AccueilRévolution française et cultures populaires dans le monde aujourd’hui : mythologies contemporaines

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Publié le mardi 19 avril 2011 par Karim Hammou

Résumé

« L’écriture révolutionnaire fut comme l’entéléchie de la légende révolutionnaire : elle intimidait et imposait une consécration civique du Sang ». Rares sont les événements historiques ayant, au point de la Révolution française, engendré leur propre mythologie spontanée, conditionnant pour les siècles qui ont suivi sa perception fantasmatique et projective qui est encore dans une large mesure la nôtre aujourd’hui.

Annonce

« Sans ce drapé extravagant, propre à tous les grands révolutionnaires, (…) la Révolution n’aurait pu être cet événement mythique qui a fécondé l’Histoire et toute idée de la Révolution. L’écriture révolutionnaire fut comme l’entéléchie de la légende révolutionnaire : elle intimidait et imposait une consécration civique du Sang »[1]. Rares sont les événements historiques ayant, au point de la Révolution française, engendré leur propre mythologie spontanée, conditionnant pour les siècles qui ont suivi sa perception fantasmatique et projective qui est encore dans une large mesure la nôtre aujourd’hui. Scène primitive à l’efficacité rituelle et symbolique inégalée ; mythe fondateur à vocation d’édification nationale et de légitimation institutionnelle ; fiction patrimoniale dont l’héritage nous est transmis en partage ; matrice d’un consensus qui n’est pas toujours unanime sur les valeurs démocratiques et républicaines ; source d’inspiration d’une production artistique tantôt critique et subversive, tantôt conformiste et consensuelle ; matière dont s’emparent les cultures populaires à travers toutes sortes de représentations et surtout, de médiations symboliques, parfois inattendues, la Révolution française n’a peut-être jamais été aussi présente qu’aujourd’hui, à la fois dans le discours, en régime de « mythocratie », et dans les objets, qui fonctionnent comme un système de signes, autrement dit, comme un « mythe moderne », au sens de Roland Barthes[2].

Souvent analysée en terme de « légende »[3], insistant sur son caractère d’avènement fondateur, la Révolution l’est moins comme une « mythologie » propre à notre temps. Une telle notion s’avère pourtant féconde pour envisager les réappropriations et détournements de son imaginaire symbolique, en particulier au sein des cultures populaires et de leurs relais médiatiques de masse. La plupart du temps à dominante essentiellement visuelle, alors que la connaissance érudite et historiographique est plutôt fondée sur des ressources textuelles, ces représentations populaires, parfois très documentées, entretiennent sciemment (transgression, falsification, travestissement) ou inconsciemment (ignorance, clichés, stéréotypes), des effets de distorsion avec la culture savante et le discours officiel de consécration républicaine. Or ce sont précisément ces « idées fausses » qui, selon la perspective adoptée ici, sont dignes d’intérêt dans la perspective d’une histoire sociale et culturelle de l’imaginaire révolutionnaire contemporain. Une attention toute particulière sera accordée aux phénomènes de transferts, de réinterprétations et de représentations, dans les cultures étrangères et aires géographiques les plus diverses, de ce mythe national fondateur souvent considéré comme emblématique. Plus affranchies d’un certain devoir de mémoire nationale, soustraites, en partie au moins, aux batailles historiographiques qui président à l’affrontement idéologique autour de l’histoire officielle, les cultures populaires, a fortiori lorsqu’elles proviennent de cultures étrangères, sont en effet souvent plus à même de se saisir de ce patrimoine et de sa puissance de germination symbolique pour parfois en renouveler la perception aussi bien que les usages.

Si l’historiographie de la Révolution française a bénéficié, depuis un certain nombre d’années, de travaux novateurs et de perspectives de recherche fécondes, interrogeant les discours de savoir qui lui sont consacrés, tel est moins le cas du processus de mémoire sélective et de réinvestissement symbolique au fondement de nos représentations sociales et culturelles contemporaines, qui innervent jusqu’aux cultures du quotidien et se cristallisent dans des objets issus de la société et de la culture de masse. Le réinvestissement de patrimoine historique est en effet devenu une pratique courante concernant la Révolution, non seulement au sein du discours politique et médiatique, mais encore au sein des formes dérivées de cultures et de pratiques populaires, qui peut adopter les manifestations les plus diverses, depuis l’objet décoratif jusqu’à l’image animée ou la performance. Leur analyse et leur conservation sont d’autant plus urgentes que leurs supports, considérés comme impurs et partie prenante de processus de diffusion massifiée et de consommation à grande échelle, sont particulièrement altérables, périssables et sujets aux modes de conservation aléatoires ou arbitraires de collectionneurs privés, évoluant aux gré des modes et des mythologies personnelles. En effet, leur patrimonialité ne va pas de soi, impliquant une conception élargie de l’historiographie révolutionnaire et prenant parfois la forme d’un patrimoine culturel immatériel. On cherchera donc à constituer comme objets scientifiques entièrement légitimes les idées et représentations, parfois fausses sur le plan historiographique, de ces imaginaires révolutionnaires profondément enracinés dans une diffuse conscience collective, nourrissant une opinion commune stéréotypée, mais aussi fantasmatique, source d’une interrogation renouvelée sur les représentations de l’Histoire. 

Plusieurs pistes sont privilégiées, qui n’excluent pas d’autres approches possibles : 

  • On interrogera les effets de citation, de transposition et surtout, de focalisation de l’opinion commune sur certains épisodes considérés comme emblématiques, sur les structures topiques récurrentes données pour représentatives d’une vulgate ou pour le moins, d’un imaginaire révolutionnaire largement partagé, en France comme, selon des modalités différentes, à l’étranger.
  • On identifiera, sous bénéfice d’inventaire, les formes de figuration et de diffusion, parfois à très grande échelle, d’une doxa associée aux mythologies révolutionnaires, à travers différentes sources de médiation : syntagmes cristallisés dans le langage courant, fictions policières, littérature populaire, cinéma et produits dérivés, bandes dessinées, mangas, spectacles de reconstitution historique, comédies musicales, animations de sites touristiques (sons et lumières), produits de consommation courante, industries du luxe, mode et haute couture, arts décoratifs, clips musicaux, opéras rock, animations, pornographie, publicités, jeux pour enfants, célébrations telles que celles du Bicentenaire… On cherchera à retracer les modes de citation et de circulation, parfois inattendus, des objets et images afin d’en interroger les usages sociaux et les pratiques culturelles qui leurs sont associées.
  • On envisagera les postures dont relèvent ces modes de réappropriation spontanés, souvent revendiqués comme tels, véhiculés par les cultures populaires, aux marges de tout discours savant ou de toute forme de consécration institutionnelle ou académique, et tout particulièrement les écarts, contresens, illusions rétrospectives, actualisations, déterritorialisations, erreurs de perspective, anachronismes assumés, voire revendiqués par ces supports de diffusion à grande échelle affranchis des règles de l’érudition savante.
  • On analysera enfin les tentatives d’instrumentalisation, tantôt à des fins idéologiques, tantôt en fonction de considérations commerciales, voire simplement ludiques, de ces stéréotypes révolutionnaires, sources d’une mobilisation collective d’autant plus efficace qu’elle prétend s’affranchir de l’Histoire au profit de relectures actualisantes ou iconoclastes et s’enracine dans une période historique – la nôtre – marquée par la prédominance de l’art de raconter des histoires comme mode de gouvernement des esprits et de production des affects.

Événements associés au colloque scientifique, en partenariat avec le Musée de la Révolution française à Vizille :

  • Réalisation d’une exposition qui se déroulera de décembre 2012 à juin 2014, portant sur « La Révolution française dans les cultures et pratiques populaires aujourd’hui » ;
  • Conception d’une salle permanente du musée consacrée au cinéma, inaugurée en juillet 2014, « La révolution fait son cinéma » ;
  • Conception et animation d’un site internet proposant une base de données élargies et de ressources virtuelles consacrées à la représentation de la Révolution française dans les cultures et pratiques populaires.

Comité d’organisation : Alain Chevalier (directeur du Musée de la Révolution française) et Martial Poirson (Université Stendhal-Grenoble III, UMR LIRE-CNRS).

Présidents du comité scientifique : Daniel Roche (Collège de France) ; Robert Darnton (Library of Harvard University). 

Comité scientifique

Baczko Bronislaw (Université de Genève, Suisse) ; Jacques Berchtold (Université Paris IV-La Sorbonne) ; Serge Bianchi (Université de Rennes II) ; Michel Biard (Université de Rouen) ; Jean-Claude Bonnet (Université Paris IV-La Sorbonne-CNRS CELLF) ; Philippe Bourdin (Université de Clermont-Ferrand, Société d’Etudes robespierristes) ; Gregory Brown (University of Nevada, Las Vegas, Etats Unis) ; Alain Chevalier (directeur du Musée de la Révolution française) ; Yves Citton (Université Stendhal-Grenoble III, UMR LIRE-CNRS) ; Antoine de Baecque (Université Paris Ouest-La Défense) ; Michel Delon (Université Paris IV-La Sorbonne) ; Pierre Frantz (Université Paris IV-La Sorbonne) ; Jean-Marie Goulemot (Université François Rabelais-Tours) ; Laurent Loty (Université Paris IV-La Sorbonne-CNRS CELLF) ; Sarga Moussa (UMR LIRE-CNRS) ; Martial Poirson (Université Stendhal-Grenoble III, UMR LIRE-CNRS) ; Michel Porret (Université de Genève, Suisse) ; Jeffrey Ravel (Massachusetts Institut of Technology, Boston, Etats Unis) ; Pierre Serna (Université Paris I Panthéon Sorbonne, Institut d’histoire de la Révolution française) ; Jean Sgard (Université Stendhal-Grenoble III, UMR LIRE-CNRS) ; Guy Spielmann (Georgetown University). 

Partenaires du projet

Musée de la Révolution française ; Bibliothèque nationale de France ; Comédie-Française ; Institut d’histoire de la Révolution française ; Société française d’études sur le dix-huitième Siècle ; Société des études robespierristes ; UMR LIRE-CNRS ; Université Stendhal-Grenoble III ; Voltaire Foundation ; Groupe d’études du XVIIIe siècle (UNIGE, Suisse). 

Propositions

Prière d’envoyer vos propositions de contribution, d’environ 750 mots, avec un titre, incluant vos coordonnées, votre appartenance institutionnelle, une adresse postale et une adresse électronique

avant le 15 Juillet 2011

à Martial Poirson, martial.poirson@yahoo.fr et LIRE Secrétariat, umrlire@u-grenoble3.fr

[1] Roland Barthes, Le degré zéro de l’écriture, « Ecritures politiques », in Œuvres complètes, Paris, Seuil, 2002, volume I, pp. 134-135.

[2] Roland Barthes, Mythologies, « Le mythe aujourd’hui », Paris, Seuil, 1957, pp. 193-247.

[3] Christian Croisille et Jean Ehrard (dir.), La légende de la Révolution, Presses de l’université de Clermont-Ferrand, 1988 ; Jean-Claude Bonnet et Philippe Roger (dir.), La légende de la Révolution au XXe siècle, de Gance à Renoir, de Romain Rolland à Claude Simon, Paris, Flammarion, 1989.

Lieux

  • Musée de la Révolution
    Vizille, France

Dates

  • vendredi 15 juillet 2011

Contacts

  • Julie Ridard
    courriel : umrlire [at] u-grenoble3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Marianne Dubacq
    courriel : marianne [dot] dubacq [at] u-grenoble3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Révolution française et cultures populaires dans le monde aujourd’hui : mythologies contemporaines », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 avril 2011, http://calenda.org/204103