AccueilStructurer l'information historique : de la source à la métasource

Structurer l'information historique : de la source à la métasource

Structuring historical information: from source to metasource

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Publié le lundi 23 mai 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette journée de l'école doctorale de Paris 1 donne la parole à des doctorants qui ont constitué, dans le cadre de leur thèse, une base de données. Il s'agit ici de s'intéresser aux structures réalisées, aux protocoles suivis, mais aussi à la démarche méthodologique adoptée en examinant les routes empruntées, les détours contraints ou choisis.

Annonce

Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), le 28 Mai 2011 en salle Perroy (site Sorbonne)

Programme :

9 h 00 : Benjamin Deruelle et Stéphane Lamassé, Introduction

9 h 20 : Octave Julien (Paris 1)

Construire une base de données pour déconstruire des recueils médiévaux

Résumé :  Un grand nombre de recueils manuscrits français et anglais de la fin du Moyen Age peuvent être analysés comme de petites bibliothèques, en partant du principe que la diversité des textes qu’ils contiennent reflète celle des intérêts et des goûts de leurs propriétaires.
L’analyse sérielle de ces manuscrits suppose l’utilisation d’une base de données capable de rendre compte de la structure emboîtée de ces recueils. Chacun de ces livres se décompose en effet en textes, mais aussi, bien souvent, en quelques sous-parties matériellement distinctes qu’il faut identifier pour retrouver les états intermédiaires du manuscrit, différents de la forme sous laquelle il est aujourd’hui conservé.
Correctement structurée, une base de données permet une analyse fructueuse de ces aspects matériels. Elle doit ensuite offrir une solution aux problèmes soulevés par la classification des textes selon leur genre : Comment contrôler la subjectivité de l’historien à ce moment de l’analyse ? Quel degré de précision adopter pour cette classification ? Comment rendre compte de la polysémie d’un même texte dans différents contextes ?

10 h 00 : Anne Tournieroux (Paris 1)

Quelques réflexions concernant l’étude comparative de bibliothèques privées françaises et italiennes de la fin du Moyen Âge (XVe- début XVIe siècle)

Résumé :  Que lisait-on en France et en Italie à la fin du Moyen âge ? C’est pour tenter de répondre à cette question que nous avons constitué un corpus de  bibliothèques de possesseurs français et italiens, clercs et laïcs, qui nous semblent être un échantillon assez représentatif de la portion de la population urbaine qui avait alors un accès direct à l’écrit.
Ces collections de livres nous sont parvenues sous la forme de liste que nous trouvons dans des testaments, des inventaires après-décès ou encore des catalogues. Il s’agit, dans la majorité des cas, de l’unique témoignage que nous avons sur l’existence des livres composant ces collections. En effet, seule une partie des manuscrits médiévaux nous est parvenue. Quand aux imprimés, leur taux de perte est encore plus considérable. C’est pourquoi ces listes sont d’autant plus précieuses malgré les difficultés rencontrées pour les étudier. En effet, les descriptions médiévales se révèlent assez obscures faisant appel à des usages et à un vocabulaire dont les codes pour les interpréter sont aujourd’hui perdus.
La constitution d’une base de données a permis, autant que cela fut possible, de définir, de structurer et d’organiser ces données portant à la fois sur le contenu des bibliothèques, les textes, que sur la forme de ces collections. Ce travail préalable de réflexions sur les sources a également souligné la présence de données pouvant permettre d’étudier les liens entre les livres et leurs propriétaires et, de manière plus générale, les modes de diffusion des textes. 

10 h 40 : Charlie Chagny (Paris 1)

Étudier la circulation des richesses au moyen âge : le péage et l'ordinateur

Résumé : La communication portera sur la constitution d’une base de donné créée pour répondre à des interrogations sur les prélèvements sur la circulation, communément appelé péage. Je cherche à appréhender un concept économique (la circulation) à travers un objet spécifique qu’est son prélèvement du XIe au XIVe siècle, période de grands changements économiques. La constitution du corpus nécessite des archives très diverses (chartes, tarifs, recettes, procès, aveux et dénombrements...) afin de regrouper les aspects les plus divers du prélèvement (économique, sociale, juridique).  C’est à partir de ce constat de grande diversité des sources qu’a été élaborée une base de donné selon un double impératif méthodologique. Premièrement, pouvoir nécessairement compiler tous les documents trouvés (peu importe leurs hétérogénéités) et deuxièmement que ces documents restent les plus détaillés possibles sans ce fondre dans un cadre général qui trahirait la source. Cette base de donné n’est pas conçue comme un objet statique de recension mais comme un objet de transition qui permet une multiplicité d’analyses économiques, mathématiques et géographiques. Elle évolue par l’ajout d’informations extérieures aux sources à travers par exemple le codage ou la géo localisation des péages. Ainsi, cela permet à la base de donné d’être le cœur du S.I.G permettant d’interroger « l’espace réel » des campagnes parisiennes sur lequel porte l’étude comme d’espaces modélisés (la théorie des graphes).

11 h 20 : Florence Bertholet (Lausanne)

Épigraphie et archéologie en territoire helvète à l’époque romaine : apports et limites d’une base de données

Résumé :  Le travail de doctorat qui supporte cette étude vise à compléter les connaissances sur l’histoire de la Suisse à l’époque romaine, grâce à l’exploitation conjointe des données épigraphiques et archéologiques. Dans ce but, nous avons créé une base de données informatique constituée, pour chaque inscription, d’une fiche qui synthétise toutes les informations relatives aux différentes éditions du texte, à son support, ainsi qu’à son contexte archéologique. Ce dernier aspect n’a pour l’heure en effet jamais été exploité dans les études épigraphiques précédemment menées. L’analyse du corpus ainsi établi permettra de développer une meilleure compréhension notamment de la société, de l’économie et de la religion des vici de la cité des Helvètes.
Dans un deuxième temps, l’inclusion dans la base de données des fragments d’inscriptions comportant une ou deux lettres, en suivant la méthode développée par S. Oelschig pour les inscriptions d’Avenches, permettra de révéler des correspondances inédites, voire de proposer des reconstitutions d’inscriptions originales. D’autre part, nous tenterons d’appliquer des méthodes d’analyse lexicale aux textes réunis, afin de mettre en évidence d’éventuelles particularités dans la pratique de l’épigraphie en province.

12 h 00 : Pause

13 h 00 : Cédric David (Université Paris Ouest Nanterre)

Le logement social des immigrants à Saint-Denis : apports heuristiques de la construction d'une base de données de dossiers de locataires

Résumé : La recherche dont je présenterais un des aspects important, s'inscrit dans le cadre d'une thèse de doctorat qui a pour objet le logement social des familles d'immigrants à Saint-Denis dans la seconde moitié du XXème siècle. Le cœur des sources mobilisées est formé par les archives de l'Office municipal d'HLM de cette commune de banlieue parisienne, et notamment par un ensemble massif et complexe de dossiers de locataires qui se trouve en son sein. C'est ce dernier ensemble documentaire que je traite par l'intermédiaire d'une base de données. La communication proposée suivra les étapes rencontrées dans la mise en œuvre de cet outil pour en souligner les difficultés et les apports heuristiques. Elle illustrera ainsi la dimension progressive de la démarche de recherche, depuis le traitement critique des sources jusqu'aux remaniements conjoints des hypothèses de travail et de l'outil. Dans le cadre d'une recherche doctorale, les tâtonnements dans les premiers usages de l'outil rejoignent en effet le caractère mouvant d'objets et de problématiques encore en construction.

13 h 40 :  Claire Priol

Les différents visages de l'incunable parisien

Résumé :  En 1470, soit quinze ans après la publication de la Bible de Gutenberg, apparait à Paris un « manuscrit» assez singulier1. Il n’est pas très différent, par l’aspect, du manuscrit traditionnel, mais l’originalité est qu’il a été imprimé sur du papier à l’aide d'une presse à caractères mobiles, qui permet la reproduction multiple de textes et d’images : c’est l’incunable parisien. Ce premier livre imprimé, des Epistolae de Gasparino Barzizza, naît dans les locaux de la Sorbonne grâce au soutien de Jean Heynlin, prieur de la Sorbonne et Guillaume Fichet, bibliothécaire de la Sorbonne, qui font venir trois imprimeurs allemands expérimentés : Martin Crantz, Michael Friburger et Ulrich Gering. Ainsi, cet incunable parisien se trouve être à la fois une œuvre intellectuelle, un objet matériel mais surtout le fruit d’un ou de plusieurs « artisans » du livre. L'histoire de l'incunable se situe donc à la croisée de l'histoire sociale, intellectuelle et matérielle. Ce codex si particulier dévoile plusieurs visages : tout d’abord un visage humain, une histoire d'hommes et de femmes au service de la production du livre imprimé et des liens qui les unissent ; un visage intellectuel, une œuvre dont l'édition et la parution constituent une finalité d'ordre culturel ; et un visage codicologique, l'histoire des techniques et des pratique nouvelles propre au nouvel "art typographique".
Comment étudier ces visages? Pour cela nous avons deux démarches complémentaires à suivre : pour étudier l'identité des imprimeurs, l'analyse de documents administratifs, fiscaux et judiciaires, et enfin de testaments, peu nombreux. La seconde démarche, pour étudier l'incunable parisien, est l'analyse de sources primaires, l'objet en lui-même, et secondaires, les répertoires bibliographiques tel l'ISTC (Incunabula Short Title Catalogue), qui recense la majeure partie des collections d'incunables à travers le monde, soit environ 27 460 incunables.
La base de données, une fois établie via les sources issues des deux démarches, met en lumière deux axes, sociologique et codicologique, centrés autour de l'édition subsistante (selon ISTC, 2448 éditions parisiennes entre 1470 et 1507). La base peut ainsi permettre d'analyser les réseaux qu'ils soient sociaux (associations entre imprimeurs) ou techniques (possibilité d’une similitude de caractères typographiques entre plusieurs éditions d'imprimeurs différents, à travers l’étude des fontes utilisées) ; révéler, s'il y a lieu, les caractéristiques des éditions parisiennes et enfin mettre en évidence les problèmes d'identification et de datation de certains incunables parisiens. Tout cela dans le but d’estimer l’importance de la nouvelle invention, l'imprimerie, et son impact effectif sur la culture écrite des hommes de la fin du XVe siècle à Paris.

14 h 20 : Olivier Mery

Passer du notariat médiéval aux bases de données : les difficultés de la gestion d’informations hétérogènes

L'étude porte sur les actes des notaires médiévaux d’un bourg de haute Provence, pour lequel on dispose aussi de sources fiscales et municipales. A partir de ces données, j’étudie les relations entre individus pour essayer de comprendre leurs stratégies économiques et de voir comment celles-ci marquent ou influencent le statut social des personnes. Le recours à une base de données apparaît comme un moyen de pouvoir gérer ce volume d’information. Cependant cet angle d’approche demande de réfléchir à un système de stockage des données suffisamment souple pour enregistrer des transactions qui se présentent sous des formes très variées et non systématiques mais dont il faut garder la trace dans la base de données. Dans le cadre d’une approche globale il fallait aussi pouvoir varier les questionnements et les modes de traitement à partir d’entrées différentes (individus, types d’actes ou d’objets concernés…).

14h30 : Camille Salinesi (CRI Paris 1) Conclusion et perspectives

Lieux

  • 1 rue Victor Cousin
    Paris, France

Dates

  • samedi 28 mai 2011

Mots-clés

  • histoire, informatique, base de données, sources, metasource

Contacts

  • Stéphane Lamassé
    courriel : stephane [dot] lamasse [at] univ-paris1 [dot] fr
  • Benjamin Deruelle
    courriel : benjamin [dot] deruelle [at] univ-lille3 [dot] fr

Source de l'information

  • Benjamin Deruelle
    courriel : benjamin [dot] deruelle [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Structurer l'information historique : de la source à la métasource », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 23 mai 2011, http://calenda.org/204465