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Les temporalités de la décision au sein des systèmes d'action organisés

The temporalities of decisions within organised action systems

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Publié le jeudi 26 mai 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette journée vise à favoriser les échanges sur le thème des temporalités de la décision au sein des organisations. L’objectif est d’ouvrir au débat des conceptions divergentes du temps et de la décision afin d’en comprendre les diverses facettes. Le groupe thématique ne favorise donc aucune approche ontologique, épistémologique, théorique ou méthodologique particulière. Afin de permettre une réelle discussion des papiers, le nombre de places, incluant les contributeurs, est limité.

Annonce

La décision est avant tout affaire de temps dans « une société des agendas » où les temporalités se démultiplient et se resserrent (Boutinet, 2004). Urgence, projet, « deadline », opportunité, moment décisif, jalons, chrono-compétition, « business plan », … autant de termes qui rythment la vie des systèmes d’action organisée et ont tous à voir avec une mutation, souvent paradoxale, des temporalités de la décision.

Dans son acception classique, la décision est une fracture abstraite : l’instant du choix où une option est privilégiée au détriment d’une autre. L’attention de certains chercheurs en sciences de l’organisation s’est davantage portée sur le processus à l’origine de la décision. Composé de phases successives - identification, développement, sélection (March & Simon, 1993) –, qui peuvent être perturbées par une quête d’information limitée, l’incertitude, le risque, l’ambigüité, les jeux d’influence pour ne citer qu’eux, ce processus est sous-tendu par une rationalité procédurale. Le temps y est séquencé, rythmé par les allers-retours entre les différentes phases. La durée de la séquence représente elle la distance entre deux évènements : le stimulus originel et l’engagement vers l’action. Cette séquence théorique peut être aménagée. Par exemple, Mintzberg, Raisinghani, & Theoret (1976) montrent que le processus n’est pas linéaire mais procède par des allers-retours jusqu’à ce que l’organisation prenne effectivement la décision de s’engager dans une voie particulière. Cette séquence peut également être resserrée. Ainsi, pour Eisenhardt (1989), dans un environnement turbulent, une décision rapide permet d’atteindre de meilleures performances. Cette séquence est enfin artificielle. Elle maintient la fiction d’un temps propre de la décision distinct d’un temps de l’action et plus généralement de l’organisation ; distinction singulière aux traditions philosophiques occidentales.

Théoriquement, l’approche « chrono-logique » de la décision s’inscrit dans « un temps absolu, vrai et mathématique » (Chia, 2002, p. 863). Méthodologiquement, le temps du recueil des données ne coïncide pas avec celui de la décision ; la plupart du temps, le chercheur privilégie l’analyse rétrospective au moyen d’entretiens ou de questionnaires ou bien la simulation. Cela suppose une permanence et une stabilité dans le temps de l’interprétation que font des praticiens d’un évènement donné (Cunliffe et al., 2004).

Au-delà de l’examen de ce qui se passe entre deux points d’une même séquence objective de décision, la fabrique de la décision relève de l’expérience et de la conscience de la durée (Ariely et Zakay, 2001), d’autant que l’on représente la décision comme une représentation sociale (Laroche, 1995) inscrite dans le paradigme de l’organisation. Notamment parce qu’elles sont des « espaces temps » réduits, les organisations temporaires (Lundin et Söderholm, 1995), les organisations hautement fiables (HRO) ou les processus micro-organisationnels peuvent constituer des objets propices à l’étude située de cette expérience de la durée.

Plus largement, il y a sans doute à mieux figurer la pluralité des temporalités du phénomène décisionnel en considérant les contraintes physiques du temps autant que celles plus subjectives de la durée. Certains travaux ouvrent la voie à une conception moins orthodoxe du temps dont les implications peuvent être bénéfiques à l’étude de la décision sur un triple plan ontologique, théorique et méthodologique. En premier lieu, un courant de recherches suggère une conception post-dualiste du monde qui encourage une reconceptualisation de l’ontologie, en particulier du concept de temps. Une approche du « decid-ing » ou de la fabrique de la décision découlerait ainsi d’une ontologie processuelle, « en devenir », de l’organisation. En second lieu, des travaux privilégient l’analyse du modus operandi à celle de l’opus operatum, pour reprendre les termes de Bourdieu (2000), et particulièrement ceux du courant as-practice, des Workplace Studies ou de la Naturalistic Decision Making. Cette dernière approche traite ainsi, dans une perspective positive, des problèmes cognitifs d’un décideur considéré comme expert lors de situations d’urgence (Zsambok 1997 ; Lipshitz et al. 2006). Ces courants permettent au total d’interroger les méthodes de recueil et d’analyse de données et de tirer des enseignements sur le prisme d’analyse. En particulier, une attitude ethnographique de la fabrication in situ de la décision permet d’approcher simultanément l’expérience de la durée par le chercheur et le praticien.

L’objectif de cette journée est ainsi d’aborder le thème des temporalités de la décision sans privilégier une perspective particulière. Elle vise à offrir un espace de dialogue et de confrontation sur le thème des temporalités de la décision. Les contributions soumises devront articuler les mots-clés proposés dans la liste suivante en lien évident avec le thème structurant des temporalités de la décision au sein des systèmes d’action organisée : 

  • Urgence, crise, improvisation,
  • Résilience organisationnelle, fiabilité,
  • Organisation temporaire ou éphémère, management par projet,
  • Organisation « polychronique » / organisation « monochronique »,
  • Institutions, règles, normes,
  • Rupture, irréversibilité, report d’irréversibilité (post-ponement),
  • Simultanéité, concourance, synchronicité,
  • Situation de gestion,
  • Action, pratique stratégique et organisationnelle,
  • Décision entrepreneuriale,
  • Intuition, analyse, émergence,
  • Ignorance, incertitude, risque, catastrophe.

Plusieurs types de contribution sont ainsi attendus qu’ils soient théoriques, méthodologiques, épistémologiques et / ou empiriques et dès lors qu’ils adressent de manière explicite le rapport entre temporalités et décision[1]. Il en va des recherches articulées autour d’études de cas relevant de dispositifs méthodologiques variés (attitude ethnographique, examen de rapports d’expert, entretiens, approche historique, réutilisation de données, etc.). Une attention particulière sera ainsi portée aux papiers qui proposent une réflexion méthodologique. De même, les pratiques de décision étudiées pourront se « situer » dans des systèmes d’action organisés variés : organisations hautement fiables, organisations temporaires, équipes dirigeantes, systèmes coopératifs, réseaux, organisations non marchandes, etc. Des papiers méthodologiques et épistémologiques pourront être soumis dès lors qu’ils permettent une avancée réelle dans l’approche des temporalités de la décision et qu’ils auront fait l’objet d’une expérimentation ou seront accompagnés d’illustrations.

Objectif général de la journée :

Cette journée vise à favoriser les échanges sur le thème des temporalités de la décision. L’objectif de la journée est d’ouvrir au débat des conceptions divergentes du temps et de la décision afin d’en comprendre les diverses facettes. Le groupe thématique ne favorise donc aucune approche ontologique, épistémologique, théorique ou méthodologique particulière. Afin de permettre une réelle discussion des papiers, le nombre de places, incluant les contributeurs, est limité.

Une sélection de papiers par le Comité Scientifique sera soumise pour évaluation à une revue académique à comité de lecture.

Consignes aux auteurs et dates clés :

Résumé étendu : Dimanche 3 Juillet 2010

Le résumé étendu doit faire au maximum 3000 mots et présenter l’intérêt du sujet, décrire le contenu de l’article et résumer la contribution. Les résumés étendus seront envoyés à : o.germain@em-normandie.fr ; jl.lacolley@em-normandie.fr

Les résumés étendus feront l’objet d’une sélection par le Comité Scientifique de la journée.

Comité scientifique

Sous la responsabilité d'Olivier Germain (EM Normandie), d’Yvonne Giordano (ISEM, Université de Nice Sophia-Antipolis) et de Jean-Louis Lacolley (EM Normandie)

  • Florence Allard-Poési, Université Paris-Est
  • Line Bonneau, Oxford University
  • Jean-Pierre Boutinet, UCO
  • Laure Cabantous, Nottingham University Business School
  • Pierre Cossette, UQAM
  • Martin Giraudeau, London School of Economics & Political Science
  • Jean-Pascal Gond, HEC Montréal
  • Gérard Koenig, Université Paris-Est
  • Ann Langley, HEC Montréal
  • Hervé Laroche, ESCP Europe
  • Pascal Lièvre, Clermont Université, ESC Clermont-Ferrand
  • Philippe Urfalino, EHESS

[1] Des papiers traitant du lien général entre temps et gestion ou bien entre décision et organisation ne sont ainsi pas attendus.

Bibliographie :

Ariely D., Zakay D. 2001. A Timely Account of the Role of Duration in Decision Making. Acta Psychologica, 108 (2), 187-207.

Bourdieu, P. 2000. Esquisse d’une théorie de la pratique. Seuil.

Boutinet, J.P. 2004. Vers une société des agendas, Une mutation des temporalités. P.U.F., coll. Sociologie d’aujourd’hui.

Chia, R., 2002. Time, Duration and Simultaneity: Rethinking Process and Change in Organizational Analysis. Organization Studies, Vol. 23/6, pp.863-868.

Cunliffe, A. L., Luhman, J. T., & Boje, D. M. 2004. Narrative Temporality: Implications for Organizational Research. Organization Studies, 25(2): 261 -286.

Eisenhardt, K. M. 1989. Making Fast Strategic Decisions in High-Velocity Environments. Academy of Management Journal, 32(3): 543–576.

Fredrickson, J. W., & Mitchell, T. R. 1984. Strategic Decision Processes: Comprehensiveness and Performance in an Industry with an Unstable Environment. Academy of Management Journal, 27(2): 399-423.

Laroche, H. 1995. From Decision to Action in Organizations: Decision-Making As a Social Representation. Organization Science, 6(1): 62-75.

Lundin R.A. Söderholm A. 1995. A theory of the temporary organization. Scandinavian Journal of Management, vol 11, n°4, pp. 437–455.

March, J., & Simon, H. A. 1993. Organizations (2e éd.). Cambridge  Mass.  USA: Blackwell.

Mintzberg, H., Raisinghani, D., & Theoret, A. 1976. The Structure of « Unstructured » Decision Processes. Administrative Science Quarterly, 21(2): 246-275.

Tsoukas, H., & Chia, R. 2002. On organizational becoming: Rethinking organizational change. Organization Science, 567–582.

Lieux

  • 25 avenue de la République (EM Normandie)
    Deauville, France

Dates

  • dimanche 03 juillet 2011

Mots-clés

  • décision, organisation, temporalités

Contacts

  • Olivier Germain
    courriel : germain [dot] olivier [at] uqam [dot] ca
  • Jean-Louis Lacolley
    courriel : jl [dot] lacolley [at] em-normandie [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Olivier Germain
    courriel : germain [dot] olivier [at] uqam [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Les temporalités de la décision au sein des systèmes d'action organisés », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 26 mai 2011, http://calenda.org/204490