AccueilUne autre histoire des Trente Glorieuses

Une autre histoire des Trente Glorieuses

The "Trente Glorieuses" from a Fresh Perspective

Modernisation, alertes environnementales et contestations du « progrès » dans la France d’après-guerre, 1945-1968

Modernization, environmental warnings and protest of "progress" in post-war France, 1945-1968

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Publié le jeudi 30 juin 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Les « Trente Glorieuses » sont souvent vues, y compris chez les historiens, comme une période de consensus sur les bienfaits du progrès scientifique et technique. Portée par la croissance, la population française aurait joyeusement embrassé, jusqu’au tournant de 1968, un modèle de société industrielle et technologique. Si la « modernisation » de la France s’est faite à toute vitesse et sans provoquer de contestation généralisée, l’idée de progrès qui la sous-tendait n’a pas pour autant été partagée par tous, à toutes les échelles où la technique devait transformer le social. Cette journée d’étude entend faire émerger un nouveau regard historiographique sur les décennies d’après guerre en portant son attention sur les alertes et luttes environnementales, les signaux faibles de la critique des « dégâts du progrès » avant 1968.

Annonce

Présentation 

L’expression « Trente Glorieuses », par opposition aux trois journées révolutionnaires de juillet 1830, postule le silence consensuel d’une « révolution invisible de 1946 à 1975 » (Fourastié, 1979). Depuis J. Fourastié, et y compris chez les historiens qui érigèrent la croissance économique en acteur central de leur récit, les décennies d’après guerre sont souvent vues comme une période de consensus sur les bienfaits du progrès scientifique et technique. Portée par la croissance, absorbée par « Les choses » (G. Perec), en marche vers une civilisation des loisirs et de la consommation, préoccupée par les guerres coloniales ou la guerre-froide, la population française aurait joyeusement embrassé, jusqu’au tournant de 1968, un modèle de société industrielle et technologique. À cette vision standard des historiens a correspondu un discours sociologique sur l’entrée toute récente dans une modernité enfin « réflexive ». Souvent basées sur une temporalité binaire « avant » vs. « maintenant », ces thèses sociologiques ont, elles aussi, contribué à occulter la réflexivité environnementale des sociétés du passé, et notamment de la société française d’après guerre.

Certes, la modernisation de la France sous les Trente Glorieuses s’est faite à toute vitesse et sans provoquer de contestation majeure et généralisée. Mais l’idée de progrès qui la sous-tendait n’a pas pour autant été acceptée et partagée par tous, à toutes les échelles où la technique devait transformer le social. Bien des distanciations critiques ou artistiques sonnèrent la « complainte du progrès » et bien des controverses et contestations ont marqué cette période, facilitant ainsi la montée en généralité d’une critique plus massive après 1968.

Ce colloque entend faire émerger un nouveau regard historiographique sur les décennies d’après guerre en portant un regard plus distancié sur les milieux et imaginaires modernisateurs, et une attention plus grande aux critiques du « progrès » et aux alertes et luttes environnementales avant 1968. L’hypothèse qui guide ces journées est donc la suivante : la société française n’est pas entrée dans la modernisation et la société de consommation les yeux fermés, ni sous l’emprise consensuelle d’un modernisme frénétique, mais traversée de controverses, de luttes et d’inquiétudes, autant de dispositions critiques qu’entreprirent de gouverner les dirigeants.

Organisateurs

  • Christophe Bonneuil (Centre Koyré, CNRS)
  • Céline Pessis (Centre Koyré, Ehess)
  • Sezin Topçu (CEMS, CNRS)

Comité scientifique

  • Soraya Boudia (Univ. Strasbourg),
  • Florian Charvolin (Modys-CNRS, Univ. St Etienne, administrateur de l'AHPNE),
  • Christian Delporte (UVSQ, responsable du réseau HistEcologia),
  • Stéphane Frioux (ENS Lyon, administrateur du RUCHE),
  • François Jarrige (Univ. de Bourgogne) et
  • Dominique Pestre (Ehess).

Programme

Lundi 12 septembre

9h - Accueil et introduction (C. Bonneuil, C. Pessis, S. Topçu)

9h30 - Session 1 : Moderniser la société, construire l'adhésion au progrès 

Présidée par Patrick Fridenson (Ehess)

  •  Productivité et modernisation dans la France des Trente Glorieuses : actions et réseaux, Régis Boulat (LARHRA, Grenoble)
  • Modernisation et politiques de l’espace dans la France des années 1960, Loïc Vadelorge (U. Paris 13)
  • Cassandre Vs Hélène : réception des critiques du « progrès » et aspiration consumériste (années 1950-1960), Rémy Pawin (U. Paris 1)
  • Le lent essor d'une critique sociale et environnementale du progrès dans les syndicats avant 1968 en France et au Québec, Renaud Bécot (Ehess)

14h - Session 2 : Cultures critiques, critiques culturelles

Présidée par Pascal Ory (Université Paris 1)

  • Le progrès en question dans Visa pour l’avenir. Une voix dissonante sur la science à l’ORTF (1962-1967), Claire Sécail (LCP, Cnrs)
  • Jacques Ellul et Bernard Charbonneau : critique de la raison technicienne ou comment résister au culte du ‘progrès’,  Patrick Troude-Chastenet (U. Bordeaux 4)
  • La modernité en négatif : le décryptage situationniste en son temps, Anna Trespeuch-Berthelot (U. Paris 1)
  • Les contestations de la ‘modernité’ dans le cinéma français (1959-1968) : Michel Audiard et Jean-Luc Godard, Sébastien Le Pajolec (U. Paris 1)
  • Le refus du développement ‘esthétique’ des objets de consommation, Nathalie Simonnot (ENSA Versailles)

Mardi 13 septembre

9h - Session 3 : Les Trente Pollueuses? Contestation et normalisation des risques

Présidée par Geneviève Massard-Guilbaud (Ehess)

  • Contribution à une histoire des ‘Trente Pollueuses’ : pollution de l'air et civilisation urbaine et industrielle en France dans les années 1950-1960, Stéphane Frioux (U. Lyon 2-LARHRA)
  • Créer les conditions favorables à l'industrie. Le cas du sud de Lyon (1955-1968), Gwenola Le Naour (IEP Lyon)
  • La seconde ‘modernisation’ des Alpes : contestations et arrangements durant les Trente Glorieuses, Anne Dalmasso (U. Grenoble 2-LARHRA)
  • L’atome, la gloire et le désenchantement : les résistances au nucléaire et la société du risque pendant les Trente Glorieuses, Sezin Topçu (Cnrs)

14h - Session 4 : Moderniser les campagnes : instruments, imaginaires, déboires, critiques

 Présidée par Jean-Luc Mayaud (Université Lyon 2)

  • La ‘mystique du progrès technique’.  Discours et imaginaires de la modernisation agricole des Trente Glorieuses, Christophe Bonneuil (Centre A. Koyré)
  • ‘Dé-moralisation’ de la pollution en rivière après-guerre, Gabrielle Bouleau (Cemagref)
  • Des tracteurs pour l'Afrique? La mécanisation et ses critiques en Afrique tropicale française, 1946-1955, Céline Pessis (Ehess)
  • Le ‘progrès’ vu par la Jeunesse agricole catholique : entre crainte d’un ‘rouleau compresseur’ et espoir de ‘servir l’homme’, Vincent Flauraud (U. Clermont 2)

17h30 – Synthèse: Dominique Pestre (Ehess)

Lieux

  • 105 Boulevard Raspail (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales)
    Paris, France

Dates

  • lundi 12 septembre 2011
  • mardi 13 septembre 2011

Mots-clés

  • histoire environnementale, contestation du progrès, critique des technologies, France, Trente Glorieuses, risques

Contacts

  • Céline Pessis
    courriel : celine [dot] pessis [at] neuf [dot] fr

Source de l'information

  • Sezin Topçu
    courriel : sezin [dot] topcu [at] damesme [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Une autre histoire des Trente Glorieuses », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 30 juin 2011, http://calenda.org/204896