AccueilL’institution dans les jeux et les sports : les identités en question

L’institution dans les jeux et les sports : les identités en question

Institutions in games and sports: identities in question

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Publié le jeudi 16 juin 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Au sein du système sportif comme du système scolaire, nous rencontrons un ensemble important de pratiques corporelles hétérogènes où pratiques non institutionnelles telles que les jeux libres et auto-organisées, les jeux de rue ou les jeux traditionnels côtoient les pratiques institutionnelles dont le sport représente le plus haut degré de codification. Sans toutefois négliger l'aspect ludique des pratiques corporelles, cette journée d’étude invite à porter un regard sur l'aspect normatif du sport et sur les conséquences de ce trait distinctif sur les stratégies d’adhésion ou de rejet adoptées par des pratiques culturelles bigarrées d’une part, et celles mise en place par les acteurs de ces pratiques d’autre part. C'est au prisme de l'institution et des nombreux liens qui peuvent être faits – notamment avec la question des processus de socialisation, des phénomènes de déviance, ou encore de l’analyse historique d’une pratique – que nous proposons d’étudier les mécanismes de production des identités des pratiques motrices et de leurs pratiquants.

Annonce

Présentation

Les Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (les STAPS) puisent leur identité à l'interface de deux milieux institutionnels distincts : l'institution scolaire au travers de l'EPS et l'institution sportive. Au sein du système sportif comme du système scolaire, nous rencontrons un ensemble important de pratiques corporelles hétérogènes où pratiques non institutionnelles telles que les jeux libres et auto-organisées, les jeux de rue ou les jeux traditionnels côtoient les pratiques institutionnelles dont le sport représente le plus haut degré de codification. Si les ressorts de l’institution sont multiples, celle-ci semble le plus souvent corrélée à des questions d’ordre social ; un ordre qui permet aux individus de reconnaître les droits et les devoirs qui les obligent les uns vis-à-vis des autres. Le caractère contraignant des institutions peut notamment être souligné puisque, pour régler la conduite des individus, elles ont recours à la sanction qui assure la conformité des conduites aux normes imposées.

Ainsi, les institutions ont-elles ceci de commun qu’elles induisent des systèmes normatifs. Mais quel(s) rapport(s) à la règle les activités ludomotrices et leurs pratiquants entretiennent-ils ? Au regard des différentes définitions du sport, il apparaît le plus souvent que ces pratiques corporelles reposent sur une institution qui fixe leurs limites de réalisation. La convention, c'est-à-dire la règle, apparaît comme un élément consubstantiel de la pratique sportive. Elle est prise en charge par les institutions, et implique, pour le pratiquant, une adhésion volontaire à cette organisation. Lorsque le sportif s’inscrit dans une pratique, il s’engage à respecter un contrat ludomoteur librement consenti (Parlebas, 1981) qui témoigne de la relation entre règle et liberté : liberté d’accepter la règle, liberté à l’intérieur d’une pratique réglée.

Sans toutefois négliger l'aspect ludique des pratiques corporelles, cette journée d’étude invite à porter un regard sur l'aspect normatif du sport et sur les conséquences de ce trait distinctif sur les stratégies d’adhésion ou de rejet adoptées par des pratiques culturelles bigarrées d’une part, et celles mise en place par les acteurs de ces pratiques d’autre part.

Les pratiques ludo-motrices sont donc variées et recouvrent de multiples modalités de réalisation qui, selon nous, témoignent de différents positionnements identitaires. Si l’identité se construit par rapport à des normes d’appartenance conscientes, car fondées sur des oppositions symboliques, à quel(s) type(s) de normes d’appartenance les acteurs choisissent-ils d’adhérer et quels sont les identifications qui en découlent ? En quoi l’adhésion aux valeurs prônées par le modèle sportif est elle un enjeu voire un marqueur identitaire fort ? Aujourd'hui, le système sportif tend clairement à être valorisé, non seulement par le mouvement sportif lui-même, mais également par d’autres instances sociales qui semblent vouloir s’en inspirer.
Cependant, selon le type de pratiques (en club ou « libre », amateur ou professionnel, de loisir ou compétitive), les visages des situations motrices sont nombreux et le trait institutionnel n’est pas perçu de la même manière.

C'est donc au prisme de l'institution et des nombreux liens qui peuvent être faits – notamment avec la question des processus de socialisation, des phénomènes de déviance, ou encore de l’analyse historique d’une pratique – que nous proposons d’étudier les mécanismes de production des identités des pratiques motrices et de leurs pratiquants.

Ainsi, trois principaux axes de réflexions peuvent être envisagés :

1. Pratiques ludosportives et processus de sportivisation/sportification

Cet axe ambitionne principalement de questionner les dynamiques de sportivisation et de sportification dans lesquelles s’engagent certaines pratiques. Nous chercherons également à comprendre ce qui les pousse à entamer ce processus tandis que d’autres s’en écartent. Plusieurs cas de figure seront donc susceptibles d’être envisagés. Les arts martiaux, par exemple, fournissent une illustration de ce positionnement vis-à-vis du processus de sportivisation/sportification. En effet, comment expliquer que le judo, devenu sport olympique, ait pu s’exporter et se plier au modèle sportif, tandis que le kung fu est resté fidèle à une tradition non sportive, au prix d’une moindre visibilité en Occident ? A quelles conditions cette acculturation s’est-elle opérée, et quelles sont les incidences sur son identité disciplinaire ? Nous pensons également aux pratiques ludo-motrices qui ne sont pas nécessairement reconnues par le mouvement sportif national ou international. Il peut ainsi s’agir de nouvelles pratiques ou au contraire de jeux traditionnels qui, en quête de légitimité, attendent de l’institution qu’elle reconnaisse leur existence.

Cela pose également la question de l'échelle de l'institution : d'association régionale à fédération nationale et internationale, quelle légitimité peut avoir l'organisation sportive ? Par exemple, l'ultimate est passé, au niveau de son organisation, d'une Association Française de Frisbee (non reconnue par le mouvement sportif) à une Fédération Française de Frisbee puis à la Federation Flying Disc France (sous l’égide d’une fédération internationale). Quels sont les enjeux sous-jacents à ces changements ?

Cette première thématique de recherche souhaite donc porter un regard sur l'organisation du mouvement sportif français mais également questionner les pratiques motrices qui ne semblent pas correspondre aux critères institutionnels. Dans ce cadre, les pratiques ayant cours en EPS pourront être questionnées. Comment expliquer, en effet, que certaines pratiques ludomotrices restent dans l’ensemble tenues à l’écart de l’institution scolaire ?

2. Pratiques culturelles et modèle sportif

Ce second axe entend s'intéresser aux pratiques culturelles dont la pertinence n'est pas essentiellement motrice. Il s’agira d'étudier au plus près ces pratiques culturelles – où l'aspect ludique est privilégié dans le strict sens de la définition des jeux de Caillois – qui empruntent au système sportif son mode d'organisation. Nous pensons notamment au poker, au bridge, aux échecs ou encore aux jeux vidéo, qui semblent vouloir brouiller les frontières du sport, s’appropriant certains de ses traits : organisation en fédérations, compétitions, « échauffement» avant une rencontre... Cela permettra d'interroger ce même système et d'en tirer les traits pertinents. Au niveau des pratiques culturelles, y compris sportives, il convient de rendre compte de la volonté, voire de la nécessité, de se fédérer. S’il existe une fédération, quel intérêt a-t-elle à attendre une reconnaissance institutionnelle du mouvement sportif ?

3. Pratiques sportives et distance à l’égard de l'institution.

Le troisième axe de cette journée d'étude est principalement centré sur les pratiques sportives dont le processus de sportification est abouti, c'est-à-dire celles dont l'institution reconnaît légitimement le statut de sport. Pour autant, ces pratiques sportives, ou plutôt leurs pratiquants, marquent une distance vis-à-vis de leur institution de référence. Ainsi peuvent être concernés ceux qui n'attachent pas d'importance à un ou plusieurs traits pertinents du sport : compétition, codification ou institutionnalisation. A l'instar de l'escalade ou encore du surf, nombreux sont les pratiquants qui refusent l'aspect compétitif et organisé de ces activités. Cet axe permet d'interroger plus en profondeur la question de l'identité du sport selon l'orientation que prennent les individus directement concernés. Il s'agit de rendre compte de la recherche de liberté qui semble prévaloir dans le choix de certaines personnes refusant le cadre organisé du système sportif (par exemple, la pratique du basket-ball sur les playgrounds plutôt qu’en club). Quelles sont leurs attentes ? Est-ce un plaisir hédoniste ou une recherche de distinction voire de marginalisation ?

PROGRAMME

09h00 : Accueil des participants

09h15 : Discours d’ouverture du colloque par le Pr. Pierre Parlebas, Professeur Émérite, Université Paris-Descartes, Équipe TEC, GEPECS

Le façonnage de l’institution sportive

Axe 1 : Pratiques ludosportives et processus de sportivisation/ sportification

Atelier 1 : Approches socio-historiques du processus de sportification

Modérateur : Matthieu Genty, Docteur en sociologie, Équipe TEC, GEPECS

09h45-10h05 : Thierry Lesage, Université Paris-Descartes, Docteur en sociologie, Équipe TEC, GEPECS
Des sports cosmopolites, des sports endémiques et des pratiques auto-organisées : jeux de paume, échelle institutionnelle et identité

10h05–10h25 : Ludovic Tenèze, Université Paris-Descartes, Doctorant en STAPS, PRAG, Équipe TEC, GEPECS
Le processus de sportivisation du football

10h25–10h45 : Questions et débats

10h45-11h00 : Pause café

Atelier 2 : Institutionnalisation des pratiques sportives

Modérateur : Antoine Lech, Université de Valenciennes, Docteur en Sciences sociales, Équipe TEC, GEPECS

11h00-11h20 : Pascal Bordes, Université Paris-Descartes, Maître de conférence, agrégé d’EPS, Équipe TEC, GEPECS
La sportification : ses mécanismes, ses effets

11h20-11h40 : Mylène Douet Guerin, Université Paris-Descartes, Doctorante en STAPS, Équipe TEC, GEPECS
Processus de sportification et identité institutionnelle : l'exemple du paintball

11h40-12h00 : Questions et débats
12h00-13h30 : Pause déjeuner

Axe 2 : Pratiques culturelles et modèles sportifs -

Atelier 1 : Jeux sportifs et institution scolaire

Modérateur : Pascal Bordes, Université Paris-Descartes, Maître de conférence, agrégé d’EPS, Équipe TEC, GEPECS

13h30–13h50 : Eric Dugas, Université Paris-Descartes, Maître de conférence, HDR, Équipe TEC, GEPECS
Jeux sportifs virtuels en EPS : un voeu illusoire ?

13h50-14h10 : Colette Combes, Université Paris-Descartes, Doctorante en STAPS, Équipe TEC, GEPECS
Jeux traditionnels sportifs et mixité de genre

14h10-14h30 : Questions et débats

Atelier 2 : Institutionnalisation des pratiques culturelles

Modérateur : Thierry Lesage, Université Paris-Descartes, Docteur en sociologie, Équipe TEC, GEPECS

14h30–14h50 : Aymeric Brody, Université de Paris 13- Nord, Doctorant en Sciences sociales, Laboratoire EXPERICE
Vers une sportification du jeu d’argent. L’exemple d’un tournoi de poker

14h50–15h10 : Martial Meziani, Université de Nantes, ATER, Doctorant en Sciences sociales, Équipe TEC, GEPECS
Comment institutionnaliser sans les critères de la sportification ? Diffusion et développement de la Capoeira en dehors de ses frontières

15h10-15h30 : Questions et débats

15h30-15h45 : Pause café

Axe 3 : Pratiques sportives et distance à l’égard de l’institution -

Modératrice : Hélène Joncherey, Université de Valenciennes, Maître de conférence, Équipe TEC, GEPECS

15h45–16h05 : Guillaume Mariani, Université de Paris-Descartes, Docteur en Sciences sociales, Équipe TEC, GEPECS
La prise en compte des contraintes technico-spatio-temporelles dans la formation de l’habitus du surfeur : l’exemple d’une socialisation à l’écart de l’institution sportive

16h05-16h25 : Rémi Richard, Université Paris-Descartes, Doctorant en STAPS, Équipe TEC, GEPECS
L’impact de la variation du contexte ludomoteur sur la situation sportive : le cas du badminton

16h25-16h45 : Luc Collard, Université de Caen, Professeur des Universités, Agrégé d’EPS, Équipe TEC, GEPECS
Quand les meilleurs ne finissent pas premiers. Illustration d'un raté de l'Institution sportive

16h45-17h05 : Questions et débats

Clôture des débats

17h05-17h30 : Pr. Bertrand During, Directeur de l’UFR STAPS – Université Paris-Descartes, Directeur du GEPECS

Cette journée d'étude se déroulera sous l’égide du GEPECS (Groupe d'Étude pour l’Europe de la Culture et de la Solidarité) et plus spécifiquement de l’équipe « Technique et Enjeux du Corps ».

Elle aura lieu le 23 juin 2011 dans l'amphithéâtre de l’UFR STAPS, 1 rue Lacretelle, Paris 15ème.

Lieux

  • 1 rue Lacretelle (UFR STAPS - Paris Descartes)
    Paris, France

Dates

  • jeudi 23 juin 2011

Mots-clés

  • Sports, jeux, institution, identités, sportification

Contacts

  • Marie Level
    courriel : marielevel [at] free [dot] fr
  • Thibaut Hébert
    courriel : th1_hebert [at] yahoo [dot] fr
  • David Sudre
    courriel : davidsudre [at] hotmail [dot] com
  • Mylène Douet Guérin
    courriel : redesp2 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Marie Level
    courriel : marielevel [at] free [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’institution dans les jeux et les sports : les identités en question », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 16 juin 2011, http://calenda.org/204727