AccueilRationalité et cognition politique : obéir et désobéir dans les régimes démocratiques et autoritaires

Rationalité et cognition politique : obéir et désobéir dans les régimes démocratiques et autoritaires

Rationality and political cognition: obeying and disobeying in democratic and authoritarian régimes

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Publié le lundi 18 avril 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Dans le cadre des activités du Collège de France au Maroc et en partenariat avec le Centre Jacques Berque de Rabat, le professeur Jon Elster donnera une conférence publique et participera à un séminaire.

Annonce

Rationalité et cognition politique : obéir et désobéir dans les régimes démocratiques et autoritaires le mardi 19 avril à la Faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales d'Aïn Sbaâ (Casablanca), à partir de 10h.

Ce séminaire est organisé par le Laboratoire LISE (Aïn Sbaâ) et le Centre Jacques Berque, en coopération avec Sciences-Po Rabat.

Argumentaire

1. Obéir est une conduite publique. On n’obéit pas en secret. Désobéir est une conduite publique ou privée. La désobéissance publique, dite aussi « désobéissance civile » est un acte doté explicitement ou implicitement d’une valeur politique. La désobéissance privée peut avoir des conséquences sociales si elle est répandue. Ces conséquences peuvent être politiques.

2. La désobéissance civile consiste à ne pas faire quelque chose que la loi ou la réglementation existantes commandent de faire, et de le déclarer : Rosa Parks refuse de céder sa place à un passager blanc dans un bus le 1er décembre 1955 en Alabama violant ainsi une loi organisant l’espace public en fonction de la race ;  Mohandas  Karamchand Gandhi organise une marche pour la récolte du sel en mars 1930 violant ainsi une loi britannique sur le monopole du sel. Cette désobéissance n’est pas forcément concertée ou, tout au moins, pas concertée de manière rigide. En même temps, on peut désobéir, sans le proclamer, à toutes sortes de lois et de règlements. Si l’on élimine la délinquance organisée, ces désobéissances expriment une évaluation individuelle des normes. On les considère comme inappropriées. Avoir des relations sexuelles en dehors du mariage dans un pays où de telles relations sont proscrites, avorter, consommer certaines substances, pratiquer le téléchargement illicite, se procurer des livres interdits, rompre ostensiblement le jeûne du mois de Ramadan, sont des exemples de désobéissance. Est-il plus rationnel de désobéir sans contester que de désobéir en contestant, c’est-à-dire en proclamant sa désobéissance ? Tout dépend du but que l’on recherche. S’il s’agit d’aménager sa vie, il est probablement plus rationnel de suivre la morale de Florian : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Cette rationalité à un coût individuel et un coût collectif. Le coût individuel, c’est, bien sûr, l’inconfort et le risque, mais souvent le risque est limité et l’inconfort assez faible. Le coût collectif peut être résumé ainsi : désobéir en privé sur des sujetsd’ordre public revient à dissimuler ses préférences et donc à conforter des préférences que l’on désapprouve et un type de société dans laquelle on est mal à l’aise.

3. La question se pose des gains comparés de la désobéissance privée et de la désobéissance proclamée. On met ici de côté la position de l’égoïste qui considère que la vie lui convient telle quelle est, dès lors qu’il peut désobéir en privé sans risques (du moins sans risques majeurs). On peut tout d’abord penser que l’accumulation des désobéissances privées, dans certains domaines, amènera d’elle-même une révision de la législation et de la réglementation. Mais rien ne l’indique. Si la majorité demeure silencieuse, on peut imaginer que la minorité soutenant le statu quo, n’aura aucune raison d’envisager une révision. Au contraire, elle sera confortée dans sa position par les conséquences de la dissimulation des préférences. En même temps, il n’est pas certain que les partisans du statu quo soient une minorité ; ils peuvent constituer une majorité. Dans ce cas, proclamer ses préférences en rendant la désobéissance publique, c’est entrer dans un processus de confrontation avec la majorité  – c’est-à-dire avec un ensemble de  personnes ayant une opinion plus ou moins arrêté et plus ou moins formée sur le sujet de la désobéissance. Pour une partie d’entre elles, la désobéissance peut signaler un problème de société ; pour une autre partie, elle demeurera ce qu’elle est techniquement, une forme plus ou moins grave de délinquance. La question qui se pose alors – tout au moins la principale – est celle des procédures qui peuvent amener la transmutation catégorielle d’une action, la faisant passer de la « désobéissance » à l’expression d’une préférence légitime.

4. Le même argument est la même question finale valent pour l’obéissance : quelles sont les procédures qui peuvent soumettre l’obéissance à la même sorte de transmutation, faisant qu’obéir n’est plus une action légitime ?

Le séminaire discutera de ces quatre points en portant un intérêt particulier au moment de la révision du mode d’action en cours, obéir, désobéir publiquement ou désobéir en privé.

Lundi 18 avril 2011 : conférence publique

le professeur Jon Elster donnera une conférence publique sur le thème de la justice transitionnelle le lundi 18 avril à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, à partir de 18h.

Mardi 19 avril 2011 : Séminaire « Rationalité et cognition politique »

Ce séminaire se déroulera à la Faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales d'Aïn Sbaâ, à partir de 10h. Ce séminaire est organisé par le Laboratoire LISE (Aïn Sbaâ) et le CJB, en coopération avec Sciences-Po Rabat. Participeront à ce séminaire :

  • M. Tajeddine Baddou, directeur de l’Institut d’études politiques et juridiques de l’UIR (Université internationale de Rabat) ;
  • M.  Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS, Centre Jacques Berque (Rabat) ;
  • M. Mohamed S. Janjar, directeur adjoint de la Fondation du Roi Abdul Aziz Ibn Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines (Casablanca) ;
  • M. Mohamed Khanchi, professeur à Sciences-Po Rabat ;
  • M. Jon Elster,  épistémologue, Collège de France
  • M. Abdallah Labdaoui, professeur à la Faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales d'Aïn Sbaâ ;
  • M. Abdallah Saaf, professeur à l’Université Mohammed V de Rabat-Agdal.

Lieux

  • Faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales d'Aïn Sbaâ
    Rabat, Maroc

Dates

  • lundi 18 avril 2011
  • mardi 19 avril 2011

Mots-clés

  • justice, rationalité, cognition politique, régime démocratique, régime autoritaire, sciences sociales

Contacts

  • Jean-Noël Ferrié
    courriel : jeannoel [dot] ferrie [at] cjb [dot] ma

URLS de référence

Source de l'information

  • Catherine Filippone
    courriel : catherine [dot] filippone [at] cjb [dot] ma

Pour citer cette annonce

« Rationalité et cognition politique : obéir et désobéir dans les régimes démocratiques et autoritaires », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 18 avril 2011, http://calenda.org/204084