AccueilDu storytelling à la mise en récit des mondes sociaux : la révolution narrative a-t-elle eu lieu ?

*  *  *

Publié le vendredi 10 juin 2011 par Karim Hammou

Résumé

Longtemps cantonné aux peintures rupestres, à la communication orale destinée aux enfants et aux pratiques créatives analysées par la critique littéraire et esthétique, l'art de raconter des histoires (storytelling) s'étend désormais aux domaines les plus variés. Du management à la politique, en passant par le marketing (de l'image au récit des marques), le jeu (environnements immersifs destinés au divertissement mais aussi à la simulation de la guerre), le droit ou les thérapies, aucune activité sociale ne semble épargnée par cette mise en récit généralisée.

Annonce

Du storytelling à la mise en récit des mondes sociaux : la révolution narrative a-t-elle eu lieu ?, Journée d'études CIRCPLES/I3M, Vendredi 18 novembre 2011, Salle du conseil UFR LASH

Coordination : Marc Marti (CIRCPLES) et Nicolas Pélissier (I3M)

Problématique de la journée d’études

Longtemps cantonné aux peintures rupestres, à la communication orale destinée aux enfants et aux pratiques créatives analysées par la critique littéraire et esthétique, l'art de raconter des histoires (storytelling) s'étend désormais aux domaines les plus variés. Du management à la politique, en passant par le marketing (de l'image au récit des marques), le jeu (environnements immersifs destinés au divertissement mais aussi à la simulation de la guerre), le droit ou les thérapies, aucune activité sociale ne semble épargnée par cette mise en récit généralisée.

Cette révolution narrative a d'abord pris naissance dans les sciences humaines et sociales, en Amérique du Nord, à partir d'une relecture d'auteurs européens (Bakhtin, Barthes, Eco, Ricoeur...) qui ont mis en évidence l'importance philosophique et politique du concept de récit. Mais elle trouve aussi son origine dans les pratiques symboliques d'une société américaine qui a manifesté, depuis sa geste inaugurale son intérêt pour les techniques de production de stories, tant dans sa culture populaire (comics, westerns, folksongs..) ou médiatique (new journalism au Vietnam) que dans les discours et actes de ses décideurs politiques et économiques. Au pays d'Hollywood, des séminaires de Dale Carnegie, des jeux de rôles grandeur nature, des ateliers d'écriture et des festivals de scénarios, rien en semble résister à la « machine à fabriquer des histoires ».

Selon Christian Salmon, auteur d'un ouvrage remarqué publié en France en 2007, cette extension du storytelling, désormais effective sur le continent européen, doit faire l'objet d'une lecture attentive et critique. Il soutient la thèse, plutôt pessimiste, selon laquelle cette machine, parée des vertus de la prétendue innocence des contes pour enfants, aboutit surtout à un formatage de plus en plus généralisé des esprits. Il invite donc à se méfier d'une pensée narrative de plus en plus instrumentalisée par les spin doctors de la communication politique, les stratèges du marketing ou de l'art de la guerre. Il dénonce notamment le détournement des théories qui ont fait du récit une ressource symbolique essentielle mais aussi démocratique, au profit de méthodes peu avouables de contrôle social : « comment l'idée de Roland Barthes selon laquelle le récit est l'une des grandes catégories de la connaissance que nous utilisons pour comprendre et ordonner le monde a-t-elle pu s'imposer ainsi dans la sous-culture politique, les méthodes de management ou la publicité ? »...Selon lui, le storytelling met en place « des engrenages narratifs, suivant lesquels les individus sont conduits à s'identifier à des modèles et à se conformer à des protocoles » (Salmon, 2007, pp. 16-17). D'ici à y voir une dictature, voire un nouveau totalitarisme du récit...

En dépit de sa pertinence, et de ses nombreuses illustrations sur nos écrans quotidiens, doit-on se satisfaire de cette thèse et ne voir dans le récit qu'une forme de rouleau compresseur du réel ? Ne peut-il aussi, comme le souligne le narratologue Benoît Grévisse (2009, p. 216), « cultiver l'anfractuosité, l'affleurement du complexe, l'espace laissé à l'interprétation critique du lecteur » ? Ce dernier est-il forcément dupe des stratégies instrumentales des gourous du storytelling ? Bien avant l'avènement des nouvelles technologies dites « participatives » du Web 2.0 qui consacrent l'expressivité du public, des auteurs tels qu'Umberto Eco (1985) ont bien montré que le récit n'est pas réductible à la consommation d'un produit fini, qu'il donne la possibilité à son lecteur de ne pas s'enfermer dans une seule interprétation du monde à visée de formatage. Paul Ricoeur (1983), quant à lui, a insisté sur la possibilité d'une « responsabilité narrative » permettant à ceux qui écrivent les histoires et à ceux qui les lisent de donner du sens à leur existence : le temps devient humain à partir du moment où il est articulé de manière narrative (Grévisse, op.cit., p. 219). Mais à quelles conditions et comment exercer au mieux cette responsabilité dans nos pratiques sociales, culturelles et techniques au quotidien ?

Les chercheurs des deux laboratoires sont invités, d'une part à proposer leurs propres lectures ou relectures des grands auteurs au fondement de la « révolution narrative » évoquée plus haut ; d'autre part, à explorer les lieux où s'imaginent et se développent des « contre-narrations », entendues comme « pratiques symboliques visant à enrayer la machine à fabriquer des histoires ». Citant le cinéaste Lars Von Trier, Christian Salmon (2007, p. 217) invite ainsi à une « défocalisation », une « désynchronisation » visant à mettre en évidence les lieux alternatifs de production de macro ou micro récits échappant à l'emprise du regard inquisiteur des grands médias. La nébuleuse Internet sera bien sûr un espace privilégié d'observation de ces pratiques. Mais pas seulement : la famille, l'école, l'entreprise, et autres formes de sociabilité plus contemporaines ne fourmillent-elles pas d'inventions au quotidien de récits qui ne finissent pas de nous surprendre par leur puissance émancipatrice imaginaire mais aussi bien réelle ? 

Organisation

Le matin : Marc Lits, conférencier-invité, réévaluera la thèse de l’ouvrage « Storytelling » publié cinq ans auparavant. Cette conférence (9h30-10h30) sera suivie de deux autres (11h-12h30) prononcées par un chercheur du CIRCPLES et un chercheur d’I3M sur une thématique générale en relation avec le Récit.

L'après midi, sont envisagées quatre contributions de chaque laboratoire au coursdesquelles les chercheurs d'I3M et du CIRCPLES dresseront un bilan des pratiques de mise en récit dans leurs domaines de spécialité : le journalisme, le management, la création artistique, le film, la pédagogie, la littérature, la thérapie, etc.

Public visé : doctorants et chercheurs des laboratoires de la Fédération de l’UFR LASH. Publication des actes : éditions l'Harmattan, printemps 2012.

Programme

9h00-9h30 : accueil des participants, par Jean-Yves Boursier, Doyen de l’UFR LASH.

9h30-10h30 : Storytelling : réévaluation d’un succès éditorial cinq ans après, conférence-débat introductive avec Marc Lits, Professeur à l’Université de Louvain, Doyen de la Faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication (SSH/ESPO,) Directeur de l’Observatoire du Récit Médiatique et de la revue Recherches en communication, auteur de l’ouvrage Du récit au récit médiatique, Bruxelles, de Boeck, 2008.

10h30-11h : pause café

  • 11h-11h45 : Marc Marti, (Directeur CIRCPLES), « Le récit : de l’objet littéraire au discours scientifique »
  • 11h45-12h30 : Céline Lacroix (chercheur I3M), « Récits en série : du réel à la fiction »
  • Discutant : Paul Rasse (Directeur I3M).

12h30-14h00 : pause déjeuner, CROUS Carlone.

Art, esthétique et récits politiques

  • 14h00-14h30 : Daniel Moatti (I3M), « La communication narrative de l’histoire de l’écriture comme vecteur de remédiation esthétique »,
  • 14h30-15h00 : Jean-Paul Aubert (CIRCPLES), « Raconter la réalité comme si c’était une histoire ou raconter une histoire comme si c’était la réalité »,
  • 15h00-15h30, Stéphane Pouffary (CIRCPLES), « Mise en scène et mise en récit de l’acte politique dans le débat climatique »
  • 15h30-16h00 : Alexandre Eyries (I3M), « D’André Malraux à Henri Guaino : du récit gaullien au storytelling à l’américaine ? »
  • Discutante : Marie-Joseph Bertini (I3M)

16h00-16h30 : pause café

Transformations du journalisme et récits des organisations

  • 16h30-17h00, Nicolas Pélissier, « Le journalisme narratif, vecteur privilégié du storytelling ou antidote à ses dérives ? »
  • 17h00-17h30, Sylvie Parrini-Alemano et Lorrys Gherardi, « Storytelling et journal d’entreprise : analyse du récit enchanté d’une fusion, le cas Air France/KLM »
  • 17h30-18h00 : Arthur Mary, « Sortir d’une secte, des stories au récit »
  • 18h00-18h30, Emilie Souyri, « The Storytelling of Schools, ou comment les écoles américaines se racontent aujourd’hui »
  • Discutante : Dominique Bosquelle (CIRCPLES)

19h00 : apéritif offert aux participants.

Lieux

  • 98 boulevard Edouard Herriot (Université de Nice-Sophia Antipolis UFR LASH)
    Nice, France

Dates

  • vendredi 18 novembre 2011

Fichiers attachés

Contacts

  • Marc Marti
    courriel : marc [dot] marti [at] unice [dot] fr
  • Nicolas Pélissier
    courriel : Nicolas [dot] Pelissier [at] unice [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • solen cozic
    courriel : cozic [at] unice [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Du storytelling à la mise en récit des mondes sociaux : la révolution narrative a-t-elle eu lieu ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 10 juin 2011, http://calenda.org/204691