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Les cultures du déplacement

Cultures of displacement

Mobilités et requalifications des lieux et des territoires

Mobility and reconfiguration of places and territories

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Publié le mercredi 13 avril 2011 par Karim Hammou

Résumé

Depuis 2006, les précédentes éditions des « Rendez-vous de géographie culturelle, ethnologie et études culturelles en Languedoc-Roussillon » ont fait apparaître la nécessité de prolonger l’étude de la construction géographique, ethnologique et culturelle des territoires en focalisant l’attention sur les requalifications des lieux et des territoires, sur les phénomènes de mobilité, et en particulier sur la notion de « cultures du déplacement ». Pour la cinquième édition des « Rendez-vous de géographie culturelle, ethnologie et études culturelles en Languedoc-Roussillon », cette dernière notion sera étudiée dans une double dimension : à travers son vécu culturel par des individus et des groupes de plus en plus mobiles d’une part, à travers les processus d’organisation et de construction qui lui sont associés d’autre part.

Annonce

5èmes Rendez-vous de Géographie culturelle, Ethnologie et Etudes culturelles
en Languedoc-Roussillon - Université de Nîmes - 14-16 juin 2012

Introduction

Depuis 2006, les précédentes éditions des « Rendez-vous de Géographie Culturelle, Ethnologie et Etudes Culturelles en Languedoc-Roussillon » ont tour à tour envisagé la problématique de la construction des territoires par les fêtes et les loisirs (Fournier, Crozat, Bernié-Boissard et Chastagner, 2009), les dynamiques du développement culturel local (Fournier, Bernié-Boissard, Crozat et Chastagner, 2010) et la question de la patrimonialisation et de la valorisation des lieux (actes en cours de publication). Il s’agissait ainsi de montrer et de renforcer l’idée selon laquelle des facteurs artistiques, culturels et sociaux pouvaient significativement contribuer à l’apparition et à la reconnaissance de « nouveaux territoires » (Bernié-Boissard, 2000).

Les travaux réalisés ont fait apparaître la nécessité de prolonger l’étude de la construction géographique, ethnologique et culturelle des territoires en focalisant l’attention sur les requalifications des lieux et des territoires, sur les phénomènes de mobilité, et en particulier sur la notion de « cultures du déplacement ». Pour la 5e édition des « Rendez-vous de Géographie Culturelle, Ethnologie et Etudes Culturelles en Languedoc-Roussillon », cette dernière notion sera étudiée dans une double dimension : à travers son vécu culturel par des individus et des groupes de plus en plus mobiles d’une part, à travers les processus d’organisation et de construction qui lui sont associés d’autre part.

Note d'intention scientifique:

1/ Transformations et requalifications des lieux et des territoires 

Le colloque participera d’une interrogation, devenue générale à l’heure du tout virtuel, sur les transformations et les requalifications des lieux et des territoires en contexte de mobilité. Ces dernières années, de nombreux travaux se sont intéressés aux communautés de « gens du voyage », aux travailleurs frontaliers, aux travailleurs itinérants (chauffeurs routiers) ou sur sites temporaires (grands chantiers…), aux migrations de longue durée, aux contacts et pratiques éphémères développés dans les moyens de transports, aux déplacements volontaires ou forcés pour motifs politiques, religieux, ethniques ou environnementaux, aux échanges interrégionaux au sein d’un même pays, aux déplacements des zones rurales vers les zones urbaines et vice-versa, à la fugacité des déplacements touristiques, etc. 

Dans ce contexte, la rhétorique classique du Genius loci semble avoir fait long feu. On se méfie de plus en plus des identités trop stables et des territorialités trop fixes, préférant valoriser la fluidité, l’hybridité des lieux, et leur capacité à changer. Les lieux continuent cependant d’offrir du sens. Au passage ou à l’origine de populations en mouvement, recomposés, pris dans les filets des médias, transfigurés par l’imaginaire touristique, les lieux restent organisés par un certain nombre de référents qui en marquent le contenu ou les fonctions. Fréquentés par des populations de plus en plus diverses, marqués par leurs regards et leurs désirs, ils offrent un paysage culturel mouvant qui témoigne de manière singulière des mutations culturelles et sociales contemporaines. 

Si les lieux ont longtemps été compris comme des repères spatiaux objectifs, plusieurs auteurs ont contribué à bouleverser cette perspective en soulignant leur capacité à mobiliser la mémoire (Nora, 1984) ou leur indétermination dans l’univers postmoderne (Augé, 1997). D’autres ont émis l’hypothèse que lieux réels et lieux imaginaires pouvaient coïncider (Borgès, 1956), ou en ont exalté les modalités de la genèse et le caractère sensible (Sansot, 1973, 1993, 1995 ; La Soudière, 2008). Les territoires, entendus comme contextes temporels spatialisés subsumant des collections de lieux, se retrouvent transformés par ces évolutions. Devant l’indétermination croissante de la notion de lieu, il convient à la fois d’en explorer les potentialités et d’en mesurer les limites : comment se (re)construisent ces lieux, confrontés tant à l’érosion du regard  perturbé par la fluidité de paysages devenus kinétiques qu’à la rémanence d’archipels d’une mémoire sélective ? Une révision de la notion en termes géographiques, ethnologiques et culturels est devenue nécessaire. A cet effet, le colloque « Les cultures du déplacement. Mobilités et requalifications des lieux et des territoires » propose d’explorer différentes façons de requalifier les notions de lieu et de territoire en montrant en quoi les cultures contemporaines de la mobilité en déterminent et en remodèlent le sens. 

2/ Mobilités et vécu culturel des lieux 

Une première entrée concerne les manières dont les individus et les groupes articulent mobilité et lieux. Quels lieux élisent-ils, retiennent-ils ? Y a-t-il des hiérarchies entre les lieux ? Quelles conséquences ont les déplacements des individus et des groupes pour les lieux et les territoires de départ et d'arrivée ? La mobilité géographique, qu’elle soit choisie ou subie, qu’elle résulte de pratiques ancestrales ou qu’elle soit la conséquence de situations nouvelles, est aujourd’hui devenue un élément essentiel de la vie quotidienne de nombreuses populations. Cette mobilité, outre les questions politiques, sociales et économiques qu’elle soulève, a également donné naissance à des pratiques culturelles spécifiques (Cresswell, 1993, 1996, 2006). Au-delà d’être l’expression des territoires d’où elles émergent, ces pratiques sont marquées par les déplacements qui en sont à l’origine. Plus que les formes culturelles qui se revendiquent d’un lieu particulier, elles sont le reflet des nouvelles problématiques produites par la mondialisation, et peuvent s’appréhender au prisme de notions émergentes, telle celle d’identité multiple ou rhizomique avancée par Édouard Glissant (2009) ou celle de culture hybride, métissée ou diasporique propre aux études postcoloniales. L’analyse des formes et pratiques culturelles qui résultent ainsi de la mise en relation d’éléments hétérogènes constituera l’ossature de ce colloque.  

Cette entrée revient à insister sur le vécu des lieux par différents groupes sociaux et à mettre en rapport la perception des lieux et les cultures contemporaines de la mobilité. Comment, dans une société qui cumule les modes de nomadisme et d’itinérance réels ou virtuels, les lieux se retrouvent-ils enrichis de significations nouvelles ? Comment la valeur des lieux fluctue-t-elle, depuis de multiples Ailleurs à tous ces Ici reconstruits en permanence, des centres aux périphéries, de l’urbain au rural, en intégrant les représentations des voyageurs et des migrants ? En quoi ces mutations des statuts des lieux influencent-elles des productions artistiques et culturelles socialement situées ? 

3/ Organisation et construction des territoires 

Une deuxième entrée consiste à étudier les nouvelles expressivités des lieux en y analysant les empreintes de l’art et de la culture. Comment et où les cultures contemporaines du déplacement sont-elles valorisées par les artistes, mais également par les métiers du tourisme et des loisirs ? Comment les différentes esthétiques culturelles et les différentes formes de création artistique associées aux cultures du déplacement contribuent-elles à établir des représentations associées à des lieux ou à des territoires donnés ? Comment le jeu de la communication et du marketing, en particulier dans le cas du tourisme et des loisirs, se saisit-il de ces esthétiques pour renforcer l’expressivité des lieux ? Et comment ces effets esthétiques parviennent-il en retour, de manière performative, à influencer et à modifier la réalité des territoires ? 

Cette entrée débouche sur des considérations tantôt plus politiques, tantôt plus économiques. Elle suppose d’interroger les outils de gestion et de développement des lieux et leurs incidences culturelles. Comment les politiques publiques contribuent-elles à former l’image de lieux spécifiques pour en faire des paysages ou des territoires durablement marqués de cette identité mobile, transitoire ou furtive ? Comment, de cette manière, participent-elles à la redéfinition des contenus associés aux lieux ? Que construit-on ainsi ? Des paysages politiques (Don Mitchell, 2003), des icones spatiales, des patrimoines fugitifs par leur inscription éphémère ou multiple, des lieux de répulsion tout autant que d’attraction ? Qu’est-ce qui permet, en dépit de ces redéfinitions, de conserver à certains lieux un caractère patrimonial ? Selon quelles logiques symboliques se structurent des systèmes spatiaux spécifiques -parfois de véritables villes- nés du passage de populations en errance, en fuite ou en souffrance, mais aussi du commerce et des loisirs transfrontaliers, du tourisme ? 

4/ Axes de questionnement 

Afin de travailler ces différents questionnements, le colloque envisagera les comportements, gestes et paroles, écrits, œuvres graphiques, musiques et productions filmiques des diverses cultures nées du déplacement. Des contributions sont attendues de la part de chercheurs débutants ou confirmés en sciences humaines et sociales ainsi que de la part de professionnels impliqués dans les secteurs de l’art, de la culture, du tourisme et de l’aménagement du territoire. En parallèle à l’analyse des données factuelles et des formes et pratiques liées aux cultures du déplacement, les propositions pourront porter sur les discours qui leurs sont consacrés, les utilisations politiques qui en sont faites, les enjeux économiques qui en découlent, etc. A l’intérieur des deux entrées définies précédemment, seront privilégiées les propositions qui s’inscriront dans l’un ou l’autre des axes de questionnement suivants :

  • Les lieux au prisme de la mobilité : les influences des cultures du déplacement sur la signification des lieux ; le rôle des nomadismes, des itinérances, des voyages et des migrations sur la redéfinition des lieux ; les productions associées aux cultures du déplacement.
  • L’expressivité des lieux : les représentations du territoire dans l’art et la culture ; les manières de valoriser l’expressivité des lieux par la communication touristique et les loisirs ; les effets performatifs des œuvres d’art et de la communication sur l’autodéfinition des lieux.
  • Les modes de gestion et de développement des territoires en contexte de mobilité : l’influence des politiques publiques sur la définition des lieux et des territoires ; les outils de définition et de mesure du caractère patrimonial des territoires.

Références bibliographiques

Augé, Marc, 1997, L’impossible voyage. Le tourisme et ses images, Paris, Rivages Poche, petite bibliothèque.

Bernié-Boissard, Catherine (dir.), 2000, Espaces de la culture, politiques de l’art, Paris, L’Harmattan.Borges, J. L. 1974 [1956], Fictions, Paris, Gallimard, coll. Folio.

Cresswell, Tim, 1993, Mobility as resistance: a geographical reading of Kerouac’s “On the road”, Blackwell Publishing, on behalf of The Royal Geographical Society (with the Institute of British Geographers) Article Stable URL: http://www.jstor.org/stable/622366

Cresswell, Tim, 1996, In place/out of place: geography, ideology, and transgression, University of Minnesota Press.

Cresswell, Tim, 2006, On the Move: Mobility in the Modern Western World, London, Routledge.

Don Mitchell, 2003, “Cultural landscapes: just landscapes or landscapes of justice?”, Progress in Human Geography, 27-6, pp. 787-89.

Fournier, Laurent Sébastien, Dominique Crozat, Catherine Bernié-Boissard et Claude Chastagner (dir.), 2009, La fête au présent : mutations des fêtes au sein des loisirs, Paris : L’Harmattan, coll. Conférences universitaires de Nîmes.

Fournier, Laurent Sébastien, Dominique Crozat, Catherine Bernié-Boissard et Claude Chastagner (dir.), 2010, Développement culturel et territoires, Paris : L’Harmattan, coll. Conférences universitaires de Nîmes.

Glissant, Edouard, 2009, Philosophie de la relation, Paris, Gallimard.

La Soudière, Martin de, 2008, Lignes secondaires, Grâne (Drôme), Créaphis

Nora, Pierre (dir.), 1997 [1984], Les lieux de mémoire, 3 tomes, Paris, Gallimard, coll. Quarto.

Sansot, Pierre, 1984 [1973], Poétique de la ville, Paris, Klincksieck.

Sansot, Pierre, 1993, Jardins publics, Paris, Payot.

Sansot, Pierre, 1995, La France sensible, Paris, Payot. 

Comité d’organisation 

Partenaires 

  • Université de Nîmes, Université de Montpellier 3
  • CNRS Languedoc-Roussillon
  • Ville de Nîmes, Conseil général du Gard, Région Languedoc-Roussillon 

Calendrier

  • Appel à communications: 15 mars 2011 
  • Date limite de soumission des propositions de communication: 15 juin 2011 

  • Acceptation/refus des propositions : 15 octobre 2011 
  • Date limite de réception des premières versions des communications: 15 mars 2012 
  • Dates et lieu du colloque: 14-15-16 juin 2012, Université de Nîmes (France) 

Les propositions seront présentées sous la forme d’un document Word d’une à deux pages, comprises entre un minimum de 2000 signes et un maximum de 4000 et comprendront 5 mots clés : elles devront mentionner nom et prénom, discipline d’origine, statut, rattachement institutionnel de l’auteur et adresse électronique.

Les propositions seront impérativement rédigées en Times New Roman de 12 points, interligne 1,5. Le fichier informatisé du résumé envoyé aux organisateurs par voie électronique sera simplement nommé par les nom et prénom de l’auteur sous la forme : NOMPrénom.doc.

Les propositions de communication seront adressées exclusivement à :

christiane.lagarde@univ-montp3.fr  

Les communications pourront être données en français ou en anglais. 

Comité scientifique 

  • Jean-Pierre Augustin, professeur de géographie, Bordeaux
  • Jeremy Boissevain, professeur d’anthropologie sociale, Amsterdam
  • Jocelyne Bonnet-Carbonell, professeur d’ethnologie, Nîmes
  • Dominique Chevalier, maître de conférences en géographie, Lyon
  • Paul Claval, professeur de géographie, Paris
  • Isabelle Garat, maître de conférences en géographie, Nantes
  • Maria Gravari-Barbas, professeur de géographie, Paris
  • Mickael Janoschka, chercheur au CSIC, Madrid
  • Deborah Kapchan, professeur, performance studies, New York University
  • Régis Keerle, maître de conférences en géographie, Rennes
  • Frédéric Leriche, maître de conférences en économie, Toulouse
  • André Micoud, directeur de recherche au CNRS, Saint-Etienne
  • Dorothy Noyes, assistant-professor, cultural studies, Ohio State University
  • Claire Omhovère, professeur de littérature anglophone, Montpellier
  • Michel Rautenberg, professeur d’ethnologie, Saint-Etienne
  • Dominique Salini, professeur en arts, Corte
  • Alain Tarrius, professeur de sociologie, Toulouse
  • Laurier Turgeon, professeur d’ethnologie, Québec

Catégories

Lieux

  • Rue du Docteur Salan (Université de Nîmes - centre Vauban)
    Nîmes, France

Dates

  • mercredi 15 juin 2011

Mots-clés

  • géographie, ethnologie, études culturelles

Contacts

  • Christiane Lagarde
    courriel : christiane [dot] lagarde [at] univ-montp3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Laurent-Sébastien Fournier
    courriel : laurent [dot] fournier [at] univ-nantes [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les cultures du déplacement », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 13 avril 2011, http://calenda.org/204066