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Le laïc et le religieux dans l’action humanitaire

Secular and Faith-based development

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Publié le lundi 16 mai 2011 par Karim Hammou

Résumé

Les organisations motivées par la foi (organisations d’origine confessionnelle, ou « ONGc ») jouent un rôle majeur et, semble-t-il, croissant dans l’action humanitaire et le développement international. Peut-on pour autant présupposer une distinction entre les catégories de laïc et de religieux en reprenant cette nomenclature (ONG vs. ONGc) ? Une frontière tracée a priori entre l’action pour le « développement », d’une part, et l’action « missionnaire », d’autre part — la première étant naïvement estimée laïque, la seconde comme hors du champ des development studies — est sans cesse défaite par l’expérience de terrain, qui montre la fluidité des identités des acteurs et le passage de l'un à l'autre type d’action, voire leur chevauchement. C'est précisément cette fluidité des catégories que ce numéro de la revue A contrario (www.cairn.info/revue-a-contrario.htm) propose d’interroger.

Annonce

APPEL À CONTRIBUTIONS

Le laïc et le religieux dans l’action humanitaire

A contrario (www.cairn.info/revue-a-contrario.htm)

Revue interdisciplinaire de sciences sociales

Les auteur-e-s devront prendre contact avec les coordinateurs du numéro, Jamie Furniss(jamie.furniss@mom.fr) et à Daniel Meier (daniel.meier@graduateinstitute.ch), pour soumettre leur projet (titre et résumé d’une page, accompagnés de leur nom, coordonnées, affiliation institutionnelle)

avant le 10 juin 2011.

ARGUMENTAIRE

Les organisations motivées par la foi (organisations d’origine confessionnelle, ou « ONGc ») jouent un rôle majeur et, semble-t-il, croissant dans l’action humanitaire et le développement international (DURIEZ, et al. 2007). Elles aident ainsi à fournir des services de base et à défendre les droits fondamentaux des réfugiés soudanais au Caire, elles fournissent des soins et assurent le traitement du VIH/SIDA en Afrique subsaharienne, elles distribuent les denrées alimentaires fournies par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) des Nations Unies… Ceci n’est pas l’apanage exclusif des organisations confessionnelles chrétiennes : du Secours Islamique à Islamic Relief Worldwide, les ONG islamiques (GHANDOUR 2002), ainsi que celles d’autres confessions, participent pleinement à cet essor bien que, pour le moment, elles soient moins connues et étudiées. La question du moins épineuse et possiblement embarrassante de savoir si la culture et l’idéologie chrétiennes, en mettant l’accent sur la charité, l’initiative individuelle, et la construction d’institutions, soient en plus grande congruence avec la participation aux activités de l’ONU et à l’action humanitaire est désormais posée (BERGER 2007: 37).

Peut-on pour autant présupposer une distinction entre les catégories de laïc et de religieux en reprenant cette nomenclature (ONG vs. ONGc) ? Cette grille d’analyse est-elle réellement pertinente et opératoire ? La solidarité internationale, l’action humanitaire et l’aide au développement tels que nous les connaissons aujourd’hui, avec leur vocation universelle de l’achèvement de l’être humain, sont en grande partie l’aboutissement d’une « sécularisation de l’utopie missionnaire en utopie du développement » (PRUDHOMME 2007: 66). Cette sécularisation a accompagné les mutations des relations Nord-Sud après la chute de l’ordre colonial (ESCOBAR 1995) et la transformation du concept de mission à l’issue du concile de Vatican II (CHEZA, et al. 1999). Depuis la décennie 1990 et la rhétorique en vogue de « bonne gouvernance », la mention de « société civile » est devenue une formule quasi-incontournable pour bénéficier du soutien de la communauté internationale (FERJANI 2008), contribuant à un « re-branding » de l’activité religieuse, c.-à-d. à un changement de son image marketing. Ce virage avait déjà été amorcé avec la valorisation de l’aide technique, des activités économiques et des œuvres sociales comme piliers de la mission et avec l’implication de personnel laïc dans l’action missionnaire. Le prosélytisme a progressivement été relégué au second plan au profit de la lutte contre le « sous-développement », devenu un motif autonome d’engagement pour les fidèles, voire un devoir qui participe de la foi. Au cours de la deuxième moitié du XXe s., la terminologie missionnaire a été supplantée par un champ lexical tiers-mondiste.

Sous un autre angle, le « développement », au sens large de « progrès», traduit les croyances eschatologiques de notre ère (LATOUCHE 2004) constituant un de ses grands récits et s’apparentant sur le plan sociologique à ce qu’a pu être la religion à d’autres époques. Selon HOPGOOD (2006), le militantisme des partisans des droits de l’homme peut être lu comme une forme de religion séculaire (« human-rights activism is a social practice best understood as a secular religion »). Cette analyse pourrait s’appliquer à un large éventail d’activités liées à l’humanitaire ou au développement. Une « approche intégrée » croisant religion et développement s’annonce féconde mais elle reste peu explorée, malgré l’appel lancé dès 1988 par Philip Quarles van Ufford et Matthew Schoffeleers dans Religion and Development: Towards an Integrated Approach.

Bref, une frontière tracée a priori entre l’action pour le « développement », d’une part, et l’action « missionnaire », d’autre part—la première étant naïvement estimée laïque, la seconde comme hors du champ des development studies—est démentie par l’expérience de terrain qui défait sans cesse cette frontière, montrant la fluidité des identités des acteurs et le passage de l'un à l'autre type d’action, voire leur chevauchement.

C'est précisément cette fluidité des catégories qu'il faut interroger afin d’essayer de mettre en évidence d’autres distinctions qui permettront de répondre à la question comment les ONGs et la société civile laïques se distinguent-elles des organisations confessionnelles ?

  • d’un point de vue théorique, observe-t-on une distinction en matière de motivations et de valeurs ? Quelles sont la source et la nature de l’engagement, ainsi que le projet de réforme sociale et individuelle ?
  • d’un point de vue historique, quelles sont les continuités et les ruptures entre l’action missionnaire et l’aide au développement ?
  • sur les plans pratique et fonctionnel, leurs réseaux de recrutement et leur « staff » sont-ils différents? Qu’en est-il de la nature de leurs interventions et leur mode de travail ? En termes de financement, leurs sources divergent-elles ?

Références bibliographiques :

Berger, J. (2007). « Les organisations non gouvernementales religieuses. Quelques pistes de recherche ». Les ONG confessionnelles. Religions et action internationale. B. Duriez et al. Eds. Paris, L'Harmattan: 23-40.
Cheza, M., et al., Eds. (1999). Nouvelles voies de la mission, 1950-1980. Actes de la session conjointe du CRÉDIC (XVIIIe session) et du Centre Vincent Lebbe Gentinnes 1997. Lyon, CRÉDIC.
Duriez, B., et al., Eds. (2007). Les ONG confessionnelles. Religions et action action internationale. Collection Religion en questions. Paris, L'Harmattan.
Escobar, A. (1995). Encountering development: The making and unmaking of the Third World. Princeton, Princeton University Press.
Ferjani, M.-C. (2008). « Usage de la « société civile » dans les pays arabes à travers l'exemple tunisien ». Mouvements civils et mobilisation sociale en Méditerrannée aujourd'hui. Communication au Colloque de l’Università Ca' Foscari Venezia, Campo Santa Margherita, 5 mars 2008.
Ghandour, A.-R. (2002). Jihad humanitaire. Enquête sur les ONG islamiques. Paris,Flammarion.
Hopgood, S. (2006). Keepers of the flame: Understanding Amnesty International. Ithaca, N.Y. ; London, Cornell University Press.
Latouche, S. (2004). Survivre au développement : De la décolonisation de l'imaginaire économique à la construction d'une société alternative. Paris, Mille et une nuits.
Prudhomme, C. (2007). « De la mission aux ONG de solidarité internationale. Quelle continuité ? » Les ONG confessionnelles. Religions et action action internationale. B. Duriez et al. Eds. Paris, L'Harmattan: 55-70.
Quarles van Ufford, P. et J. M. Schoffeleers (1988). Religion & Development: Towards an Integrated Approach. Amsterdam, Free University Press.

Comité de parrainage scientifique 

  • Dionigi Albera (MMSH, Aix-en-Provence )
  • Jean-François Bayart (CERI, Paris)
  • Riccardo Bocco (IUED, Genève)
  • Laurence Boisson de Chazournes (Université de Genève)
  • Philippe Braillard (Université de Genève)
  • Guy Faure (IRASEC, Bangkok)
  • Thérèse Jeanneret (Université de Lausanne)
  • Muriel Jolivet (Sophia University, Tokyo)
  • Antoine Kernen (Université de Lausanne)
  • Keith Krause (IUHEI, Genève)
  • Jacques Lagroye (Paris-I Panthéon-Sorbonne)
  • Christian Lequesne (CERI, Paris)
  • Dominique Maingueneau (Université Paris XII)
  • Jérôme Meizoz (Université de Lausanne)
  • Nadine Picaudou (Paris-I Panthéon-Sorbonne)
  • Jean-Bernard Racine (Université de Lausanne)
  • Pierre de Senarclens (Université de Lausanne)
  • Bernard Voutat (Université de Lausanne)

Dates

  • vendredi 10 juin 2011

Fichiers attachés

Mots-clés

  • laïcité, développement, action humanitaire, religion, mission, ONG

Contacts

  • jamie Furniss
    courriel : jamie [dot] furniss [at] mom [dot] fr
  • Daniel Meier
    courriel : daniel [dot] meier [at] graduateinstitute [dot] ch

Source de l'information

  • jamie Furniss
    courriel : jamie [dot] furniss [at] mom [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le laïc et le religieux dans l’action humanitaire », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 16 mai 2011, http://calenda.org/204350