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Fonder les sciences du territoire

Founding territorial sciences

Colloque fondateur du GIS Collège international des sciences du territoire

Founding symposium of the International College of Territorial Sciences

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Publié le mercredi 13 avril 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Le territoire est omniprésent dans plusieurs des défis auxquels les sociétés contemporaines sont confrontées. Qu’il s’agisse du changement climatique ou de la transition énergétique, du vieillissement de la population, de l’accroissement des inégalités sociales, des rapports ville-campagne, des questions migratoires et identitaires, ou encore des nouvelles relations Nord-Sud, la dimension territoriale est souvent importante voire déterminante. Ce constat est-il suffisant pour justifier la mise en place d’un nouveau champ scientifique : les « sciences du territoire » ? Pour répondre à cette question, le GIS Collège international des sciences du territoire organise un colloque international « fonder les sciences du territoire » (23-25 novembre 2011, Paris).

Annonce

Objectifs

Le territoire est omniprésent dans plusieurs des défis auxquels les sociétés contemporaines sont confrontées. Qu’il s’agisse du changement climatique ou de la transition énergétique, du vieillissement de la population, de l’accroissement des inégalités sociales, des rapports ville-campagne, des questions migratoires et identitaires, ou encore des nouvelles relations Nord-Sud, la dimension territoriale est souvent importante voire déterminante. Ce constat est-il suffisant pour justifier la mise en place d’un nouveau champ scientifique : les « sciences du territoire » ?

Cet intérêt pour le territoire pourrait surtout témoigner de l’avancée sur ce terrain des autres sciences (l’histoire, l’économie, la démographie, le droit, la science politique, l’agronomie, la climatologie etc.), et le réduirait à un simple objet multidisciplinaire. Autrement dit, le succès du territoire ne signalerait-il pas tout bonnement un ensemble divers de problèmes territoriaux posés aux sociétés et aux disciplines scientifiques existantes ?

A l’inverse, on peut considérer que le territoire constitue à la fois un révélateur puissant de la complexité contemporaine et une ressource pour l’action. Dans une société qui promeut la mobilité, l’accessibilité et la dérégulation, les instances productrices de normes, de repères et de recommandations se multiplient nécessairement. Il en résulte une complexité inédite dans laquelle le sens de l’action individuelle et collective n’est plus ni donné a priori, ni limité. Il se construit, se recompose, à toutes les échelles, rendant la cohérence de l’ensemble de moins en moins lisible.

Bien au-delà d’un simple objet multidisciplinaire, le territoire serait alors ce « révélateur » grâce à plusieurs qualités liées : la délimitation (tracée ou progressive, avec toutes les questions relatives aux seuils et aux effets frontière), qui peut contrecarrer l’accessibilité ; la matérialité du lieu, c’est-à-dire les caractéristiques (biologiques, physiques ou sociales) locales qui rappellent l’inertie structurante du temps passé et les rythmes spécifiques à chaque territoire ; les interactions (sociales, économiques, spatiales, politiques…), qu’elles s’exercent à l’échelle locale ou qu’elles articulent des échelles différentes, qui dessinent le territoire de manière particulière et non générique. Par ailleurs le territoire est de plus en plus mobilisé dans les représentations individuelles ou collectives (le territoire comme récit social susceptible de résoudre la complexité) ; dans l’allocation des ressources, des activités, et des responsabilités (le territoire comme choix structurant) ; et, enfin, pour l’action (le territoire comme principale assise de la légitimité).

L’analyse de ces qualités dépend centralement des informations territoriales disponibles (données statistiques, photographiques, iconographiques…), des catégories techniques, administratives ou politiques qui les encadrent, et de leurs méthodes de traitement.

L’information territoriale est partie prenante de la modification générale du rapport entre savoir et société : la société de la production du sens et du projet suppose la participation de tous les acteurs (débats sur la démocratie participative, sur la « démocratie technique »…). Du fait de sa complexité, le savoir est de plus en plus une affaire d’experts, or cette appropriation du savoir comme de la décision est de moins en moins admise. Porter le savoir à la connaissance large des acteurs nécessite de disposer d’outils de représentation du savoir, de visualisation des informations et des débats. Le territoire n’est-il pas une base pertinente de rencontre entre les savoirs et la « demande sociale » à travers le débat public ?

Succès grandissant des questions territoriales (environnement, développement, gouvernance, mobilités, relations internationales…), rôle du territoire comme révélateur de la complexité contemporaine, comme vecteur de la rencontre avec la demande sociale et comme ressource pour l’action collective : on conçoit que les disciplines scientifiques concernées par le colloque sont nombreuses. Celles qui se sont constituées avant tout sur un objet spatial (géographie, aménagement, urbanisme, architecture) et celles qui mobilisent une dimension spatiale (démographie, géopolitique, sociologie urbaine, économie spatiale…) apportent une contribution essentielle. Mais le champ des sciences du territoire intéresse bien d’autres sciences sociales (sociologie de l’action publique, économie institutionnaliste, droit de l’environnement, droit international…) ainsi que les sciences de la nature (hydrologie, géologie…), les sciences de la vie (biologie, agronomie, santé…), les sciences de l’ingénieur (géomatique, modélisation, systèmes complexes).

L’ambition du CIST est de montrer en quoi le territoire est une approche pertinente d’enjeux pluridisciplinaires tels que :

  • l’articulation entre échelons individuel et collectif (parcours individuels et mobilités collectives, questions identitaires ; pratiques spatiales et fragmentation sociale ; politiques individuelles ou territoriales…) ;
  • les nouvelles normes et régulations suscitées par la mondialisation (nouveau rôle de l’Etat et multiplication des producteurs de normes ; dépassement des régulations nationales par la montée du local et du transnational ; biens communs et gouvernance par la mobilisation multi acteurs…) ;
  • les temporalités et ruptures dans les événements sociaux, physiques ou biologiques (vulnérabilité et risques ; sécurité, durabilité et résilience ; politiques de prévention et gestion des crises ; le besoin du temps long de la planification face à l’accélération des pratiques sociales…).

La rencontre entre les disciplines prendra des formes différentes selon que l’on envisage les sciences du territoire :

  1. soit comme un savoir scientifique. Les sciences du territoire sont alors envisagées à travers un ensemble de disciplines scientifiques que l’on confronte pour comprendre, de manière minimalement harmonisée, la dimension territoriale de leurs objets propres. Le concept de territoire sera discuté afin d’en constater les acceptions et les éventuels écarts d’une discipline à l’autre, et la prise en compte de l’espace obéira à des méthodes un tant soit peu comparables. Il faudra plutôt parler des sciences du territoire comme d’une méthodologie ;
  2. soit comme une discipline scientifique émergente. Il faudra alors en définir les concepts, les lois et les méthodes d’analyse. L’énergie des chercheurs devra se concentrer sur le concept de territoire lui-même davantage que sur des grands enjeux cognitifs (le rapport individu-collectif etc.), ou plus précisément ces derniers fourniront l’occasion d’avancer dans une meilleure connaissance de l’objet scientifique qu’est le territoire.

Le colloque devra répondre à cette alternative, à travers les thèmes proposés suivants.

Thèmes des communications attendues

Définir les sciences du territoire

L’importance des enjeux territoriaux justifie-t-elle une nouvelle discipline qui leur soit dédiée ? Un cas de figure un peu moins ambitieux serait la constitution des sciences du territoire comme champ interdisciplinaire, de la même façon que d’autres sciences sont apparues aux marges de plusieurs disciplines, constituant soit des disciplines charnières (biochimie, astrophysique…), soit des ensembles englobant plusieurs disciplines (sciences cognitives, systèmes complexes…). Dans le cas de figure le plus réducteur, le territoire constituerait un simple objet multidisciplinaire.

L’information territoriale  

Ce thème porte sur la capacité des bases de données territoriales à tenir compte des interactions entre les échelles globale, régionale, locale et micro locale ; sur l’intégration des données appartenant à des champs différents (question des métadonnées et de la variété normatives des données selon les pays et les institutions productrices) ; sur les implications de l’intégration temporelle des données pour l’analyse prospective ; sur l’interopérabilité des informations. Il porte aussi sur la production d’outils de visualisation des données et d’outils d’aide à la décision.

Mobilités, identités et territoires 

Ce thème porte sur l'articulation entre territoires et identités dans un contexte de mobilité croissante et de complexification des parcours individuels. Il s’intéresse à l’articulation des différentes temporalités de la mobilité en lien avec leurs inscriptions spatiales. Il questionne le territoire comme matériau de « fabrique identitaire », qu’il soit produit par l’action politico-administrative dans le cas de découpages territoriaux (maillages, frontières, territoires de l’action publique..), ou approprié de manière individuelle ou collective dans la formation d’un sentiment d’appartenance. Il envisage le territoire comme une ressource mobilisée inégalement par les individus, les groupes et les institutions.

Conflits, compromis et gouvernance territoriale

Les nouveaux enjeux de la gouvernance (conflits et compromis entre des acteurs de plus en plus diversifiés, concurrence entre les normes selon les contextes culturels, efficience de l’action publique et des nouvelles régulations de l’échelle locale à l’échelle internationale) peuvent être mieux compris en les testant sur des territoires, dont certains se révèlent particulièrement éclairants : territoires transfrontaliers, biens communs, grandes régions plurinationales (l’Europe et ses voisinages, etc.).

Risques et territoires 

La demande sociale est croissante sur le thème des risques : importance des outils pour informer les acteurs de terrains sur les enjeux, multiplication des études et des plans de prévention, mais absence fréquente de préparation des autorités publiques en particulier dans les pays en développement. La nécessité d’analyser l’ensemble de la chaîne du risque (« naturel », technologique…) demande un décloisonnement : entre disciplines ; entre recherche et demande sociale ; entre les différentes composantes que l’approche territoriale permet d’intégrer : causes (souvent systémiques), aléa, crise, gestion de la crise, évaluation des vulnérabilités et prévention.

Biodiversité et territoires 

La dimension spatiale des interactions entre les sociétés et la biodiversité au sein de territoires et de paysages est un bon poste d’observation de la co-évolution des systèmes sociaux et de la biodiversité : quels sont les effets des changements de la biodiversité sur les sociétés ? Quels sont les effets d’éventuels réarrangements spatiaux d’espèces, de populations ou de gènes sur ces territoires ? Comment gérer des masses d’informations toujours plus importantes et en tirer des recommandations pour les politiques spatialisées ?

Agricultures, territoires et développement durable

L’agriculture est passée d’un statut volontiers décrit comme celui d’un secteur du passé, au statut d’un domaine d’enjeux transversaux de première importance : concurrence croissante sur l’accès aux ressources agroalimentaires (sécurité alimentaire, rachats de terres par des Etats étrangers…), protection sanitaire des consommateurs, préservation des ressources naturelles, maintien de la biodiversité, de la diversité culturelle. Cette transversalité a une dimension territoriale essentielle.

Territoires et santé

Telle que l’OMS la définit, la santé est une notion particulièrement transversale qui implique la satisfaction des besoins fondamentaux de la personne : affectifs, sanitaires, nutritionnels, sociaux ou culturels. Les territoires jouent un rôle important pour caractériser et comprendre le niveau sanitaire d’une population, pour analyser et mettre en œuvre les systèmes de soin, pour repérer les alertes et prévenir les risques de contagion (observatoires de santé publique).

Autres thèmes 

Des chercheurs souhaitant proposer une communication dans un autre thème que ceux indiqués pourront le faire, à condition de se placer dans le triptyque : théorisation du champ interdisciplinaire des sciences du territoire / information territoriale / demande sociale.

Modalités de soumission

Comment et quand répondre ?

La proposition de communication devra être rédigée en français ou en anglais, et se conformer au modèle joint en annexe et disponible sur le site du colloque. Cette proposition devra être comprise entre 8 000 et 16 000 signes. Chaque proposition sera expertisée par le Comité scientifique du colloque.

Dates importantes

  • soumission des propositions de communication au plus tard le 5 septembre 2011, exclusivement par voie électronique à l’adresse : contact@gis-cist.fr

  • réponse du Comité scientifique aux auteurs le 30 septembre 2011.

Publication des communications

La totalité des communications acceptées seront publiées dans des Actes du colloque qui seront disponibles à l’ouverture du colloque. Par ailleurs la synthèse scientifique du colloque ainsi qu’une version plus longue de certaines communications pourront faire l’objet d’une autre publication scientifique sous forme d’ouvrage collectif ou de numéro spécial de revue.

Comité scientifique

  • Catherine AUBERTIN, Directrice de recherche en économie, IRD, Brésil ;
  • Roberto CAMAGNI, Professeur d’économie, Université de Milan, Italie ;
  • Jean-Louis CHALEARD, Professeur de géographie, Université Paris 1 ;
  • Marianne COHEN, Maître de conférences en géographie, Université Paris Diderot ;
  • Alain DUBRESSON, Professeur de géographie, Université Paris Ouest Nanterre la Défense ;
  • Laurent FARET, Professeur de géographie, Université Paris Diderot ;
  • Antoine FLAHAULT, Professeur de médecine, épidémiologiste, EHESP, Rennes ;
  • Jérôme GAILLARDET, Professeur de géochimie, Institut de Physique du Globe de Paris ;
  • Michael F. GOODCHILD, Prof. de géographie, Université de Californie Santa Barbara, USA ;
  • Maria GRAVARI-BARBAS, Professeur de géographie, Université Paris 1 ;
  • Danièle HERVIEU-LEGER, Directrice d'études en sociologie, EHESS, Paris ;
  • Martine HOVANESSIAN, Directrice de recherche en anthropologie, CNRS, Paris ;
  • Charles LE CŒUR, Professeur de géographie, Université Paris 1 ;
  • Jean-François LEGER, Maître de conférences en sociologie, Université Paris 1 ;
  • Eva LELIEVRE, Directrice de recherche démographie, Ined, Paris ;
  • Marie-Louise PELUS-KAPLAN, Prof. émérite d’histoire moderne, Université Paris Diderot ;
  • Antoine PICON, Professeur d’histoire de l’architecture, Université de Harvard, Etats-Unis ;
  • Denise PUMAIN, Professeur de géographie, Université Paris 1 ;
  • Richard RAYMOND, Chargé de recherche en géographie, CNRS, Paris ;
  • Anne RUAS, Ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts, IGN, Paris ;
  • Lena SANDERS, Directrice de recherche en géographie, CNRS, Paris ;
  • Christian SCHULZ, Professeur de géographie, Université de Luxembourg ;
  • Christine ZANIN, Maître de conférences en géographie, Université Paris Diderot.

Comité d'organisation (GIS CIST)

  • Pierre BECKOUCHE, Professeur de géographie, Université Paris 1 ;
  • Chloé DIDELON, Ingénieure d’études, CIST, Paris ;
  • Timothée GIRAUD, Ingénieur d’études, CIST, Paris ;
  • Claude GRASLAND, Professeur de géographie, Université Paris Diderot ;
  • France GUERIN-PACE, Directrice de recherche en démographie, Ined, Paris ;
  • Jean-Yves MOISSERON, Chargé de recherche en économie, IRD, Paris ;
  • Marta SEVERO, Ingénieure d’études, CIST, Paris.

Contacts

Catégories

Lieux

  • 1 place Aristide Briand (Espace Isadora Duncan - Campus Meudon Bellevue CNRS)
    Meudon, France

Dates

  • lundi 05 septembre 2011

Fichiers attachés

Mots-clés

  • territoire, sciences du territoire, urbanisme, aménagement, mobilités, information territoriale, gouvernance, risques, biodiversité, agriculture, santé, médias

Contacts

  • Chloé Didelon
    courriel : contact [at] gis-cist [dot] fr

Source de l'information

  • Marta Severo
    courriel : marta [dot] severo [at] u-paris10 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Fonder les sciences du territoire », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 13 avril 2011, http://calenda.org/204069