er juin 2011 :

9h-12h30 : Séance présidée par Jacques CHIFFOLEAU (E.H.E.S.S.)

9h-9h45 : Luca PALTRINIERI (E.N.S.-Lyon) : « L'histoire de la philosophie saisie par son dehors »

9h45-10h30 : Blaise DUFAL (E.H.E.S.S.) : « Les deux corps de l’intellectuel : pratiques de l'imaginaire »

10h30-11h : PAUSE

11h-11h45 : Paolo NAPOLI (E.H.E.S.S.) : « De Boulainvilliers à Kant: penser l'historicité de l'universel »

11h45-12h30 : Geoffroy de LAGASNERIE (Université de Paris I) : « L’hypothèse libérale »

14h00-17h00 : Séance présidée par Blaise DUFAL (E.H.E.S.S.)

14h15-15h : Julien THERY (Université de Montpellier III) : « Foucault, l’enquête, la vérité et le droit : pour l’histoire des premières formes de gouvernement centralisé en Occident »

15h-15h45 : Julie CLAUSTRE (Université de Paris I) : « Ecrire l’histoire des prisons médiévales avec Michel Foucault »

15h45-16h : PAUSE

16h-16h45 : Didier ERIBON (Université d'Amiens) : « Politiques de l’histoire »

Avec le soutien de:

  • Institut Universitaire de France
  • CNRS - Université d’Aix-Marseille I
  • UMR TELEMME
  • EHESS - Centre de Recherche Historique

Notes

[1] L’impossible prison. Recherches sur le système pénitentiaire au XIXe siècle réunies par Michelle Perrot, Paris, Seuil, 1980, p. 18.

[2] Ibid., p. 47.

[3] « Michel Foucault à l’épreuve. Regards de médiévistes ». Journée du Groupe d’Anthropologie Scolastique organisée par Blaise Dufal et Pauline Labey, EHESS, 27 mars 2010.

[4] « A propos des faiseurs d’histoire » (entretien avec D. Eribon), Libération, 21 janvier 1983, repris dans Dits et écrits, II, Quarto Gallimard, 2001, p. 1232.

Lieux

  • 5 rue du Château de l'Horloge (Maison méditerranéenne des Sciences de l'Homme - MMSH, salle Georges Duby)
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • lundi 30 mai 2011
  • mardi 31 mai 2011
  • mercredi 01 juin 2011

Mots-clés

  • Histoire, épistémologie, historiographie

Contacts

  • Damien Boquet
    courriel : damien [dot] boquet [at] gmail [dot] com
  • Blaise Dufal
    courriel : dufal [at] ehess [dot] fr
  • Pauline Labey
    courriel : annales [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Pauline Labey
    courriel : annales [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Une histoire au présent : les historiens et Michel Foucault aujourd'hui », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 23 mars 2011, http://calenda.org/203842